Réconciliée
Son premier enfant est né par césarienne en cours de travail car il ne supportait plus les contractions utérines.
Elle qui pendant neuf mois avait annoncé sa crainte farouche d'un accouchement médicalisé se voit brutalement projetée de l'univers presque apaisé de la salle de naissance au monde froid et aseptisé du bloc opératoire.
Elle se retrouve nue, allongée bras en «croix », poignets liés aux supports de part et d’autre de la table d'intervention. Un champ opératoire en non tissé bleu s’élève devant ses yeux, le puissant faisceau du scialytique se dirige sur son ventre, sa peau est badigeonnée de l'ocre et froid liquide désinfectant. Puis résonne le son métallique du plateau d'instrument ; la main du chirurgien s'est emparé du scalpel.
Elle est terrorisée.
Peu après, son enfant nait, crie faiblement. Elle l’entrevoit rapidement avant qu’il ne soit emmené dans la salle contigüe pour le désobstruer et l’assister dans ses premiers moments de vie extra utérine.
Il lui est ramené de longues minutes plus tard et posé contre elle, au creux de son épaule. Elle voudrait le prendre dans ses bras mais ses mains restent liées. Elle ne peut qu'appuyer sa joue contre le sommet de son crane.
Lorsqu'elle évoque ensuite cette naissance, elle désigne l’anesthésiste comme le responsable de sa détresse. C'est lui qui l’a positionnée sans ménagement, qui l’a crucifiée sur la table, qui a refusé de délier ses poignets, lui encore qui n’a pas eu les paroles empathiques dont elle avait tant besoin. Elle ne décolère pas.
A nouveau enceinte, elle retourne en consultation préanesthésique. Hasard de la vie, parmi la bonne dizaine de praticiens les assurant, c’est celui qui l’avait prise en charge lors de sa césarienne qui la reçoit.
Cette rencontre lui donne l’occasion d'exprimer la colère retenue depuis plusieurs années. Intransigeante, elle ne choisit pas ses mots, n'adoucit pas son propos et dévide âprement sa longue liste de reproches.
Elle est écoutée attentivement par le médecin qui ne cherche pas à écourter le rendez-vous. Il ne s'excuse pas, mais concède la brutalité de certains gestes, développe les motifs médicaux qui justifiaient l'enchainement de ses actes, reconnait son mutisme en le liant à l'urgence de l'intervention. Enfin il exprime son regret qu’elle ne soit pas revenue le voir plus tôt pour pouvoir s'en expliquer.
C’est ainsi quelle pourra m’annoncer avec un grand sourire « j’ai revu mon bourreau ».
Le début de l’apaisement.
Commentaires sur Réconciliée
- Quel horreurCe que vous racontez là était ma plus grosse angoisse durant mes deux grossesses !!!
A l'heure où l'on parle de respect du patient, de projet de naissance, je n'arrive pas à comprendre !!
J'apprécie beaucoup votre blog, cela me permet de revenir sur mes grossesses et mes accouchements ..
bonne continuation à vous et à bientôt pour vous lire ..
Valou - J'ai du mal à voir le monde en noir et blanc, bien et mal...
Ce que je retire de positif de cette "histoire", c'est que le dialogue permet de panser certaines blessures..Cette césarienne en urgence, elle ne l'avait pas comprise malgré les nombreuses explications données; entendre les mêmes explications de la bouche de celui à qui elle en voulait tant à changé son point de vue..
Et si je ne peux garantir que l'anesthésiste fera différemment une autre fois, j'ai tendance à penser qu'un médecin qui accepte de se faire engueuler, qui écoute puis répond avec respect est attentif à ses patients ; que peut-être, il n'avait pas mesuré l'impact de son silence (je sais cela parait absurde mais j'ai quelques autres histoires à raconter qui montre qu'entre ce que nous croyons faire et transmettre et ce qui est effectivement ressenti, il peut y avoir un gouffre...) et qu'il va s'attacher à modifier son attitude...
Dernier point, je lance un appel sur la position des mains lors d'une césarienne? Dans le cas rapporté, j'ai écrit liées car c'est ainsi qu'elle le vivait mais les poignets sont "simplement" retenus par un brassard large. La mère peut donc plier son coude pour retirer le bras et toucher son bébé après la naissance.
Mais je n'ai pas rencontré de bloc ou ce brassard n'était pas posé, ne serait-ce que pour éviter que le bras glisse du support.D'autres expériences ?? - Pour les brasBonjour !
Je réponds à l'appel du brassard. J'ai été cruxifiée à ma première césa, je m'en suis rendue compte quand j'ai voulu me gratter le nez (merci les morphiniques !), j'ai dû demander à mon mari de le faire, quand j'ai vu mon fils, je n'ai pu le toucher, il me semble effectivement avoir été liée au niveau de l'avant bras...
Pour ma seconde césa, j'ai demandé à avoir les bras détachés, je les ai eu !!!
Mes bras sont sagement restés dans les gouttières, mais je n'avais pas l'impression d'être cruxifiée.
Moi, ce qui me choque le plus, c'est la nudité. Laissez une patiente nue, c'est un manquement grave à la déontologie professionnelle, je n'ai jamais été "topless" lors de mes césas, on m'avait laissé ma petite robe de bloc bleue qui me couvrait la poitrine et j'avais une couverture sur les jambes.
Sinon, concernant les anesthésistes, pour ma première césa, il m'a piqué puis est parti discuter avec quelqu'un dans une pièce à côté, il est juste revenu me donner un calmant car je paniquais vu que mon fils était inerte et n'avait pas crié (DRT, né avec APGAR à 7), et un peu plus tard dans le couloir pour m'expliquer le transfert en néonat.
La seconde fois, il m'a piqué et adios... C'est une SF qui est restée près de moi, m'a parlé, elle a été d'une douceur incroyable...
Bref, si pour ma première césa, il avait quelques ratées (bras attachés, seule une fois mon mari parti...), pour ma seconde, ça a été formidable, car en plus, ma fille allant bien, j'ai fait le post-op au chaud dans une salle de naissance avec mon mari ! - Je ne connais pas bien le sujet de la césarienne mais comme Valou, ce genre de scénario était une des mes pires angoisses... Je suis surtout choquée de voir qu'on peut imposer la nudité ou bloquer les mouvements d'une mère alors que ce n'est pas indispensable, et puis cette séparation à la naissance... Vu la proportion de césariennes on pourrait quand même s'attacher à éviter ça ?
L'hôpital où je suis suivie pour le moment prône l'allaitement maternel et indique dans sa brochure que même en cas de césarienne, les bébés sont mis au sein dès la naissance, donc, c'est possible...
Après, d'accord avec 10 Lunes pour le fait que, même si ça ne donne pas de certitudes quant à ses pratiques futures, le praticien a au moins pris le temps d'écouter cette femme, d'accepter ses reproches, de donner quelques explications.
Mon mari et moi avons récemment "pris en défaut" un gynécologue et il s'est comporté de la manière la moins professionnelle qui soit, évitant le dialogue et la remise en question, et décidant seul de choses qui auraient dû être concertées avec nous... - « J'ai du mal à voir le monde en noir et blanc, bien et mal... » Contrairement à ce que vous laissez suggérer, ce n’est pas non plus comme cela que je le vois… Moi-même, en discutant avec ma gynéco quelques mois après ma césarienne, je me suis rendue compte qu’elle n’était pas le monstre froid que j’avais fantasmé après coup et que les décisions prises par les soignants n’ont pas pour seul but de nous faire du mal. Mais le respect des protocoles a fini par déshumaniser la naissance et on ne pense même plus à les remettre en cause tant ils offrent un cadre rassurant aux soignants (mais pas du tout aux mamans et à leurs bébés…).
Ce dialogue, c’est le hasard seul qui a permis à cette femme de l’avoir, comme vous le dites dans votre article. La plupart des femmes qui ont vécu cette situation n’auront pas la chance de faire ce « debriefing » avec les gynécos/obstétriciens/anesthésistes/SF qui étaient présents ce jour-là. Au mieux, elles pourront en reparler lors de la consultation post-natale et avec un peu de chances, elles auront droit à une écoute attentive et compatissante… Et combien de femmes oseront franchir le pas, solliciter un RDV avec leur(s) « bourreau(x) », comme vous dites ? Très peu !
