06 février 2010
Désinformation!
Un article découvert hier sur la toile. Une première lecture rapide me laisse pantoise. Avant de m'énerver, je vérifie que l'article est récent. Le site me confirme que la publication date de la veille.
Je cherche un peu et quelques clics plus tard, je découvre qu'il a été publié ici, à la virgule près... le 8 juillet 2004 ! Il est également repris ici et cité là .
Je ne sais qu'elle est l'audience des ces différents sites mais voilà une excellente manière de véhiculer des contre vérités au sujet de l'accouchement à domicile. Détaillons ensemble ce monument de désinformation, cette accumulation d'informations périmées ou erronées...
Un certain nombre de femmes ne souhaitent pas un accouchement trop médicalisé et préfèrent laisser faire la nature en accouchant à la maison (aad). La plupart de nos parents n'ont-ils pas vu le jour de cette manière ?
Cette année, en France, 497 bébés ont vu le jour " chez eux " avec l'aide de 50 sages-femmes libérales.
Chiffres fournis par le CNO : en 2008, 1052 AAD ont été réalisés par 72 sages-femmes.
Parmi ces naissances, 91 % des accouchements se sont déroulés par voies naturelles. Un seul bébé polymalformé est mort pendant le travail.
Tous les bébés ayant vus le jour chez eux sont nés par les voies naturelles.. Que je sache, on ne pratique pas de césarienne à domicile.
Sur 242 naissances à domicile, on a recensé 3,4 % d'épisiotomies, 62,6 % de périnées intacts, 32 % de déchirures au 1er degré (ne nécessitant qu'un ou deux points de suture) et 1,2 % de déchirures du second degré (3 à 5 points de suture).
Les accouchements à domicile se déroulent avec l'assistance du père et d'une sage-femme, et dans certains rares cas, avec l'assistance d'un médecin.
Certains médecins trouvent ce procédé particulièrement inconscient et choquant, car selon ces derniers, même si dans la plupart des cas l'accouchement se passe sans problème, il existe toujours des incidents imprévus (autour de 10 %) nécessitant d'avoir à portée de main le matériel médical adéquat.
L'accouchement est une succession d'imprévu. C'est la gestion de ces imprévus qui doit être organisée bien en amont, (exclusion de certaines situations, ouverture d'un dossier en maternité, organisation d'un éventuel transfert).
Pour le Docteur Frédéric Fenasse, gynécologue-obstétricien :
" ce sont surtout les sages-femmes qui y sont favorables car leur philosophie correspond à un complexe. A l'hôpital, elles sont soumises aux décisions du médecin accoucheur. A domicile, elles décident toutes seules. Elles sont très compétentes, mais j'estime qu'il est imprudent d'accoucher à domicile. Pour moi, il n'est pas question de faire courir un risque quelconque à la maman et à son enfant ! "
Nous voilà rhabillées, nous sommes donc complexées et pas à même de décider seules... C'est dans ces moments de grandes solitudes que l'on devine combien la collaboration et la complémentarité entre les compétences respectives des sages-femmes et des obstétriciens peut parfois rester un vœu pieu.
Le Docteur Dominique Schirr-Bonnans, émet une opinion diamétralement opposée ; en effet, il accouche à domicile depuis plus de 10 ans.
" Accoucher à la maison n'est pas forcement la meilleure méthode mais, en tout cas, la plus agréable pour l'accoucheur et pour la mère. Chaque fois que j'accepte un accouchement à domicile, la maman se prend en charge toute seule, écoute de la musique, s'occupe. Je reste avec elle, mais je ne la bouscule pas, je guide les évènements sans hâter les choses. Je suis cool. A l'inverse de lorsque je travaille à l'hôpital, où je me sens poussé à les précipiter. "
« Méthode agréable ». Si une sage-femme s'exprimait ainsi, la communauté des obstétriciens crierait au scandale, rappelant que la médecine n'est pas là pour être agréable ou cool mais efficace. Loin de tout folklore, les sages femmes assurent une prise en charge sécurisée, basée sur une parfaite connaissance de la femme, de son histoire personnelle et médicale, une sélection des situations contre indiquant la naissance à la maison, une présence attentive et constante.
