29 mai 2011

Sans joker

 

Au deuxième étage, la fenêtre de la salle de naissance s’ouvre sur un arbre majestueux qui offre son feuillage juste à hauteur des yeux. C’est une journée de printemps, soleil radieux, air doux.

Arrivée depuis quelques heures, elle préfère passer son travail dans le petit jardin qui ceint la maternité. Elle vit sereinement ses contractions, s’immobilise à chacune d’entre elle dans la position qui lui apparaît "confortable". Son homme est un support très modulable, et si ce n’est lui, elle trouve à s’appuyer contre un mur, le banc du jardin, le tronc de l’arbre… Régulièrement, elle remonte pour faire le point. A chaque fois, elle choisit l’escalier plutôt que l’antique ascenseur. Les deux volées de marches ne l'impressionnent pas, elle y voit au contraire l’occasion de mobiliser son bassin pour aider son petit à progresser.

Cette fois ci encore, elle revient joyeuse, les joues rosies par l’air tiède et l’effort des deux étages à grimper. Elle dit son impatience de connaitre sa dilatation. Cet accouchement qu’elle appréhendait tant se passe au mieux. A sa dernière visite, elle était à 5 cm. Elle est maintenant à 8. Son travail avance bien et je m’empresse de le lui annoncer.

Dans l’instant, son attitude se modifie. Son visage blêmit et se ferme. La contraction suivante passe mal. Elle ne parvient plus à trouver de position, ses poing se crispent, son souffle se fait superficiel. Son homme et moi assistons impuissants à sa transformation. Elle se tord, se tend ; ce n’est plus la danse harmonieuse des débuts mais une lutte violente avec des sensations qu'elle ne tolère plus…
Elle reste sourde à nos paroles, repousse vivement la main qui cherche à l’apaiser, fuit nos regards.

Pensant que la dilatation a pu se compléter, que l’appui du bébé pourrait expliquer la puissance de ce qu’elle ressent, je lui propose de vérifier rapidement. Il n’en est rien. Elle est toujours à 8 cm et son col si souple il y a peu est en train de se cercler…

Je tente de comprendre ce qui l'a si brusquement déstabilisée ; une hypothèse se révélera juste. A l’époque, l’ultimatum est clairement annoncé, après 8 cm, on ne pose plus de péridurale (elle n’aurait d'effet qu'après la naissance et devient donc d’évidence inutile).
Elle vivait un travail paisible et harmonieux mais la sécurité du "joker" analgésique y contribuait. L’annonce du cap des 8 cm l’a privée instantanément de la confiance que ce joker lui procurait.

Ce quelle vivait si bien une minute avant de « savoir », elle peut le vivre tout aussi bien maintenant… Une fois cela mis en mot, il lui faudra peu de temps pour retrouver sa sérénité.


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26 mai 2011

"Nous aurions pu nous sentir blessées ! "

 

Comme signalé dès hier soir dans un commentaire (bravo pour cette réactivité !), le Syngof présente ses excuses aux sages-femmes et les pages en question (cf billets du 14 et du 23 mai) ont été supprimées.

Saluons cette volte face. Mais il est un peu facile d'avoir ainsi porté l'opprobre sur notre profession puis de s'en dédouaner en rédigeant quelques brèves et banales phrases de regret.

La technique est très courue ces derniers temps !
Etape 1 : lancer une belle grosse moche provocation (au hasard, RSA, immigration, échec scolaire, troussage de soubrette...)
Etape2 : attendre les réactions...  
Si elles sont modestes, voire inexistantes, en déduire que l'on peut taper plus fort...
Et passer à l'étape 3 : l'offensive majeure.

Le Syngof s'est fait piéger par l'apparente docilité des sages-femmes. Les réponses au premier communiqué ont été plutôt modérées. De multiples raisons peuvent l'expliquer ; le surbooking de l'ensemble de la profession, la trop faible proportion de sages-femmes investies dans les représentations syndicales et associatives, la volonté de consensus entre ces différentes représentations, la crainte de froisser une profession dans son ensemble (eux ne s’étaient pourtant pas gênés !)... Nos réactions sont restées assez discrètes. Par exemple, la réponse envoyée au Syngof par notre Conseil de l'Ordre, claire et sans concession, n'est pas publiée sur leur site.

