24 juin 2010

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Le net est décidément le lieu de tous les dangers, la qualité de l’information fournie par certains sites étant pour le moins calamiteuse.
Ainsi ce document mis en ligne hier et soit disant signé par une sage-femme - je veux croire que ce n’est qu’un prête-nom ! - La quasi totalité des informations que l'on y trouve sont erronées.

La déclaration de grossesse doit être faite chez le gynécologue avant la fin du troisième mois. Elle peut être également réalisée par un médecin traitant ou … une sage-femme (mais à force de le marteler ici, vous le savez maintenant non ?)
Il pourra ainsi effectuer la première échographie - Cette première écho peut aussi avoir lieu dans un cabinet de radiologie ou à la maternité avec un médecin ou…une sage-femme !
Confirmer la grossesse - c'est bien connu, les femmes n'y connaissent rien et l'avis du professionnel leur est indispensable pour se savoir enceinte...
Et déterminer la date prévue de l'accouchement. Cette date est indispensable pour envoyer la déclaration de grossesse auprès des organismes administratifs dans les 14 premières semaines de la grossesse.  C’est plutôt la date de début de grossesse qui est calculée mais bon... 9 mois plus tard - environ - on peut s’attendre à un accouchement.

Suite à ce premier rendez-vous, le médecin donnera 2 documents :
•  Une attestation de la première visite médicale.
Nous n’avons plus à attester de quoi que ce soit.
•  Une déclaration de grossesse, intitulée "Vous attendez un enfant".  Enfin, une affirmation juste !

Ces documents serviront à effectuer la déclaration de grossesse auprès de la Caisse d'Allocation Familiale (CAF) et de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM), Oui
ainsi qu'auprès de son employeur. Aucune obligation n’est faite à une femme de déclarer sa grossesse à son employeur tant qu'elle ne souhaite pas bénéficier des avantages liés à celle-ci : autorisation d'absence pour les consultations règlementaires, heure de grossesse –ne rêvons pas, ça dépend des conventions collectives- et au final congé de maternité.. là va quand même falloir prévenir !

La CAF offre une Prestation d'Allocation de Jeune Enfant (PAJE) dès le quatrième mois de grossesse et ce, jusqu'aux trois ans du bébé. Encore faux. Il existe une prime versée au 7ème mois de grossesse et une allocation versée mensuellement après la naissance, l’une et l’autre sous conditions de ressources.

Les allocations peuvent être perçues si les trois consignes suivantes sont respectées :
•  Effectuer une première visite médicale avant la fin du troisième mois de grossesse.
•  Effectuer une visite médicale par mois tout au long de votre grossesse.
•  Après la naissance, effectuer une visite chez le pédiatre lors de ses 8 jours, 10 mois et 24 mois.
Les trois visites donnant lieu à l'établissement d’un certificat de santé doivent être réalisées par un médecin, pas nécessairement un pédiatre.

La femme enceinte bénéficiera alors de la prise en charge à 100 % des frais médicaux et d'hospitalisation entraînés pendant la grossesse, l'accouchement et les suites de l'accouchement. Toujours faux, seuls certains examens sont pris en charge à 100% tout au long de la grossesse. Le 100% sur tous les soins ne s'applique que pour ceux effectués entre le début du 6ème mois et le 12ème jour après accouchement.

Au final, une désinformation de grande qualité. Les propriétaires du site prennent cependant certaines précautions «Nous vous invitons à ne pas en faire votre source d'informations exclusive » Je veux oui !

Et si vous pensez que c’est un simple bug… allez donc voir ici. La vidéo est banale mais dans le texte qui la suit, on apprend qu’un accouchement commence par la perte des eaux, que la dilatation dure 10 à 30 minutes, qu'au moment de  l’expulsion, si l’enfant est en siège, il faudra un personnel compétent (parce que sinon on s'en fiche?) et que 15 minutes plus tard le placenta sera dehors, le cordon devant être coupé au plus vite afin que le bébé reçoive rapidement les premiers soins…

Un tel ramassis d'inepties est une extraordinaire incitation à aller s'informer auprès des sages-femmes.  Merci beaucoup, vraiment, c'est trop !

