28 avril 2011

Im-Pass

Depuis quelques jours, les médias annoncent l’arrivée du «Pass contraception» dans les lycées d'Ile de France.
Rendre la contraception accessible à tous les jeunes sans avoir à passer par la carte vitale parentale et les relevés de sécu familiaux apparaît une excellente idée ; pas aux yeux de la PEEP cependant dont la vice présidente intervenait mardi dans le journal de 13h de France 2 et s’offusquait que l’on contourne ainsi l'autorité parentale…

Morceaux choisis…

On disqualifie les parents d’un rôle important, celui d’assurer la santé de leurs enfants
La pilule n’est pas un médicament anodin. Moins anodin que de subir une IVG ?

Elle doit se prendre avec un grand nombre de précautions et je ne suis pas certaine que les jeunes adolescentes de 15 ou 16 ans lorsqu’elles vont rencontrer leur gynécologue aient toute la capacité, la connaissance pour répondre à l’interrogatoire familial qui sera nécessairement fait puisqu'on sait que la pilule génère -Allons y pour un petit couplet anxiogène ! Les méfaits annoncés de la contraception, comme un retour aux années 60 - dans certains cas des thromboses graves, des embolies, des AVC, voire des phlébites et para phlébites. La phlébite pire qu’un AVC ? Il faudra nous expliquer cette curieuse gradation !

Question de la journaliste : Qu’est ce qui vous choque, que l’on préserve l’anonymat des élèves vis-à-vis de leurs parents ?
On devrait d’abord inciter les jeunes à avoir un vrai dialogue avec leurs parents. Les parents doivent être associés à la démarche. Lorsqu’une jeune fille prend la pilule elle doit la prendre régulièrement. Ca doit être accompagné - Est ce à la famille de se préoccuper de la prise quotidienne ?

Elle doit quand même avoir un point d’appui et une écoute. Qui peuvent lui être donnés par une autre personne que ses parents. C’est à la jeune fille de choisir vers qui se tourner, sur qui s’appuyer.

La journaliste : Le nombre d’IVG de mineures ne baisse plus depuis des années. Il y en a 13 000 par an, c’est énorme!
Ce sont des chiffres de 2006 qui n’ont pas été remis au goût du jour (sic). Les mineures représentaient 5 % des femmes ayant eu une IVG en 2001 et 6 % en 2005, 2006 et 2007 (voir ici ). I. Nizand évoque 15 000 jeunes filles concernées l’année dernière.

On a dans tous les établissements scolaires des séances d’éducation sexuelle qu'on a beaucoup orientées vers la préservation des maladies sexuellement transmissibles et c’est peut-être une erreur parce que le préservatif ne fait pas tout. Les préservatifs ne sont pas fiables à 100 %. Raccourci dangereux qui pourrait laisser penser que les préservatifs ne protègent pas des MST...

On est en 2011 et la contraception reste une affaire de femme. En même temps, ce sont les femmes qui se retrouvent enceintes ; mieux vaut compter sur leur propre vigilance !

On doit responsabiliser les garçons à connaitre le corps d’une femme (re-sic), qu’est ce qu’un cycle, comment ça se passe. Et revenir au vieil Ogino en leur proposant de compter les jours "dangereux" ?

La contraception n’est pas un médicament anodin.

On l’aura compris, au sein d'un discours prétextant se préoccuper de la santé des "jeunes filles" et appeler les "jeunes hommes à se montrer respectueux" s’inscrivent en filigrane l’inanité d’une sexualité adolescente et la volonté de la contraindre à l’inexistence. Que le nombre d’IVG bondisse n’est qu’un épiphénomène ; la bonne éducation de nos filles est à ce prix !


Autre raison de mon ire : Le martelage médiatique de ce pass-contraception omet curieusement un mot, celui de sage-femme.
Les journalistes ont systématiquement court-circuité notre profession dans leurs papiers. La plupart n’ont exposé que la gratuité d'une consultation chez un gynécologue, certains se sont aventurés à un plus rassembleur "médecin", plus rarement encore le planning familial a été cité mais jamais je n'ai entendu évoquer la possibilité de consulter une sage-femme (option nommément proposée par le pass).

