31 août 2009

Demandez le programme

« Faut-il programmer le jour et l'heure de son accouchement ? »
C'est le titre d'un article paru dans une revue féminine il y a déjà quelques temps. Un médecin y affirmait : «l'accouchement programmé offre une plus grande sécurité pour la mère et l'enfant car la présence de l'équipe médicale est assurée».
Naïvement, vous pensiez  que c'était aux équipes de se tenir prêtes à accueillir les couples à toutes heures du jour ou de la nuit ? Que nenni ! Voici que les femmes enceintes se doivent d'être disponibles à notre convenance.

Quelques lignes plus loin, le même auteur précise «il n'y a pas de bénéfice médical réellement prouvé».
Avec un mauvais esprit certain, je m'empresse de rapprocher ce constat de la « présence assurée de l'équipe ».
Devons-nous en conclure que nous ne servons pas à grand-chose ?

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30 août 2009

Saut temporel

En préparation à la naissance, le groupe échange sur l’allaitement maternel et la première tétée. Je souligne l‘importance de laisser le bébé trouver le sein en le laissant en peau à peau avec sa mère. Je précise qu’il faudra cependant un petit temps « d’atterrissage », nécessaire à la mère comme à l’enfant, avant que celui-ci ne se mette  à téter.

Elle n'est pas tout à fait d'accord et évoque la naissance de son premier enfant.  Elle explique tout en le mimant, «j’ai tendu les bras pour l’attraper, je l’ai posé contre moi et immédiatement, il a pris le sein».

Bien que peu probable, cette approximation  serait sans importance si nous n’étions en groupe. Les autres parents pourraient se tracasser de la « lenteur » supposée de leur nouveau-né ; je  remarque simplement que cette rapidité n’est pas habituelle.

Elle insiste, vraiment, son enfant n’a eu besoin d’aucun délai, à peine sorti et déjà branché au mamelon.
Pour finir de nous convaincre, elle complète son témoignage. Baissant le regard vers un bébé virtuel en arrondissant les bras autour de lui, elle ajoute «je le revois encore avec son petit bonnet sur la tête».

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29 août 2009

Petit oiseau

Elle est touchante,  du haut de ses 22 ans, elle qui a roulé sa bosse dans le monde entier, mélange de candeur et d’assurance, déconcertante.
Elle a des fulgurances, de fortes attentes, qui me font penser que ce petit bout de femme ne manque pas de maturité.
Et des affirmations candides qui me rappellent à la vigilance.

Elle est comme un petit oiseau fragile, et j’avance à tous petits pas pour ne pas la faire s’envoler. Elle est arrivée ici par hasard, fuyant une  prise en charge purement médicale et les jugements abrupts sur ses choix de vie. Elle attend ce bébé toute seule, pas de travail, pas de domicile fixe, mais un réseau amical qui semble très solide.

Elle a besoin d’un ancrage et c’est à moi de lui fournir, en l’accompagnant sur le chemin de la parentalité, sans la brusquer. Surtout ne pas la réduire à sa jeunesse et à son apparente naïveté.

Heureuse nouvelle, avec une amie, enceinte elle aussi, elle va se mettre en quête d’un logement. Mais cette amie vit à l’étranger et elles n’ont pas encore décidé de la région, ni du moment de la recherche, à la fin de la grossesse, ou peut-être juste après la naissance ?

Doucement, je tente de lui faire ressentir combien les hébergements provisoires actuels lui seraient pénibles une fois son enfant né. Elle acquiesce, sourit et m’annonce son départ le lendemain pour deux mois de balade dans les pays chauds.
Nous ne pouvons fixer de rendez-vous, elle ne sait pas quand elle sera de retour en France.

Ne pas la laisser s’envoler trop longtemps.
Ne pas lui laisser craindre une cage, même dorée de bonnes intentions.
Alors j’affirme ma disponibilité et lui propose de me contacter dès son retour.

Epilogue
Un mois plus tard, je recevais une carte postale emplie de soleil.
Elle m’a appelée dès qu’elle a posé le pied à la frontière.
A bientôt petit oiseau…

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28 août 2009

Harcèlement

Elle est suivie par une autre sage-femme du cabinet. Inquiète, désemparée, épuisée, c’est la troisième fois qu’elle demande une consultation en urgence. Hasard du planning, c’est la troisième fois que je la reçois.

