28 février 2011

Conjugalité

Son utérus plongeant dans le bassin malgré un périnée plutôt tonique me laisse perplexe. Nous avons beau chercher, nous ne retrouvons aucun des facteurs de risques habituels.

Nous travaillons donc dans un demi-brouillard, espérant que ses symptômes s’amélioreront au fil des exercices.

Quelques rendez-vous plus tard, ma main se pose légère sur son ventre pour y ressentir les tensions, tout en l'écoutant préciser ses perceptions. Je découvre alors avec étonnement que chacune de ses paroles s’accompagne d’une puissante poussée du diaphragme. Notre conversation est pourtant calme, sans émotion particulière. Après quelques vérifications, il se confirme que cet appui accompagne systématiquement sa voix.
Nous tenons peut-être notre coupable !

Je lui propose d'associer rééducation périnéale, respiratoire et vocale et l’adresse, munie d’un courrier explicatif, à son gynécologue. C'est à lui de valider la prescription de séances d’orthophonie.

Le médecin est hésitant. Surpris par mon hypothèse, il préfère demander un autre avis.
Réfléchissant à haute voix, il annonce :
- Je vais d’abord en parler à ma femme… 
- ???

Découvrant son visage ébahi, il pensera alors à préciser que sa compagne est spécialiste en médecine physique et réadaptation.

 


Un excellent billet à lire ici sur "L'art d'accommoder les bébés", (sous-titré à sa première sortie "100 ans de recette de puériculture")  bouquin paru il y a trente ans et qui n'a pas pris une ride.

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23 février 2011

Cortège

A quelques jours du terme, ils attendent sereinement la naissance de leur premier enfant. Dernier passage à la maternité pour une consultation et une ultime séance de préparation à l'accouchement puis ils repartent chez eux, à une bonne trentaine de kilomètres.

Tard le lendemain soir, les premières contractions s'installent puis s'enchainent avec de plus en plus de force et de rapidité. Le temps de réaliser, de penser à partir et de réunir quelques affaires, ils sont dans leur voiture. Mais, à peine franchi le portail de leur ferme, l’envie de pousser la saisit… Il n'est plus temps d’aller à la maternité.
Ils choisissent avec sagesse de rester à la maison et de faire appel au médecin du village.

L’histoire se passe il y a presque 30 ans, à l’époque où le médecin de campagne, "corvéable" à merci, se déplaçait à toute heure du jour et de la nuit, disponible pour celui qui nait comme pour celui qui se meurt.

Le médecin les rejoint juste à temps pour voir le bébé naitre. Il ligature le cordon, recueille le placenta dans une bassine, certifie que tout va bien et qu’ils peuvent maintenant partir à la maternité pour les dernières formalités.
Puis il s’en va.

Les parents, décidément sereins, conviennent ensemble qu’il n’est pas utile de traverser la campagne au cœur de la nuit avec leur tout-petit. Nul ne les attend car la maternité n'est pas encore informée de la naissance. Autant, rester tranquillement à la maison jusqu'au lever du soleil.
Au creux du lit, protégés du froid par un édredon de plume, ils passent une nuit paisible, contemplant leur bébé qui tête le sein maternel avec vigueur.

Je les verrai arriver le lendemain matin.
Elle d’abord, grande, élancée, la chevelure opulente, son tout-petit, emmailloté de langes et de serviettes, blotti au creux de ses bras. Une couverture de laine brune enroule ses épaules et fait office de cape.
Lui tout aussi grand, tout aussi altier, marche juste derrière elle, les bras encombrés d’un objet que je n'identifie pas tout de suite.

C’est en m’approchant que je comprends leur curieux cortège.
Un des pans de la couverture se soulève au passage d'un lien nacré.
Lien aboutissant à la cuvette tenue par le père.
Cuvette contenant le placenta toujours relié au nouveau-né par le -long - cordon que personne ne s'est autorisé à couper.


Hier aux maternelles, un débat consacré aux maisons de naissance visible pendant quelques jours ici. L'occasion de faire un point sur l'absurdité du village gaulois résistant aux attentes de femmes et de couples toujours plus nombreux, de découvrir quelques images d'une structure belge ou celles d'un député québécois manifestant pour l'ouverture d'une MDN dans son quartier.
Et un grand merci à
Nadia Daam pour son coup de pub au blog dans la chronique suivant le débat !