Ainsi, les jeunes rebelles à la consultation gynécologique, parfois intimidées par leur trop connu médecin de famille, éventuellement éloignées d’un centre de planification, ne sauront pas qu'elles peuvent aussi se tourner vers un autre professionnel, la sage-femme.
Je n’imagine aucunement voir des hordes adolescentes se ruer vers nos cabinets… mais le rôle de l’information n’est-il pas d’informer ?

Notre transparence médiatique est décidément aussi flagrante qu’irritante.


Edit du soir : voir ici pour avoir une idée plus précise de ce pass


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26 avril 2011

Projetés

Parents d’un petit garçon, ils attendent avec bonheur leur second enfant. Ils n’ont pas souhaité connaitre son sexe lors des échographies. Dans l’attente de sa découverte, ils ont choisi avec soin deux prénoms.
Le jour de la naissance, c’est un second garçon qu’ils accueillent avec émotion.

A la très rituelle question «Comment l’appelez-vous ?»
Ils annoncent fièrement «Hugo».

Bref silence dans la salle de naissance.
Puis l’auxiliaire de puériculture s’aventure à souligner : «Hugo, vous en êtes certains ? Vous ne craignez pas que…?»
Le regard des parents se fait interrogateur. Que pourraient-ils craindre de ce si joli prénom ?

Il faudra donc qu’elle précise un peu plus.
«Comme votre ainé s’appelle Victor… Victor et Hugo...»

Le sourire des parents s’efface un peu. Ils n’y avaient pas pensé.
Présents à leur premier enfant, attentifs à cette seconde grossesse, ils n’avaient pas encore fait ce pas.
Imaginer leur vie avec deux enfants.

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21 avril 2011

Inutile

Chaque week-end, le numéro d’une sage-femme est indiqué sur les répondeurs de tous les cabinets des environs. Cette organisation préserve nos temps de repos tout en assurant les rares suivis de grossesses nécessitant un passage quotidien ou les visites aux accouchées sorties rapidement de la maternité.
Cette semaine, c’est moi qui m’y colle. Le dimanche s’annonce calme mais je reste au bout de mon portable au cas où…

Le cas où, c’était elle. Une voix angoissée «Pardon de vous déranger mais j’ai besoin d’être rassurée».
Enceinte de six semaines, elle perd du sang depuis la veille au soir, sans facteur déclenchant ; saignements peu abondants mais continus. Evidemment, son inquiétude est grande.

Elle appelle d’abord SOS médecins. Le praticien venu la voir l’examine mais ne peut la rassurer sur l'évolution de sa grossesse sans examen complémentaire. Il lui prescrit une échographie.
L'hôpital contacté ensuite refuse de la recevoir un dimanche puisqu'elle ne se vide pas de son sang. L’interne de garde a justifié son refus «A ce stade, on ne peut rien faire». Effectivement ces saignements peuvent être sans importance ou annoncer une fausse couche mais la médecine est impuissante à protéger une grossesse débutante.
Ce n’est donc pas une urgence et son angoisse devra attendre le lendemain...

Alors elle tente de joindre une sage-femme et c’est mon numéro qu’elle trouve.
Enfin une oreille. Elle se plaint du médecin venu pour rien, de l’hôpital qui refuse de l'accueillir, de la PMI (qui suivait sa grossesse précédente) fermée le week-end. Elle demande à ce que je vienne écouter le cœur de son "bébé". Mais c’est impossible, les battements cardiaques sont inaudibles à ce terme.

Mon inutilité l'excède. Je me fais vertement reprocher de ne pas disposer d’appareil d’échographie. Dernier maillon de la chaine, elle déverse sur moi toute son amertume. Puis elle raccroche, furieuse.

Je la sais seule avec sa peur.

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16 avril 2011

SF, mode d'emploi !

La longue discussion qui suit a eu lieu par mail avec Alexandra, lectrice de ce blog. L'idée de publier nos échanges nous est venue en imaginant que cela pourrait intéresser d'autres parents. 


Accompagnement de la grossesse
Quels types d'accompagnement existe-t-il vraiment ? On ne nous présente principalement que le suivi gynécologique, ce qui ne parait pas idéal finalement. Donc qu'en est-il ?
Lorsque la grossesse est "normale ", le suivi peut-être assuré par une sage-femme (libérale, PMI ou salariée en maternité), un médecin généraliste, un gynécologue de ville ou un obstétricien. C’est aux femmes de choisir le praticien qui leur conviendra le mieux.

