Elle me raconte le conseil de son compagnon : "Cesse de déculpabiliser", et se corrige aussitôt, "non, de culpabiliser !"
Son bébé de quelques mois est atteint d’une malformation nécessitant une intervention chirurgicale. Aucune date, aucun délai ne lui ont été donnés, juste un poids de référence. Lorsque son enfant aura atteint ce poids, il sera opéré.

Elle allaite. Par un dévouement dans relâche, elle tente d'apaiser la sournoise culpabilité de n’avoir pas pu protéger son petit de cette anomalie. Le voir grandir et grossir grâce à son lait la confirme jour après jour dans sa qualité de "bonne" mère.
Mais plus il grossit et plus il s’approche du poids fatidique qui déterminera l’hospitalisation qu’évidemment elle appréhende.

De semaine en semaine, la situation évolue selon l’angoisse la plus présente. La crainte de l’intervention fait s’infléchir la courbe de croissance de son bébé, celle de mal le nourrir la fait ensuite rebondir mais c’est pour mieux s’inquiéter à nouveau de la proximité de l’opération.

Elle est à quelques centaines de gramme du chiffre annoncé. Ambivalence et culpabilité ne cessent de croitre dans une spirale infernale.
Nous savons l’une et l’autre que le cercle vicieux prendra fin quand la date de l’intervention sera enfin fixée.