Cependant, il est très important de signaler que pratiquer des accouchements à domicile n'est pas sans risques du point de vue médico-légal. En effet, une sage-femme a passé, l'an dernier, une nuit en cellule après le décès d'un nouveau-né. Les médecins et les sages-femmes encourent des peines privatives de liberté si l'accouchement se passe mal.
Rédaction tendancieuse qui laisse entendre que cette pratique est interdite Que ce soit à domicile ou en structure, nous avons très normalement à rendre des comptes en cas de problème.
En dépit des risques encourus, certaines mamans continuent à vouloir à tout prix accoucher chez elles.
Une petite dose de risque pour faire frissonner le passant avant la présentation d'une situation abracadabrantesque (pardon pour le recours à ce célèbre néologisme).
Françoise a mis au monde 4 enfants chez elle avec, à chaque fois, la même sage-femme.Elle a eu des jumeaux dont un a dû être délivré par césarienne dans la maternité la plus proche. A la maternité, l'équipe médicale n'a pas été tendre avec elle, on lui a dit que ça lui servirait de leçon. Mais, pour les enfants suivants, Françoise est de nouveau restée chez elle pour accoucher.
Excellent exemple ! La grossesse gémellaire est une contre indication formelle à l'accouchement à domicile.
Ce que vous devez savoir si vous souhaitez accoucher chez vous
* Vous ne pouvez pas compter sur la péridurale
No comment
* Inscrivez vous quand même dans la maternité la plus proche, au cas où au dernier moment vous changeriez d'avis, ou si les choses se compliquaient.
Les sages-femmes sont des professionnelles responsables et adressent systématiquement les femmes à la maternité pour y ouvrir un dossier.
* Gardez toujours très près de vous le numéro de téléphone d'une ambulance ou du SAMU
Des fois que la sage-femme n'y aurait pas pensé; et puis le 15, c'est difficile à mémoriser !
* Allez à toutes vos visites prénatales
Cela concerne également toutes les femmes et ce sera une exigence de la sage-femme.
* Demandez toujours l'avis de votre gynécologue-obstétricien et suivez-le scrupuleusement.
Je m'énerve mais ça doit être mon complexe de sage-femme... Nous sommes compétentes pour suivre l'intégralité d'une grossesse.
* Prenez des cours de préparation à l'accouchement avec la sage-femme censée vous accoucher.
Je souligne censée ou j'arrête de m'énerver ?
Les adresses utiles
NAISSANCE ET LIBERTE, 43, promenade de le Belle-Scribote 3430 MARSEILLAN Tél. : 04.67.01.43.18
Dissoute depuis une dizaine d'années !
* NAISSANCE ET CITOYENNETE, 62, rue du Faubourg -Poissonnière 75010 PARIS Tél. : 01.42.46.69.96
En sommeil depuis 5 ans !
Par contre le CIANE, très actif « Collectif associatif autour de la naissance » n'est pas cité
* ASSOCIATION NATIONALE DES SAGES FEMMES LIBERALES (ANSFL)
Tél. : 04.75.88.90.80 (prenez tous les renseignements utiles sur la sage-femme que vous aurez choisie pour vous accoucher)
La ligne téléphonique est fermée depuis un an. L'ANSFL a par contre un site que je vous encourage à consulter.
Ce que vous coûtera votre accouchement à domicile
* Les consultations prénatales sont entièrement remboursées par la sécurité sociale
* L'accouchement et les visites post-natales ne sont pris en charge qu'à la hauteur de 152€.
313 €
* Restent 228 € de dépassement d'honoraires qui comprennent 5 visites post-natales.
A voir avec la sage-femme. Les visites postnatales au-delà de la première semaine sont prises en charge par la sécurité sociale.
* Et le dépassement d'honoraires de la sage-femme lors de l'accouchement qui peut varier (de 152 à 610 €), et qui n'est absolument pas remboursé.
Les dépassements d'honoraires varient énormément de 0 à plus de 1000€.
