30 octobre 2010

Fière d'être lobbyiste

L' article 40 a été adopté par nos députés.

Ce n'est encore que l'esquisse d'un début de victoire... Le Sénat doit se prononcer ensuite, puis une commission mixte paritaire, puis il faudra un nouveau vote des sénateurs et des députés.
Si tout va bien jusque là, nous devrons encore nous inquiéter des possibilités de financement et des difficultés d'assurance. Par ailleurs, le décret fixant les modalités de fonctionnement s'annonce, au vu des débats, extrêmement restrictif. Enfin, c'est Roselyne Bachelot elle même qui, comme elle l'a énoncé avec conviction, délivrera ou annulera les autorisations d'ouvertures. (Ne ferait-elle d'ailleurs pas preuve de trop d'optimisme ? Il y a, me semble-t-il, du remaniement dans l'air...)

Il est donc un peu tôt pour se réjouir totalement. Mais ne boudons pas notre plaisir, ce dossier qui passe de ministre en ministre comme une patate chaude depuis 12 ans a enfin été débattu sur les bancs de l'assemblée...
Débats édifiants, que je vous encourage à aller visionner ici (29/10/10, 2ème séance: PLFSS 2011-suite).

Je reviendrai très certainement sur les interventions une fois que la retranscription écrite en sera disponible. Je me suis retrouvée tour à tour découragée, impuissante, furieuse, et parfois, rarement, en accord avec ce qui s'est dit hier après-midi.
Dérives sectaires, nécessité de contrer le développement de l'accouchement à domicile, parallèle entre création de maison de naissance et fermetures de maternité, dangers de l'accouchement, urgences imprévisibles, choix couteux à l'heure des économies ... tous les arguments habituels y sont passés, cortège convenu d'approximations, amalgames et autres assertions erronées démontrant leur méconnaissance du dossier.

Je vais me contenter d'évoquer une phrase de Guy Lefrand, député UMP de l'Eure. Il a brandi un courrier - se gaussant au passage des fautes d'orthographes qu'il contenait - et s'est dit "inondé de mails d'un groupe de lobby venant d'on ne sait trop où". Le ton était dédaigneux ; ce lobby venu de nulle part évidemment méprisable.

Oui Mr Lefrand, parents et professionnels ont fait pression pour se faire - enfin - entendre des élus de la nation.
Et nous en sommes fiers !


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27 octobre 2010

Logique législative

J'aimerais bien venir relater ici une histoire un peu singulière, l’une de celles qui m’ont touchée, fait rire ou pleurer, habitée de longs jours, parfois de longs mois… mais l'actualité m'en empêche.
Nos députés décidément très occupés s'apprêtent aussi à réviser les lois de bioéthiques.
Les évidences des uns n'étant pas celles des autres, les attentes opposées s’entrechoquent. Ce dossier est complexe, très.
Aussi ne vais-je évoquer ici qu'un détail de ce projet de loi.

Deux textes s'opposent actuellement dans la définition de nos compétences. L'un des articles du code de la santé publique nous autorise à prescrire tous les examens en rapport avec notre exercice. Un autre article de ce même code précise que l'information et le recueil de consentement, obligatoires avant toute prescription de dépistage génétique, ne peuvent être réalisés que par un médecin. Lors d’un suivi de grossesse, la plupart des sages-femmes se réfèrent au premier texte mais cette contradiction législative méritait d'être réglée.
La révision des lois de bioéthique était attendue pour remédier à cette incohérence. Mais, encore une fois, le lobby médical s’inquiète de nous voir empiéter sur son territoire et nous enlève de la main droite ce qu’il semble nous donner de la main gauche…

En introduction du texte de loi, une première phrase peut nous alerter : « Cet article clarifie en outre la possibilité pour les sages femmes de prescrire les marqueurs sériques maternels mais, en cas de risque avéré, le résultat de l’examen devra être rendu à la femme enceinte par un médecin ».

En bonne élève, je vais chercher l'article 9 du titre III ainsi présenté. Il précise « Sous réserve de l’alinéa suivant, le prescripteur, médecin ou sage-femme, communique les résultats de ces examens à la femme enceinte et lui donne toute l’information nécessaire à leur compréhension. » Voilà qui semble clair et tout à fait satisfaisant.