Fort de notre supposée soumission, le Syngof a donc entamé l'étape suivante mais s’est montré si violent que nous ne pouvions rester indifférentes.
Cette nouvelle attaque concernait les actuels débats parlementaires sur la prescription du suivi biologique de la contraception par les sages-femmes.
Extraits :
Le SYNGOF y est totalement opposé et veut surtout alerter les femmes et les jeunes filles de la perte de chance que représente cette mesure, si elle était adoptée.
Cette économie attendue compensera-t-elle les indemnisations consécutives à cette gigantesque prise de risques par les femmes ?

Enfin, de toutes parts, les voix des sages-femmes se sont élevées ; menaces de procès, appels à envahir les boites mails des auteurs des communiqués, sollicitations des associations et des syndicats de sages-femmes à réagir fortement... Nous n'étions, au final, pas si dociles !
Les femmes, nos "patientes", se sont aussi fait entendre en soulignant combien elles pouvaient êtres satisfaites de nos soins... et le Syngof a reculé.

Jolie victoire à partager entres sages-femmes et usagers.
Amère victoire car rien n’est résolu sur le fond. Quelques mots d’excuses ne peuvent suffire à balayer le mépris.




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23 mai 2011

Lettre à mes amis syngofiens

 

Mes très chers amis du Syngof, j'avais envie d'évoquer ici votre dernier communiqué, nouvelle démonstration de l'harmonie présidant au partenariat entre gynécologues et sages-femmes.

Je me réjouis avec vous de cette autre possibilité donnée aux femmes de consulter avec facilité. Elles n'ont plus à attendre de longues semaines un rendez-vous avec un médecin au planning saturé par des pathologies que lui seul peut gérer.

Je suis comme vous heureuse qu’elles soient reçues par des professionnels disponibles qui peuvent prendre  le temps d’examiner avec elles la méthode de contraception non seulement la plus adaptée à leur santé mais aussi à leur mode de vie, à leurs habitudes et préférences.

Je suis rassurée comme vous l’êtes par la qualité de la formation des jeunes diplômés, par la volonté d’actualisation des connaissances des plus anciens (les DU de gynécologie et d’orthogénie sont pris d’assaut).

Je me félicite de votre réflexion sur la meilleure façon d’articuler nos deux professions, nos compétences respectives, afin que chaque femme en demande de contraception, en attente de grossesse, enceinte, ou en post partum soit accompagnée par l’interlocuteur le plus adéquat.

Cette collaboration se révèlera fructueuse, n’en doutons pas.

Mais, très chers amis du Syngof, je vous en prie, soyez attentifs à la formulation de vos idées.
L'on finirait sinon par croire que votre unique souci est la défense de votre pré carré.


Ce billet est le énième traitant de ce thème. Une petite sélection ci-dessous
14/11/09

27/12/09
08/06/10
25/08/10

 

 

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22 mai 2011

SMAR

 

Ce billet vient rattraper un oubli de taille : évoquer la SMAR, Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté... qui se termine aujourd'hui.

Une insomnie m'a offert la rediffusion nocturne d'un documentaire consacré aux Monty Python ; l'occasion de revoir de nombreux extraits de leur filmographie. Et plus particulièrement, "The Miracle of life", scène d'accouchement inaugurant "Le sens de la vie" (1983)

Une femme au ventre proéminent, allongée sur le dos, pieds dans les étriers, observée par de nombreux spectateurs - sans son conjoint invité à sortir car "il ne fait pas partie des personnes concernées" - relève la tête pour demander ce qu'elle doit faire...
Le médecin répond d'un ton sans appel "Nothing, you're not qualified" ! puis se retourne pour s'extasier sur sa machine qui fait "ping".

Bientôt 30 ans depuis la sortie de ce film et l'amère impression que cette parodie tenait de la prophétie.