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21 juin 2010

Protégée

Ils vivent des moments difficiles ; la seconde échographie a révélé des images anormales, sans pour autant préciser une pathologie. Ils sont maintenant pris dans le tourbillon des examens complémentaires, bilans, consultations diverses afin qu’un diagnostic soit posé. Toutes les hypothèses sont plausibles, de la meilleure, une image sans signification et un enfant en parfaite santé, à la pire, anomalie génétique grave, atteinte cérébrale…

Elle doit ce jour là subir une amniocentèse. Elle a peur, peur du geste lui apparaissant agressif pour son bébé, peur du résultat de l’examen, peur de la douleur, nerfs à fleur de peau, car les tensions accumulées ces derniers jours l’ont privée de sommeil.

Son homme n’a pas été autorisé à l’accompagner.
Elle entre dans une pièce sans fenêtre et s’allonge sur le lit d’examen. Plusieurs personnes s’affairent autour d’elle. Son ventre est largement badigeonné de liquide ocre puis recouvert d’un champ stérile en papier. Encore une giclée de gel froid sur le bas de son abdomen et elle perçoit la pression de la sonde d’échographie.

L’angoisse la fige. Elle n’ose même pas tourner la tête. Son regard est rivé au plafond, assemblage de carrés blancs rythmé de fines barres de métal laqué. De temps à autre, un visage masqué traverse son champ de vision.
Elle entend l’équipe s’interroger, cherchant où piquer l'utérus afin d’obtenir suffisamment de liquide amniotique, éviter le placenta…

Elle ne comprend pas tout mais leurs mots savants, leurs questionnements multiples la bouleversent.
Trop de peur, trop de tension, elle accepte de livrer son corps mais son esprit doit s’extraire de cette salle.

Comment s’isoler ? Elle peut fermer les yeux pour ne plus voir leurs regards inquiets mais leurs parole l'envahissent. Ses bras sont immobilisés sous le champ stérile et elle ne peut couvrir ses oreilles.

Percevant sa détresse, la sage-femme se penche vers elle et cherche à la rassurer «Ne vous inquiétez pas, je ne suis là que pour vous », lui signifiant ainsi qu'elle s'est dégagée de tout geste technique pour mieux la soutenir. 
Elle murmure alors «je voudrais que vous me bouchiez les oreilles pour ne plus entendre tout ce qui se dit».

D’un geste délicat, la sage-femme vient placer ses paumes de chaque coté de son visage, créant ainsi un cocon doux et bourdonnant.
Apaisée par cette précieuse présence, yeux fermés, oreilles protégées par ces mains attentives, elle peut enfin s’évader.

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17 juin 2010

Cortège funèbre

Pourquoi n’ai-je pas encore évoqué la mobilisation du 18 juin… ?
J’ai pourtant l’habitude de commenter l’actualité et pour le coup, elle est brulante : appel à manifestation demain à Paris, tous en noirs, parents et professionnels, pour enterrer la profession de sage-femme.

Sommes-nous moribondes ?

En France, le suivi de la grossesse et de ses suites est assuré par de couteux spécialistes au sein d'établissements de soin sur-équipés. La clinique* est remplacée par les examens complémentaires, les pathologie sont traitées plutôt que prévenues, le stress généré par notre indisponibilité vient perturber la physiologie, les dépassements d'honoraires se banalisent. L'actuelle prise en charge de la maternité est surmédicalisée, anxiogène et onéreuse.
Ailleurs, la sage-femme est la professionnelle référente en début de grossesse, chargée de l'éventuelle orientation des femmes vers le praticien compétent en cas d’antécédents particuliers ou de complications justifiant un suivi plus spécialisé.