Article rédigé par Chrystelle, sage-femme, intervenante forum.
Z'êtes bien sur ???
05 février 2010
Wanted
De garde à la maternité. La nuit s’annonce calme mais la sonnerie du téléphone résonne peu après minuit.
Au bout du fil, une voix masculine, un peu stressée. Je m’attends à la description circonstanciée des sensations de sa compagne, contractions ? perte des eaux… ?
Mais il ne s’agit pas d’accouchement. Leur bébé est né il y a quelques semaines et ils viennent, pour la première fois depuis sa naissance, de faire l’amour. Soucieux de ne pas démarrer rapidement une autre grossesse, ils ont utilisé un préservatif. Il me précise alors, d’une voix hésitant entre inquiétude réelle et hilarité contenue, «on n’arrive pas à le retrouver!»
Un peu interloquée, j’interroge… «Vous avez bien cherché !?»
Je retiens un éclat de rire à la description de leurs recherches effrénées… Oui, ils ont regardé partout, dans le lit que j’imagine sans dessus dessous, au sol, dans le vagin… mais aucune trace du morceau de latex.
Il se tracasse, imaginant le col de l’utérus encore ouvert, le plastique aspiré trop haut par les contractions de l’orgasme.
C'est tout à fait impossible mais, à ma proposition d'une consultation, son soulagement est perceptible.
Je les accueille donc un peu plus tard avec leur bébé sagement endormi dans sa nacelle. Ils sont charmants, souriants et un peu confus de se retrouver à étaler ainsi le retour de leur intimité conjugale.
Je ne perçois rien au toucher vaginal mais l’examen au spéculum révélera rapidement la clef du mystère. Le latex s’est tassé dans le cul de sac vaginal postérieur et il me faudra me saisir d’une pince longuette pour l’extirper sans peine.
Ils repartent rassurés et munis, du fait d’un sérieux doute sur l’efficacité contraceptive de la procédure utilisée, de la prescription d'une pilule du lendemain.
Ils s'éloignent dans le couloir mais j'ai le temps de l'entendre lancer «Ben on a plus qu'à refaire le lit pour pouvoir se coucher».
Faute de temps pour les écrire, mes billets s'espacent. Pour compenser mes irrégularités, il y a maintenant la possibilité de s'inscrire pour être averti par mail de la publication d'un nouveau texte.
31 janvier 2010
Le syndrome de Stockholm
Une sage-femme travaillant en clinique privée relatait fièrement avoir été félicitée par le gynécologue pour sa compétence…
… ladite compétence résidant dans le fait d’avoir, à coup d’accélérateur et de frein (lire synto/péri), fait accoucher les trois patientes de la nuit dans la même demi-heure afin que le médecin ne se dérange qu’une seule fois.
Ainsi, certaines sages-femmes, malmenées par la surcharge de travail, les protocoles, le découpage des taches, n’ont d’autres solutions pour le supporter que de renier leurs convictions en adhérant à une organisation des soins plus soucieuse de rentabilité que d'humanité.
Comment sinon résister à cette pression insidieuse qui ne prend en compte que les actes effectués au détriment de toute velléité d'accompagnement, où le médico-légal dicte nos attitudes et uniformise nos prises en charge ?
Au nom de l'efficacité, mes consœurs se retrouvent devant un ordinateur à remplir avec application un dossier pléthorique. En face d’elles trônent les écrans de contrôle des différentes salles de naissance ; d’un coup d’œil, elles peuvent y vérifier que le rythme fœtal est correct, que les contractions sont régulières.
Un rapide passage en salle permet de s’assurer que la femme va bien. Inutile de s’attarder, elle est sous péridurale, coupée de ses sensations. Les différents bip et l’horloge électronique murale décomptent les minutes. Parfois, pour aider la mère à patienter, on lui proposera un peu de lecture, comme chez le coiffeur, le temps que la couleur prenne.
La sage-femme est avenante, elle répond avec gentillesse aux questions des parents, mais ils en posent peu. Depuis le début de la grossesse, on instille dans leurs esprits la certitude de leur incompétence, en opposition au savoir et à la toute puissance médicale. Ils s’en remettent à la médecine avec une docilité quasi craintive.