Les maternités ont peu à peu été envahies par un matériel sophistiqué, de plus en plus coûteux, de plus en plus prégnant.
La grande majorité des naissances se passent sous péridurale (76% en 2008) et les femmes se retrouvent branchées de toutes parts. Le cathéter analgésique s'insinue entre les lombaires, les capteurs du monitoring ceinturent le ventre, un tensiomètre se gonflant à intervalles réguliers enserre un bras, tandis que l'autre est piqué d'une perfusion dispensant sérum sucré et hormones de synthèse. Parfois, la technique s'impose encore un peu plus en ponctuant le torse maternel de trois électrodes reliées à un scope, voire en pinçant un oxymètre de pouls à l'extrémité d'un doigt.

Autant de machine en mesure de faire "ping"avec plus ou moins de discrétion...
La sécurité est à ce prix nous dit-on.

Les sages-femmes étaient dans la rue il y a une semaine pour dénoncer (entre autres !) leur sous-effectif.

Soutenir une mère pour reculer ou éviter le recours à la péridurale, écouter régulièrement un enfant pour la libérer du monitoring, guetter d'une main légère la contraction suivante pour en évaluer l'intensité, être attentive à cet enfant, à cette femme qui à coup sur ne fera ni chute de tension ni arrêt cardiaque (!) sans signes annonciateurs nous alertant ! Préserver un espace intime qui lui permettra de sécréter ocytocine et endorphine en toute efficacité...

Beaucoup moins d'onéreuses machines qui font ping.
Beaucoup plus d'humanité.
Et une technicité qui ne serait convoquée que par nécessité médicale, alors salutaire et bienvenue.

Récemment, une jeune mère qualifiait son accouchement de catastrophique tout en en faisant un récit parfaitement lisse, examens, surveillance et actes s'enchainant pour une prise en charge "irréprochable" dès son arrivée à la maternité...
Mais pourquoi cette émotion qui perlait à chacun de ses mots ?
Finissant par exploser "On s'est très bien occupé de moi mais personne ne s'est/ne m'a demandé comment j'allais !"

L'événement fondateur de la naissance devenu simple transition mécanique entre un enfant dedans et un enfant dehors.
Piiiiing...

 

 

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21 mai 2011

Esseulée

 

Il y a quelques mois, après la naissance de son quatrième enfant, toujours allaité avec bonheur, elle a choisi de prendre un congé parental pour mieux se consacrer à sa famille. Exerçant en libéral, elle a la certitude de reprendre son travail dans quelques temps et jouit même de la liberté de le faire quand elle le décidera ; situation - en apparence - idéale.

Elle m’explique pourtant combien elle se sent isolée chez elle, combien ces semaines rythmées par les horaires scolaires des ainés, les tétés du dernier, la préparation des repas, le ménage et les tournées de lessive lui pèsent.
De temps à autre, elle rencontre des amies mais les seules disponibles en journée ont comme elle cessé de travailler et les conversations tournent encore et toujours autour des enfants et de préoccupations domestiques.

Sa vie sociale lui manque.

Ce jour là, elle me raconte avec gourmandise sa récente sortie pour une occasion « imposée », se réjouissant des échanges - enfin éloignés de son quotidien familial - avec d’autres adultes.

Rien de très surprenant si ce n’est l’occasion en question...
... une sépulture.

Devant sa jubilation, je me hasarde à suggérer que ce devait être une personne à laquelle elle n’était pas très attachée ?
«Ah si, quand même !».

 


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14 mai 2011

TélescopageS

Deux faits divers dramatiques viennent très durement confirmer certaines des revendications portées ce 12 mai.
Au soir de la manifestation, rentrée dans ma province, me suis jetée sur les JT de la nuit pour apprendre ce qui se disait de notre mobilisation.
Le premier journal regardé (France 3) n’en disait absolument rien (!!!) mais développait largement l’histoire de cette jeune femme ayant accouché très prématurément et seule à hôpital de Montauban.
Le jour suivant, nouveau drame à Lille avec l’erreur d’une étudiante qui confond deux patientes et provoque une fausse couche chez une femme hospitalisée pour un cerclage.
Affligeantes histoires.

