Nos amis les gynécologues doutent de la compétence des sages-femmes au point d’évoquer un « risque pour la santé publique » (à lire ici ...)

Quel est le motif d'une attaque aussi virulente ? Une proposition d'amendement venant corriger une curieuse anomalie dans un texte de loi.

Au mois de juillet dernier, la loi HPST est venue élargir les compétences des sages-femmes à la prescription de la contraception et au suivi gynécologique de prévention. Elargissement prévu à un « détail » près, nous pouvions prescrire une contraception orale mais pas son suivi biologique. En tout illogisme, celui-ci devait être demandé par un médecin.
Si la prescription de pilule est séparée de celle du bilan sanguin adéquat, comment s’assurer de l’absence de contre indication ? Des médecins se sont élevés contre nos nouvelles compétences mais personne n’a souligné cette incohérence, pourtant source potentielle d'une mauvaise prise en charge.
Ce silence pourrait laisser penser qu’il ne s’agissait pas de protéger la santé des femmes mais celle du porte monnaie des dits médecins craignant que nous venions marcher sur leur plates bandes… Je sais, j’ai parfois très mauvais esprit.

Par ailleurs, si « la prise en charge par les gynécologues médicaux de la contraception a permis de diviser par 4 la mortalité par cancer de l'utérus en 20 ans », c’est grâce à la généralisation du dépistage.
Les sages-femmes réalisent régulièrement examens des seins, frottis, touchers vaginaux, lors des consultations de grossesse ou du post-partum. Charge nous est donnée d’adresser la patiente à un médecin si nous suspectons une pathologie. Il s’agit donc de faire exactement la même chose en gynécologie que ce que nous pratiquons au quotidien en obstétrique, s’assurer de la normalité d’une situation, dépister les anomalies potentielles et savoir dans ce cas passer le relai au professionnel compétent.

Que nous nous devions d’être vigilantes, c’est évident.
Que la formation continue soit indispensable, bien entendu.
Que les pouvoirs publics se soucient plus de faire des économies que de préserver la santé des femmes, très certainement…

Mais dans certaines régions, obtenir un rendez-vous avec un gynéco prend souvent plusieurs mois et la prescription de pilule réalisée par le médecin traitant au détour d’une consultation pour un autre motif fait que l’examen gynécologique passe à la trappe.

Je m’offusque de lire que confier ce suivi de prévention aux sages-femmes ferait courir un risque pour la santé publique.

Le risque en santé publique, c’est cette arrogance médicale qui nous ravale au rang de simples matrones…
Et cette défiance qui pourrait nous pousser à dépasser nos limites de compétences par crainte de l’accueil qui nous sera donné lors d’une demande de relais.

Nous avons tous à gagner à travailler ensemble.
Mais y a des jours où c'est vraiment pas facile...