C’est sans compter l'alinéa !
«En cas de risque avéré, le médecin communique lui-même les résultats et, le cas échéant, oriente la femme enceinte vers un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal.»

Pour les deux du fond à coté du radiateur qui ne suivent pas, je développe :
Mme Savabien fait suivre sa grossesse par une sage-femme.
A la fin du premier trimestre de la grossesse, la sage-femme lui propose (c'est obligatoire) le test de dépistage du risque de trisomie 21. Les parents décident ensuite de le réaliser ou pas. S’ils acceptent, la sage-femme va prescrire le test.
Elle va ensuite expliquer à Mme Savabien que les résultats sont obligatoirement adressés au prescripteur (la sage-femme, vous suivez toujours ?).
Mme Savabien va légitimement s'enquérir des modalités de communication de ces résultats.

C'est ici que la subtile incohérence du scénario envisagé par ce projet de loi se révèle à nous.
- "Ah ben si tout va bien, je vous préviens.
- Et s’il y a un problème ?
- En cas de problème, je ne suis pas habilitée à vous communiquer les résultats. Dans ce cas je vous informerai que vous devez contacter votre médecin"

....

Conformément à ce projet de loi, nous ne l’aurons pas informée.
Mme Savademoinsenmoinbien n'aura plus qu'à mariner dans l'attente de son rendez-vous avec le médecin, médecin à qui nous devrons communiquer nous même les résultats puisqu'il n'est pas le prescripteur...

Encore une fois, je ne souhaite aucunement bouter les médecins hors de France. En cas de besoin, j'informe parents et gynécologue et précise aux premiers les conditions du suivi avec le second. Là s'arrête mon rôle. Mais prendre ce temps avec les couples qui m'ont fait confiance me semble un devoir incontournable.


Bon c'est pas tout ça, mais une nouvelle vague de mails est attendue (la première semble avoir très bien marché). Vous pouvez reprendre le nouveau courrier type ci dessous ou vous en éloigner... Un peu de diversité ne nuit pas ! Mais l'accusation d'insécurité étant le principal motif de l'opposition de nos élus, il est préférable de conserver l'argumentation présentée dans la réponse.

Objet : Article 40 du PFLSS - Expérimentation des Maisons de Naissance en France

Madame la Députée / Monsieur le Député,

Citoyen de votre circonscription, je me permets de vous interpeller à nouveau au sujet du PLFSS 2011 qui va être débattu et voté à l’Assemblée Nationale et plus particulièrement au sujet de l’article 40 relatif à la mise en place en France d’une expérimentation des Maisons de Naissance attenantes.

En tant qu’usager/usagère du système de santé, je soutiens ce projet car les maisons de naissance assurent les mêmes conditions de sécurité que les structures hospitalières grâce à la sélection (initiale et continue) des grossesses physiologiques et grâce à la mise en œuvre de l’accompagnement global à la naissance.

En effet, les maisons de naissance sont destinées à accueillir uniquement les femmes présentant une « grossesse à  bas risque » selon les critères définis par la Haute Autorité de Santé en  2007.Le bas risque sera évalué tout au long de la grossesse, et toute modification de ce niveau amènera un transfert vers la maternité partenaire.

D’autre part, dans une maison de naissance, l’accompagnement est global, c’est-à-dire qu’il associe une femme (un couple) et une sage-femme du début de la grossesse à la fin du post partum. Ce suivi personnalisé n’a pas d’équivalent dans les pôles physiologiques que proposent certaines maternités ; il participe à la sécurité de cette prise en charge.

Enfin, nous tenons à souligner que les sages-femmes exercent une profession médicale ; leur formation leur apporte toutes les compétences pour assurer le suivi autonome d’une grossesse et d’un accouchement à bas risque.

C'est pourquoi je vous prie vivement de soutenir cet article lors du débat plénier à l’Assemblée Nationale et vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Députée / Monsieur le Député, de l’expression de ma haute considération.

Signature.




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22 octobre 2010

Soutenir

J'évoquais dans mon dernier billet les amendements demandant le retrait de l'article 40 du PLFSS. Ils devraient être examinés le 26 octobre prochain.
Je ne suis pas sans savoir que d'autres débats animent en ce moment les bancs de l'assemblée. En comparaison de ce qui se joue actuellement, la non ouverture de maison de naissance ne serait qu'un épiphénomène, je le concède volontiers.