Pour la première, par charité, je ne m’étendrai pas sur la communication calamiteuse de la direction de l’hôpital, mettant en avant un nombre de sages-femmes conforme aux décrets (ben oui, on le sait bien qu’il faut revoir ces décrets, les normes sont minimalistes) et une trop grande prématurité interdisant tout essai de réanimation. Contre exploit médiatique que de défendre ainsi l’hôpital sans jamais un mot de compassion pour cette mère, sans imaginer que la grandeur de la médecine consiste aussi à savoir être là quand on ne peut plus rien…

Pour la seconde, l’erreur est exemplaire de la mal-communication entre soignants et soignés. Mais le surmenage perpétuel des équipes n’est il pas en partie responsable ? Pour communiquer, il faut la volonté de le faire, mais aussi le temps, la disponibilité…

Alors pourquoi aucun des médias développant ces faits divers* n’a l’idée de les rapprocher des slogans brandis par les manifestants « Une femme, une sage-femme », « Sages-femmes malmenées, sécurité en danger » etc… Pourquoi aucun ne cherche à analyser les causes de ces drames ? **
L’incurie de journalistes refusant de prendre le moindre recul, de tenter un semblant d’analyse, se vautrant dans le pathos sur le dos de parents éplorés aurait presque suffit à gâcher ma joie d'une manifestation réussie.

Pour la gâcher tout à fait, j’apprenais hier soir une nouvelle attaque de nos amis les obstétriciens.
Qui mérite une analyse de texte détaillée…

A la veille de la Journée des sages-femmes, le SYNGOF tient à reconnaître et à saluer leur rôle indispensable dans le confort et l'humanité qui entoure la naissance dans notre pays et qu’elles contribuent à renforcer.
Outre une rédaction manquant quelque peu de grâce, le mépris suinte dès cette première phrase qui nous dénie toute responsabilité médicale et nous renvoie à une caricature de nonnes épongeant avec dévouement le front des femmes en couche.

Mais il convient de demeurer vigilants sur la sécurité de l’accouchement qu'elle ne peuvent assumer seules et dès lors ne pas se laisser entraîner vers un assouplissement des procédures que notre pays a mis de longues années à faire vivre pour garantir à toutes les femmes et tous les nouveau-nés une sécurité constante.
Ainsi, nous ne pouvons assumer un accouchement seules ??? Alors que plus de la moitié des accouchements sont accompagnés/ réalisés/assistés (je cherche le mot juste !) par les seules sages-femmes ???  Et que la totalité des accouchements sont "surveillés" par les sages femmes qui ont en responsabilité le dépistage de toute anomalie ?

Il ne faudrait pas, attirés par des discours démagogiques, voire s’approchant du sectaire, de quelques-uns, que soit baissée la garde des normes et des recommandations.
On retrouve l’accusation sectaire, mise en cause facile, mille fois employée dès que l’on ose un tant soit peu s’affranchir du discours officiel. Pourtant nos propositions s’appuient sur des données scientifiques***, sur l’expérience de nombreux autres pays qui font autrement et mieux que nous. Nous n’invoquons pas la divine providence, nous pensons (si, si je vous assure, une sage-femme peut penser par elle même), nous analysons, nous randomisons…. et nous concluons que notre organisation française est dispendieuse, déshumanisée et pas assez sécuritaire !

Le travail d’équipe des sages-femmes, des gynécologues avec le renfort des nouveaux spécialistes de médecine générale doit toujours être réfléchi en conservant la préoccupation de ne pas laisser réaugmenter la morbi-mortalité périnatale.
Vous noterez le petit appel du pied vers les médecins généralistes, pourtant longtemps négligés par leur confrères spécialistes. Dans le domaine de la maternité et de la gynécologie "normales",  sages-femmes et médecins généralistes ont beaucoup à partager. Devant la fronde des sages-femmes et le soutien grandissant des usagers, on serre les rangs et on appelle à la rescousse ceux que l’on ignorait hier.