Ici,
Les compétences des sages-femmes sont méconnues du public; (l’UNCAM s’était engagée en 2007 à communiquer sur le sujet, nous attendons toujours ! )

De nombreux actes réalisés en structure par des sages-femmes sont invisibles car signés par des médecins pour être mieux tarifiés.

Les obstétriciens privés interviennent lors des naissances physiologiques afin de pouvoir coter l'accouchement.

Les sages-femmes libérales, cantonnées à certains actes, sont toujours dans l’attente d’être partenaires à part entière du système de soin.

Les sages-femmes salariées sont surchargées, pressurées et se découragent de ne pouvoir exercer le métier qu’elles avaient choisi.

Les maisons de naissance promises de longue date ne voient pas le jour.

L'accouchement à domicile est ostracisé.

Les parents enfin, les parents surtout, malmenés, écartelés entre de nombreux intervenants, dirigés plutôt qu'écoutés, perdent confiance.

La liste serait encore longue…

Alors oui, les sages-femmes sont en souffrance et ont toutes les raisons d’aller manifester.

Mais ne nous contentons pas de réclamer des "sous" au risque de sacrifier ceux dont nous sommes censées prendre soin sur l’autel de notre rémunération. En 2001, un mouvement massif, unissant l'ensemble de la profession, revendiquant d'autres conditions de travail pour améliorer la qualité de notre accompagnement s'est éteint avec quelques augmentations.

Ce mouvement doit s'inscrire dans une large réflexion ; dénoncer combien les besoins et désirs des couples sont laminés par nos prises en charge standardisées, exiger une autre organisation des soins, construire un projet de santé axé sur la prévention et la complémentarité de tous les professionnels concernés.

Mobilisons nous d'abord pour revendiquer toute notre autonomie, toute notre place, pour exercer au mieux.

Nous pourrons ensuite exiger une plus juste rétribution de notre travail, aisément financée du fait des économies générées par une prise en charge "douce".

*au sens d'examen clinique

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12 juin 2010

Apparences

Coup de fil en milieu d'après midi, une femme inconnue souhaite un rendez-vous rapide. Sa compagne a accouché il y a quelques semaines et l’allaitement se révèle difficile. Leur bébé pleure beaucoup, ne prends pas assez de poids. Inquiétude, fatigue, elles sont à bout. De passage chez des amis, ils leur ont suggéré d’appeler le cabinet.

Je les accueille un peu plus tard. L’une très grande, costaud, carrée, cheveux coupés très court, vêtue d’un jean informe et d’une très large chemise à carreau, porte une mallette métallique qui évoque les valises de bricolage. L’autre, petite, fluette, une longue mèche de cheveux balayant son visage, me présente leur bébé lové contre son pull moelleux.

Je ne peux avoir de certitude quant à la mère « biologique » mais, au vu de leur présentation respective, la distribution des rôles me parait évidente. Ne voulant pas donner le sentiment d’un jugement arbitraire, je prends soin lors de nos premiers échanges de ne pas sembler désigner celle qui allaite. 

Bien m’en a pris car au fil de la discussion, je comprends mon erreur. Celle qui vient d’accoucher est la plus grande … et lorsqu’elle ouvre sa boite à outil, c’est un tire-lait qui apparait.

Penaude, je me surprends en flagrant délit d'inepte préjugé.

Nous passons un long moment à décrypter les difficultés de cet allaitement. Inquiètes pour leur bébé, elles me semblent avoir été plutôt mal conseillées, notant avec attention les tétées, n’osant pas s’affranchir d'un délai minimal de deux heures, tentant de stimuler la lactation avec un tire-lait, évidemment sans résultat puisque l’appareil, devenu baromètre de la production maternelle, est le lieu de toutes les tensions. D'évidence, il faut d'abord restaurer leur confiance.

Nous reprenons tout cela posément, pesons le petit qui s’est réveillé entre temps. J’accompagne ensuite sa mise au sein pour observer sa position et sa succion. Le bébé tète avec application, sous le regard attentif et ému de ses parents. Quelques phrases rassurantes sur son tonus, son éveil et autres signes positifs évidents les apaisent.
Je propose encore quelques pistes. Il faudrait nous revoir mais elles repartent très tôt le lendemain.