Ce qui est en cause ici, c’est, en plus du manque d’explications, les pratiques qui sont toujours en cours mais dont l’utilité devrait être remise en question. Car, autant que la césarienne elle-même, ce sont aussi les circonstances qui l’entourent et l’attitude des soignants qui sont bien souvent à l’origine des « blessures » que vous évoquez dans votre commentaire. Et je suis frappée de constater que ces pratiques sont considérées comme « normales » voire indispensables par la plupart des soignants encore aujourd’hui (et même par vous, ou vos collègues, visiblement…): refus de la présence du père au bloc qui pourrait avoir la mauvaise idée de tomber dans les pommes (le mien a très bien tenu le coup, merci…), pose de la sonde urinaire « à vif » avant même la pose de la rachi, bras attachés (les miens ne l’étaient pas !), soins apportés au bébé AVANT le peau-à-peau avec la maman parce que, bien sûr, il fait trop froid au bloc, les 2 heures d’attentes obligatoires en salle de réveil, l’allaitement retardé, etc, etc.
Alors, votre anesthésiste, il lui est facile de se la jouer grand seigneur après coup, il n’en demeure pas moins qu’il a fait preuve de bien peu d’humanité à un moment crucial de la vie de sa patiente. Quant à exprimer son regret qu’elle ne soit pas venue le voir plus tôt, ça me fait doucement rigoler : lui était-il si difficile de se déplacer, lui, pendant son séjour à la maternité ? Mais non, ces gens-là sont bien trop importants pour perdre leur temps à venir discuter avec leurs patients…
Comme vous pouvez le constater, je suis en colère ! Pas tant contre vous, mais contre un système qui autorise ce que je considère comme étant une forme de maltraitance que bien peu ose dénoncer et contre lequel personne ne songe à se révolter… Mais peut-être est-ce ma faute… Peut-être n’ai-je pas suffisamment remué ciel et terre pour obtenir des réponses à mes questions… En tout cas, vous l’aurez compris : je suis déçue par ce billet… - Bras détachés !Je n'ai été attachée pour aucune de mes 2 césariennes (sans que j'ai demandé quoi que ce soit). J'ai découvert après coup que c'était une pratique courante. Je considère donc que j'ai eu de la chance !
Ces disparités de pratiques sont, je trouve, très difficiles à comprendre et accepter quand on est une patiente lambda... mais ça, c'est une autre histoire, et une longue, encore ! - Pétrolleuse, je crois voir ici les limites de la communication écrite avec un vrai bémol entre ce que je souhaite faire passer et ce qui est reçu..Les circonstances m’empêchent d'être présente sur le net en ce moment. Je prends le temps de réfléchir et je reviens poster une - certainement longue- réponse dès que je le peux.
- Ah la césarienne : post forcément hautement polémique ! Je suis d'accord pour dire que ces naissances-là sont très déshumanisées, il faut que ça change : la femme ne vient pas pour une opération mais pour la naissance de son enfant : ça devrait amener un comportement différent.
"La mère peut donc plier son coude pour retirer le bras et toucher son bébé après la naissance."
Si on m'attache les bras pour une opération, je pense que c'est obligatoire jusqu'à ce qu'on me les détache... Vu comme les patients sont infantilisés dès leur entrée à l'hôpital (nous savons, vous n'y connaissez rien), je ne vois pas comment on pourrait de permettre de 'désobéir' ! C'est aux soignants de penser à libérer la patiente pour qu'elle puisse toucher son enfant. - Bras detaches, les deux foisLa première fois detaches par protocole (je n'ai rien eu a demander), la deuxième fois j'ai demande et on m'a dit oui sans problème.
10lunes, tu peux faire un tour sur
http://www.cesarine.org/quest/
Tu y trouveras environ 3000 reponses a la questio "détachés ou non"... Et a quelques autres
(OK il y a forcément un gros biais de sélection, mais quand même) - petrolleuse : tu viens de raconter mon accouchement et mon séjour là. J'ai du négocier pour qu'on m'endorme avant de me poser la sonde. L'obstétricien a eu la gentillesse de demander de nos nouvelles à mon Homme en le croisant dans un couloir. J'en garde un souvenir terriblement ému, tant le reste de l'équipe m'est apparu inhumain.
- dure réalité de la césa qui varie d'un hôpital à l'autre.
Ma cesa était programmée, j'avais quand même eu droit de mettre en place un projet de naissance, tout le monde était ok, plein de choses étaient faites...
Puis l'urgence, la pré-eclampsie qui s'affole, césa en urgence, manque de bol pas de place dans l'hosto et transfert... oh pas loin, mais du coup nouvelle équipe, nouveaux protocoles... le papa qui ne peut plus assister, moi attachée, mon bb qu'on ne m'a pas montré car il n'a pas pleuré, parti vite vite, une SF qui devait venir me donner des nouvelles et que j'attends toujours presque 2 ans après sa naissance... et j'ai vu mon fils 19h après l'accouchement, car il n'y avait pas de chambre libre pour moi, donc bloquée en salle de réveil et bb interdit de venir même dans sa couveuse...
et je n'ai jamais revu ne serait-ce que la toubib qui a procédé à la césa car elle a débuté son congés mater à la fin de sa garde.
Et quand j'ai essayé d'en parler pour vider l'abcès, j'ai été écoutée mais à mon avis pas entendue car tout était "pour mon bien"
nouvelle grossesse, césa qui se profile pour le confort et la sécurité des médecins (plus que du mien j'ai l'impression), nouvelle région, nouvel hôpital on verra ce que je pourrais faire... - Tu dois te douter, te souvenir, à quel point ce récit me rappel la naissance de ma fille (ton récit Aimée) et donc me touche.
Mes bras étaient liés aussi mais, la cigogne (ils nomment ainsi la SF qui prend le bébé) m'a apportée ma fille contre ma joue, à délié ma main qui tremblait et m'ai aidée à caresser ma fille. Seul geste de douceur, d'empathie, qui me revient trois ans après... - Bonjour 10lunes.
Nos chemins se sont déjà croisés ailleurs, mais c'est la première fois pour moi sur vos lignes. Je me présente donc pour les autres: je suis anesthésiste en maternité.
Ce billet me plait. Je pense comme vous que ce praticien ne refusant pas le debriefing surprise a agi comme il fallait. Et le contraste qu'il a dû percevoir entre sa pratique (qu'il supposait bonne) et le ressenti vécu de l'autre côté ne pourra qu'améliorer "a priori" son futur exercice.
j'interviens également pour tenter d'apaiser certaines rancoeurs ou craintes qui se nouent au travers des commentaires. J'ai eu la chance de pratiquer dans plusieurs maternités (françaises mais aussi étrangères), et je sais que les coutumes diffèrent d'un endroit à l'autre. Il y a nombre d'attitudes qui tiennent à mon sens du rituel conjuratoire, mais il existe également des similitudes pérennes dans la prise en charge de la césarienne.
Démystifions les.
Tout d'abord, je voudrais que l'on distingue la césarienne programmée de la césarienne urgente. Cette notion est importante, car le ressenti et les tensions potentielles n'ont rien à voir. Dans le groupe des césariennes urgentes, je distinguerais volontiers les césariennes en "catastrophe". N'oublions pas que cette intervention chirurgicale pour assister une naissance a d'abord été inventée-sans anesthésie- pour sauver le bébé (de grande valeur!), la survie de la mère n'étant alors qu'accessoire. La notion de "péril imminent", étendu maintenant à la mère, est de nos jours encore présente. 4 % des naissances se font dans ce contexte chaque année dans mon établissement actuel.
Voilà pour les faits. Maintenant, les rituels.
