Teasing !
Le magazine de la santé consacre cette semaine son "Sept minutes pour une vie" à la maternité de l'hôpital Lariboisière. Le contexte est celui de la restructuration - lire la fermeture - de maternités, obligeant les établissements qui subsistent à des prouesses pour accueillir l'ensemble des femmes enceintes.
Lors du premier épisode, une sage-femme facétieuse piège ses collègues en tendant un fil à travers le passage ...
Plus sérieusement, la maternité est saturée. Faute de place, une femme arrivant pour accoucher se retrouve allongée sur un brancard dans le couloir. Un semblant d'intimité lui est procuré par un paravent de toile gentiment amené par la sage-femme. Le manque de lit ne saurait justifier l'absence du rituel monitoring ; l'enregistrement a donc lieu derrière le paravent. Les prises ponctuent irrégulièrement les murs et l'appareil doit être branché de l'autre coté du couloir.
D'où ce fil électrique élégamment enjambé par les membres de l'équipe vaquant à leurs occupations...
En fin de reportage, les sages-femmes se réjouissent de n'avoir à décompter aucun incident dans la nuit malgré leur manque de disponibilité.
Dans ces moments fondateurs de la parentalité, la présence attentive d'une sage-femme est un acte de prévention tant médical que psychologique et social.
La périnatalité française s'organise couteusement autour du postulat de la pathologie et de la haute technicité. Elle concentre les naissances, morcèle les prises en charges, malmène parents et professionnels.
Elle doit être repensée.
Réservez votre journée du 12 mai !
Complément d'info : L'explication du transfert des accouchements des Lilas vers Lariboisière est quasi surréaliste du fait de sa brièveté. "Johanna aurait du accoucher aux Lilas mais le monte-charge qui mène aux salles d'accouchement est en panne". En fait, c'est l'ascenseur qui permet le transfert d'une femme de la salle d'accouchement au bloc opératoire qui était en panne. Pour des raisons de sécurité, la maternité a du interrompre son activité. Elle reprenait normalement ce lundi.
Commentaires sur Teasing !
- Hier la CGT organisait une journée pour la pénibilité et l'absence de reconnaissance au travail.
J'en ai profité pour évoquer au préfet les risques pour les sages femmes dans les services surbookés ! Il ne reste plus qu'à faire des prières si les sages femmes ne sont pas plus incisives au niveau syndical pour protéger la profession et les usagers. il faut dire qu'ayant eu un procès je suis un peu remontée ! On est condamnées pour retard d'appel et la hiérarchie qui organise ces galères se tire les flutes le moment venu ! RDV le 12 mai, syndiquez vous ! - Quelle honte franchement! Les sages-femmes qui essaient malgré tout de bien faire leur boulot; j'espère seulement que les conséquences de cette gestion ne seront pas trop graves à long terme...Si seulement ça pouvait faire réfléchir les pouvoirs publics sur la diversification de l'offre de soin en matière de périnatalité!
Sinon l'anesth qui rentre en salle en criant "joli tatouage" je suppose que c'est pour détendre l'atmosphère mais je trouve ça nul...mais bon ce n'est pas le pire. - @rply : Je ne suis pas sûre que le fait qu'elle ne se présente pas à sa césar soit forcément une preuve d'incompétence de la part de l'équipe. Pour certaines patientes, la césarienne est un problème majeur à cause de ses conséquences sur leur fécondité, alors que la vie de l'enfant à naître n'est pas encore à ce stade un priorité pour elles. C'est une question très délicate à gérer, parce qu'à nous il semble évident que cet enfant doit naître en bonne santé, alors que pour elles, il n'existe pas encore, et sa vie est de toute façon précaire. Autrement dit, le fait de protéger le bébé n'est pas une raison valable à leurs yeux pour la césariser, alors que c'est notre motif. Vas discuter quand les raisonnements sont si divergents ! On explique, on argumente, on négocie, mais quand ça ne suffit pas ? Légalement, nous ne pouvons pas intervenir contre le gré de la femme. Alors oui, parfois, en dernier recours, on en vient à dire "de toute façon, c'est comme ça et c'est tout" en espérant qu'elle ne se lève pas pour quitter l'hôpital et qu'elle accepte enfin de rentrer au bloc. Pas très glorieux, mais ça pèse moins sur ma conscience que cette femme que nous avons laissé partir, à bout d'arguments, et qui est revenue quelques jours plus tard pour accoucher d'un enfant mort, un qu'on aurait pu sauver.
