Sa voix tremble en racontant.
Quelques années plus tôt, un accouchement, banal.
Dilatation plus que rapide, descente éclair d’un bébé dont le rythme cardiaque traduit la difficulté à s’ajuster à ce tempo… Pas le temps cependant de s’inquiéter puisque l’enfant surgit si hâtivement qu’elle l'accueille avant d'avoir pu enfiler ses gants.
Cette arrivée précipitée conduit le nouveau-né en service de néonatalogie pour "difficultés d’adaptation à la vie extra utérine". Episode de courte durée mais bien évidemment douloureux pour les parents venant rendre visite à leur petit placé en couveuse, perfusé, bardé de capteurs reliés à divers appareils dont chaque bip vient aviver leur stress.
L'enfant quitte le service quelques jours plus tard sans inquiétude aucune sur son état de santé.

Sans inquiétude sauf celle de ses parents, mal apaisée par une équipe médicale quelque peu elliptique, « ne vous inquiétez -pas, tout va bien » et majorée par leur jugement hâtif sur la sage-femme. En effet, aux yeux de ce couple plutôt austère, décontraction de la coiffure et - discret - percing au sourcil ne peuvent que s'associer à un manque de rigueur professionnelle voire à une réelle incompétence.

Ils portent plainte.
Le dossier est analysé à la loupe, que dis-je au microscope. Sur cet accouchement extrêmement rapide, peu de notes évidemment. Mais tout devient sujet à caution.
La dilatation a fait un bon de 4 cm en un quart d’heure. Impossible ! affirme un expert qui s'indigne également de l’absence de forceps alors que l’enfant est sorti en une seule poussée.
La sage-femme a noté un élément de son examen suivi d’un point d’interrogation sur le dossier. Il lui est opposé que les professionnels n’ont pas le droit de s’interroger, qu’ils ne peuvent qu’affirmer.

Les conclusions de la justice sont léonines : tout va bien mais on ne sait jamais. L’enfant sera suivi afin de s’assurer qu’aucune anomalie de développement ne surviendra dans les années à venir. Le tribunal, en se voulant prudent (!), a choisi la meilleure façon d'entretenir l'angoisse parentale.

Pour la sage-femme aussi, ces conclusions sont une bombe à retardement. Elle n’a depuis aucune nouvelle de cette famille mais elle imagine que la moindre défaillance scolaire, la plus petite anomalie du comportement de ce bambin pourraient lui être un jour reprochées. 

Comment ensuite assurer son travail sereinement ? Comment ne pas moins se préoccuper d'accompagner et soutenir une femme que de remplir minutieusement le dossier la concernant ?  Comment ne pas multiplier examens et vérifications afin d'espérer exclure le doute ? Comment ne pas se conformer strictement aux protocoles, en oubliant ainsi la singularité de chaque être humain, pour imaginer se protéger de tout reproche ?

Comment ne pas travailler pour la justice plutôt que pour les parents…

 


J-3  : Rendez-vous devant la maternité de Port-Royal jeudi à 11h pour défendre la naissance respectée : " Une femme/une sage-femme".

Faites circuler l'appel. Sages-femmes et parents, nous nous devons d'être nombreux !