Ils ont différé leur projet d’enfant de quelques années, le temps d’installer solidement leur vie professionnelle. Elle vient de créer son entreprise, s’inquiète de parvenir à forger sa clientèle, de pouvoir rembourser ses charges.
Un oubli de pilule peut-être, ou une prise de médicament contre indiqué… en tout cas un dérapage dans une contraception suivie et bien acceptée.

Les nausées, la fatigue, la tension de ses seins l’ont alertée. Sans y croire, elle se procure à la pharmacie voisine un test de grossesse. Elle espère y trouver la confirmation de son délire. La découverte du petit + les anéantit.
Recourir à l'IVG leur apparait alors comme une douloureuse évidence.

Pourtant, lorsqu’ils viennent me voir pour la première fois, ils n’hésitent presque plus à poursuivre la grossesse. Cette maternité vient bouleverser tous leurs projets mais ils pensent maintenant aux cellules grandissant au creux de son ventre comme à leur bébé.

Quelques semaines passent encore et je signe la déclaration de grossesse. Cet enfant sera le bienvenu.

Nous nous revoyons, souvent, car des saignements répétés viennent l’inquiéter.
La première fois, nous mettons ces pertes brunes sur le compte d’un col un peu fragile après un rapport sexuel… Mais les saignements se reproduisent, chaque fois un peu plus abondants, un peu plus écarlates. L’échographie demandée pour vérifier le placenta ne décèle rien d’anormal.

Nous nous rassurons.
Ce bébé "non désiré" est maintenant très attendu.

Puis elle m’appelle en pleurs ; elle perd beaucoup de sang et est hospitalisée en urgence. Après quelques jours de repos, les pertes semblent se tarir, l’échographie ne révèle rien de particulier et sa sortie est acceptée. Mais elle saigne à nouveau, revient en maternité pour être surveillée attentivement. Les échographies se suivent pour tenter de comprendre la cause de ces hémorragies. Un jour, on accuse le placenta, placé trop bas, le surlendemain, on affirme au contraire qu'il est loin du col utérin. La médecine ne sait rien, ne peut rien et ses allers retours à l'hôpital se répètent.

Elle espère un moment pouvoir reprendre son travail mais le repos strict est la seule thérapeutique proposée. Elle respecte scrupuleusement la consigne bien que cela mette en péril sa jeune entreprise.

Son absence forcée risque pourtant d'être écourtée. Les saignements ont redoublé et personne à la maternité ne semble très optimiste sur la poursuite de sa grossesse.

Elle est à 6 mois.