Notre métier perd son sens. La sage-femme n’est plus que l’ouvrière qualifiée de la chaine de montage /démoulage des nouveau-nés. Pour améliorer le rendement de l’usine, optimiser le travail, les déclenchements sont légions. Il est si facile lors de la dernière consultation de s’engouffrer dans le «j’en ai marre !» immanquablement prononcé en réponse au rituel «comment allez-vous ?». Pourquoi ne pas abréger un peu cette fin de grossesse ? Provoquer la naissance permettra d’organiser au mieux le planning du conjoint, la garde des ainés… et la gestion des salles d’accouchement.
L’ouvrière qualifiée enchaine ; bonjour - installer la femme - vérifier le dossier - poser le monitoring – brancher le brassard à tension - perfuser - appeler l’anesthésiste - le "servir" pour la pose de la péridurale - confier la pompe à la mère afin qu’elle gère le dosage de l’analgésie - pousser le synto - surveiller le rythme cardiaque fœtal - rompre la poche des eaux - vérifier l’avancée de la dilatation - pousser encore le synto si ce n’est pas le cas - constater la dilatation complète - laisser descendre plus ou moins le bébé en fonction de la disponibilité du médecin - installer la mère en position gynécologique - braquer le scialytique sur son sexe.
Préparer le matériel, compresses et ciseaux à épisio à portée de main - faire pousser –«inspirez, bloquez poussez, tirez sur les barres ! Monsieur, soutenez sa tête !» - appeler l'obstétricien qui arrivera pour cueillir l'enfant sur le périnée maternel - entendre «merci docteur» alors qu’il n’est passé que cinq minutes …
Ne pas oublier de tenir le dossier - préciser la dilatation -
l’engagement - la position - la couleur du liquide - le rythme des
contractions - le débit du syntocinon…
Tendre les ciseaux «voulez-vous couper le cordon Monsieur ?» - vérifier que le cordon a bien deux artères et une veine - attendre la délivrance - vérifier le placenta - pousser un peu le synto pour qu’elle ne saigne pas.
Rouler tous les champs en papiers dans la cuvette sous le lit et repartir terminer le dossier. N'oublier aucun item, finir de tracer les courbes du partogramme, ajouter l’examen du nouveau né, l'Apgar, le poids et le périmètre crânien…
Féliciter la mère - s’attendrir une seconde sur l'enfant - débrancher la perfusion, retirer le cathéter.
Faire une toilette rapide et aider la mère à enfiler un slip sur de larges couches. La faire se glisser sur un brancard roulé à coté de la table d’accouchement, indiquer la chambre où elle doit être recouchée, dire au revoir en la félicitant encore une fois, poser le dossier au pied du lit, sourire au «merci pour tout» qu'elle prononce enfin.
Répéter cela en passant d’une salle à l’autre, d’une femme à l’autre. Juste le temps de rentrer- sourire - toucher vaginal – un coup d’œil sur le monitoring, un autre sur la perfusion, un dernier sur le pousse seringue - sortir et rentrer dans la salle suivante - retourner en salle de garde pour consigner tout cela sur informatique en essayant de ne pas confondre les dilatations, les heures et les poids de naissance.
Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se rebellent et tentent de faire bouger les choses de l’intérieur, bel effort trop souvent couronné d’insuccès devant le poids mêlé de la hiérarchie, de l’économie et du médico-légal.
D’autres fuient vers une activité libérale souhaitant retrouver leur libre arbitre et l’humanité qui est cœur de notre métier.
D’autres enfin restent, parce qu’elles n’ont pas d'alternative, pas l’envie, ou que la sécurité du salariat leur importe. Quelques soient leurs raisons, elles souffrent.
Et n’ont d’autres choix que d’adhérer à ce qui nous révolte pour ne pas y laisser leur peau.
25 janvier 2010
Terra incognita
Elle est en train de pousser. Comme souvent, le peu de sensations amenées par la descente du bébé dans le vagin la laisse perplexe. La brulure de la dilatation périnéale n’est pas encore perceptible.