Les femmes le savent bien et dans leur quasi-totalité plébiscitent dans les sondages (Etude Magic Maman 2011)****, l’organisation actuelle. Rappelons, pour mémoire, que dans un sondage récent 96% des jeunes mamans estimaient avoir été bien prises en charge médicalement et 85% bien prises en charge humainement. Il faut y voir la signature du travail conjoint des sages-femmes et des gynécologues. Ne laissons pas refleurir périodiquement les modes délétères de l’accouchement "comme chez soi" !
Dans le même temps, laissons les maternités fermer et les femmes parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre dans un lieu de naissance ; c’est bien connu, accoucher dans sa voiture sur le bas coté d’une départementale est une approche sécuritaire… Je n’ai pas connaissance d’un communiqué de presse du SYNGOF s’élevant contre les fermetures de maternité de proximité ( lors de l’AG du 12 mai, une sage-femme expliquait qu’après la disparition de son établissement, les femmes se retrouvaient à 80 km de la maternité la plus proche…).
En parallèle, continuons à ignorer les résultats positifs d'expériences étrangères, à hyper-techniciser les accouchements, à dépenser inutilement l’argent public. Continuons à refuser "l'assouplissement des procédures" (sic), à écarter toute innovation dans les prises en charge... ne touchons à rien.
Dormez braves gens, tout va bien !

Je l’ai déjà écrit ici, je ne fais la guerre à personne. Comme le SYNGOF ose le souligner, la périnatalité a besoin d'une équipe, c'est à dire des compétences - médicales ! - conjointes des sages-femmes, des généralistes et de divers spécialistes.
Mais de la même manière que je respecte le travail et les savoirs de ces praticiens, j’aimerais qu’ils respectent les miens.

 

*cf ce très complet billet de Knackie
**une exception découverte ce matin
***lire par exemple ici ou ici ou encore ici...
****cf ce communiqué du Ciane qui n'a pas tout à fait la même analyse...


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13 mai 2011

Nous partîmes 5000

manif_blog

 

Un rapide passage pour témoigner que la manifestation des sages-femmes a rassemblé de nombreux professionnels et étudiants tous unis derrière la banderole "Une femme, une sage-femme".
Nous étions nombreux, joyeux et déterminés à voir la périnatalité se réorganiser autour de notre profession. Comme je l'écris souvent ici, à chacun sa place !

Encourageons les femmes à s'adresser aux sages-femmes pour leur maternité et leur suivi gynécologique. A nous ensuite de les réorienter vers les médecins quand ce suivi sort du cadre de la physiologie.
                                                                             Sages-femmes : premiers recours !

Ne nous leurrons pas, la rencontre au ministère* n'a rien donné de concret. On nous renvoie vers nos divers interlocuteurs (UNCAM, DGOS, CNNSE...) pour tenter de faire avancer les dossiers.

Par exemple, la question de l'assurance pour les accouchements à domicile a été qualifiée de dossier très complexe et en cours d'étude... On avance hein ? On sent de l'enthousiasme et du soutien.
Pour les maissons de naissance,  c'est pas de leur faute non plus. Pourtant, après que le conseil constitutionnel ait retoqué l'article 67, il faudrait bien présenter un nouveau projet de loi non ???

Nous serons fortes grace aux soutien des femmes, des couples et des familles qui devraient, qui vont
- se tourner massivement vers les sages-femmes
- refuser d'être expédiés dans des consultations trop courtes avec dépassements d'honoraires
- refuser de rencontrer x soignants différents en 9 mois
- exiger plus d'  " Humanité, sécurité, proximité"  (titre du dernier plan périnatalité) en réclamant plus de sages-femmes (et en soutenant la revalorisation de notre profession ; les salariées sont sous payées, des cabinets de libérales ferment face à l'augmentation des charges )

Prochaine mobilisation : le 18 juin, partout en France. Toutes les idées sont bonnes à prendre pour faire parler de notre profession et inciter les femmes à venir vers nous... Les initiatives peuvent aussi être menées par vous les "usagers".  Les commentaires sont ouverts à toute suggestion !!!!

