Elle est touchante,  du haut de ses 22 ans, elle qui a roulé sa bosse dans le monde entier, mélange de candeur et d’assurance, déconcertante.
Elle a des fulgurances, de fortes attentes, qui me font penser que ce petit bout de femme ne manque pas de maturité.
Et des affirmations candides qui me rappellent à la vigilance.

Elle est comme un petit oiseau fragile, et j’avance à tous petits pas pour ne pas la faire s’envoler. Elle est arrivée ici par hasard, fuyant une  prise en charge purement médicale et les jugements abrupts sur ses choix de vie. Elle attend ce bébé toute seule, pas de travail, pas de domicile fixe, mais un réseau amical qui semble très solide.

Elle a besoin d’un ancrage et c’est à moi de lui fournir, en l’accompagnant sur le chemin de la parentalité, sans la brusquer. Surtout ne pas la réduire à sa jeunesse et à son apparente naïveté.

Heureuse nouvelle, avec une amie, enceinte elle aussi, elle va se mettre en quête d’un logement. Mais cette amie vit à l’étranger et elles n’ont pas encore décidé de la région, ni du moment de la recherche, à la fin de la grossesse, ou peut-être juste après la naissance ?

Doucement, je tente de lui faire ressentir combien les hébergements provisoires actuels lui seraient pénibles une fois son enfant né. Elle acquiesce, sourit et m’annonce son départ le lendemain pour deux mois de balade dans les pays chauds.
Nous ne pouvons fixer de rendez-vous, elle ne sait pas quand elle sera de retour en France.

Ne pas la laisser s’envoler trop longtemps.
Ne pas lui laisser craindre une cage, même dorée de bonnes intentions.
Alors j’affirme ma disponibilité et lui propose de me contacter dès son retour.

Epilogue
Un mois plus tard, je recevais une carte postale emplie de soleil.
Elle m’a appelée dès qu’elle a posé le pied à la frontière.
A bientôt petit oiseau…