Dans la mesure où une majorité de femme accouchent à l'hôpital (par choix ou faute d'alternatives), quelles sont les options car il faut un minimum un rendez-vous dans l'hôpital pour s'ouvrir un "droit" à accoucher ?
Il ne s’agit pas d’avoir un rendez-vous pour avoir le droit mais d’avoir un dossier dans la structure pour permettre à l’équipe qui t’accueillera le jour J de te connaitre. Les recommandations actuelles sont de faire les trois dernières consultations (7ème, 8ème et 9ème mois) dans la  maternité (avec une sage-femme ou un obstétricien). Dans les faits, ce ne sont souvent que les deux dernières consultations qui sont prévues en maternité.

Est ce obligatoire de se faire suivre à l'hôpital d'ailleurs ? On ne va quand même pas me mettre à la porte si je suis en travail et que j'arrive à la maternité ? Est ce simplement pour des questions administratives ?
Obligatoire non, très souhaitable oui. Pas facile pour la sage-femme d’accueillir quelqu’un dont elle ne sait rien … Premier ou quatrième bébé ? antécédents d’accouchements faciles ou pas ? groupe sanguin ? etc.. Du coup, tu  risquerais de te sentir bombardée de questions plutôt qu’accompagnée…

Peut-on se faire suivre uniquement par une sage femme de l'hôpital pour se garantir ce droit ?
Se faire suivre dès le départ au sein de la structure est un choix qui t'appartient et qui dépend aussi un peu de l'organisation de l'hôpital. La plupart du temps, seules les deux dernières consultations sont "exigées" sur place.

Accompagnement par une la sage Femme
Que peut prendre la sage femme en charge ? Peut elle encadrer complètement la grossesse ou y-a-t'il des rendez-vous obligatoires qui doivent être effectués ailleurs ?
La sage-femme est compétente pour le suivi d’une grossesse "normale". En cas d’anomalie, son rôle est de la dépister puis de passer le relai (partiel ou total selon les situations) au praticien compétent.
La plupart des grossesses se passant sans problème, on peut être tout le temps suivie par une sage-femme ; (pour ma part, j'assure les consutations jusqu’au 7ème mois de grossesse puis je passe le relai à une sage-femme de la maternité ).

Qu'est ce que l'accompagnement global ? J’en ai entendu parler mais je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment, et aussi, est ce couteux ?
L’accompagnement global consiste à être suivie par la même sage-femme (éventuellement pas un nombre restreint de sages-femmes, 2 ou 3) dès le début de la grossesse, pendant l’accouchement puis les semaines voire les mois suivant la naissance (suites de couche, allaitement, consultation postnatale).
C’est actuellement possible soit en accouchant à domicile (mais faute d’assurance professionnelle et devant l’hostilité des réseaux de périnatalité, peu de sages-femmes ont cette pratique), soit en trouvant une des trop rares sages-femmes ayant un accès à un plateau technique (pouvant accompagner les parents lors de l’accouchement au sein d’une maternité).
Les maisons de naissance tant espérées devraient permettre – quand ???? - d’élargir cette possibilité à plus de sages-femmes et donc à plus de parents.

J'ai aussi lu quelque part que cela coutait cher ? Pourquoi (si c'est effectivement le cas) ? Ce n'est pas un accompagnement reconnu par la sécu ?
La sécurité sociale prend en charge les frais liés à cet accompagnement mais les tarifs des sages-femmes sont dérisoires.
Une consultation est payée 19 € (et même 17 € avant la déclaration de grossesse)
L’accouchement, quelqu’en soit la durée, est coté exactement 312.70 €
En cas d’accouchement à domicile, les visites de suivi pour la mère et le bébé pendant 6 jours sont incluses dans ce tarif ! En cas d’accouchement en plateau technique, la sage-femme a le droit de facturer en plus les visites de cette première semaine (46.21€ pour les 2 premières visites, 35.61€ ensuite)
Si tu déduis une moyenne de 50 % de charges, les sages-femmes sont les smicardes des professions de santé et travaillent à des tarifs horaires indécents pour les accouchements.
Par ailleurs, l’accompagnement global suppose une disponibilité totale puisqu'elles peuvent être appelées à tout instant pour une naissance.
Certaines travaillent malgré tout pour les tarifs conventionnés, leurs actes sont alors intégralement remboursés par la sécurité sociale.
D’autres demandent des dépassements d’honoraires non pris en charge. C’est un accord à trouver entre sage-femme et parents.