Au moment de me régler, elles tendent une carte bancaire. Je n’ai pas de lecteur de carte, elles n’ont pas de chéquier. L’une et l’autre s’affairent à vider leur fond de poche pour réunir les 17 euros de la consultation.
Malgré leur recherche appliquée, le compte n’y est pas tout à fait. Elles s’en désolent et me demandent de leur indiquer la banque la plus proche. Il est déjà tard, j’ai encore un rendez-vous qui m’attend mais surtout cette rencontre a été lumineuse. La qualité de leur présence, leur extrême attention l'une à l'autre et à leur enfant m’ont plus que touchée. J'assure que je ne suis pas à quelques euros près et leur souhaite une belle route.

Je reçois le couple suivant, le dernier de la journée. Plus tard, j’entends encore deux fois le grelot de la porte, m'informant que quelqu’un est entré et reparti. Rien d'étonnant, divers documents sont à disposition et chacun peut venir les emprunter.

En raccompagnant les parents, j’aperçois une enveloppe posée sur un fauteuil de la salle d’attente. Signée de leurs deux prénoms, elle contient un billet de banque et juste un mot, "merci".

Elles ont pris le temps d'errer dans cette ville inconnue pour trouver un distributeur puis de revenir jusqu’au cabinet déposer cette enveloppe.
J'ai reçu ce soir là bien plus que quelques euros manquants.

Merci à vous pour cette si belle rencontre.

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08 juin 2010

Captives

Un arrêté listant les contraceptifs oraux pouvant être renouvelés par prescription d'un infirmier ou délivrés par les pharmaciens sur présentation d'une ordonnance à la validité expirée vient de paraitre.
Pardon pour cette peu élégante introduction mais je souhaite être précise. En terme plus clairs, les femmes se retrouvant à court de pilule pourront être dépannées de quelques plaquettes, le temps de prendre rendez-vous et d'obtenir l'ordonnance ad hoc.
Même si l'on ne peut nier une certaine imprévoyance - quoi de plus prévisible en effet que la fin d'une plaquette de 21 ou 28 comprimés - permettre aux distraites de ne pas interrompre leur contraception ne se discute pas.

Le vertueux Ordre des médecins s'en indigne pourtant ! Dans son communiqué, les termes choisis "risque", "prise en charge dégradée" fustigent sans nuance cette nouvelle disposition. Voici à nouveau brandi l'étendard de la mauvaise qualité des soins. Le risque principal pour les femmes ne serait-il pas de devoir recourir à l'IVG ?

« Le texte réglementaire ne prévoit aucune obligation pour le pharmacien ou l’infirmier d’inscrire sur l’original de l’ordonnance la date et la durée du renouvellement ainsi que de le signer». La formulation laisse à penser qu'une femme pourrait se voir éternellement délivrer ses plaquettes à condition d'avoir disposé, un jour, d'un premier laissez-passer.

Pourtant un texte, cité dans l'arrêté, encadrant le renouvellement d'un traitement chronique par les pharmaciens a été publié en 2008. Il y est clairement précisé que ce renouvellement ne peut avoir lieu qu'une seule fois, au vu de l'ordonnance, en le mentionnant sur celle-ci et avec le plus petit conditionnement disponible. Les femmes ne peuvent donc espérer prolonger leur prescription que de un à trois mois. Il ne s'agit pas là de les détourner d'une consultation mais de leur laisser le temps d'obtenir un rendez-vous.

Heureuse surprise, ce même communiqué cite les sages-femmes, pour une fois associées aux médecins comme garantes d'une prescription de qualité. J'aurais aimé qu’il fasse preuve d'une pareille exigence lorsque les députés nous ont refusé la surveillance biologique de cette même contraception. Cet accès soudain de solidarité vise sans doute à ce que leur indignation paraisse moins corporatiste...