Dès notre première rencontre, elle évoque le harcèlement moral pratiqué de façon coutumière dans son entreprise.  La forme est habituelle, en exiger toujours trop pour  renvoyer ensuite aux employés leur incapacité à faire face, égrener de petites phrases méprisantes qui font douter chacun de ses compétences et de sa valeur.

Malgré sa grossesse, l’entreprise continue à exiger d’elle des déplacements aussi  épuisants qu’inutiles. Guerre d’usure efficace, elle doute de sa fatigue, de son ressenti… «Peut-être que je m’écoute trop ?»

Son corps la rappelle à l’ordre, douleurs ligamentaires, sciatalgies, contractions utérines répétées. Rien de réellement inquiétant, juste une sonnette d’alarme.
Je l’arrêterais bien quelques jours mais elle refuse. Puisqu’il n’y a rien de grave, le week-end arrivant, elle va se reposer.
Je l’invite à contacter le médecin du travail, soulignant qu’il est en mesure de faire aménager son poste et de contre indiquer les déplacements.

Elle revient quelques semaines plus tard. Le tableau est le même ; elle n’a pas appelé la médecine du travail car elle est convaincue que ce sera inutile. Elle est stressée, insomniaque et épuisée.  Devant mon insistance, elle accepte un arrêt de quelques jours. Je lui conseille à nouveau de contacter le médecin, confiante sur la suite qu’il donnera à sa demande.

Un mois passe, nouvel appel, au début de son dernier trimestre. Pour la première fois c’est elle qui sollicite  un arrêt. Toujours rien de réellement préoccupant mais il est évident qu’elle est à bout.

J’évoque encore la médecine du travail, elle  répond démarches inefficaces. Ses tentatives n’ont rien donné et le médecin se serait simplement étonné de l’immobilisme de l’inspection du travail, prévenue elle aussi. Je parle syndicats, elle répond turn-over des employés.  Elle ne vient pas prendre un cours de mobilisation militante, je n’insiste pas et poursuis la consultation.

Elle m’explique alors, «ma chef m’a dit, maintenant que tu as une remplaçante, je ne comprends pas ce que tu fais encore au boulot ! »
Je réalise que c’est sur ordre d’un chef qui ne veut pas avoir à payer deux personnes pour le même poste que,  pour la première fois, elle souhaite être arrêtée.
Il lui a été tant demandé que sa hiérarchie s’attendait à un départ anticipé.  Mais elle a tenu bon, sa seule façon de tenir tête.
Maintenant elle dérange.

Je m'abstiens d'un commentaire  sur l’assurance maladie dont la fonction n'est pas d’aider à la gestion des entreprises… Qu’y peut-elle, elle n’est que l’otage.

Je signe le papier.

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27 août 2009

Crampe

Certaines phrases énoncées par mes pairs, mal vécues, mal reçues, simplement maladroites ou réellement assassines, me sont parfois rapportées.
Le souvenir est subjectif et le récit qui nous est donné peut s’éloigner de toute réalité. Je m’abstiens donc de les commenter dans la vraie vie.

Mais je ne manquerai pas de les évoquer sur la toile.

Tant qu’à épingler les professionnels, inaugurons le thème par un peu d’autocritique.

C’est par le biais d’un film que je peux raconter ce qui suit, car, bien évidemment, je ne me  suis pas entendue prononcer ces mots.

Cette naissance est longue et difficile, accompagnée par une famille extrêmement présente, voire envahissante, caméra au poing.  L’offre d’un café réussit finalement à entrainer tout ce beau monde hors de la pièce.
Une IVG précédente, secret trop bien gardé, pesait sur l’avancée du travail. L’intimité retrouvée lui permet enfin de lâcher prise. Au bout de ces trop longues heures, elle ressent le besoin de pousser.

Elle s’est installée de façon asymétrique, en torsion, une jambe presque tendue, l’autre très fléchie. Son cri sourd accompagne chacune des contractions.  Une masse de cheveux noirs commence à poindre.
Soudain, elle tend son autre jambe et le cri s’articule « j’ai une cram-am-pe ! ». Je m’empresse de masser et étirer son mollet pour faire cesser la contracture.