Je crois comprendre qu'à quelques exceptions près, les sages femmes ne peuvent pas nous faire accoucher à l'hôpital car on ne leur ouvre pas le "plateau" technique. Mais peuvent-elles être présentes tout de même ? Pendant le travail par exemple ?
Dans l’absolu, on peut être accompagnée par qui on veut lors de l’accouchement. Aucun texte n’interdit d’être accompagné par «sa» sage-femme.
Mais elle n’aura aucune possibilité d’intervenir dans la prise en charge et c’est une position finalement peu confortable pour tout le monde. Pour les parents qui se retrouvent avec deux "référentes", pour la sage-femme de la maternité qui peine à trouver sa place dans une relation déjà étroitement installée, pour la sage-femme accompagnante qui doit suivre ce qui se passe sans pouvoir intervenir.
Mieux vaut je crois prendre contact avec l’équipe en amont de l’accouchement pour faire entendre ses besoins. Le jour J, si c'est une volonté commune, la relation s’établit très rapidement entre parents et sage-femme.

Comment ça se passe concrètement quand on se fait accompagner par une sage femme lors de l'accouchement ? Est ce que malheureusement, elle ne peut nous suivre que lors de la grossesse mais arrivé l'accouchement, elle ne peut être présente ? Par exemple, peut-elle venir chez nous pendant le travail jusqu'à ce qu'on se rende à l'hôpital ?
Ca fait partie des choses envisageables… c’est fonction de la disponibilité de la sage-femme, des distances… juste une remarque : aucun tarif n’est prévu pour les sages-femmes dans ce cas là. Elle ne peut facturer qu’une consultation à 19 € (ou alors compter des honoraires non remboursés). La bonne volonté des sages-femmes trouve ici ses limites… Se rendre disponible, être amenée à annuler des rendez-vous au dernier moment, pouvoir être appelée à n’importe quel moment… pour 19 € dont ne resteront après déduction des charges que 8,50€ maximum ! (Pardon d’être aussi prosaïque…)

Et comment ça se passe si la sage femme n'est pas là/en vacances ou autre ? Quelqu’un peut- il prendre le relai ?
Les sages-femmes qui proposent un accompagnement global s’organisent autant que possible pour avoir un relai en cas d’impossibilité. (quand par exemple elles sont en train d’accompagner une naissance et sont appelées pour une autre).
Les périodes d’absences sont annoncées tôt et elles évitent d’accepter une grossesse dont le terme tomberait pendant leurs congés.

La sage femme, il me semble, peut assurer un suivi dans les premiers jours qui suivent l'accouchement si on retourne à la maison tôt (sinon, je ne sais pas si elle peut venir à l'hôpital), tu confirmes?
Les sages-femmes libérales peuvent assurer le suivi après la sortie de maternité et viennent à domicile en cas de sortie précoce. Elles pourraient éventuellement venir à l’hôpital mais on se retrouve toujours dans le même cas de figure, il y a d’autres sages-femmes présentes au sein de l’hôpital et quelle serait alors la place de la libérale ?

Faut-il avoir été suivi par une sage femme tout l'accouchement pour que ce soit possible ?
Ce n’est pas impératif. Mais il est vrai que les libérales préfèrent en général proposer un suivi continu et retrouver en postnatal les parents rencontrés avant l’accouchement. La relation s’est déjà installée et les retrouvailles sont d’autant plus simples et chaleureuses…