Les bras attachés: l'aseptie doit être rigoureuse, l'infection du site opératoire ne nous est pardonnée ni par la patiente, ni par l'institution. Or, pour stabiliser la tension artérielle, la patiente est allongée en léger roulis (normalement vers la gauche!) par l'anesthésiste. La table n'est pas large, le ventre tangue naturellement vers le côté penché. Le geste naturel de la parturiente est de maintenir son ventre, donc de souiller la zone propre. CQFD. Personnellement, en urgence, j'attache les bras, pour ne pas avoir à refaire le badigeon et perdre du temps. En programmé, on parlemente. Les bras libres ne me dérangent pas si l'aseptie est respectée.
Les bras en croix: L'anesthésiste doit avoir accès à un maximum d'abord veineux en cas de problème (comprendre: les veines). Or le problème le plus fréquent est l'hémorragie. En France, entre 1 et 2% des parturientes nécessitent une transfusion sanguine. La maternité est souvent le premier consommateur de produits sanguins de l'hôpital. L'anesthésiste le sait, laissez lui donc vos bras, ne les cachons pas sous les champs. Ca le rassure.
Le sondage urinaire: la plaie de vessie est une des complications que le chirurgien évite résolument. La vessie vide est un préalable à ce jour indipensable à une césarienne sûre. De plus, le recours à la rachianesthésie ou la péridurale anesthésique (et non analgésique, de l'accouchement normal) engendre de fréquentes rétentions urinaires post-opératoires (mais transitoires!).
Sonder AVANT la rachianesthésie: désagréable, certes, mais sûr. La rachianesthésie entraine de profondes chutes tensionnelles, systématiquement (et parfois pas parfaitement) compensées par l'anesthésiste. Une chute tensionnelle prolongée vous pousseraitdans le coma et tuerait probablement le bébé. Le chirurgien doit donc être opérationnel dès l'anesthésie (le bistouri entre les dents. Bistouri est le nom français de scalpel, qui est anglais). Personnellement, chez moi l'on sonde après la rachianesthésie. Ce temps est court, car les infirmières sondeuses sont rapides et les chirurgiens prompts et aguerris. Ailleurs, la célérité n'est pas forcément de mise.
Le père présent: affaire de moeurs et d'organisations locales. Sa présence ne me gène pas (je le fais régulièrement) sauf si les locaux sont exigus ou que la situation est délicate, ce qui souvent est le cas chez moi. Une rénovation des blocs est prévue, ce sujet sensible est à l'ordre du jour. Néanmoins, certains obstétriciens ou anesthésistes sont parfois gênés de cette présence; Si je sais que le chirurgien n'est pas à l'aise, papa dehors.
Bébé en salle: difficile, plus gérable en situation programmée. En urgence, une surveillance pédiatrique est souvent nécessaire (sinon l'urgence ne serait pas justifiée...).
Deux heures de salle de réveil: Tarif minimum. 75 à 80 % des hémorragies liées à l'accouchement surviennent dans ces délais. Cause la plus fréquente: atonie utérine. Ecourter cette surveillance (que j'espère stricte), notamment du globe utérin (le massage désagréable!) et l'accouchement deviendrait la première cause de mortalité de la femme jeune (actuellement seconde, derrière les morts violentes).
Voilà. C'est long, je sais. Mais plus c'est long, plus c'est bon. - John Snow merci de cet argumentaire détaillé qui me semble répondre à pas mal des questions que l'on peut se poser.
Je reviens sur mon billet; ce que j'écris ici n'est pas tout à fait la réalité, ce n'est que le reflet de ce que l'on me transmet.
Par exemple, dans l'histoire citée, le père était présent en salle de césarienne. Mais dans le récit que m'en faisait la mère, ce n'était pas précisé car c'est le sentiment de sa solitude qui prévalait.
Et si tous nous pouvons regretter le vécu de cette césarienne, j'atteste (car j'ai suivi cette femme plusieurs années) que cette confrontation avec l’anesthésiste a été pour elle une réparation.
Il ne s'agit pas là d'excuser une attitude, une prise en charge inadaptée mais de témoigner d'un ressenti, le sien.
Dans mes multiples motivations à tenir ce blog, il y a celle-ci : tenter d’amoindrir le gouffre entre ce que soignants et soignés croient savoir les uns des autres.. Je suis persuadée que cet anesthésiste était à mille lieues de se penser maltraitant, que la sage-femme ou la panseuse n'ont pas imaginé proposer à la maman de retirer sa main car elle était libre de le faire (alors pourquoi le dire !). Je sais aussi que cette césarienne s'est faite en urgence et que cela, forcément, change un peu la donne...
Enfin, je sais que beaucoup de choses peuvent être améliorées et que c'est pour cela qu'il est important de discuter avec les équipes. C'est ainsi que nous prenons conscience de l'impact de nos actes, c'est ainsi que nous pouvons nous améliorer.
Dernier point: si j'en crois mon Larousse, le scalpel est utilisé dans les autopsies... Mea culpa ! Je trouvais que cela sonnait mieux que bistouri... - Ce petit exercice d’autocongratulation entre sage-femme et anesthésiste est très émouvant !
Mais…
Tant de femmes transportées, sans explication, dans un bloc opératoire froid, entourées de personnes aux visages masqués, sans expression…
Tant de femmes nues, exposées au regard de tous, sans que pas une seule des personnes présentes ne songe à la recouvrir d’un drap…
Tant de femmes qui se sont faites engueuler par l’anesthésiste parce qu’elles n’ont pas suffisamment courbé le dos au moment de la pose de la rachi, ou parce qu’elles ont bougé au moment de la contraction, ou à qui on a reproché une prise de poids trop importante, qui allait compliquer la tâche de l’obstétricien…
Tant de femmes qui ont eu l’impression de n’avoir été qu’un morceau de viande sur une table, ou juste un ventre, un utérus aux yeux d’un chirurgien qui n’a pas pris la peine de se présenter à elles et dont elles n’ont même pas vu le visage…
Tant de femmes privées de la présence de leur compagnon au moment le plus important de leur vie…
Tant de femmes privées du contact de leur bébé nu sur leur ventre, privées de son premier regard…
Tant de femmes qui ont le sentiment de s’être fait voler leur accouchement, et qui sont toujours incapable, des mois, des années plus tard, de dire tout simplement « j’ai accouché »…
Mais, me direz-vous, il n’y a pas eu là de négligences sur le plan médical… Et bien évidemment, ces femmes n’ont pas été volontairement maltraitées par une bande de pervers sadiques. Néanmoins, dans tous les cas cités ci-dessus, les membres des équipes médicales, même s’ils se sont acquittés de leur tâche respective au mieux de leurs compétences, ont MAL fait leur travail. D’ailleurs, ce qui me choque dans votre argumentaire, monsieur l’anesthésiste, c’est que, nulle part, il n’est fait mention du bien-être de la patiente. Il est tout de même ahurissant de constater que dans la plupart des maternités français, la prise en charge psychologique des patientes est considérée comme un luxe dont on peut facilement faire l’économie alors que l’on sait pourtant que son absence peut être très lourde de conséquences.
Et pour ne reprendre que quelques-uns des points que vous avez abordés:
- Les bras attachés : ma césarienne fut pratiquée en urgence et mes bras étaient détachés. Est-ce à dire que l’équipe qui m’a suivie était moins soucieuse que la vôtre des règles en matière d’asepsie ?
- la présence du père qui gênerait le chirurgien : Pour quelle raison ? Parce qu’il ne pourra pas se permettre de faire des blagues salaces ou de planifier ses prochaines vacances à voix haute ?
- les 2 heures en salle de réveil : n’est-il pas possible d’effectuer cette surveillance en salle de naissance ? Il n’y en a pas toujours de disponible, me répondrez-vous. Mais une femme sur le point d’accoucher, on lui trouve bien une salle et une sage-femme, non ? Il ne s’agit donc pas tant d’une question de moyens que d’une question de volonté, qui n’est pas toujours là…
- Quant aux « urgences non justifiées »… Etes-vous naïf au point d’ignorer qu’un nombre important de césariennes ne sont pas justifiées ?
