Faut-il s’amuser ou se désoler de cet article racoleur et inepte pêché dans la presse régionale ?
Certainement rédigé à la hâte par un inexpérimenté stagiaire, il réunit nombre de poncifs, approximations et autres maladresses propres à nourrir mon ressentiment.

Commençons par le titre, cet enfant nait grâce aux efforts de qui ? Sa mère ? Quelle stupide pensée  !
Grâce aux efforts…

… des secours !

Cette femme est donc chez elle, seule et en train d’accoucher. Elle appelle à l’aide, le commissariat - drôle d’idée - et les pompiers. Tout ce beau monde arrive rapidement.

«La malheureuse est en plein travail». Ce qualificatif aux relents vieillots et misérabilistes apparait bien racoleur. De plus neutres "future mère" ou  "jeune femme" auraient été bienvenus.

La tête du bébé est visible. Bien ! C’est donc la fin de l’accouchement, aucune raison que la naissance s’annonce difficile.

Une policière la rassure. Merci la police - cela dit sans aucune ironie - une femme en plein travail, seule chez elle et dont a défoncé la porte d’entrée éprouve certainement le besoin d'être rassurée.

«L’accouchement est une vraie gageure»
. Après vérification, gageure signifie bien "projet qui semble défier le bon sens". Quoi de plus censé que d’accoucher lorsque la tête (sombre, curieuse précision destinée à nous ancrer dans le réel… ) est visible.

Hélas, une complication s’annonce ! L’enfant a «malheureusement le cordon autour du cou». Permettez moi de douter du diagnostic visuel d’un circulaire (non savant donné à cet enroulement du cordon) avant que l’enfant ne soit né. Pour qui se souvient de l’anatomie des nouveaux-nés… leur tête est quasi vissée directement sur leur torse. Un cordon coincé entre les deux se perçoit au toucher bien plus qu’il ne se voit.

Puis l'on nous sert un tragique risque d’étranglement, fantasme largement véhiculé alors que près d'un enfant sur cinq arrive au monde plus ou moins enroulé dans son cordon.

La femme épuisée est au «paroxysme de la douleur», évocation destinée à faire vibrer le lecteur, «prend peur» et éprouve des difficultés à pousser. On peut imaginer que sa sécrétion d’ocytocine ait été mise à mal par l’irruption des policiers défonçant sa porte …

Enfin «tous unis dans un acte extraordinaire» police et pompiers ont mis au monde cet enfant - ça se confirme, la mère n'y est pour rien ! - puis ils ont «clampSer» le cordon. Légère confusion entre clamper/pincer et clamser/mourir… un détail !

Mère et enfant partent ensuite aux urgences. Arriver directement à la maternité devait sembler trop banal. Passons donc par les urgences pour dramatiser un peu.

Enfin, en salle d’accouchement «la poche placentaire s’est vidée». La poche placentaire, unissant poche des eaux et placenta dans le même concept est un raccourci innovant !

Et l’article de se conclure sur l’entourage chaleureux apparaissant comme un «luxe inouï» (!) à cette femme qualifiée, pour la seconde fois en quelques lignes, de malheureuse.

Tout cela n’est pas bien grave et j’imagine un jeune et naïf stagiaire peu au fait du déroulement d’un accouchement tirant la langue sur son clavier pour rédiger un récit spectaculaire.

Mais de futurs parents vont lire ce récit, persuadés que l’on frôle le drame à chaque contraction et pétrifiés à l’idée que leur enfant puisse se pendre à son cordon.
Et si cela ne suffisait à nourrir leurs craintes, ils seront de plus affligés par l’évocation d’une «malheureuse femme au paroxysme de la douleur».

Va donc être serein le jour J !