Pour finir, sous prétexte de s'assurer de l'innocuité du traitement, l'Ordre propose de noter la mention "non renouvelable" sur l'ordonnance afin de s'assurer de la bonne captivité de sa clientèle. Devons nous comprendre qu'il s’attache plus à la santé des cabinets médicaux qu’à celle des femmes ?

Heureusement, nombre de médecins ne se reconnaissent pas dans cette position et continueront à délivrer des ordonnances sans mention restrictive. Pour les femmes suivies par des praticiens moins conciliants, je rappelle que les sages-femmes assurent également le suivi gynécologique et la prescription contraceptive...

Les communiqués et autres articles concernant la santé des femmes ou l'exercice des sages-femmes se bousculent actuellement. Pas le temps de commenter l'un qu'il faut déjà se préoccuper du suivant. Situation intéressante mais qui m'éloigne de la rédaction d'autres textes témoignant de l’expérience quotidienne. Promis, j'y reviens dès que possible...

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06 juin 2010

CHIVA pas

Extrait d'un article disponible ici : «Le CHIVA n'est pas un établissement ouvert»
Claude Lavigne, directeur du centre hospitalier du Val d'Ariège, explique les raisons de son refus à l'ouverture de la maternité de cet établissement aux sages femmes libérales : «La périnatalité est une activité fortement encadrée par les pouvoirs publics. Notamment via le plan périnatalité ou le schéma régional d'organisation sanitaire qui ne prévoit pas l'intervention de sages-femmes libérales au sein du plateau technique d'un établissement titulaire d'une autorisation d'activité périnatale comme le nôtre. En fait, le SROS demande de favoriser les alternatives à l'hospitalisation, ce que nous faisons à la maternité en autorisant, chaque fois que cela est possible et selon un processus réglementé, des sorties précoces pour les mamans. La loi Hôpital/Patient/Santé ne remet pas en cause le plan périnatalité qui impose une règle sanitaire dans l'enceinte des établissements de santé avec du personnel réglementé obéissant à une organisation de service donnée.
Je ne nie pas l'importance des revendications portées par les sages femmes libérales, ni celles des mères qui nous font la même demande ; mais dans l'état actuel des textes, y répondre favorablement relèverait d'une expérimentation dans laquelle le CHIVA ne peut s'engager : il ne peut laisser conduire un processus de naissance dans son bloc technique par des professionnels extérieurs agissant en toute indépendance, c'est une question de responsabilité à la quelle il faut ajouter la probable désorganisation d'un service dont l'activité est dense (1 000 accouchements par an). Dans le système actuel, l'hôpital n'est pas un établissement ouvert. S'il venait à changer par la volonté du législateur, le CHIVA en tiendrait compte dans son nouveau projet d'établissement».

Tout est dit dans cet article. Accoucher à domicile est souvent un choix murement pensé et préparé mais il est parfois un choix contraint. Parents et sages-femmes se retrouvent alors à choisir la naissance à la maison par défaut, faute d’alternatives - maisons de naissance, accès aux plateaux techniques – permettant un accompagnement global. Situation inconfortable au vu de la défiance de nos « partenaires » des réseaux périnatalité transpirant - à grosses gouttes ! - entre les lignes de cet article.

Que demandent ces sages-femmes ? Être accueillies au sein de la maternité, y accompagner lors de l'accouchement les femmes, les couples qu’elles suivent depuis le début de la grossesse et partir quelques heures plus tard poursuivre le suivi postnatal à la maison. Il ne s'agit là que d'exercer le métier pour lequel elles ont été formées.

Cela devrait faire la joie de leurs interlocuteurs. Bien au contraire, l'accès au plateau technique nous est régulièrement refusé par les maternités et je ne peux que me désoler devant les arguments utilisés ici pour expliquer leur position.

