Plusieurs couples en préparation à la naissance. L'un des pères est présent pour la première fois.

Je montre une technique de bercement pour aider à apaiser les contractions, sa compagne est attentive mais lui semble distrait et tourne la tête dans une autre direction. Je souligne à haute voix qu'il aura du mal à reproduire ces mouvements s'il ne les regarde pas et poursuis mes explications.

Chacun est ensuite invité à reprendre la gestuelle pour la tester et la mémoriser.

Elle m'appelle auprès d'eux et c'est lui qui m'explique, «je suis malvoyant, vous étiez trop loin tout à l'heure».

Le rouge au front, je remontre le mouvement, me maudissant de mon stupide commentaire. Comme je suis mal à l'aise, je n'ose demander de précision sur son degré de perception ; je décompose et commente abondamment tous mes gestes, le noyant sous un flot de paroles.

Je présente ensuite au groupe un exercice à faire à deux pour corriger la position du bassin. Il faut d'abord évaluer l'éventuel déséquilibre par un repère visuel. Soucieuse de ne pas répéter mon erreur précédente, je les informe que je referai le geste avec eux pour l'expliquer de façon plus précise.

Quand je m'approche, mon malaise n'est toujours pas dissipé... et je vais multiplier les lapsus, parvenant à citer en quelques phrases bon nombre de locutions françaises en lien avec la vision, «il faudrait y jeter un œil, je veux dire, regarder ça, je veux dire voir si tout va bien...»

Je m'empêtre avec application jusqu'à ce qu'il éclate de rire «inutile de faire semblant de rien, je sais que je suis quasi aveugle !»

Belle leçon reçue il y a plus de 20 ans mais jamais oubliée.