Chaque week-end, le numéro d’une sage-femme est indiqué sur les répondeurs de tous les cabinets des environs. Cette organisation préserve nos temps de repos tout en assurant les rares suivis de grossesses nécessitant un passage quotidien ou les visites aux accouchées sorties rapidement de la maternité.
Cette semaine, c’est moi qui m’y colle. Le dimanche s’annonce calme mais je reste au bout de mon portable au cas où…

Le cas où, c’était elle. Une voix angoissée «Pardon de vous déranger mais j’ai besoin d’être rassurée».
Enceinte de six semaines, elle perd du sang depuis la veille au soir, sans facteur déclenchant ; saignements peu abondants mais continus. Evidemment, son inquiétude est grande.

Elle appelle d’abord SOS médecins. Le praticien venu la voir l’examine mais ne peut la rassurer sur l'évolution de sa grossesse sans examen complémentaire. Il lui prescrit une échographie.
L'hôpital contacté ensuite refuse de la recevoir un dimanche puisqu'elle ne se vide pas de son sang. L’interne de garde a justifié son refus «A ce stade, on ne peut rien faire». Effectivement ces saignements peuvent être sans importance ou annoncer une fausse couche mais la médecine est impuissante à protéger une grossesse débutante.
Ce n’est donc pas une urgence et son angoisse devra attendre le lendemain...

Alors elle tente de joindre une sage-femme et c’est mon numéro qu’elle trouve.
Enfin une oreille. Elle se plaint du médecin venu pour rien, de l’hôpital qui refuse de l'accueillir, de la PMI (qui suivait sa grossesse précédente) fermée le week-end. Elle demande à ce que je vienne écouter le cœur de son "bébé". Mais c’est impossible, les battements cardiaques sont inaudibles à ce terme.

Mon inutilité l'excède. Je me fais vertement reprocher de ne pas disposer d’appareil d’échographie. Dernier maillon de la chaine, elle déverse sur moi toute son amertume. Puis elle raccroche, furieuse.

Je la sais seule avec sa peur.