Elle a eu son premier enfant très jeune, bien avant sa majorité. Une grossesse non souhaitée, vécue dans l'isolement.

Le milieu médical ne s'en est pas préoccupé. Elle a «bénéficié» du suivi habituel, à raison d'une consultation mensuelle. Se préparer à la naissance, elle ne se souvient pas qu'on le lui ait proposé. De toute façon, elle n'y serait pas allée. Trop peur d'être jugée. Tout au long des neufs mois pesait sur ses épaules le reproche silencieux de chaque interlocuteur : si jeune et enceinte ...

Arrivée à son terme, de violentes douleurs lombaires l'amènent à consulter aux urgences. On lui annonce alors qu'elle va accoucher puis on la transfère au service maternité. Après les examens habituels, sans autres commentaires, on l'installe dans une chambre à deux lits, auprès d'une femme venant de mettre au monde son troisième enfant.

Rien ne lui est expliqué et la douleur de son dos devient intolérable .. d'autant plus qu'elle ne la comprend pas. Ce n'est pas son ventre, emblème proéminente de sa grossesse, qui la fait souffrir.

Sa compagne de chambre, devinant son désarroi, tente de la rassurer en lui expliquant que ce sont des contractions.

Elle ne répondra pas... Mais, des années plus tard, elle se souvient encore de la violence des mots qui la traversent, insultant silencieusement sa voisine assez folle pour attribuer à l'accouchement la douleur de ses reins.

Elle restera murée dans sa souffrance et son incompréhension jusqu'à la pose salvatrice d'une péridurale. Son enfant naitra quelques heures plus tard, émergeant presque par surprise de son corps devenu totalement silencieux.

Elle n'a rien compris et enrage encore de cette équipe indifférente qui jamais n'a cherché à mettre de mots sur ce qu'elle vivait.