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20 février 2011

Coups de fil

Dring
- Je suis enceinte de huit semaines et je suis très inquiète car je perds du sang. J’ai appelé mon médecin qui m’a dit de prendre rendez-vous pour une échographie mais c’est dans 3 jours.
Je ne peux rien faire de plus mais elle raccrochera 15 minutes plus tard, un peu apaisée d’avoir été écoutée.

Dring
- Je viens de recevoir un coup de massue
- Un coup de massue ?
- Oui, au sens figuré
(Je m’en doutais un peu ! ) Je sors de chez le médecin et il m’a prescrit une surveillance deux fois par semaine.
L'endocrinologue l’a menacée d’une mort fœtale si elle ne se conformait pas strictement à ses directives et l'a laissée partir en pleurs sans plus d'explication. Ce sera donc à moi de prendre le temps nécessaire pour la rassurer, aisément d’ailleurs car ses glycémies sont peu perturbées.

Dring
- J’ai accouché il y a 10 jours, j’ai vu mon gynécologue ce matin et il m’a dit que j’avais une descente d’organe.
Suivent une description précise de ses symptômes et de nombreuses questions sur l’évolution, la rééducation et une éventuelle chirurgie…
Que je tente d’interrompre sans succès en soulignant que si peu de temps après un accouchement, il s’agit plus d’un constat que d’un diagnostic définitif. Je raccroche en ayant le fort sentiment d’avoir terminé bénévolement pendant 20 minutes la brève consultation facturée par un autre.

Dring.
- Bonjour, je ne suis jamais venue chez vous et je voudrais savoir combien de temps à l’avance il faut vous appeler pour prendre des rendez-vous de rééducation périnéale ?
- ???
Au final, préparation suivie dans un autre cabinet qui a organisé la sélection des actes les plus rentables. La préparation à la naissance (92.22 € /45 mn)* c’est tout de suite, la rééducation périnéale (18.55 €/30mn) c’est dans au moins 6 mois…

Y a des jours où le travail coordonné des professionnels de santé semble un idéal inaccessible...

* Ce n’est pas toujours ainsi. La plupart des sages-femmes proposent des séances allant de 1h30 à 2 heures voire plus… pour le même tarif.

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16 février 2011

Question de genre

La profession de sages-femmes, féminine depuis la nuit des temps, s’est ouverte aux hommes en 1982. Une génération est passée depuis.
Les hommes sont pourtant restés très minoritaires (moins de 2 % !) jusqu’aux nouvelles modalités d'entrée dans les écoles. Depuis 2002, c’est en fonction de leur place au concours de première année de médecine que les étudiants peuvent choisir leur filière (médecine, dentaire ou maïeutique). Actuellement, les hommes représenteraient, selon les écoles, entre 13 et 20% des étudiants.

Pourtant, lors de récentes journées réunissant plus d’une centaine d’étudiants militants, le genre masculin était sur représenté.
Nous évoquons notre profession avec la même passion, dénonçons les mêmes dérives, espérons les mêmes évolutions. Mais je ne comprends pas pourquoi les hommes se montrent plus nombreux, plus mobilisés, pour défendre autonomie et reconnaissance professionnelle.

Du coup, je suis allée chercher un peu ce qui s'écrivait sur le sujet. Par exemple ce texte de Philippe Charrier sur l'intégration professionnelle des étudiants hommes sages-femmes.
Il propose cette explication : «Tout au long de leur formation, se dessine une logique de contournement symbolique des "compétences dites féminines". Elle peut se résumer de la manière suivante : à défaut de pouvoir posséder ces compétences, (…) ces hommes sages-femmes assurent symboliquement l’accouchement de la profession.(...) La plupart endossent un rôle maïeutique non seulement envers la parturiente mais aussi envers le groupe professionnel.»
Ainsi, les hommes chercheraient leur légitimité dans ce métier historiquement féminin en le sur-investissant.Théorie intéressante.
Mais il poursuit « Autrement dit, les hommes peuvent être des éléments déclenchant une réflexion des praticiennes sur leur propre travail».
Et là, mon sang ne fait qu'un tour. Nos représentants professionnels sont très majoritairement des femmes. Il n'y a qu'à se pencher sur la composition des conseils d'administration de nos associations et syndicats pour le vérifier.
Aussi souhaiterais-je vivement que l’on ne nous dénie pas la possibilité de réfléchir sans l'aide "d'éléments déclencheurs masculins" !!