Elle doute et se décourage.
Elle imaginait la progression du bébé violente et douloureuse. Le relatif silence de son corps la convainc que rien ne se passe.
Pourtant son petit n’est pas loin. A chaque poussée, la tête avance, laissant entrevoir un peu de peau claire et plissée. Lorsqu’elle cesse ses efforts, son enfant repart en arrière et la vulve se referme.
Mes paroles rassurantes n’y font rien, elle ne croit pas à l’imminence de la naissance.
Entre deux contractions, je lui propose d’aller toucher son bébé pour s’assurer qu’il est tout près. Timidement, elle glisse un doigt dans son vagin et bute immédiatement sur le crane.
Son regard m’interroge.
Je ne dis rien, souhaitant la laisser réaliser par elle-même. Déçue par mon silence, elle m'interpelle «et alors ? »
Je comprends à cet instant que jamais elle n’a du s’autoriser à toucher son sexe. Ignorante de son anatomie, elle ne sait quel espace devrait se trouver sous son majeur. Il lui est impossible de repérer ce qui est différent, cette butée qui signe la présence de son enfant.
19 janvier 2010
Incantatoire
Peu de temps pour écrire, et pourquoi s'échiner sur un billet mal fagoté alors que certaines expriment si justement ce qui nourrit ma colère.
Hymne magnifique au genre féminin.
17 janvier 2010
Point de vue bis
Dans le vécu d’un accouchement, ce n’est pas tant la réalité des actes que l’accompagnement qui en est fait qui importe. "Bien accompagnée, on peut vivre sereinement…" Mon ellipse a manqué de clarté mais c’est pourtant cela que je voulais souligner. Un accouchement difficile peut être transfiguré par une présence attentive, une naissance aisée peut devenir cauchemardesque parce que mal accompagnée.
Cette jeune femme souhaitait accoucher le plus naturellement possible. Elle y avait longuement réfléchi, s’y était préparée. Il n’était pas dans ses attentes de vivre l’enchainement péri/synto/forceps/épisio. Il n’était pas dans les projets de l’équipe de le lui imposer. Les circonstances ont fait que cela est devenu nécessaire et chacun s’y est adapté.
C’est aussi de la responsabilité des sages-femmes que d’aider et soutenir une femme devant renoncer à l’idéal projeté pendant la grossesse.
Il est vrai que certains établissements pêchent par une surmédicalisation systématique (une étudiante me racontait récemment avoir entendu une sage-femme s’alarmer «comment veux tu qu’elle arrive à pousser, elle n’est pas sous synto ?»)
Mais ne nous leurrons pas, la nature ne fait pas toujours bien les choses et l’intervention du médical peut s’avérer indispensable. Toute assertion inverse confinerait à l’irresponsabilité.
Il faut cependant souligner que le recours à la péridurale modifie la physiologie de l’accouchement. Dans le récit précédent, l’enchainement des actes n’est peut-être pas étranger à la demande d’analgésie.
Quand bien même, faudrait-il exiger le sacrifice des mères lorsqu’elles se sentent dépassées ? De quel droit imposer à une femme de supporter ce qui lui devient insupportable ?
Il n’y a pas de réponse unique, pas d’accouchement idéal, pas de comportement maternel à modéliser. Chaque histoire est singulière. Chacune mérite toute notre attention et notre absence de jugement.
Ne tombons pas dans les travers du monde médical imposant trop souvent ses certitudes sans nuance. Rien n’est plus dangereux que la conviction de savoir ce qui est bon pour l’autre.
15 janvier 2010
Point de vue
Radieuse, son tout petit dans les bras, elle explique en détachant chaque syllabe
« J’ai eu un accouchement I-DE-AL ! Ca n’aurait pas pu mieux se passer.
Bon d’accord, l’anesthésiste m’a piquée deux fois pour la pose de la péri et il a dit qu’il n’était pas certain d’y arriver mais finalement, je l’ai eu ma péridurale.
Pareil pour la perfusion, la sage-femme a eu du mal à trouver une veine mais c’est pas de sa faute hein. Je suis difficile à piquer !
