Elle est presque accroupie. Une jambe fléchie,  pied posé au sol, l’autre jambe repliée sous le bassin, les bras appuyés sur les cuisses de son homme, assis plus haut derrière elle. Ses paupières sont fermées.  Personne ne souffle mot, respectant son silence. Parfois, elle ouvre les yeux et cherche un acquiescement. Un simple hochement de tête suffit à signifier "tout va bien".

A chaque contraction, elle soulève et déplace son bassin, décrivant un arc de cercle. Puis elle s’immobilise, accompagnant le mouvement intérieur de son souffle. Elle se repose ensuite en attente de la vague suivante. Alors, son mouvement reprend et la ronde de ses hanches ne s’arrête pas tout à fait dans le même axe, avec une précision qu’elle seule peut identifier.

Tout exprime l’harmonie sereine de son corps à corps avec l’enfant.

L’ambiance était toute aussi calme pour ses deux ainées… mais elle était alors sous péridurale fortement dosée, coupée de toute perception, pas de douleur, mais le néant.

Cette fois ci, elle avait envie d’autre chose

La dilatation se fait dans cette douceur ouatée. Soudain l’envie de pousser s’impose.

Les deux premières fois, à ce moment là non plus elle n’avait rien senti, poussant en rythme aux injonctions cadencées de la sage-femme puis de l’obstétricien.  Un coup de main, spatules et épisiotomie pour l’aider à en finir. "Rien de méchant" me disait-elle, "un bon souvenir".

La douceur n’est plus de la partie, la puissance de ses sensations l’envahit.  Elle se laisse aller dans ce paroxysme, accompagnant chaque poussée d’un long cri. Entre deux contractions, elle rassure son compagnon «tout va bien, je suis bien » puis se laisse à nouveau emporter.

Si le plaisir était dans ce tourbillon là ?

Son enfant émerge rapidement, ses mains le guettent, accompagnent à tâtons la tête puis les épaules.  Un dernier cri en le saisissant  «mon bébé !»

Pour ses deux premiers enfants, le sentiment maternel s’était construit pas à pas, dans la continuité des jours et des nuits partagés.

Elle plaque son tout-petit contre sa poitrine, le serre, le respire, le pétrit…
Elle est mère à la première seconde.