 


* compte-rendu à lire par exemple  ici

 

 

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09 mai 2011

Jugée

Sa voix tremble en racontant.
Quelques années plus tôt, un accouchement, banal.
Dilatation plus que rapide, descente éclair d’un bébé dont le rythme cardiaque traduit la difficulté à s’ajuster à ce tempo… Pas le temps cependant de s’inquiéter puisque l’enfant surgit si hâtivement qu’elle l'accueille avant d'avoir pu enfiler ses gants.
Cette arrivée précipitée conduit le nouveau-né en service de néonatalogie pour "difficultés d’adaptation à la vie extra utérine". Episode de courte durée mais bien évidemment douloureux pour les parents venant rendre visite à leur petit placé en couveuse, perfusé, bardé de capteurs reliés à divers appareils dont chaque bip vient aviver leur stress.
L'enfant quitte le service quelques jours plus tard sans inquiétude aucune sur son état de santé.

Sans inquiétude sauf celle de ses parents, mal apaisée par une équipe médicale quelque peu elliptique, « ne vous inquiétez -pas, tout va bien » et majorée par leur jugement hâtif sur la sage-femme. En effet, aux yeux de ce couple plutôt austère, décontraction de la coiffure et - discret - percing au sourcil ne peuvent que s'associer à un manque de rigueur professionnelle voire à une réelle incompétence.

Ils portent plainte.
Le dossier est analysé à la loupe, que dis-je au microscope. Sur cet accouchement extrêmement rapide, peu de notes évidemment. Mais tout devient sujet à caution.
La dilatation a fait un bon de 4 cm en un quart d’heure. Impossible ! affirme un expert qui s'indigne également de l’absence de forceps alors que l’enfant est sorti en une seule poussée.
La sage-femme a noté un élément de son examen suivi d’un point d’interrogation sur le dossier. Il lui est opposé que les professionnels n’ont pas le droit de s’interroger, qu’ils ne peuvent qu’affirmer.

Les conclusions de la justice sont léonines : tout va bien mais on ne sait jamais. L’enfant sera suivi afin de s’assurer qu’aucune anomalie de développement ne surviendra dans les années à venir. Le tribunal, en se voulant prudent (!), a choisi la meilleure façon d'entretenir l'angoisse parentale.

Pour la sage-femme aussi, ces conclusions sont une bombe à retardement. Elle n’a depuis aucune nouvelle de cette famille mais elle imagine que la moindre défaillance scolaire, la plus petite anomalie du comportement de ce bambin pourraient lui être un jour reprochées. 

Comment ensuite assurer son travail sereinement ? Comment ne pas moins se préoccuper d'accompagner et soutenir une femme que de remplir minutieusement le dossier la concernant ?  Comment ne pas multiplier examens et vérifications afin d'espérer exclure le doute ? Comment ne pas se conformer strictement aux protocoles, en oubliant ainsi la singularité de chaque être humain, pour imaginer se protéger de tout reproche ?

Comment ne pas travailler pour la justice plutôt que pour les parents…

 


J-3  : Rendez-vous devant la maternité de Port-Royal jeudi à 11h pour défendre la naissance respectée : " Une femme/une sage-femme".

Faites circuler l'appel. Sages-femmes et parents, nous nous devons d'être nombreux !

 


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05 mai 2011

Célébrées ?!

Le 5 mai est la journée internationale de la sage-femme.

Journée où je découvre cet article publié sur Magic maman : "Grossesse : être suivi par une sage-femme, combien ça coûte ? "

Pour suivre votre grossesse, vous pouvez choisir une sage-femme. Si votre grossesse ne présente aucun risque, son travail sera de vous accompagner avant, pendant et après l’accouchement. Combien coûte les consultations ? Les examens sont-ils remboursés ? Tout ce que vous devez savoir sur la prise en charge de votre grossesse par une sage-femme.