Accouchement
En fait, quelles sont les "formules" qui existent en France ? La question est vague, mais finalement, je ne sais même pas s'il y a beaucoup d'alternatives à l'accouchement à l'hôpital, et si on choisit autre chose, quelles sont les risques (pas spécialement d'un point de vue médical (bien qu'on nous bourre le crane sur les médecins savent tout blablabla) mais aussi du point de vue de la prise en charge secu etc) ? Les maisons de naissances n'existant pas en France, quel choix avons nous ? à part de trouver une maternité style "amie des bébés" ?
Si je récapitule rapidement,  on peut accoucher en maternité (publique ou privée), en plateau technique, à domicile.
Les deux dernières options permettent un accompagnement global avec un nombre très restreint d’intervenants. Mais ces situations sont réservées aux femmes dont la grossesse puis l’accouchement se présentent parfaitement normalement et qui ne souhaitent pas de péridurale.
Par ailleurs, les sages-femmes accompagnant les accouchements à domiciles sont rares, celles ayant un accès au plateau technique d’une maternité le sont tout autant.
Ces options ne pourront se développer qu’avec un soutien fort des parents démontrant que cette « prise en charge » est vivement souhaitée. Les maisons de naissance auront besoin du même soutien pour parvenir à vaincre tous les obstacles qui leurs sont opposés.
L’accouchement en maternité ne doit pas être envisagé comme un "pis aller". Le principal défaut des structures est souvent de travailler à  "flux tendu", avec des équipes souffrant de ne pas avoir la disponibilité qu’elles souhaiteraient. Il n’empêche que les professionnels exerçant au sein de ces maternités sont tout aussi attentifs et soucieux que les autres. Et que le dialogue qui s’instaure pendant la grossesse et/ou au début de l’accouchement est essentiel pour leur transmettre tes attentes et tes besoins.



 

12 avril 2011

Faillibles

Un peu de tangage sur ce blog les derniers temps ; quelques sujets explosifs : l’épisiotomie (Ne coupez pas), les exigences de certains parents (VIP), la déshumanisation des maternités faute de personnels et de moyens (Teasing).

Je ne renie rien de ce que j’ai écrit,
mais m’étonne cependant de l’âpreté de certains commentaires.

Je suis la naïve de service...
Les soignants sont bienveillants et dévoués ; seules les conditions qui leurs sont faites les amènent à se montrer indifférents.
Les parents respectent nos compétences et nous font confiance pour peu que nous prenions le temps d’expliquer nos décisions.
Les femmes sont déterminées à vivre intensément la mise au monde.
Ben c’est pas vrai !

Les soignants sont pervers et jouissent du pouvoir qu’ils ont sur les soignés.
Les parents sont obtus et refusent d’entendre ce que nous voulons leur transmettre.
Les femmes ne voient dans la mise au monde qu’un ennuyeux et douloureux passage imposé.
Ben c’est pas vrai non plus !

La réalité est forcément plus complexe que ces quelques raccourcis béats ou rageurs.

Ainsi cette ancienne collègue, obsédée par le risque de complication obstétricale, affichant pour les accouchements qu'elle accompagnait un taux d’intervention médicale bien supérieur à la moyenne. Situation bloquée jusqu’à ce qu’elle révèle un pan de son passé. Le décès d’un bébé lui avait été imputé "par défaut de surveillance," alors que seule sage-femme de garde dans une maternité surbookée, une autre situation urgente avait réclamé toute son attention. Elle avait ensuite été jugée et condamnée pour faute grave.

Ou encore ces parents plus qu’exigeants dans les suites de l'accouchement, agressifs, réclamant incessamment notre présence, persuadés que les saignements étaient anormaux,  sourds à toutes nos tentatives d'explication ou de réassurance … jusqu’au moment où elle a pu évoquer sa tante maternelle morte en couche d'une hémorragie.

Et aussi cette femme, absente à sa grossesse, fuyante lors de son accouchement, indifférente à son enfant. Après une fausse couche mal expliquée par un praticien débordé, elle s'était persuadée qu'elle ne pourrait être mère et se préservait de la perte annoncée en refusant de s’attacher à son bébé.

Tout au long de la maternité, l’histoire de chacun des intervenants viendra peser sur son déroulement, son vécu. Nous avons tous à faire avec ce que nous sommes, ce que nous portons, nos failles et nos blessures.
C’est ainsi.

Alors tentons de préserver l’espace de dialogue apaisé que j’ai souhaité créer ici. Expliquer les contraintes des uns, entendre les besoins des autres.
Et réciproquement.

 

 

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11 avril 2011

Une femme/une sage-femme

Les sages-femmes réclament les moyens d'exercer le métier qu'elles ont choisi.