Soyons clair, je ne généralise pas ça à toutes les décisions médicales ni à toutes les patientes, il ne s'agit que d'une série de cas particuliers qui se ressemblent suffisamment pour en faire une catégorie. - Evidemment tout cela n'est pas très encourageant, mais je suis très surprise par le complément d'info. J'ai accouché à Léonard de Vinci à Paris en plateau technique avec le groupe naissance, et on n'a pas le droit d'accoucher dans les salles de prétravail car elles ne sont pas au même étage que le bloc (contrairement aux salles de naissance). J'avais donc compris que les salles de naissance devaient se situer obligatoirement au même étage que le bloc opératoire, sauf que ce n'est pas le cas aux Lilas ?? Moi pas comprendre...
- Get 72 : ce n'est pas très EMB ton message, exactement le même genre de sensationnalisme de journaleux du "mais moi une fois j'ai vu...", qui justifie tout et n'importe quoi.
Je reste persuadée que qq chose dans la communication a foiré si l'équipe n'a pas réussi à faire passer le message, que la césarienne était indispensable à la bonne santé de l'enfant.
Je ne partage pas ton analyse sur les femmes enceintes pour qui le bébé qu'elles sentent bouger et attendent depuis des mois est irréel...
Toutes les femmes veulent avant tout avoir un enfant en santé, pas éviter puérilement une césarienne (infantilisation quand tu nous tiens).
Tout est dans la communication qui est faite. Je ne trouve pas celà mesuré de reprocher leur immaturité aux futures mères, le manque de psychologie des soignants est à mon avis largement en cause. - Je reste toujours étonnée, voire dépitée, devant les gens qui se permettent de juger toute une équipe, une prise en charge, un hôpital et que sais-je sur 7 minutes d'un reportage monté.
Enfin bref.
Pour rebondir sur le dernier commentaire:
"Toutes les femmes veulent avant tout avoir un enfant en santé, pas éviter puérilement une césarienne "
Ceci montre bien la méconnaissance de la réalité du terrain. Dans certaines cultures ou plus individuellement chez certaines femmes,la césarienne peut être vécue comme traumatisant, humiliant, renvoyer à une certaine incapacité d'être une vraie femme qui sait accoucher. Croire que les soignants peuvent d'un coup d'empathie et de jolis discours effacer toute une conception culturelle ou psychologique de la féminité d'une personne parce qu'ils sont trop forts, est utopique. Des fois ça marche, et des fois pas.
J'ai connu une patiente dont le bébé devait naitre par césarienne (retard de croissance, anomalie du rythme cardiaque, pathologie cardiaque necessitant plusieurs chirurgies), la patiente a passé toute sa fin de grossesse à jouer à cache-cache et à re-re-re-re-re-discuter l'intervention. Et pourtant j'y ai pris du temps, on y a pris du temps. Ca paraissait complètement puéril, complètement fou de risquer ainsi la vie de son gosse. Mais voilà, elle devait avoir ses raisons, autres que rationnelles, hors, tous les arguments médicaux qu'on donne ne fonctionnent que si la personne est dans le rationnel et non le sentimental. - Voilà, je les ai tous vus.
Je ne peux que compatir avec ces SF qui font tout ce qu'elles peuvent avec les moyens et le temps qu'elles ont. Et encore, comme dit Knackie : 7 minutes d'un reportage monté : cela ne montre pas la réalité !