Petite analyse de texte car tous les mots ont leur importance…
«Le plan périnatalité ou le schéma régional d'organisation sanitaire (…) ne prévoit pas l'intervention de sages-femmes libérales au sein du plateau technique d'un établissement titulaire d'une autorisation d'activité périnatale comme le nôtre».
Méconnaissance des textes ou mauvaise foi ? - je penche pour la seconde hypothèse  - L'argument légal se voudrait incontournable mais il est faux. La Loi HPST (article L. 6161-9), précise au contraire : "Un établissement de santé ( …) peut être admis par le directeur général de l’agence régionale de santé à recourir à des professionnels médicaux et auxiliaires médicaux libéraux dans la mise en œuvre de ses missions de service public et de ses activités de soins. (…)".

« Ne pas laisser conduire un processus de naissance » Cette façon de présenter notre travail le trahit. La première fonction des sages-femmes est d'accompagner ce "processus" et de s’assurer qu’il se déroule normalement, non pas de le conduire. Nous sommes aux cotés des femmes, de leur utérus, de leurs hormones... et de leur inconscient.
Les sages-femmes pratiquant l’accompagnement global misent d'abord sur la prévention. Elles s’appuient sur les compétences des mères, s'attachent à ce que rien ne viennent les perturber, et considèrent l'accouchement comme un phénomène physiologique. De fait, il ne nécessite souvent pas d'autre intervention que leur présence attentive.
La médecine française part du postulat inverse : l'accouchement est une situation à risque et chacun pourra se féliciter de sa chance si aucune complication n’intervient. Postulat confirmé ici par l’emploi de «bloc technique» pour désigner les salles de naissance, visant à souligner la complexité et la technicité requises pour prendre en charge ce fameux processus.

«Par des professionnels extérieurs agissant en toute indépendance». Quel est le problème ? Les professionnels médicaux, extérieurs ou pas à la maternité, exercent en toute indépendance, les sages-femmes également. Libérales ou salariées, nous sommes pleinement responsables de nos actes et cela est inscrit clairement dans notre code de déontologie (Article R4127-348). Par ailleurs, les quelques sages-femmes libérales ayant accès à une maternité ont signé une convention avec l'établissement afin de préciser les modalités de cette collaboration.

«La probable désorganisation d'un service dont l'activité est dense». Mauvaise foi criante ! Il ne s’agit pas de densifier l’activité mais de l’organiser autrement. Que je sache, l’ouverture d’un plateau technique ne multiplie pas les grossesses. Il n’y aurait pas plus de naissances au sein de l’établissement mais une partie des accouchements seraient réalisés par des sages-femmes libérales plutôt que salariées.

Les libérales sont clairement accusées d'être des électrons libres, voire irresponsables. Les maternités fonctionnent selon les règles et protocoles établis au mieux collégialement, au pire par le seul chef de service. Docilité serait mère de sureté. Aux dernières assises des sages-femmes, il a pourtant été souligné que l’application systématique d'un protocole ne dédouanait en aucun cas le professionnel de sa responsabilité en cas d'incident... Préserver notre libre arbitre pour savoir s'adapter à chaque situation sans suivre aveuglément un protocole est une absolue nécessité. N'avons-nous pas tout à gagner en confrontant nos savoirs et nos savoirs-faire ?

Les sages-femmes salariées de l’établissement devraient s'indigner devant ce refus. Ouvrir le plateau technique à leurs consœurs extérieures permettrait de les dégager d’une partie de leur travail pour mieux se consacrer aux autres femmes.
Ce serait concevoir qu’il y a de multiples façons d’accompagner les naissances et reconnaitre le droit des parents à décider de la façon dont ils veulent vivre ce moment fondateur .
Ce serait réfléchir ensemble à nos prises en charge et à la complémentarité de nos exercices.
Ce serait faire entendre la voix des sages-femmes, praticiennes qualifiées, autonomes, responsables, mais trop souvent soumises.
Ce serait décréter ensemble que la vie ne se formate pas et que chacune, à notre façon, dans notre exercice quotidien, cherchons à exercer au mieux, au plus juste, au plus vrai.

Pure utopie ?

Posté par 10lunes à 09:47 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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