Alors bien sûr, une césarienne, c'est une intervention chirurgicale qui a pour but de sauver un bébé et/ou une femme. Mais serait-il possible de modifier un tout petit peu vos protocoles si rigides sans pour autant mettre en danger la sécurité de la femme et du bébé afin de lui redonner un peu d'humanité ? Les équipes qui l’encadrent pourraient-elles se rappeler que c'est aussi une naissance et qu’au-delà du champ opératoire, il y a une femme, souvent apeurée, qui s’apprête à devenir mère ? Ou est-ce vraiment trop demander… - Je tente une réponse en étant totalement incertaine de sa rédaction ; déjà renvoyée dans les cordes en m'inquiétant d'une analyse trop contrastée...
Je ne souhaite pas voir débuter une bataille entre deux camps, celui des soignés qui seraient forcément - selon où l'on se place - maltraités ou inconscients, celui des soignants qui seraient forcément maltraitants ou seuls garants de la "sécurité".
Ce n'est pas parce que des césariennes se font trop facilement qu'il faut les dénoncer toutes,
ce n'est pas parce qu'une césarienne en urgence est à la fois une source majeure d’anxiété et de déception qu'il ne faut pas la pratiquer.
Il y a aussi la pression légale, comme ces textes qui imposent la surveillance CONTINUE des deux heures suivantes ... à l'heure du surbooking des équipes, comment garantir la présence d'une sage-femme en continu pendant deux heures ? alors on met la mère en salle de réveil car c'est le seul endroit où cette surveillance est possible (l’infirmière ne quitte pas la salle) et on la sépare de son enfant car le lieu grouille de divers opérés et qu'un bébé n'a pas sa place...
Quant à la présence des pères, il faut dénoncer la formation des soignants qui le présente comme un observateur dérangeant ; une fois l'idée ancrée...
Dans un CHU de ma région, cette idée est tellement évidente que le nouveau bloc a été construit sans imaginer que d'autres personnes que les soignants (et les opérés !) pourraient y venir. Du coup, on annonce d'entrée de jeu aux parents qu'en cas de césarienne, le père ne pourra pas suivre (argumentaire : respect de l'intimité des opérés et limitation des germes importés au bloc .. peu importe que les étudiants soient légion eux !!!)
Cette règle une fois entendue, en cas d'intervention, les couples ne s'autorisent plus à demander la présence du père... ce qui conforte l'équipe dans l'idée qu'elle n'est pas fréquemment souhaitée... la boucle est bouclée.
D'où l'absolue nécessité de dialogue. - Pour aller dans le sens de 10lunes : on m'a prévenu lors de l'élaboration du projet de naissance qu'en cas de césarienne je ne pourrais probablement pas avoir mon bébé avec moi en salle de réveil ; la salle de réveil était "réservée gynécologie", mais elle accueillait surtout des femmes qui devaient subir un curetage suite à une fausse couche. Bien sûr, j'ai compris... J'ai pu accoucher par voie basse, mais si la césarienne avait été nécessaire, je me serais consolée en pensant que le bébé était avec son père (ça, c'était possible). Comme quoi, le dialogue préalable change vraiment tout.
- @ pétrolleuse
Vos interventions-et l'absence de réponse donnée aux points précis que vous soulevez- illustrent parfaitement l'impossibilité de dialogue patient/soignant dans la contexte français.
parce que la passivité des "patient(e)s" est le maître-mot d'une relation hiérarchique encadrée par des protocoles rigides définis par et pour les soignants. Il n'y a que les soignants qui puissent changer les protocoles médicaux, en se remettant en question, en s'éduquant, notamment en psychologie, en prenant des initiatives.
Un exemple de changement de protocole pendant la césarienne initié par des soignants, avec des images à la fin: http://rixarixa.blogspot.com/2011/02/implementing-skin-to-skin-in-hospital.html
Une relation déséquilibrée, asymétrique, affective, où les patient(e)s se retrouve, de fait, isolé; isolement brillamment illustré par l'accord confraternel entre dixlunes et un anesthésiste peu porté sur la remise en question de son protocole.
C'est une posture parfaitement badintérienne : les rapports de force n'existent pas, le corps des femmes reste un objet tabou*(accouchement, allaitement, règles, sexualité) ou totem(exploitation publicitaire, conformité obligatoire à une norme esthétique).
Dans ce contexte, s'informer, revendiquer des choix de naissance plus respectueux de la mère, de l'enfant ou de la physiologie tout court devient radicalement subversif. Quand à être respecté(e) sans avoir besoin de l'informer, batailler, revendiquer... c'est un objectif légitime, défini comme tel dans la pratique obstétricale anglaise notamment.
une piqûre de rappel, les commentaires sont également à lire
http://boree.eu/?p=1426
Un article de synthèse, qui formule les questions d'éthique volontiers laissées de côté ici: http://rixarixa.blogspot.com/2011/06/autonomy-information-and-power.html
*Il ne se passe pas une semaine sans que le guardian ne parle d'accouchement http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/childbirth, mais je serais bien en peine de trouver l'équivalent dans les grands journaux français
Dixlunes, vous agitez encore une fois l'épouvantail médico-légal pour présenter les soignants comme des victimes potentielles de patients-consommateurs de soins-chasseurs de primes vénaux. Or la réalité est tout autre, comme l'illustre cet article que vous ne lirez sans doute pas, comme tout ce qui ne correspond pas à votre horizon d'attente. http://www.maitre-eolas.fr/post/2008/08/04/1045-les-robes-noires-contre-les-blouses-blanches
Pour résumer, la lourdeur et la lenteur des procédures, l'aspect symbolique des peines encourues et des indemnisations déséquilibrent encore davantage la relation soignant/patient; et si le nombre de procédures augmente, très peu aboutissent à une condamnation et encore moins à une indemnisation. - Mes excuses à 10lunes pour avoir ouvert la boite de Pandore.
Le fait que l'on puisse nous soupçonner de collusion me fait quand même bien rire. Je demande donc la permission à notre charmante hôtesse de pouvoir à nouveau nous chier dessus afin de retrouver un semblant de rapport social normal entre nos deux professions.
je trouvai bien qu'un anesthésiste trouve le temps de désamorcer la mine qu'il avait plantée. Je trouvai sympathique qu'une (connasse
?) de sage-femme soit assez bonne pour le remarquer et le faire partager... C'est quand même pas si souvent que j'entende dire du bien de moi dans mon dos.
Je tentai donc de remercier simplement cette dinde (pardon, sage-femme) en tentant de répondre simplement aux interrogations pratiques qu'elle a soulevées dans ce billet. Et faire au passage toucher du doigt la difficulté de mon métier, qui est de concilier une nécessité de sécurité (car l'erreur, et c'est normal, ne me sera pas pardonnée) avec un désir légitime de liberté. En parlant sans fard des raisons qui poussent régulièrement l'anesthésiste à prendre des décisions vécues comme liberticides.
Visiblement, c'est raté. Les bombes ont déjà explosé, c'est trop tard. Tirez donc sur le gazier, il a bon dos et l'habitude. Trompez-vous de colère si cela peut vous faire du bien. Mais c'est la vie qui est dure. Pas l'anesthésiste. - "Mais c'est la vie qui est dure. Pas l'anesthésiste."
Faisons donc n'importe quoi, de tte façon c'est la faute à la vie, vive nos procédures et fuck ces satanées patientes à la con auxquelles on ne peut qd même pas prendre 2 secondes pour expliquer qu'il ne faut pas bouger le bras, l'attacher c'est tellement plus simple, elle serait foutue de nous faire un procès en cas d'infections cette salope, en plus de nous réveiller en pleine nuit !
