« Poussez comme pour faire caca !»

En me racontant son accouchement précédent, elle s’étonne encore de cette injonction. «Pourtant, ce n’est pas la même chose. Je ne sentais pas la même chose ».

Je ne peux qu’abonder dans son sens, la comparaison ne tient pas.
La progression ne se fait ni dans la même direction puisque le bébé vient s’enrouler autour du pubis, ni dans le même espace, vagin et rectum sont deux organes proches mais cependant bien distincts (! ), ni de la même manière, si les femmes ont majoritairement appris à aller à la selle en silence - rançon d’une certaine pudeur et de la finesse des murs de nos appartements - la naissance se fait idéalement sur le souffle et mieux encore sur le cri.

Plus dérangeant encore est ce « caca »,  qui infantilise les mères et associe l’arrivée d’un enfant à l'expulsion d’un étron.

Sommes-nous assez attentifs aux mots que nous prononçons ? Un reportage diffusé il y a quelques années présentait une école de sages-femmes en Allemagne. Les étudiantes se formaient à la pratique de l’accouchement sur un mannequin de plastique. Elles accompagnaient leurs gestes de phrases convenues, « c’est bien Mme Schmidt, encore Mme Schmidt, soufflez Mme Schmidt ».
Paroles stéréotypées susceptibles d’être indéfiniment répétées aux femmes ?

Une mère sentant le besoin de pousser ne peut se retenir. Souvent elle dira « ça pousse » plutôt que « je pousse », tant elle ne maitrise pas la vague qui vient de son ventre.
Nul besoin alors de la guider.

Cette absurde comparaison scatologique, trop souvent relatée par des parents étonnés voire choqués, vient souligner combien certains, empêtrés dans leurs routines,  en oublient le message qu'ils transmettent. Les mots, quasi vidés de leur sens,  sont répétés rituellement…