Elle a bien marché la péridurale, d’ailleurs le forceps s’est très bien passé.
Oui, j’ai eu un forceps parce que le cœur du bébé ralentissait. Il a juste été aspiré et un peu oxygéné à la naissance mais rien de grave hein !
Evidemment avec le forceps, j’ai eu une épisiotomie, mais ça tire à peine».
Idéal vous dis-je…
Sans ironie aucune, je constate combien l’accompagnement est essentiel, permettant ensuite à cette jeune mère d'évoquer avec une sérénité non feinte un accouchement apparaissant bien laborieux.
14 janvier 2010
Prière
Elle raconte sa dernière échographie, examen supplémentaire prescrit par son médecin pour surveiller la croissance d'un enfant qui s'annonce de petit poids.
Elle est arrivée tendue, anxieuse des résultats de ce contrôle et de ce fait peu disponible pour son bébé. Elle précise donc à l’échographiste quelle n’a pas senti beaucoup de mouvements depuis le matin.
Tout en enduisant son ventre de gel avant de débuter l'examen, le médecin réfléchit à mi-voix, oublieux de la femme mais attentif à celui qu'elle porte... «j’espère qu’il n’est pas mort ».
PS : Que de commentaires sur les doulas, les maisons de naissance, les actions à mener. Pardon de ne pas y répondre tout de suite, je manque de temps. De toute façon, il semble que ce blog vive très bien sans son auteur et je vous en remercie !
10 janvier 2010
Coachée bis
Je déroge à la règle d'un seul message quotidien pour répondre aux commentaires du billet précédent, qui me demandent de me positionner sur les doulas. J'ai pour l'occasion ressorti de mes cartons un courrier adressé à une doula en 2008.
Les échanges entre sages-femmes et doulas sont quasi inexistants, la position des sages-femmes à votre égard oscillant le plus souvent entre indifférence et hostilité … Vous avez pris la peine d’adresser un courrier à l’ensemble des sages-femmes libérales de la région et votre volonté d’ouvrir le dialogue appelle une réponse.
L’apparition des doulas vient questionner la profession de sage-femme. J’ai coutume de dire que c’est une mauvaise réponse à une très bonne question, celle du manque d’accompagnement proposé aux parents. En disant cela, je ne veux pas défendre la corporation des sages-femmes mais une éthique professionnelle que je porte depuis toujours et qui s’est précisée au fil des années.
Vous évoquez un soutien personnalisé durant la grossesse, l’accouchement et le post-natal. C’est exactement ce que les sages-femmes exerçant en libéral offrent.
Pourquoi introduire un nouvel élément dans cette relation ? Je ne sais pas précisément ce que vous proposerez aux parents mais sur les sites de doulas, les thèmes évoqués correspondent au travail de la sage-femme. Pourquoi vouloir nous déposséder d’une partie essentielle de notre métier, l’accompagnement ? La profession de sage-femme ne se résume pas à une succession d’actes techniques. Elle tire sa richesse de la « prise en charge » multiple, médicale psychologique et sociale, d’une femme mais aussi d’une famille. Les sages-femmes ayant choisi l’exercice libéral l’ont fait pour cela, pour disposer du temps et de l’espace nécessaire à cette présence.
Il y a par ailleurs un paradoxe à voir les doulas accompagner les femmes en salle de naissance (ce que je défends cependant car je veux voir respecté le droit des parents à choisir) quand cette place est refusée aux sages-femmes libérales.
Vous le savez peut-être, aucune maternité de la région n’accepte de nous ouvrir son plateau technique…reste le choix de l’accouchement à domicile mais cette décision nous oblige à travailler sans assurance et sous la pression constante de tous les opposants. J’admire celles qui ont l’énergie et le courage de choisir cette option. Cet engagement est bien plus qu’un choix d’exercice professionnel, c’est un choix de vie … Après beaucoup d’hésitations, je n’ai pas fait ce choix. Mais nous espérons voir s’ouvrir la possibilité d’une prise en charge globale avec la maternité X. Nous travaillons actuellement à faire avancer cette idée.