Parce que les maternités sont surbookées et les personnels débordés.
Parce que l'hypertechnicité vient remplacer l'humanité d'une présence.
Parce qu'il n'existe pas de lieux dédiés à l'accouchement physiologique.
Parce que l'accompagnement global souhaité par les parents peine à exister.
Parce que tout maintenant doit se gagner de haute lutte.

Parents et professionnels manifesteront ensemble le 12 mai à Paris

Et il fera beau !

Toutes les informations ici

Je compte sur chacun d'entre vous pour faire largement circuler cet appel. Sans les parents, 20000 sages-femmes ne pèsent rien. Avec eux, elles peuvent tout !

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06 avril 2011

Inconcevable

A quelques jours de son accouchement, elle évoque en souriant la découverte de sa grossesse.

Après plusieurs années de vie commune - et de longues discussions - ils se sentent prêts à accueillir un enfant.
Très logiquement, elle cesse de prendre la pilule mais imagine, conformément à une légende tenace, qu’il faudra quelques mois à son organisme pour se laver des hormones contraceptives.

Elle sera pourtant enceinte dès le cycle suivant.
Et aura le plus grand mal à le réaliser...

L’absence de ses règles ? Elle le savait bien, cette prise d'hormones artificielles a perturbé son cycle.
Cet impérieux besoin de sommeil, capable de la faire se coucher avec les poules après une sieste de plusieurs heures ? Le changement de saison, très certainement.
Cette presque douloureuse tension mammaire ? Voilà bien la preuve que son corps reprend son rythme physiologique.

Un discrète alerte doit cependant clignoter puisqu’elle se procure un test de grossesse.

Mais, quand elle voit apparaitre la petite croix turquoise, sa première idée est que le test a mal fonctionné. Elle se réjouit alors qu'ils soient vendus par deux. Le second, d’évidence, va lui confirmer la défaillance du premier.

Il lui faudra ce nouveau "+" pour commencer à réaliser…

 


PS : Pardon pour mon inexistence actuelle sur le blog. La semaine prochaine devrait me voir plus présente...

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01 avril 2011

Ne coupez pas

Changement de garde, je prends le relai auprès de cette jeune femme en travail, sur le point de mettre au monde son premier bébé.
Elle est à dilatation complète et le temps pour faire connaissance est forcément restreint.
Les transmissions faites par ma collègue sont simples : tout va bien. Travail tranquille, péridurale posée à 3 cm sur demande maternelle, dilatation régulière, présentation fœtale banale.
Seule anicroche à ce tableau, sa péridurale est plus qu’efficace ; elle ne sent pas grand-chose…
On fera avec.

Quand je lui propose de pousser - espérer qu’un besoin spontané émerge de ce corps insensible étant parfaitement utopique - elle sourit et se dit impatiente d’arriver au moment de la rencontre.
Elle force son expiration. Assez rapidement, les premiers cheveux noirs apparaissent à la vulve. Quelques contractions encore et le périnée commence à se tendre.
J’ai alors une phrase malheureuse - mais je ne le comprendrai qu’ensuite.
« A la prochaine contraction, vous allez souffler plus doucement pour laisser le temps à votre périnée de s’adapter… »
Que n’ai-je dit là ! Dans un  improbable tour de passepasse, le bébé remonte et disparait…
Totalement !

Je l’interroge sur son ressenti, ses appréhensions. Elle m’assure de sa totale sérénité. Ce bébé a pourtant fait "demi-tour" sous mes yeux.
J’insiste un peu, tends quelques perches. Nous avons tout notre temps ;  son enfant va bien et la péridurale poursuit son travail anesthésique.
Il faudra parlementer un moment avant qu’elle ne concède une franche terreur de l’épisiotomie… terreur évidemment réveillée par mon conseil, lui signifiant que le moment fatidique de la dilatation vulvaire était venu.
Je mets encore de longues minutes à la convaincre de ma volonté de ne pas intervenir, puis il faudra plusieurs contractions pour ramener le bébé à sa place initiale.
Un intermède de 20 minutes.

Apaisée, elle acceptera ensuite de souffler doucement, les yeux rivés au miroir reflétant la tête de son enfant en train de se dégager doucement. Pour la rassurer tout à fait, mes deux mains restent rivées à ses genoux, preuve absolue que je ne m’emparerai pas d’une paire de ciseaux.


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