Il n’y a, à priori, aucune différence de prise en charge des frais de votre grossesse selon que vous êtes suivie par un médecin ou par une sage-femme. Votre sage-femme peut pratiquer en milieu hospitalier public ou privé, être libérale ou travailler dans un PMI (qui a essentiellement un rôle de prévention).
Généralement, une sage-femme indépendante est conventionnée, ce qui vous assure l’application de tarifs conventionnels ainsi qu’un remboursement de ses honoraires à 100 %.
Faux,  nos soins sont pris en charge entre 70 et 100 % ;  la prise en charge au titre de l’assurance maternité est de 100%, le reste à 70%
En cas de non-conventionnement, le remboursement s’élève alors à 75 %.
Faux Le remboursement se fait sur un tarif dit d’autorité inférieur à 1€ par consultation.

 
Pour une sage-femme conventionnée, vos consultations de suivi, vos séances de préparation à la naissance, c’est-à-dire l’ensemble de vos examens médicaux obligatoires, sont pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de base de l'Assurance Maladie. Le tarif conventionnel applicable depuis avril 2008 est de 17 € pour une consultation.
Faux 19 € pour une consultation de grossesse.

Au sixième mois, vient la quatrième consultation de suivi. Si pendant les 5 premiers mois de votre grossesse, vos frais médicaux sont remboursés aux tarifs habituels, à partir du premier jour de votre sixième mois de grossesse, tous vos frais médicaux remboursables sont pris en charge à 100 %. 
La première consultation de suivi avec votre sage-femme (qui se déroule avant le troisième mois de grossesse) est prise en charge à 100 %. Vous bénéficiez ensuite de plusieurs consultations de suivi échelonnées au cours des 9 mois.

Lors du premier rendez-vous, votre sage-femme vous prescrit votre première échographie qui est prise en charge à 70 %, ( c’est la même chose lorsque l’échographie est prescrite par un médecin) ainsi que des examens sanguins (groupe sanguin, dépistage de la rubéole, de la toxoplasmose, de l'hépatite B, etc.) qui sont intégralement pris en charge.
Lors de cette première consultation et en fonction de votre situation de votre grossesse, votre sage-femme peut aussi vous préconiser un frottis pour le dépistage du cancer du col de l’utérus qui est pris en charge à 70 %.
Pas en fonction de la grossesse mais de la date du dernier frottis réalisé  (plus de 2 ans)

Afin de détecter certaines maladies génétiques, elle peut aussi vous proposer un caryotype fœtal et une amniocentèse qui sont entièrement pris en charge (sous réserve de l’accord préalable du service médical de votre caisse d’Assurance Maladie pour le caryotype fœtal).
Faux : elle propose (et c’est obligatoire de le proposer) un dépistage sanguin du risque de trisomie 21. Si les résultats montrent un risque supérieur à 1/250, elle vous adresse au médecin et c’est avec ce praticien que la décision d’amniocentèse se prend.

Les examens médicaux du suivi de la grossesse sont tarifés à 19 € selon la Sécurité Sociale.
Ben oui, 19 et pas 17 €
 
Au quatrième mois de grossesse, lors de votre deuxième consultation de suivi, votre sage-femme vous propose de débuter vos séances de préparation à la naissance. Dans la limite des tarifs de base, votre Assurance Maladie prend intégralement en charge vos 8 séances de préparation à l’accouchement classique. A noter : les autres préparations (sophrologie, haptonomie, etc.) ne sont pas remboursées par la sécurité sociale.
Faux : sophrologie, yoga, haptonomie piscine peuvent être remboursés au titre de la préparation à la naissance. Cependant les sages-femmes sont tenues d’associer à ces "techniques" des temps d’informations et d’échanges sur la maternité, la parentalité etc…
 
Au cinquième mois, vous avez rendez-vous avec votre sage-femme pour votre troisième consultation de suivi, ainsi que pour votre deuxième échographie qui est là encore prise en charge à 70 %.
Au huitième mois de grossesse, votre troisième et dernière échographie (si votre grossesse ne présente aucun risque) est prise en charge à 100%.
 
Après l’accouchement, plusieurs examens vous sont proposés par votre sage-femme, ils sont tous pris en charge à 100 % :
- Deux séances individuelles de suivi postnatal, du 8ème jour suivant l’accouchement jusqu’à l’examen médical postnatal, au tarif conventionnel de 18.55 €
Faux : Ce n’est  pris en charge à 100% qu’entre le 7ème et le 11ème jour après l’accouchement (sinon 70%)

- La consultation postnatale obligatoire,
- Ainsi que des séances de rééducation périnéale.