Jusque là rien que de très normal…
… sauf la phrase prononcée dans le même temps : « ah ben ça, c’est pas le moment ».

Empathique et soutenante.

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26 août 2009

Cheval de Troie

Elle s’est fait poser un implant contraceptif  il y a deux mois.
Elle en est très mécontente, lui reproche d’avoir tari son lait et de mettre ses cycles en vrac avec des saignements abondants et ininterrompus.
De plus, elle souhaite débuter une autre grossesse prochainement.

Avec un  projet d’enfant  simplement différé de quelques mois, l’implant n’est a priori pas la première méthode contraceptive évoquée. Mauvaise communication avec le prescripteur, changement de cap, je ne sais mais ce n’est plus le moment de s’y pencher.

Elle le dit et le répète, il faut lui retirer ce «truc» au plus vite. Mais tout le monde se défile ;  le médecin traitant «ne s’occupe pas des implants», les autres généralistes refusent car ils ne la connaissent pas, sa gynéco médicale est «contre les implants», pose ou dépose, les autres gynécos, débordés, n’acceptent aucune nouvelle patiente, et l’obstétricien qui a effectué la pose ne veut pas lui donner de rendez-vous avant quelques mois.*

Alors, elle appelle au secours « sa » sage-femme.
Quand j’explique que le retrait d’implant ne fait pas partie de nos compétences, elle me répond qu’elle le sait déjà mais que cela fait  x coups de fils passés un peu partout et qu’elle ne sait plus vers qui se tourner.

Ma stratégie sera pauvre : étudier avec elle les arguments à mettre en avant pour qu’un rendez-vous lui soit rapidement accordé.
Nous tombons d’accord sur le fait que le retrait d’implant n’est pas une urgence et qu’il vaut mieux insister sur l’abondance des saignements qui l’inquiète (réellement).
Une fois dans la place, elle pourra négocier l’ablation…

*certainement veut-il ainsi respecter un délai de 6 mois, délai permettant souvent aux saignements intempestifs de cesser.

NB : ce billet date un peu. La compétence des sages-femmes pour la pose et le retrait des implants a été clairement affirmée en  juillet 2012. Seul le fournisseur semble trainer la patte pour modifier l'AMM (autorisation de mise sur le marché) qui cite  les médecins mais omet les sages-femmes.

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25 août 2009

Fausse-couche

Elle a laissé un message pour annuler la consultation. Un curetage, hier. Il n’est plus nécessaire de se voir mais elle aimerait cependant me parler.

Je l’appelle et elle répond d’un ton léger. Derrière elle, les bruits joyeux de son premier enfant qui joue et chantonne. Oui, elle va bien, « ça » s’est bien passé…

Elle raconte « l’œuf clair », découvert lors de l’échographie. Elle me répète aussi les quelques mots accompagnant l’annonce pour la dédramatiser : «la grossesse s’est arrêtée très précocement, à son début».

Très tôt donc. Mais cette première échographie se réalise vers la fin du premier trimestre. Cela faisait bientôt trois mois qu’elle se pensait enceinte, imaginait son petit, se projetait dans une vie avec deux enfants…

Ce n’est pas en décomptant le nombre de cellules embryonnaires que l’on peut calculer le poids de la peine.
Je lui dis simplement qu’elle a le droit d’être triste.
Et ça lui fait du bien.

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24 août 2009

H1N1

La conjoncture estivale, entre crise économique et rituelle pause politique fait tomber à point nommé la pandémie annoncée … les médias s’emballent et surjouent l’angoissante catastrophe attendue. Waouh, la grippe, ça fait peur.

Elle ferait surement moins peur s’ils ne décomptaient les morts de façon si anxiogène : un par ici, trois là-bas… A ce compte là, n’importe quelle pathologie peut symboliser le bras armé de la faucheuse… On peut mourir de tout, voire de n’importe quoi.