Mais si ce type de projet vous tient aussi à cœur, vous pouvez, entre deux manifestations, adresser un mail à votre député(e).Vous trouverez ses coordonnées ici

Mail type à envoyer à votre député(e) :

Objet : Article 40 du PFLSS - Expérimentation des Maisons de Naissance en France

Madame la Députée / Monsieur le Député,

Citoyen de votre circonscription, je me permets de vous interpeller au sujet du PLFSS 2011 qui va être débattu et voté à l’Assemblée Nationale à partir de la semaine prochaine, et plus particulièrement au sujet de l’article 40 relatif à la mise en place en France d’une expérimentation des Maisons de Naissance.

En tant qu’usager/usagère du système de santé, je soutiens ce projet car il permet, entre autres :
- l’offre d’un suivi personnalisé et continu par des sages-femmes (une même sage-femme pour un couple du début de la grossesse à l’accouchement) qui, si cela s'avère nécessaire, en référeront à des professionnels extérieurs
- l’offre d’un lieu sécuritaire pour accoucher : les sages femmes ont l’entière compétence pour le suivi des grossesses et accouchements à « bas risque ».

Les maisons de naissance existent dans de nombreux pays (Canada, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Suisse ...) et de nombreuses études montrent qu’elles offrent toutes les conditions de sécurité pour les femmes et nourrissons.

C'est pourquoi je vous prie vivement de soutenir cet article lors du débat plénier à l’Assemblée Nationale et vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Députée / Monsieur le Député, de l’expression de ma haute considération.

Signature.

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20 octobre 2010

Démocratie

Que font en ce moment nos députés quand ils ne s’apprêtent pas à voter la réforme des retraites malgré la mobilisation populaire ?
Ils déposent des amendements.

Le 13 octobre dernier, le PLFSS proposait, dans son article 40, d’expérimenter les maisons de naissance.  "Art. L. 6122-19. – À partir du 1er septembre 2011 et pendant une période de deux ans, le Gouvernement est autorisé à engager l’expérimentation de nouveaux modes de prise en charge de soins aux femmes enceintes et aux nouveau-nés au sein de structures dénommées « maisons de naissance » où des sages-femmes réalisent l’accouchement des femmes enceintes dont elles ont assuré le suivi de grossesse, dans les conditions prévues aux articles L. 4151-1 et L. 4151-3. Ces expérimentations ont une durée maximale de cinq ans."

Saluons ce pas en avant.. et évitons d’ergoter sur le fait que le groupe de travail créé au ministère de la Santé pour rédiger le cahier des charges de cette expérimentation ne s’est pas réuni depuis 2006, que la première proposition de rédaction avait fait l’unanimité contre elle et que personne parmi les professionnels impliqués dans les projets, les associations de sages-femmes ou les représentants des parents ne semble avoir été consulté ni même informé du contenu du futur décret. La fin octobre, période où ce projet de loi doit être débattu, peut se révéler riche en surprises, bonnes ou mauvaises…

Rien n’est gagné donc mais déjà, certains dénoncent sans vergogne la mise en cause de la santé des femmes et des nourrissons. (à lire ici à partir de la page 90).

Pas moins de quatre demandes de suppression de ce fameux article 40 ont été déposées par huit députés ( M.Billard, J.Fraysse, M.Gremetz, G.Lefrand, C.Leteurtre, M.Muzeau, JL.Préel et D.Tian).
Trois autres amendements souhaitent préciser les modalités de fonctionnement ( grossesse sans situation à risque ou à faible niveau de risque - attenance à une maternité - convention passée avec un établissement de santé attenant autorisé à l’activité de la gynéco obstétrique )

L'accusation de mise en danger revient comme une ritournelle. Par exemple : "L’absence de garanties de nature à préserver un haut niveau de sécurité des soins prodigués aux parturientes et aux nourrissons s’oppose en effet à la mise en place de cette expérimentation". Ou : "La littérature médicale récente montre en effet que la pertinence de la grossesse à bas risque est très difficile à établir et que tout accouchement peut exiger une prise en charge pluridisciplinaire en urgence, ce que ne permettrait pas les maisons de naissance."