Cependant, pour la génération montante, les choses semblent s’inverser.
Nous portons les mêmes idées et laisser les hommes défendre seuls la profession ne serait pas forcément la trahir.
Juste réitérer un partage des rôles éculés.

Sages-femmes, mes sœurs, réveillez-vous ! Nos représentations se doivent d'être paritaires.


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14 février 2011

Les mots pour le dire

Plus que plantureuse, les cheveux cachés par un voile, les mains potelées immanquablement croisées sur le ventre, toujours souriante, son regard vif contraste avec son attitude réservée. Elle murmure plus qu'elle ne parle. Sa gentillesse me fait fondre, sa timidité m'invite à la plus grande attention.
Elle a vécu, dans son pays d'origine, un premier accouchement extrêmement difficile et sans possibilité de recours médical. Elle a eu depuis d’autres enfants en France, tous nés par césarienne. C’est à l’occasion du suivi rapproché prescrit pour sa dernière grossesse que nous nous rencontrons.

Elle revient me voir après la naissance et me confie alors un autre pan de son histoire ; plus aucun désir, plus aucun plaisir depuis son premier accouchement dantesque. Aucune douleur, pas de lésion apparente, "juste" ce corps qui ne réagit plus.

Je mesure combien évoquer ce sujet lui a été difficile. Unique dépositaire de ce secret, je me dois de l'aider. Mais nos échanges atteignent rapidement ma limite de compétence, il lui faut un accompagnement plus adapté.
Je lui propose alors de retourner à la maternité pour y consulter une psychologue, faisant l'hypothèse que ce cadre connu l'effraierait moins. Elle refuse avec force, ce n'est pas cela qu'il lui faut. J’évoque prudemment une consultation de sexologie et elle acquiesce immédiatement. Décidément surprenante.

Nous nous mettons en quête d’un médecin qui prendrait en compte ses faibles revenus car nombre de praticiens de la région pratiquent systématiquement des dépassements d'honoraires.
Le premier correspondant, hospitalier, est débordé. Je l’oriente alors vers un autre spécialiste en insistant pour qu'elle précise bien sa situation de bénéficiaire CMU. Rendez-vous est pris.

C'est ce qu'elle revient m'annoncer. Je la félicite de sa démarche, l'assure de ma disponibilité, souligne que je serai heureuse d'avoir des ses nouvelles. Elle sourit, baisse les yeux, mais n'esquisse pas un au revoir. J'attends.

Le silence persistant, je m'autorise une question.Y aurait t-il autre chose qu'elle ait envie de me dire ?
Elle saisit la perche. La secrétaire lui a demandé une lettre de son médecin traitant. Parcours de soin j’imagine. Mais évoquer son absence de libido avec son généraliste est un triple défi. Il est homme, plutôt bourru, et médecin traitant de son conjoint.

C’est ainsi que je me retrouve à rédiger laborieusement un courrier à ce "Cher confrère" inconnu afin de lui exposer sommairement les difficultés sexuelles de sa patiente et l'inviter à une écoute empathique lors de la prochaine consultation...

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10 février 2011

Mise en situation

Enceinte de leur premier enfant, elle me raconte leur récent trajet en voiture, lui au volant, elle à ses cotés.
Pendant tout le voyage, jetant des coups d’œil dans le rétroviseur ou se retournant brièvement vers le siège arrière, il s’est adressé à un enfant imaginaire.
- Jules, ca suffit !
- Emma, tu veux qu’on chante une chanson ?
- Victor, oui, on arrive bientôt !

Une façon pour ce trentenaire qui peine encore à se sentir adulte de se projeter en père de famille ?
A la fois hilare et un peu confus, il tient à s'expliquer : Je voulais tester pour voir comment ça sonnait…

 

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06 février 2011

Slogan

Elle a 20 ans, bardée de tatouages et piercings, l’œil charbonneux, le cheveu de jais, plantureuse, provocante, joyeuse, pas dupe… Elle avoue avec légèreté ne pas parvenir à prendre régulièrement sa pilule et rit en affirmant que non vraiment, ce rite quotidien, ce n’est pas pour elle. Consciente de son inconscience, elle a souhaité un stérilet. Demande refusée, "pas avant une première grossesse".
Elle a subi deux IVG.