Bien « informées », certaines femmes préfèrent, parait-il, différer leur grossesse par crainte du virus… De fait, au 20h, on entend le gynéco questionner une femme enceinte «et vous, ça vous fait peur ?» Elle répondra par la négative, évidemment. Car après avoir inquiété, il faut s’empresser de rassurer ; les 800 000 naissances annuelles réparties sur quelques mois, ça pourrait être une bonne raison de craindre… le surbooking des services de maternité.

Par ailleurs,  le gouvernement nous explique combien nous sommes efficacement préparés,  les vaccins sont commandés, les circuits d’urgence organisés, la fermeture des écoles programmée…
Très bien préparés, donc. A quelques détails près. Par exemple, qui gardera les enfants déscolarisés des professionnels de santé convoqués à la phrase précédente ? Et ceux de tous les autres acteurs des indispensables approvisionnements alimentaires ou énergétiques ?

Cette grippe apparait anodine (pour le moment ?) fort heureusement, car malgré les communiqués se voulant rassurants, l‘impréparation se devine à l’arrière plan.

Au final, ce qui m’effraie  réellement est ce mail reçu hier faisant état, tenez vous bien,  d’un complot à l’échelle mondiale, d’un génocide programmé. Le futur vaccin y est accusé d’être  «une arme biologique  en vue d'éliminer la population des États-Unis et celle d'autres pays, à des fins de gains politiques et financiers» (sic).

Tant que les gens seront assez décervelés pour croire et faire circuler de telles inepties…
Ben moi j’aurai peur !

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23 août 2009

Désiré ?

Elle est ronde et joyeuse.
Au détour d'une phrase, elle me glisse que cet enfant en gestation est, comme l'on dit, «un accident».  Ce bébé, maintenant bienvenu, n'était  pas programmé.

J'entends cela - à tort peut-être - comme un appel. J'énonce donc quelques réassurances sur la notion de désir, sur cette faille plus projetée que réelle entre enfant souhaité ou imposé... sur l'insondable difficulté de prendre la décision de «faire» un bébé...

Je m'enquière ensuite des conditions de cet « accident ». Sa réponse fuse, spontanée, évidente, «j'ai arrêté la pilule pour mettre mes ovaires au repos pendant un mois. Et c'est tombé pendant le voyage de noces...»

Pas de bol, vraiment !  Que disions-nous déjà sur la faille entre enfant désiré ou non ?

Pour elle, déjà ronde avant cette maternité, ayant suivi un sévère régime pour rentrer dans sa robe de mariée, la grossesse et son cortège de kilos était une décision bien trop «lourde» à prendre. Le besoin de repos pour ses ovaires* s'est donc opportunément imposé lors du voyage de noce, période peu propice à l'extinction de la libido...

* la nécessité de repos ovarien  relève de la légende urbaine

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22 août 2009

Zone

Elle a 45 ans, attend son cinquième enfant. Il naitra par césarienne, comme les autres. Elle est petite, obèse et fait d’énormes bébés. Les consignes diététiques n’ont aucun sens pour elle, elle se nourrit de ce qu’elle aime mais surtout de ce qu’elle peut se payer.

Elle habite une bicoque posée de guingois entre zone industrielle et voie express. Le récupérateur de métaux voisin vomit son trop plein de fer rouillé sur les bords de son «jardin»… un peu d’herbe jaunie, quelques marguerites et un bric à brac insondable.

A l’intérieur, ça tient plus de l’animalerie que du salon.
Les chiens, chats et cochons d’inde saturent l’air de leurs effluves musqués. Les poissons rouges  tournent en rond, comme il se doit.
Contre un mur, envahissante, une immense cage à oiseaux… dans la cage, un perroquet… parleur je ne sais pas mais chanteur à coup sur… ou plutôt piailleur, crieur.

On s’entend à peine. Lentement, elle épluche son ventre des nombreuses couches de vêtements superposés. Dans le vacarme animalier, je tente d’écouter le cœur du bébé. Le perroquet n’est pas d’accord. A bout, elle se lève pour masquer la cage d’une couverture sombre. Malgré son ventre imposant, le lancer est aisé, marqué par l’habitude.
Le calme revient, « il croit qu’il fait nuit » m’explique-t-elle.

Dans un coin de la pièce trône un berceau à l’ancienne, en fer forgé, drapé de voiles du blanc le plus pur.

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