Nos députés font fi des études internationales prouvant la sécurité de ces structures.
Ils dédaignent l'expérience de nombreux autres pays, pourtant aussi soucieux que les français du bien des femmes et des enfants.
Ils oublient que la mise au monde est un phénomène intime et familial autant que médical.
Ils négligent la demande grandissante des parents de bénéficier d'une forme d'accompagnement tout aussi sécuritaire mais moins technicisée que la prise en charge hospitalière.

Les maisons de naissance n'ont pas vocation à accueillir l'ensemble des accouchements. Elles élargissent l'offre de soin, désengorgent des maternités surchargées, diminuent les coûts de prise en charge tout en répondant à une attente grandissante des familles.
N'est ce pas suffisant pour en accepter l'expérimentation ?

Rester sourd à la volonté citoyenne est un phénomène décidément bien répandu.

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19 octobre 2010

Eléments de langage

Les entretiens de Bichat des sages-femmes ont changé de lieu. Ils quittent l’ambiance solennelle quoiqu'un peu datée de la maison de la chimie pour le palais des congrès. Immense temple de verre, marbre et bois blond, ostentatoire plus que majestueux.

Le premier thème de la matinée «Agir en toute  physiologie » m’est cher ; perdue dans le dédale de couloirs et d'escaliers roulants à la lenteur confondante, je rate le début des interventions. L'exposé en cours compare les modalités de création d’un "espace physiologique" au sein de deux maternités. Le suivant concerne l’expérience d’un établissement parisien organisant les suites de couche en secteur physiologique (accueillant moins de la moitié des accouchées ! ) et secteur qualifié de haut risque. Ces présentations se concentrent sur les stratégies de mise en place, l’organisation des professionnels, les horaires des professionnels, la satisfaction des professionnels. Nous ne saurons rien de ce que vivent les parents au sein de ces services.
Le débat qui suit devrait pouvoir nous éclairer mais le dispositif permettant d'intervenir est décourageant. Seuls trois micros sur pieds sont disposés dans les allées. Il faut donc se lever, déranger l’ensemble des personnes assises dans la rangée, pour aller se dresser sur la pointe des pieds (les micros sont réglés pour des géants) afin de pouvoir être entendu.
Les échanges seront brefs et ne nous diront rien du vécu parental.

Suit la pause. Les couloirs bruissent de voix très majoritairement féminines. Une jeune sage-femme, accueillie en stage au cabinet pendant sa dernière année d'étude vient à ma rencontre. Passionnée par son métier, elle est pleine d’espoir pour l’avenir et persuadée que le regard des professionnels sur la physiologie évolue. Pour m'en convaincre, elle raconte la création, dans la maternité où elle exerce, d'une salle de "déambulation".

Déambulation... qu'en termes choisis ces choses là sont dites ! Cette salle ainsi nommée me semble exemplaire de nos dysfonctionnements actuels. La prise en charge de l’accouchement ne peut s'entendre que rigoureusement encadrée par divers protocoles, règles strictes et techniques reconnues. La naissance physiologique ne saurait s'en dégager.

Ainsi, il ne peut être question de s'appuyer simplement sur le ressenti des femmes. Dédier spécifiquement un lieu à la marche permet d’introduire une rigueur toute médicale dans un espace d’improvisation possible ; inconcevable autonomie, potentielle source de désordre… Une femme en travail ne peut se mouvoir au gré de ses envies.
Elle déambule dans la salle prévue à cet effet.

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15 octobre 2010

Pour Octobre rose

Nous préparons ensemble la naissance de leur troisième enfant. Son compagnon est aux petits soins, prévient la moindre de ses demandes, lui épargne toute fatigue inutile. Traits tirés, regard las, elle parle peu et ne livre rien d'elle.

Pourtant, à la veille de son accouchement, au détour d’un échange anodin sur l’allaitement, elle confie qu’elle est atteinte d’une tumeur du sein. Se défiant de la médecine conventionnelle, elle suit un traitement à base de plantes. Personne d’autre que son "thérapeute" ne la prend en charge. Ils lui font tous deux aveuglément confiance. Pas de bilans, ni de chirurgie, de chimiothérapie ou de radiothérapie… Et ce n’est pas du fait de la grossesse ; la tumeur qui ronge son sein était là bien avant, elle a même hâté leur désir d'enfant. Non, le gourou l'a assuré, cette plaie ouverte qui suppure et creuse sa poitrine, c’est le mal qui s’écoule. Elle est sereine.