La technique c'est bien, communiquer avec bienveillance et arrêter de prendre les autres soignants et patients pour des lapins de 6 semaines c'est bien aussi, et c'est tout ce que les gens demandent, bien avant les procès et autres démarches qui sont -n'oublions pas de le signaler- rarissimes en France. Ne pas oublier de voir ce qui se fait ailleurs et notamment dans les pays anglo-saxons où les mots "respect du patient" ont un véritable sens, que je ne retrouve pas dans ce billet ni dans les commentaires, en dehors de celui de petrolleuse. - Désolé, Anna. Je ne cherche pas l'avantage. Je suis simplement fatigué (la garde a été rude!) et peut-être du coup un peu désabusé. Je relirai tout ça à tête reposée plus tard, mais ne répondrai probablement plus. Si je n'ai plus votre soutien, accordez moi juste le bénéfice du doute.
Je lis ces lignes depuis longtemps avec attention, j'aime assez 10lunes. Je pensais pouvoir trouver une petite place ici. Encore une fois, je m'y suis sûrement mal pris. Ou ce n'est pas mas place, tout simplement.
Bonne chance pour votre future grossesse, vous m'avez l'air sympathique.
Encore désolé pour le bazar occasionné, telle n'était pas mon intention. - Je ne pense pas que tant de violence verbale fasse avancer un débat de manière constructive. Le personnel médical est encore majoritairement sous l'influence de conceptions dépassées et liberticides quant à la capacité de compréhension et de raisonnement de leurs patients. Et la majorité de la population est à ce jour persuadée que les soignants savent mieux qu'eux ce qui est bon pour eux. C'est une situation qui doit changer, mais qui ne changera pas du jour au lendemain. Et je partage le point de vue de 10lunes : seul le dialogue peut opérer ce changement, dans les deux sens.
Commencer par pré-supposer que l'ensemble des soignants ne sont qu'une bande de bouchers qui se cooptent et se couvrent les uns les autres n'est pas une position qui permet ce dialogue. Personne ici n'a jamais traité une patiente de conne ou de salope. Ni une sage-femme de connasse ou de dinde.
C'est quoi l'intérêt de ce type d'échange ? - John Snow, faut pas tout mélanger. Je ne pense pas qu'une majorité de lectrices de 10lunes vous rejette. Celles qui le font le font de manière véhémente, c'est tout.
Sinon, je suis assez d'accord avec Get72 : il me semble qu'un des buts de 10lunes, à travers ces pages, soit, justement, une réconciliation, une tentative de dialogue. Alors bien sûr qu'il y a des médecins terroristes (j'en ai rencontré !) mais on peut tout de même penser que ce n'est pas la majorité, et accorder le bénéfice du doute à ceux qu'on ne connait pas... - Drapeau blancOn se calme ? Drole de lieu de dialogue si tout le monde tire sur tout le monde à boulet rouge.
Je remercie Stellaspotlight pour les liens sur rixarixa que je ne connaissais pas. (par contre, Borée et maitre Eolas, je fréquente avec assiduité et vous encourage à faire de même). Les anglais ont réussi à faire bouger pas mal de choses avec une prise de position forte des usagers... j'invite tout le monde à rejoindre le Ciane (ou plutôt les assos adhérentes au Ciane qui est un collectif) pour parvenir à peser tout autant en France.
Je reviendrai plus tard sur le sujet césarienne.. La colère de certaines a eu le mérité de me montrer que je devais creuser un peu plus loin. Je l'ai dit en mail perso à l'un d'elle, c'est certainement le sujet que je connais le moins bien.
Dernière précision, je ne m’abrite pas derrière le médico légal, je souligne que des textes plus ou moins absurdes sont imposés aux maternités et aux équipes. Ca me semble être un éclairage.(voir aussi ce billet "Légitime défense" du 12/01/11)
Pour ma part, j'en resterai là. Et je vais tenter de résister à la tentation de billets anodins pour ne plus risquer le déferlement de colère...
parce que j'en ai un peu assez de me faire engueuler.. critiquer OK, infirmer aussi, mais pas taper ! - Obligation légale : justement, parlons-en : quelles sont-elles, *vraiment* ?"Il y a aussi la pression légale, comme ces textes qui imposent la surveillance CONTINUE des deux heures suivantes ... à l'heure du surbooking des équipes, comment garantir la présence d'une sage-femme en continu pendant deux heures ? alors on met la mère en salle de réveil car c'est le seul endroit où cette surveillance est possible (l’infirmière ne quitte pas la salle) et on la sépare de son enfant car le lieu grouille de divers opérés et qu'un bébé n'a pas sa place..."
Re-bonjour 10Lunes,
As-tu la référence de ce texte ? Car je le cherche depuis quelques temps et ne le trouve pas.
A ce que j'ai compris :
1) Il y a une surveillance de 2h après un *accouchement*, tous les accouchements, y compris les VB. En effet, risque d'hémorrragie. Mais ce n'est pas propre à la césarienne, et ta remarque sur la pénurie de sage femmes est aussi valide dans ce cas (témoignages de mères laissées seules avec leur bébé). Et on ne met pas toutes les accouchées en salle de réveil pour les surveiller en continu, donc, ce n'est pas de cette obligation-là qu'on parle (s'il y a erreur dans mon raisonnement, je serai ravie de comprendre laquelle). J'ai juste trouvé une référence à quelque chose du style "2 heures sans présence continue mais juste avec un check toutes les 15mn"
=> Je ne sais pas quelle est l'obligation légale au sujet de la surveillance post-accouchement ?
2) Il y a une surveillance générale post-opératoire de 2 heures, après ... et là j'en appelle à John Snow : après toutes les opérations, ou après toutes les opérations sous AG ? Car j'ai des exemples et des contre-exemples. J'ai eu des opérations sous simple AL (genre grain de beauté), au bloc mais sans surveillance post-op. Mon fils opéré des végétations, n'a pas été surveillé 2 heures. Le même, opéré des amygdales + quelques autres trucs (1h au bloc), l'a été.
Donc il doit y avoir des critères, mais lesquels ?
=> là aussi, quelle est l'obligation légale à ce sujet ?
merci pour votre aide, car je cherche ces textes / références, et Legifrance n'a pas vraiment été mon ami sur ce coup-là ... - Argh, je ne connais pas de texte de loi imposant une surveillance de deux heures post accouchement.
Mais le risque hémorragie est "réputé " exister surtout pendant les deux heures qui suivent..(et non, je n'ai pas de références d'études.. je demande aux "plus au point que moi" de les donner) d'où une surveillance des saignements pendant ce temps.
Mais ces deux heures post accouchement s’entremêlent avec un article du code de santé publique (ci dessous) qui précise les conditions de surveillance post opératoire.
Et c'est comme ça qu'on passe d'une surveillance discontinue post accouchement à une surveillance continue post césarienne...
Article D6124-97 du CSP
La surveillance continue post interventionnelle mentionnée au 3° de l'article D. 6124-91 a pour objet de contrôler les effets résiduels des médicaments anesthésiques et leur élimination et de faire face, en tenant compte de l'état de santé du patient, aux complications éventuelles liées à l'intervention ou à l'anesthésie.
Cette surveillance commence en salle, dès la fin de l'intervention et de l'anesthésie.
Elle ne s'interrompt pas pendant le transfert du patient.
Elle se poursuit jusqu'au retour et au maintien de l'autonomie respiratoire du patient, de son équilibre circulatoire et de sa récupération neurologique. - Surveillance post-délivrance, oui, mais surveillance post-op ?Bonjour 10lunes,
je re-précise ma pensée : je ne remets absolument pas en cause la surveillance post-accouchement (tous accouchements confondus) de 2 heures. Je note simplement que cette surveillance peut s'exercer en salle de travail, que ce n'est pas une surveillance continue, et que la famille est réunie ... quand il s'agit d'une voie basse.
Là ou je questionne +++, c'est la nécessité de faire *autre chose* lorsqu'il s'agit d'une césarienne *sous rachi ou sous péri* et *qui s'est bien passée*. (important, les trucs entre **, hein)
En effet, l'article du CSP ne donne aucune durée en salle de réveil, et indique uniquement que la surveillance post-interventionnelle (je vais dire SPI, hein) continue jusqu'au "maintien de l'autonomie respiratoire du patient, de son équilibre circulatoire et de sa récupération neurologique" => tout cela est d'ores et déjà présent en cas de péri/rachi *qui se passe bien* : la mère est consciente, respire de manière autonome, côté circulation c'est bon (la possible chute de tension en début de rachi est en général réglée dès le début de l'opération, et sinon, ça sort de la péri rachi "qui se passe bien").