Mais je suis triste quand même pour cette femme de 20 ans qui n'a pas été rassurée suffisamment, dont on s'étonne que la poussée dure 45 min, dont on nous dit que le RCF est bon, et dont on ne nous montre aucun autre signe qui "exige" qu'on utilise les forceps. Sa SF dit qu'elle serrait les fesses... mais elle était sur le dos et les fesses en l'air...
Sinon, comme rply, je suis outrée pour la pub pour la marque de bib en gros plan pendant 3 secondes pour qu'on la voit bien, c'est honteux !
En tous cas, ce travail à la chaîne, même accompli par les personnes les plus motivées et les plus empathiques du monde, ne me donne pas envie d'accoucher dans une usine à bébés... - @Emma : non, pas de sensasionnalisme, mais des différences culturelles, tout simplement. Il ne s'agit pas du tout de puérilité chez ces femmes, mais de notions différentes sur la valeur de la vie d'un nouveau-né, et a fortiori d'un foetus. Knackie l'a expliqué également, et dans son cas comme dans le mien, les histoires individuelles sont là pour illustrer cette notion, pas pour faire pleurer dans les chaumières pour justifier notre pouvoir médical.
"Tout est dans la communication qui est faite", comme j'aimerais... C'est exactement comme l'accouchement respecté. Il y a bien des césariennes parce qu'on a pas respecté la physiologie, il y a aussi des cas où rien n'a été fait pour entraver le processus naturel, et qui finissent en césarienne. Il y a des dissensions entre femmes et équipes médicales par manque d'écoute, de respect ou de psychologie, et des fois où l'empathie et les explications étaient là, et pourtant on ne tombe pas d'accord. Il y a vraiment des fois où ça n'est pas notre faute, et crois moi, on ne s'en sent pas moins mal quand ça capote. - @ Emma : juste pour compléter, puisque nous avons écrit nos commentaires en même temps et que je n'avais pas lu votre dernière phrase : nous, soignants, ne sommes pas tout puissants. Nous le savons, on nous reproche assez de le croire malgré tout (et c'est vrai que certains s'y complaisent encore). Nous ne sommes donc pas non plus tout puissants pour établir une communication absolue, un échange parfait, une relation idéale avec chaque patient. Vous citez l'EBM, mais en matière de relationnel, quelles preuves peut-on apporter de l'efficacité ? Quand on sait qu'il suffit parfois d'un seul mot, geste ou regard pour construire ou détruire la confiance dans le soignant ?
- 5 minutes pour convaincreDans l'exemple de la maman qui ne veut pas de la césarienne, je voudrais juste dire que ce qui me choque, c'est que le personnel a compris (bien ou mal) que la maman a peur et que la seule réponse qu'ils peuvent lui apporter (par manque de temps?) c'est
- Vous avez peur? Mais de toutes les facons qu'on vous la fasse maintenant, dans 5h ou demain ce sera pareil (on n'aura rien fait pour que vous ayiez moins peur!)
- Bon vous avez 5 minutes pour appelez votre mari.
Cette maternité n'a même pas une psy à lui consacrer pendant 30 min, 1 heure? On préfère attendre qu'elle fasse une dépression post-partum (pas obligé, mais cela arrive) pour recoller les morceaux?
Et pour ma part, je témoigne qu'en tant que primipare, j'avais bien plus peur de la césarienne (on imagine à peu près ce que c'est) que d'un hypothétique risque de dystocie des épaules (ça ressemble à quoi?). Et je ne crois pas qu'il s'agisse là d'un problème culturel dans mon cas. - Ce que moi je n'ai pas vu, et j'ai peut-etre loupe quelque chose, c'est l'explication du pourquoi la cesarienne etait necessaire. Parce que le cordon trop court serre autour du cou, ca se voit a l'echo quand meme. Donc, il me semblait qu'il y avait un defaut d'explication, et perso, dire " votre bebe se presente en siege" ne me suffit pas pour avoir une cesa.









le 18 juin j'aurai bien aimé être présente mais c'était le jour de mon terme et ma fille était toujours au chaud dans mon bidou !