Elle fait ses pansements elle même et refuse tout examen. Comment tout cela a t-il pu échapper au médecin qui suivait sa grossesse ? Un coupable manque de vigilance ? Une barrière par elle trop bien dressée ? Ou notre stupide focalisation utérine ?

Lors de son séjour à la maternité, nous parvenons enfin à la convaincre de faire un bilan complet. Chacun espère qu'une fois mis en place, le traitement adapté saura la guérir.
Le diagnostic tombe, glaçant ; le cancer s'est généralisé, elle est condamnée à brève échéance.

Elle s’est encore battue plusieurs mois. La dernière fois que nous nous sommes vues, c'était dans son jardin. Allongée sur une chaise longue, elle était blottie sous un énorme édredon dans un trop pale soleil de printemps. Elle n’avait plus la force de s’occuper de son bébé mais demandait qu’on le lui pose au creux des bras. Il restait paisible, comprenant surement qu’il ne fallait pas trop exiger de cette maman là. Même ainsi, il fallait l’en décharger rapidement. Son simple poids l'épuisait.

octobre_rose

Octobre est le mois de sensibilisation au dépistage du cancer du sein.
Aujourd'hui en France, une femme sur huit risque de développer un cancer du sein : "anticiper", "prévenir", "sensibiliser" sont des actions qui permettent de limiter efficacement les conséquences de cette maladie. A lire ici

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12 octobre 2010

Tropiques

Le carrelage bleu turquoise ruisselle de vapeur d’eau. Le bassin du même bleu, creusé dans le sol, est presque rempli. Les volets sont baissés, la lumière tamisée, les bruits feutrés. Ils sont attendus.

Une petite erreur de conception nous oblige à une curieuse organisation. Les femmes souhaitant accoucher dans l’eau ont pour consigne de nous prévenir bien avant leur venue. En effet, en aménageant cette baignoire de grande capacité, nous n’avons pas prévu l'arrivée d’eau au débit adéquat… le remplissage est long, très long.

Une autre fois, au cœur de la nuit, un ballet joyeux s’était organisé. Toute l’équipe s’affairait avec cuvettes, seaux et même berceaux de plexiglas auprès des divers robinets de la maternité pour aller ensuite les déverser dans le bassin. Une femme arrivée en fin de dilatation voulait y donner naissance à son bébé. Elle avait pu se glisser dans le bain chaud juste à temps…

Ce jour là, nous avons reçu la consigne bien assez tôt et l’eau coule depuis un long moment. 

Ils arrivent à petits pas. Elle est déjà repliée sur elle-même, à l’écoute des violents signaux envoyés par son corps. Nos échanges sont rythmés par le flux et le reflux de ses contractions.

Les accueillir d’abord ; moment complice où l’on se réjouit de ce heureux hasard qui nous fait nous retrouver. S'enquérir de ses sensations, de ses besoins, de ses envies. Sourire au compagnon qui a, pour évacuer son stress, inutilement minuté les contractions. Ne pas déroger à l’incontournable bilan médical, enregistrement du cœur fœtal, prise de tension, toucher vaginal.

Une fois ces formalités accomplies, ils se dirigent vers le bain tant attendu. Elle termine de se dévêtir entre deux contractions, debout au bord du bassin, s’appuyant sur son homme, prévenant et attentif.
Elle tâte l’eau de la pointe du pied, prudemment, comme en bord de mer, lorsque l’on attend la prochaine vague en se demandant si elle ne sera pas trop froide.

Elle s’avance, descend une marche, puis une autre ; l’eau arrive à ses mollets. Une marche encore et elle pourra s’immerger. Une contraction l’interrompt. Elle appuie son avant bras sur le mur, l’autre main se crispe un peu sur l’épaule de son homme. Elle souffle longuement, les yeux mi-clos. La contraction se termine, son regard s'éclaire, et je m’attends à la voir franchir la dernière marche. Mais elle s’écrie brusquement « C’est pas mon truc ! ». Dans l'instant, elle fait demi-tour et sort du bain.
Elle évoquait pourtant son futur accouchement dans l’eau à chacune de nos rencontres. Faille si fréquemment présente le jour dit entre ce que l’on imaginait et ce qui est.

