Ils sont présents tous les deux, leur petit niché au creux des bras maternels. C’est le père qui parle. Tout va bien, l’accouchement, un peu long, s’est cependant très bien passé, la sage-femme était charmante, la prise en charge rassurante, son petit garçon magnifique.

La conversation se poursuit autour de la vie à trois, des nuits entrecoupées, de sa découverte de la paternité.
Puis il revient sur le récit de la naissance et soudain tout va mal. C’était trop long, l’équipe n’était pas assez disponible, le cœur du bébé ralentissait. A la naissance, le teint bleu du nouveau-né l’a fait rapidement emmener dans une autre salle pour y être aspiré.
Les mots s’étranglent en évoquant ces quelques minutes passées à observer, impuissant, le personnel s’affairer autour de son enfant.

Son récit n’a plus rien de commun avec celui, si lisse, du début de l'entretien.  Son regard embué, ses mains crispées attestent de son émotion toujours présente. Je souligne que la prise en charge, banale du point de vue médical,  a pu être très inquiétante pour lui.

Sa voix se brise… «C’était comme pour mon père»

A notre première rencontre, au tout début de cette grossesse, il pleurait sur ce qu’il ne pourrait plus jamais partager avec son père, mort récemment en service de réanimation.

Entremêlement des souvenirs récents et passés, le ballet médical autour de l’enfant cyanosé est venu se confondre avec cet autre ballet plus dramatique.