Reste juste à voir ce qu'on entend par "récupération neurologique".
A noter que le CSP précise que
- Article D6124-91
Pour tout patient dont l'état nécessite une anesthésie générale ou loco-régionale, les établissements de santé [...assurent...]
3° Une surveillance continue après l'intervention ;
Donc a priori une femme ayant accouché par VB sous péridurale DOIT bénéficier de cette surveillance continue. Sauf que comme c'est ingérable (!) on a l'article suivant :
- Article D6124-98
peuvent tenir lieu de salle de surveillance postinterventionnelle :
1° La salle de travail située dans une unité d'obstétrique, en cas d'anesthésie générale ou loco-régionale pour des accouchements par voie basse ;
Mais là encore, les femmes ne bénéficient pas, en réalité, d'une surveillance continue. (ou bien si ?). Ou bien on considère que tout va bien, maintien de la respiration / circulation / neuro, donc on arrête la SPI, et on passe en surveillance post-partum simple ?
Au fond je pense que le noeud du problème est là : puisque le CSP ne précise pas de durée minimale de SPI mais pose des critères de fin de SPI, à quel moment considère-t-on que la SPI doit se terminer en cas de césa sous péri-rachi qui s'est bien passée ?
Certaines maternités ramènent la mère en salle de travail dès la fin de la césa, si tout va bien. Je suppose que cela implique qu'elles considèrent que la SPI est terminée (?). D'autres ... non.
Pourquoi ?
Simple souci d'organisation, ou vraie Bonne Raison ? - Bon, comme d'hab, la loi empile les textes et nous laisse nous débrouiller avec...
Un respect strict de l'art D 6124-98 du CSP imposerait une SF présente en continu pendant toute la durée d'un accouchement sous péri... Une femme/une sage-femme !!! Totalement irréaliste actuellement.. J'imagine que l'on peut jouer sur les mots en parlant d'analgésie et pas d’anesthésie...
Le post opératoire est un peu différent. On bascule d'une naissance normale sous analgésie à une naissance chirurgicale sous anesthésie loco régionale. Ce qui justifie malgré tout une surveillance rapprochée.
Je ne parle plus de textes mais d’expérience vécue.. j'ai vu progressivement le post césarienne quitter les salles de naissance pour rester en salle de réveil... au fur et à mesure du surmenage des équipes car de fait, il est de plus en plus difficile de s'engager à passer très régulièrement voir une "opérée". Comme de plus les textes imposent le continu, il est certain qu'en cas de problème la maternité serait considérée comme fautive.
Ce ne sont pas des bonnes raisons. Les bonnes raisons devraient prendre en compte le déroulement de l'intervention, l'état de santé de la mère, la présence d'un accompagnant, pour définir un temps de surveillance continu adapté à une situation donnée puis une surveillance discontinue ...
Mais les protocoles s'empilent car une équipe débordée n'a plus le temps de "bien" réfléchir.
Et la sécurité passe alors -et c'est une réalité- par des règles strictes qui s'imposent à tous.
Pour améliorer cela, il faudrait très nettement augmenter les personnels en maternité. Nous en sommes loin... Bien au contraire, on concentre. Les résultats immédiats restent bons. nous omettons simplement que ces moments retentissent bien plus loin, que la sécurité ne devrait pas se limiter à "la mère et le nouveau-né se porte bien" C'est une priorité absolue mais pas la seule finalité.... nous devrions prendre en compte le devenir physique mais aussi psychique de cette famille, de cet enfant...
D'où l'importance de pouvoir réfléchir ensemble sur l'aménagement de la prise en charge pour trouver le meilleur compromis entre les besoins des familles et les obligations des établissements...
PS : les deux heures de surveillance post accouchement sont des recommandations professionnelles
exemple : HAS 2004 (HPP)
Il est recommandé de réaliser systématiquement :
— une surveillance régulière en salle de naissance pendant les deux heures qui suivent un accouchement(accord professionnel). Cette surveillance porte sur l’importance des pertes sanguines, la qualité du globe utérin, la fréquence cardiaque et la mesure de la pression artérielle. Ces données seront consignées dans le dossier de la patiente (accord professionnel) ;
PS bis: j'espère que John Snow (que je ne connais pas hein ! sauf par échanges bloguesques n'imaginez aucun accord secret pour nous faire rentrer dans le rang !) reviendra donner son éclairage. Parce que mon domaine de compétence, c'est la physiologie... et on s'en éloigne sacrément dans ce débat. - Je reviens reposé, mains en l'air et toujours non armé.
Niania et 10lunes, vous pointez parfaitement les problèmes et leurs solutions dans ces deux derniers messages.
Les conditions techniques de fonctionnement des établissements de santé en ce qui concerne la pratique de l'anesthésie sont règlementées depuis un décret datant du 5 décembre 1994.
Ce qui signifie que depuis cette date, les établissement de santé où l'on pratique l'anesthésie (donc la majorité de la chirurgie) doivent remplir un cahier des charges précis. C'est par exemple depuis cette date que la consultation pré-anesthésique est obligatoire, 48 heures au moins avant la réalisation d'un acte programmé.
La surveillance post-opératoire doit également depuis 94 obéir à des règles strictes. La création des SSPI (salle de surveillance post-interventionnelle. En clair: salle de réveil) OBLIGATOIRES date de 94. En France, un bloc opératoire ne garantissant pas ces critères légaux minimaux doit être (et en pratique l'est fréquemment!) fermé.
Le cas de l'obstétrique est un peu particulier car l'on y réalise des actes d'anesthésie sans forcément de chirurgie. La salle de naissance est donc une unité un peu bâtarde: ni vraiment une salle de réveil, ni vraiment une salle de soin classique.
On résout généralement le problème en accolant la salle de naissance au bloc opératoire et à la SSPI, ainsi qu'en disposant d'une salle d'opération dédiée obligatoire au sein même de la salle de naissance (Niania vous donnera probablement la référence du texte du CSP, datant je pense de 2002
).
Mais comme on y réalise des actes d'anesthésie, la salle de naissance doit pouvoir garantir les critères d'une SSPI. Vous dites que la surveillance n'y est pas continue, permettez-moi (modestement, hein! On ne rouvre pas là la boite à gifles!) d'en douter. Le monitoring maternel est obligatoire dans chaque salle d'accouchement à partir du moment où une anesthésie y est réalisée. Des alarmes sont réglées, un rappel des scopes sur un serveur général en poste de soins est courant (je ne crois pas que ce dernier soit obligatoire en salle de naissance, alors qu'il est obligatoire en salle de réveil... A vérifier). Le personnel dédié à cette surveillance spécifique est obligatoire (infirmier, infirmier anesthésiste, sage-femme ou médecin!) et en nombre suffisant.
Pour résumer, question sécurité, une salle de réveil est une "super-salle de naissance" (monitoring et personnel dédié suffisant).
En pratique, Niania, je précise votre raisonnement dont le début est correct: Une surveillance de césarienne est parfaitement possible en salle de naissance à partir du moment remplit les conditions de sécurité nécessaires à une salle de réveil.
C'est généralement le cas dans les structures récentes. Je pousse le raisonnement plus loin: Pourquoi dès lors que les conditions sont remplies, n'utilise-t-on pas plus facilement cette possibilité, nettement plus confortable pour la patiente?
Réponse simple: Car la salle de naissance est une structure d'urgence avec un nombre de places limité. Et ces places peuvent se remplir en un clin d'oeil (ou pas! l'urgence est par essence imprévisible) dans des délais si courts que la sécurité de l'ENSEMBLE des parturientes n'y serait plus forcément assurée.
