Le soir de ce 21 juin, l’enfant danse dans son ventre comme les feux de la Saint Jean dansent l’été. Au matin du 22, il ne danse plus.

Elle l’appelle, le stimule, respire plus fort, s’allonge, se relève… Elle fait ce matin là tout ce qu’elle peut pour que l’enfant endormi se réveille. Mais Juliette ne bouge pas.

Déjà elle sait mais ne veut pas savoir.

Trajet angoissé vers la maternité, attente à la porte des urgences, l’étudiante sage-femme qui cherche le cœur fœtal et n’entend que les battements maternel - son cœur à elle qui bat plus vite, si vite, parce qu’elle sait déjà ; puis l’étudiant en médecine, silencieux devant l’écran d’échographie, guettant un mouvement qu’il ne trouve pas ; enfin le médecin senior venu confirmer ce que chacun a déjà compris « j’ai une mauvaise nouvelle... »

Elle ne veut pas, ne peut pas entendre ; les mots prononcés n’ont aucun sens, les émotions se bousculent. Fuir, s'enfuir et rentrer à la maison poursuivre les préparatifs ;  la naissance est prévue dans un mois et si elle ne se dépêche pas, rien ne sera prêt à temps…

Non, non, non, NON, l’inconcevable qui chemine et s’impose.

Dans la tempête, il lui semble que la nouvelle est à peine annoncée que déjà l’on veut la faire accoucher. L’étudiante lui tend un verre d’eau et un comprimé.
Elle a alors la force de demander pourquoi, de refuser, de réclamer le temps de dire adieu.

Pendant trois jours encore, elle porte Juliette au creux de son ventre et de son cœur avant d’accepter de la laisser s’en aller plus loin.

Et elle sourit à celle qui lui annonce « Vous allez accoucher » car avec ces trois mots, cette sage-femme lui reconnait sa place de mère, redonne sens à ce qui est en train de se passer.
Elle met au monde leur bébé et même s’il a cessé de vivre, il est à tout jamais leur enfant.

Juliette a été accueillie, caressée, bercée par ses parents.
Grâce à une équipe respectueuse sachant leur en laisser le temps, ils ont pu lui dire adieu.