Evoquer la profession de sage-femme par le biais d’une professionnelle de sexe féminin doit apparaitre d’une triste banalité. Les hommes sont encore très minoritaires (moins de 2% selon le dernier rapport de la DREES)  mais ce sont eux que l’on nous présente.

Il ne s’agit donc pas de s’intéresser à notre métier mais au fait qu’il soit exercé par un homme, mal rasé de surcroit, précision destinée sans doute à souligner  sa virilité...
Il nous est par ailleurs indiqué qu'il a fait ce choix par défaut. Faute de grives urgentistes ou pédiatriques, va pour des merles ! A croire que les promotions d’étudiants sages-femmes débordent de futurs médecins recalés.

Formée à une époque où les études étaient réservées aux femmes, j’ai d'abord pensé que ce métier ne devait être exercé que par elles. Non que je dénie aux hommes la possibilité d’être attentifs, doux, respectueux ou empathiques… (n’en jetons-plus ! ) mais parce qu’il me semblait que l’accompagnement de l’accouchement passait par une proximité physique, une intimité, un partage des ressentis, une complicité qui ne pouvait exister que par la similitude des corps.

J’ai depuis compris cette évidence, la façon d'exercer résulte du parcours, de l'histoire, de la personnalité de chacun. Hommes et femmes peuvent offrir autant et aussi bien. Comme il est si élégamment écrit dans l’article : «Au-delà du sexe, c'est la personnalité» !

Mais je rugis lorsque cette différence de sexe nous est présentée comme un atout. Ainsi les hommes seraient plus doux, les femmes, sous prétexte qu’elles connaissent l’organe (!!), plus brutales. Ces simplifications m’irritent. Je pourrais au contraire objecter qu’une femme sera plus délicate car mieux à même de comprendre ce que l’on ressent quand des doigts étrangers viennent sans ménagement fouiller la profondeur d'un corps.
La douceur et le respect n’existent pas par essence, fut-elle sexuée, mais par notre façon d’être et de concevoir notre métier.

Ce qui n’apparait pas sur le net est la fin de cet article (oui, j’ai de bons informateurs).
Le journaliste précise que notre nom «désigne celle qui sait des choses sur la femme qui accouche.(sic) On ne dit donc pas sage-homme mais homme sage-femme ou maïeuticien pour faire savant».
Cette affirmation mérite quelques mots d'explication ; alors que personne ne semble s’offusquer de Mme la ministre ou Mme la professeur, Mr le sage-femme écorchait les oreilles de certains. L’académie française s’est donc piquée de les nommer maïeuticiens (la maïeutique désignait l’art de l'accouchement, Socrate, fils de sage-femme, a ainsi nommé l’art d’accoucher les esprits). Peut-être gênés par cette immodeste filiation, d’autres ont proposé "mailloticien", en référence, plus sobre, à l’emmaillotage des bébés…

Depuis, le terme de maïeutique s'est banalisé puisqu'il désigne à nouveau l'art des sages-femmes. Il était en effet disgracieux d'utiliser le néologisme "sage-femmerie" en copiant nos consœurs britanniques, "midwives" qui déclinent leur nom en "midwifery". Nous suivons donc des études de maïeutique pour devenir... sages-femmes !

Il n’empêche, le mot de sage-femme est employé - semble-t-il - depuis le Moyen-Age. Cet empressement à rebaptiser les praticiens masculins, pourtant très minoritaires, me semble plus que suspect. Il y a dans le contraste entre maïeuticien et sage-femme quelque chose qui opposerait la haute compétence de l'un à l'ignorance pragmatique de l'autre. Dérangeant.

De grâce, préservons le nom riche de sens de notre métier. Messieurs les sages-femmes, vous y avez toute votre place.