Vous dites qu'on ne stipule pas légalement de durée minimale de surveillance: Heureusement! Et pour vous et pour moi. En 94, une césarisée ne mangeait pas avant 48h, se levait dans ces délais, et sortait à J12-15. Aujourd'hui, les techniques ont progressé. Un lever, un repas et l'ablation de la sonde urinaire sont possibles à 6h dans les structures qui s'y attellent (comme chez moi!). Un texte de loi n'a donc aucun sens dans ce contexte. une césarienne reste cependant une accouchée. Les 2 heures de surveillance sont donc toujours nécessaires en l'état actuel de la science.
Pour terminer je peux vous dire que chez moi, nous avons un raisonnement inverse (nous sommes malins
): nous utilisons régulièrement la SSPI en surveillance d'accouchements (la salle de naissance, calibrée initialement pour 3000 naissances/an, accepte difficilement les presque 5000 naissances/an actuelles...)
Césarisées et accouchées sont donc bien dans le même bateau, la maltraitance débute ici. Pères et enfants y sont néanmoins régulièrement les bienvenus. Comme quoi nous essayons malgré tout de rester humains.
J'espère avoir répondu à vos questions. Le dialogue reste, ici comme au boulot, ma priorité. - Merci beaucoup beaucoup pour vos réponses ... Je commence enfin à y comprendre quelque chose entre ce qu'on est obligé de faire, et ... eh bien, ce qu'on se retrouve obligé de faire parce qu'il faut bien gérer l'urgence.
Je connais aussi des maternités qui ont un bloc opératoire en maternité, mais utilisent la SSPI commune de l'hôpital (= n'ont pas de SSPI dédiée maternité). Dans ce cas là, pour la présence de la famille, c'est quasiment impossible...
Pour l'utilisation de la SSPI en post-accouchement, je tombe des nues. je n'imaginais même pas qu'on puisse en arriver là...
Bref, merci de vos réponses, je reviendrai sûrement avec d'autres questions, mais là j'ai besoin d'un petit temps pour absorber tout ça ! - J'ai bien aimé l'échange, je comprends pas mal de choses.
J'ai eu la chance d'accoucher dans des locaux neufs prévus pour avoir une salle de réveil spécial césa juste à côté du bloc (et les salles de naissance sont dans le couloir à côté), et avant de se regrouper avec 2 autres cliniques, ma maternité ne faisait que de l'obstétrique, il semble que les papas en salle de réveil se fassent depuis trèsssssssssss longtemps, la présence au bloc, je l'ignore...
Pour la position "bras en croix", je pense que rien que modifier l'angle droit, pour un angle aigu ferait moins cruxifiction, j'ai vraiment été mal à l'aise pour ça la première fois, le personnel devrait se mettre dans la tête de "l'attachée", on est consciente et bloquée comme un Christ sur une croix, désolée, mais ça fait peur...
Après, pour les hémorragies, lors de ma deuxième césa, j'avais une voie veineuse dans chaque bras... La deuxième s'est bouchée en fin d'intervention, mais sinon, je l'aurais juste gardée pendant la surveillance post-op.
Concernant la surveillance post-opératoire, la première fois, j'étais seule dans un petit couloir, mon mari ayant accompagné mon fils victime d'une DRT. J'avais mes monitos branchés, une sonnette à portée, mais j'étais seule, aucun massage utérin, l'infirmière est juste passée une fois en coup de vent lever mon drap et sinon, me faisait des coucous en passant dans le couloir.
La deuxième, j'étais en salle de naissance, mon mari avec moi, mon bébé dans les bras au sein, mon tensiomètre était cassé, l'infirmière n'en a pas fait tout un foin, comme elle a dit, j'avais mon mari juste à côté, il m'aurait vue "plonger" (surtout que mon monito était un truc portatif pas centralisé).
Mine de rien, le papa peut être utile en post-op, il n'est pas médecin, mais il peut voir sa femme tourner de l'oeil et vite prévenir en cas de déficience de la machine (et je dit ça me souvenant du monito de remplacement (lorsque son état s'est stabilisé, on lui a mis un vieil engin pour passer l'autre à un admis instable) de mon fils en néonat qui déconnait complètement...).
Après, pour le côté zen, seulement 1700 bébés naissent chaque année dans ma maternité, ça aide...
Je reste persuadée que les "usines" sont l'ennemi d'une naissance respectueuse, en arrivant à 5000 accouchements dans un seul établissement, c'est dément, le personnel ne peut pas se cloner et les locaux ne s'étirent pas... - Merci pour la richesse de ces échanges.
Cette première rencontre effroyable avec son bébé, c'est terrible. Et on peut à mon sens et même en urgence faire mieux que ça.
J'en suis l'exemple vivant : j'ai eu une césarienne en urgence pour un HRP (et en fin de garde en plus, la vilaine!).
J'ai donc du avoir une AG et j'ai eu un anesthésiste adorable qui m'a fait une séance de relaxation sur la table, pendant que tout le monde s'installait (puisqu'il faut dans ce cas tout préparer avant de pousser les produits anesthésiants de manière à pouvoir sortir le bébé quasi-immédiatement). Il m'a parlé doucement, chaleureusement et a réussi à me détendre! J'étais à 7 mois de grossesse et j'allais avoir une AG sans aucune certitude que mon bébé serait là à mon réveil... Et cet homme a réussi à me détendre juste en me parlant et sur la fin de sa garde en plus!
Je n'ai pas eu les bras attachés avant mon anesthésie, après peut-être, surement.
J'ai été sondée avant mais on m'avait bien expliqué pourquoi.
A mon réveil, les premiers mots que j'ai entendus ont été : "voulez-vous avoir votre enfant sur vous?"
Arthur (mon bébé) faisait une détresse respiratoire modérée mais avait besoin d'être aidé avec un masque mais on me l'a mis en peau à peau pendant 20 min (avec la pédiatre au bout du masque à oxygène) avant de l'emmener pour ses soins.
On a filmé cette naissance et on m'a donné la cassette vidéo.
On m'a laissé jusqu'au bout mes lunettes et on me les a remises juste à mon réveil. (ça parrait dérisoire mais pour l'avoir vécu à une autre occasion partir au bloc sans rien voir est terrible)
Je n'avais rien demandé, nous étions dans une réelle urgence et pourtant tout ça a été fait.
Je suis aussi médecin, je connais les difficultées du quotidien mais je sais aussi que beaucoup de choses sont possible avec un peu de bonne volonté.
Certains en ont, d'autre pas. Comment faire pour "forcer" ces derniers à y mettre un peu du leur...? - 1- Snow, ne quittez surtout pas ce blog! Ce sont justement les informations que vous donnez qui permettront à des patients / parturientes de mieux vivre leur opération / césarienne, et qui m'ont tellement manqué pour une césarienne en cours de travail mais sans urgence. Je pense même que vous pourriez contribuer à informer sur des sites tels que cesarine.org
2- Mettre le nom de 'bourreau' sur le visage de l'anesthésiste a permis à cette maman de clamer haut et fort la violence de ce qu'elle a vécu et ainsi de s'en libérer en partie. Cela n'empeche pas de faire tout ce qui possible pour que cette violence soit atténuée pour d'autres mamans qui seront entre les mains de cet anesthésiste ou d'autres. C'est cette deuxième moitié du chemin qui pourrait se lire dans les mots de l'anesthesiste s'il avait voulu répondre à cette maman.
3- Si la pénurie de personnel conduit à une certaine deshumanisation, pourquoi les maternités n'acceptent pas plus facilement les SF liberales qui suivent le debut du travail à domicile, au moins en tant qu'accompagnante? Dans mon cas, le chef de service avait accepté sa presence en visite pre natale, mais la gyneco de garde l'a refusée (enfin se reservait pour une durée indeterminée). - Tous les prétextes sont bons ! (@ John Snow)John se rince l’oeil, et décidément, tous les prétextes sont bons. Déjà une petite remarque concernant les bras attachés : ça varie effectivement selon les villes et les pays. Dans certains pays, on n’attache pas du tout les bras. D’ailleurs je constate une drôle de corrélation : dans les pays où les femmes ont obtenu le droit de vote très tôt, on ne leur attache pas les bras pendant la césa. Etonnant, non ?