En attendant cette ouverture, nous sommes présentes dans le pré et le post natal. En assurant suivi de grossesse, préparation à la naissance, suites de couche à domicile, suivi de l’allaitement, suivi du nourrisson, rééducation périnéale, nous offrons une réelle continuité d’accompagnement aux parents. Nous sommes par ailleurs joignables en permanence, même en dehors des heures d’ouverture du cabinet.
Effectivement, au sein des maternités, temps et disponibilité manquent cruellement. Mais l’alternative « doula » aboutirait à morceler encore l’accompagnement et réduirait les sages-femmes à n’être que des techniciennes. Un des combats de la profession est « une femme/une sage-femme » parce que nous savons nos rapports avec les couples ne peuvent se résumer à l’apport de compétences médicales.
Il existe bien un terrain non superposable aux nôtres : celui de la prise en charge du quotidien. Ce rôle, autrefois dévolu aux familles, n’est plus assuré. C’est me semble t-il dans cette présence, apportant soutien affectif mais aussi logistique que les doulas peuvent rejoindre et compléter le travail des sages-femmes.
Un dernier point reste à évoquer, celui de vos tarifs ; il est normal que vous soyez rémunérée pour un travail, mais cela me pose question si le même travail peut être effectué par une sage-femme et pris en charge par l’assurance maladie…
Vous le devinez, ce sujet est pour le moins épidermique… J’ai tenté de poser calmement mes interrogations mais peut-être le coté épidermique transparaitra-t-il quand même, pardonnez moi. Je suis de toutes mes forces attachée à la profession que j’ai choisie par vocation il y a plus de 30 ans. Je me bats pour qu’elle redevienne ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, pour qu’elle soit au service des parents.
Coachée
Il fallait s'y attendre, le coaching pour femme enceinte est arrivé sur le marché. Plusieurs offres circulent sur le net.
Les annonces sont alléchantes, une grossesse heureuse, sans la moindre angoisse, un accouchement merveilleux, accompagnement des femmes en période de transition dans l'épanouissement de leur vie (sic).
Aucun tarif n'est précisé, pour savoir à combien se monnayent ces services, il faudra prendre contact avec le coach.
Quelle incompétence criante de notre part, nous professionnelles de la naissance, qui n'avons pas trouvé le Graal permettant aux femmes de vivre à coup sûr ces neufs mois sans "la moindre angoisse".
Qu'une femme ne reste pas seule face à ses questionnements est évidemment nécessaire. Mais ce soutien est déjà proposé par des professionnels de santé, qui plus est conventionnés.
Cette irruption d'une certaine forme d'économie libérale dans le système de santé apparait périlleuse. Parmi les décideurs, certains cantonneraient bien les sages-femmes aux actes techniques, en déléguant toute forme d'accompagnement à des coachs auto proclamés et non remboursés par l'assurance maternité.
Comme déjà souligné dans d'autres billets, les finances publiques gagneraient à replacer les sages-femmes au cœur de la périnatalité physiologique, à favoriser l'accouchement à domicile et en maison de naissance, à privilégier l'action préventive d'un accompagnement apaisant plutôt que l'action curative de thérapeutiques couteuses...
Les sages-femmes réclament les moyens de proposer cette prise en charge globale, continue, évidemment médicale, mais aussi psychologique et sociale.
Du début de la grossesse à la fin du suivi post-natal, c'est une année entière partagée avec une femme, un couple, une histoire, relation chaleureuse et sécurisante qui se construit et se renforce au fil des mois et peut se poursuivre à chaque nouvel enfant. De plus, la compétence pour le suivi gynécologique récemment accordée aux sages-femmes nous permet maintenant de prolonger cet accompagnement entre deux grossesses.
Alors non, pas de coach venant rassurer une future mère en nous laissant le soin de vérifier la tension artérielle ou la hauteur utérine.
Il y a plus de 3 000 sages-femmes libérales, plus de 17 000 sages-femmes en maternité. Ne cherchez pas ailleurs, pas plus loin, elles sont là !