Elle termine son travail sur les coussins posés au sol, à proximité du bassin, sans jamais souhaiter y retourner. Peut-être n’avait-elle besoin que de l’ambiance ainsi créée, cette chaleur dégagée par le bain toujours plein, le fin brouillard des infimes gouttelettes en suspension, le carrelage tiédi et ruisselant... presque un autre monde.
Un peu plus tard, assise sur le tabouret d'accouchement, soutenue par son homme à genou derrière elle, elle donnera naissance à son petit dans cette atmosphère chaude et humide, quasi tropicale.

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05 octobre 2010

Si l’académie de médecine le dit…

J’apprends donc que les maisons de naissance «ont été mises en place à titre expérimental».
Et dire que nous n’étions même pas au courant !
Pour les très optimistes ou les très crédules, je rappelle que la deuxième vague de concertation promise en 2008 par le ministère de la santé n’a jamais débuté*.
L’utilisation du passé est donc plus qu’abusif. Un futur riche d’espoir, un conditionnel réaliste auraient été honnêtes…

Je ne relèverai pas - enfin si ! - le paternalisme et le mépris transpirant dans ces quelques mots  « Pour certaines associations féminines particulièrement activistes, la femme doit pouvoir accoucher "comme elle veut et où elle veut"».  Activiste ? Devons nous encore aller bruler nos soutiens-gorges sur la place publique pour faire entendre le droit des femmes à décider pour elles-mêmes.

Approximations hasardeuses, suggestions anxiogènes, références erronées, affirmations sans preuve … en procédant ainsi, le professeur Henrion discrédite quelque peu la très officielle académie de médecine.

Il s'empresse de citer l’étude de Wax dont j’ai déjà parlé ici
Mais aussi
- « 60% des  hollandaises sont dirigées vers des services hospitaliers avant le terme » ; l’accouchement à domicile ne concerne effectivement que 30% des naissances. Est-ce toujours du à des raisons médicales ou à des choix personnels ?

- « Les transferts en cours de travail sont d'ailleurs redoutés, le risque de décès de l'enfant étant alors estimé à 1% ». D'où proviennent ces estimations ? Dans quelles circonstances ? Parce que des anomalies des contractions utérines ou de la dilatation, une difficulté d’engagement… ben c’est pas des urgences hein. On transfère sur un  plateau technique, un point c’est tout.

- «Ce n'est donc pas (…)un hasard si la mortalité périnatale qui était de 52 pour 1 000 en 1952 est désormais inférieure à 7 pour 1.000, selon les mêmes critères ». 52/1000 est le chiffre de la mortalité infantile (dans la première année)…Qu’il compare à la mortalité périnatale, corrigée à 11/1000 en 2007 (mais depuis 2002, l’on prend en compte dans ces données des enfants nés très prématurément ).
Données disparates s’il en est ! Ces chiffres indiquent une nette baisse. Mais est-elle à mettre sur le compte des conditions de naissance ou de l’amélioration des conditions de vie ?

Je n'extrais que quelques passages mais l'ensemble de l'article est du même acabit.

Comme le temps me manque et qu'un certain nombre de professionnels de la profession passent par ici…une folle idée m’est venue : demander votre aide ! Je suis preneuse de toutes les études référencées permettant de démonter point par point son intervention.
Si nous donnions tous ensemble une belle leçon de rigueur médicale à ce professeur ?

* Selon un communiqué de  l'APM (Agence de Presse Médicale) en date du 30/09/2010: L'avant-projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2011,  prévoit l'expérimentation des maisons de naissance

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02 octobre 2010

Pour Ambre

Ambre est sage-femme. Ambre attendait un enfant. Parfois, la vie ne veut pas et Ambre pleure.
Elle ne devait pas pleurer assez fort aux yeux de l'anesthésiste puisque ce sombre idiot mais néanmoins "collègue" a démontré en trois lettres son impensable inhumanité*.


* comme le lien, ne fonctionne plus, j'ai demandé à Ambre l'autorisation de copier son texte ici.

Abruti d’anesthésiste
Publié le 1 octobre 2010 par ambresf

la grossesse qui ne s’évacue pas, malgré les médocs et les contractions.
l’épée de damoclès du bloc dans quelques jours.
et la consultation préventive d’anesthésie.

il prend une feuille, note mon nom, mon prénom, ma date de naissance, ma taille, mon poids.
et à côté du motif, écrit: « IVG »

en me disant: de toute façon, c’est la même chose.

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