Puis cette question de la nudité : non mais franchement ! J’ai entendu tous les prétextes en la matière, mais pas encore cette histoire des bras qui doivent rester visibles. Bon, les bras pourquoi pas, mais torse nue et les seins à l’air, c’est trop ! Il faut savoir dire stop à un moment. Si vous ne voulez pas mettre de drap sur le torse, il n’y a aucune raison de refuser la blouse, si ce n’est l’intérêt évident de pouvoir se rincer l’œil dans une sorte de semi-légalité, ou disons plutôt un vide juridique (pour l’instant !).
Faites attention, Dr John Snow, parce que le jour viendra où vous n’arriverez plus à vous limiter à un simple rinçage de l’œil. Je vais vous raconter un exemple de la vraie vie quelque part en France… Une nuit d’été l’un de vos confrères est appelé pour une césa imprévue. Après quelques milliers de petites chochottes récalcitrantes qui lui font la tête et/ou pleurnichent, surprise ! Le voilà face à une multipare aguerrie, une pécheresse repentie, une ancienne des nuits parisiennes. Cette blonde affiche une attitude nonchalante, raconte ses vacances et son achat immobilier rocambolesque, et n’a apparemment pas besoin de paroles réconfortantes, car elle y répond par des éclats de rire et se moque de la maladresse du docteur. En gros, c’est le genre de nana qu’il aimerait encore une fois trouver dans son lit, mais l’espoir est perdu, l’âge se fait sentir, et le démon de midi frappe à la porte. Voilà la brave dame qui se trouve nue et ligotée, un peu comme dans certains jeux innocents de sa jeunesse. Bientôt la sage-femme s’en va avec le bébé, l’infirmière est occupée ailleurs, et les autres messieurs plaisantent tranquillement sur les méthodes d’épilation et comparent les poitrines des femmes des différentes races. Notre brave docteur a une envie irrésistible de vérifier si les électrodes sont bien en place. Il vérifie, ses mains glissent un peu, s’égarent dangereusement, mais il n’y peut rien… et voilà qu’il pince, masse et malaxe les seins qui sont là, juste sous ses yeux. C’est pas grave, peut-être qu’elle ne se rende même pas compte, et puis elle est apparemment du genre facile, elle ne va quand même pas dire non, puisqu’elle a déjà dit oui à plein d’autres. Et puis m****, on ne vit qu’une fois après tout !
Vous devinez la suite. En fonction de l’encombrement du bureau du procureur, on se reverra au tribunal correctionnel, soit à la rentrée, soit quelques mois après. L’étalage de nudité un peu excessif est l’un des éléments à charge, alors méfiez-vous, Snow ! Réfléchissez bien si vos prétextes passeraient au tribunal. Si un jour ça devait vous arriver, est-ce que vous préféreriez avec ou sans jury populaire ? - tiens.. je suis elle, cette femme les bras en croix, liés, urgence, 20h de travail, col obstinément fermé, impression de mourir, toujours les mains liée, mon ventre est touillé, malaxé, un cri, je ne peux pas toucher mon fils, il me regarde de ses grands yeux gris, il part, où est mon amour, où est mon mari, l'angoisse, je veux qu'on me parle, que quelqu'un me regarde dans les yeux, qu'ils arrêtent de blaguer en me recousant, de parler de leur collègue et de ses problèmes, je veux qu'on s'occupe de moi, je veux serrer une main, je veux qu'on me dise que tout ira bien, qu'on me touche la joue, j'aimerai qu'on m’essuie mes larmes, ça chatouille, j'aimerai qu'on me dise que je suis forte, j'aimerai me sentir maman, j'aimerai qu'on me rende mon accouchement... s'il vous plait...
cela fait 9 mois, j'en pleure encore rien que de lire ce billet - On sent que la césarienne est un sujet qui suscite le débat (et les passions) dommage que cela soit si peu le cas. Il y a quand même entre 20 à 25 % d'accouchements par césarienne, je crois qu'il y a beaucoup de non-dits, d'auto-censure ("après tout bébé et maman vont bien") et peu d'analyse et de remise en question de pratique à ce niveau là (quand je vois que les pratiques au niveau pédiatrique changent tous les 5 ans, j'ai vu peu de changement concernant les pratiques autour de la césarienne)...
- Oh, eluna, ton message est si plein de peine et de souffrance... Ca me retourne de lire ce genre de choses...
Que te dire sinon que tu as le droit d'être malheureuse, en colère, et de pleurer cette naissance volée... Et que peut-être, plus tard, il te sera bénéfique d'aller dire tout ça, "en vrai" ou par écrit, à ceux qui étaient là ce jour là...
Courage, je sais que tu vas avoir du mal à le croire, mais je te promets qu'un jour on arrive à penser à ce jour comme à une naissance (à défaut d'un accouchement), sans se sentir écartelée entre le bonheur d'avoir rencontré son enfant et l'énorme vide que nous laisse la façon dont cette rencontre s'est passée...
Pensées consolatrices pour toi, chère eluna. - Eluna, comme Mamour, je suis saisie à la lecture de ton message.
Il y a deux versants dans ton texte, le versant médical avec le contexte de la césarienne en urgence, déjà pas mal débattu dans tous les commentaires, prise en charge technique pour laquelle je peux avoir pas mal d'indulgence dans l'ignorance que nous sommes des circonstances exactes nécessitant l'intervention...
Le versant humain et ce que tu nous décris là est -quelles que soient les circonstances - totalement, absolument inacceptable !
Je t'invite à reprendre contact avec cette équipe pour pouvoir à la fois avoir les explications sur le versant médical mais surtout témoigner de ta solitude et souligner leur inhumaine indifférence.
Je t'encourage aussi à trouver un lieu ressource, sage-femme, psychologue, association où ta déception, ta colère (ces mots me semblent bien faibles) seront entendus.
Si tu le veux bien, contactes moi par MP. - je pense qu'il faudrait avoir une prise en charge psy pour celles qui le souhaitent... de ce côté là j'ai l'impression que c'est le néant ! on se sent abandonnée avec nos états d'âmes, notre cicatrice et la sonde urinaire.
mon gynéco qui m'a suivi et opérée, m'avait dit le matin même à la pose du 3ème ovule de la provoc, vous allez accoucher comme une cheffe ! j'ai essayée de le croire jusqu'au bout... jusqu'à ce que bébé ne supporte plus les contractions, jusqu'à ce que ça devienne insupportable de secouer ce ventre pour faire repartir le coeur de bébé qui a chuté si bas, si bas, de nombreuses fois, ...
ce même gynéco qui me dit le lendemain en venant me voir, mais j'ai pas compris votre état, vous qui étiez si zen pendant ces 9 mois, pourquoi avoir pleuré, paniqué ? l'essentiel est que vous alliez bien vous et votre bébé. mais que répondre.... - C'est le néant, quand même pas ! Pour le coup , imaginer qu'on ne propose pas de psychologue à une femme qu'on sent mal avec son accouchement, même une fois qu'on a pris le temps d'être à l'écoute, d'expliquer, ça me heurte. Peut-être parce que j'ai le privilège de bosser à l'hosto et d'avoir des psychologues sur place en cas de besoin. Pas au premier coup de blues en suites de couches (sinon, on peut inscrire à peu près tout le monde !), certes, mais quand ça va au-delà, pourquoi ne pas proposer ? Avec les meilleures intentions du monde, je ne suis pas psy, donc quand je ne suffit pas, je passe le relais.













Certes la mère semble soulagée, et c'est bien.
Mais je ne devine aucune remise en cause des pratiques (non, etre attachée, ce n'est pas indispensable). Je lis en filigrane "mais c'est pour votre bien ma p'tite dame". Je surinterprete peut-être...
Sans réflexion, sans remise en cause, ca recommencera, pour d'autres mères, qui n'auront peut être pas la chance de revoir leur "bourreau" ou le courage de dire ce qui n'est pas allé.
Mal á l'aise...