Dommage d'omettre le suivi à domicile  en cas de sortie précoce, les consutations d'allaitement, le suivi du nouveau-né ...

En fonction de votre mutuelle et de ce que votre contrat prévoit, votre complémentaire santé peut prendre en charge les dépassements d’honoraires et compléter le remboursement de la Sécurité Sociale.
C’est vrai. Mais n’oublions pas que la prise en charge des dépassements d’honoraires (dépassements théoriquement interdits aux SF conventionnées) par les mutuelles contribue à augmenter leurs primes et à réduire l’accès aux complémentaires pour les moins riches…

Certaines sages-femmes appliquent également le tiers-payant, n’hésitez pas à interroger la vôtre à ce sujet !

En résumé, un gentil papier qui promeut le recours aux sages-femmes mais qui aurait gagné à un peu plus de précision…


J-7  : Tous à Paris à jeudi prochain à 11h devant la maternité de Port-Royal !


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03 mai 2011

Consentir

"Ils veulent la césariser ! "
C’est par ce coup de fil laconique et furieux que j’apprends le déroulement de leur dernière consultation. Le premier bébé de ce couple de médecins - elle généraliste, lui urgentiste - a la mauvaise idée de se présenter par le siège. Au vu des mensurations du bassin, l’obstétricien vient de refuser la voie basse.

Ils rêvaient d’une naissance douce, d’une médicalisation minimale sinon absente, convaincus l’un et l’autre que l’accouchement est un acte naturel, qu’il ne peut que bien se passer si l’on prend soin d’en respecter le rythme et la physiologie.
Cette décision de césarienne vient brutalement interrompre leur rêve.

Ils arrivent rapidement, elle abattue, lui furieux.
Il me tend le compte-rendu du radiologue, espérant qu’en une phrase rassurante, je lui confirme le bien-fondé de sa colère. Mais les mesures sont mauvaises. Cela ne m’étonne pas ; je connais bien l’obstétricien qui les suit et je le sais peu enclin à médicaliser sans raison. Une présentation par le siège ne l’embarrasse pas… sauf si elle s’accompagne d’un bassin qualifié de limite.

Il s'emporte, affirme sa confiance, dénonce les excès de la médecine défensive…tonne contre ce gynécologue trop prudent sinon carrément peureux…
Il évoque ses amis obstétriciens éparpillés dans d'autres régions, énonce sa volonté de chercher parmi eux celui qui acceptera de les accompagner dans un accouchement par voie basse.

Je souligne que le bassin est réellement limite, que leur bébé s’annonce réellement gros et que très certainement, tous prôneront la même attitude.
Il tonne encore, m’accuse d’être de leur coté, du coté des timorés, des peureux, de ceux qui ne savent rien de la vraie vie et de la vraie obstétrique…
De temps à autre, il détourne le regard vers elle, quêtant son approbation. Mais elle reste muette, prostrée, pleurant son rêve d’accouchement volé.

Je tente d’expliquer encore… l’absence de certitude… le risque de rétention de tête dernière, le pari qu’on ne peut faire sur la santé d’un enfant.
Notre discussion est dans l’impasse. Il ne veut pas entendre mes arguments, je ne peux accepter les siens même si je comprends leur déception.

Ce qui mettra fin à notre duel  sera ma dernière provocation…
Il est médecin urgentiste, a déjà accompagné des naissances, est formé pour cela. Je le lui rappelle. Rien ne les empêche, s’il est, s'ils sont aussi certains d’avoir raison, de mettre ce bébé au monde tous les deux à la maison ; mais ils ne peuvent demander aux autres praticiens d’endosser la responsabilité de cette décision que la raison médicale réprouve…
C’est finalement d’être ainsi placés au pied du mur qui les convaincra. D'une certaine façon, ils retrouvent la liberté de choisir. Ce n'est plus l'obstétricien qui impose sa décision mais eux qui décident de suivre son avis.
Ils acceptent la césarienne.

 


J-10 !



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