Elle a 45 ans, de grands adolescents, une vie personnelle et professionnelle bien remplie, des projets plein la tête et ne veut plus d’enfant. Son gynécologue lui affirme que, du fait de son âge et de ses nombreux fibromes, elle peut cesser toute contraception.
Elle attend des jumeaux.

Elle à 17 ans, un regard timide, des joues roses et rondes qui laissent penser qu’elle n’est pas encore tout à fait sortie de l’enfance. Elle aurait fait une forte réaction allergique à la pilule, situation confuse que personne ne parvient à éclaircir. Dans le doute, la contraception orale lui est toutefois interdite. Le seul conseil qui lui est donné est de recourir aux préservatifs.
Elle est dans son sixième mois de grossesse.

Elle a 30 ans, est sous pilule depuis 15 ans et a l’envie de passer à autre chose. Son petit a presque deux mois et elle demande à se faire poser un stérilet. Refus du médecin qui souhaite attendre son retour de couche.
Ses deux enfants auront 11 mois d’écart.

Le même mois, j'ai croisé le chemin de ces quatre femmes.
Je sais l’ambivalence du désir de grossesse. Peut-être ces situations ne sont-elles pas tout à fait aussi simples, aussi limpides que ce qu'elles en exposent.
Il n’empêche, chacune s'est préoccupé de sa contraception. Aucune n'a été entendue.

La meilleure contraception est celle que l’on choisit….

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04 février 2011

Unifiées

Un mouvement unitaire des sages-femmes s'est créé fin 2010, rassemblant de nombreuses associations et syndicats professionnels, certaines centrales syndicales et le Ciane, (collectif d'associations de parents).
Ses revendications concernent bien évidemment les conditions de travail et de rémunération des sages-femmes mais il dénonce également la déshumanisation des "usines à bébé", la fermeture des maternités de proximité, le recul sur l'expérimentation des maisons de naissance.
Tout n'est pas encore parfait puisque que certains tiraillements persistent autour de l'ouverture des plateaux techniques aux libérales et de l'accouchement à domicile.
Mais c'est un mouvement riche d'espoir parce qu'il fédère des sages-femmes de tous horizons qui réclament les moyens d'accompagner au mieux chaque femme, chaque couple, en attente d'enfant.

Une pétition est à signer en ligne ici. A faire circuler très largement....

PS : Pardon pour cette info un peu tardive. Je l'ai relayée immédiatement sur Twitter en omettant que les lecteurs de l'un ne sont pas forcément les lecteurs de l'autre...

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02 février 2011

Négligemment

Elle arrive d’une autre région, contrainte de déménager en fin de grossesse car son compagnon vient d’être muté.
Situation inconfortable puisqu’elle ne connait personne ici, ni famille, ni amis. Elle n'aura qu'un rapide contact à la maternité pour ouvrir son dossier.

Pour tenter de faire un lien, la sage-femme qui la suivait auparavant lui a donné mes coordonnées. Elle m’appelle donc à plusieurs reprises, bien avant son déménagement, pour préparer son arrivée, puis une fois installée pour trouver les lieux et les personnes dont elle a besoin. Je tente de la guider dans le dédale de l'inscription à la maternité, des rendez vous à prendre, lui indique quelque pistes associatives pour se sentir moins isolée, quelques adresses à connaitre.

Elle a terminé sa préparation à la naissance avant le déménagement mais souhaite cependant une séance supplémentaire avec moi. Séance qui resterait à sa charge puisqu'elle a déjà atteint son "quota". J'explique que ce rendez-vous isolé me semble vide de sens, insiste sur le fait que son domicile sera au final bien éloigné du cabinet et qu’elle s’adressera très certainement à une autre sage-femme ensuite, affirme que je reste de toute façon disponible pour répondre à ses questions … Elle insiste avec force ; elle veut ce rendez vous.

Rendez-vous annulé une heure à peine avant l’heure dite par un bref message sur le répondeur: Je suis Mme X. Finalement, je ne viendrai pas cet après midi, bonne continuation…
Je lui avais indiqué les appuis qu’elle pouvait trouver près de chez elle en soulignant combien ce rendez-vous me semblait inutile. Elle a insisté et j’ai cédé.
Pour qu’elle prévienne au dernier moment de son absence sans même prendre la peine de s'en excuser.

Les parents se plaignent de l’irrespect de certains soignants.
Balle au centre ce coup là !

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