30 septembre 2011

Soulagée

 

Elle s’inquiète : une petite anicroche dans sa contraception. Ce n’est vraiment pas le moment pour eux d’avoir un autre enfant.

Quinze jours à peine sont passés mais elle croit reconnaitre les premiers signaux de la grossesse. Fatigue, tension mammaire, elle se voit déjà enceinte et contrainte à un choix difficile.

D’où son appel inquiet. N’y aurait-il pas quelque chose à faire, là, dès maintenant ? En reprenant ensemble la situation, leur rapport non protégé a eu lieu en tout début de cycle. Son ressenti très précoce me semble plutôt découler d’un imaginaire galopant. De toute façon, il est trop tard pour une pilule du lendemain et trop tôt pour un résultat fiable de test.
Reste à patienter quelques jours dans l’attente d’un saignement rassurant. Je souligne encore que la probabilité d’une grossesse est très faible ( mais par principe, jamais inexistante…) et lui propose de passer au labo au moindre retard. Elle raccroche en me promettant de me tenir au courant.

Quelques jours plus tard, au cœur d’un estival après-midi dominical, mon portable bipe. Sur l’écran, quelques mots s’affichent : "rarement  été aussi soulagée d’avoir mes règles".
Happy end.

Et du chaud dans le cœur qu’elle ait pris le temps de m’envoyer ce discret SMS, devinant que je serai soulagée pour elle.

 

PS : Elle est plus une copine qu'une patiente car nous militons ensemble pour la naissance respectée. Je serai "peut-être" moins attendrie si je croulais sous les SMS m'annonçant la fin de cycle de chaque femme fréquentant notre cabinet...

 


 

Rappel : Sages-femmes maltraitées, naissance en danger

(lire par exemple ici)

Rendez-vous mardi 4 octobre à 11h devant la gare Montparnasse !!!

 


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25 septembre 2011

Point trop n'en faut !

 

Parmi les mots clefs qui vous conduisent ici, cette récente demande "points épisio qui lâchent", a fait ressurgir un souvenir presque oublié.

Après une quinzaine d’années en maternité, je viens de m’installer en libéral. Totalement inexpérimentée pour tout ce qui se passe en dehors de l’hôpital, j’apprends. Je découvre presque un autre monde, en tout cas d’autres rapports avec les femmes, hommes et enfants que je rencontre dans ce nouveau cadre, celui du cabinet.

Ce jour là, c’est à domicile que je suis conviée. Un homme au français très hésitant me demande de passer rendre visite à sa compagne et à leur nouveau-né. Ils sont allemands, leur enfant est né à la maison avec une amie sage-femme, venue d’Allemagne elle aussi, qui a du repartir rapidement. Est-ce que je peux assurer la suite ?

Bien évidemment ! Je suis toute heureuse de partager ainsi un peu de l’intimité chaleureuse d’une naissance à domicile.

Elle ne parle pas français, un peu anglais. Je bégaye, mime, expulse avec difficultés quelques faux anglicismes incompréhensibles mais comme d’habitude, avec beaucoup de bonne volonté, on s’en sort…

C’est chez eux que je fais connaissance avec les feuilles de chou en cataplasme pour traiter la congestion des seins, les couches lavables (dans la cuisine, elles trempent dans un seau, pas très loin des vestiges du chou), le bébé porté en écharpe… savoureuses découvertes de ce qui m’apparait si banal aujourd’hui.

Mais surtout, grâce à elle, j'apprends les ressources du corps humain.

En regardant son périnée, je découvre - avec effroi - une déchirure respectable. Si je suis capable à l’époque de ne pas mettre de point sur des éraillures, laisser ainsi un périnée béant m’affole…

Isolée, démunie, j’ai besoin de la sécurité de l’équipe hospitalière, du "responsable" médical qui validera l’inutilité de suturer ce périnée trois jours après l’accouchement.
J’explique donc que ça ne va pas, pas du tout, et qu’il faut aller à la maternité ; je donne, enfin crois donner les explications nécessaires. Après avoir contacté l'hopital pour qu’elle soit reçue en urgence, je m’en vais en promettant de repasser le lendemain.

Elle me laisse dire et m'agiter… et reste chez elle. Dès que j’ai tourné les talons, elle a la bonne idée de contacter sa sage-femme d’outre Rhin qui la rassure et lui conseille de ne rien faire d’autre que de tenir la cicatrice propre et de se reposer…

Lors de ma visite du lendemain, j’apprendrais que l’absence de point sur une déchirure semble une pratique banale en Allemagne.
Son périnée cicatrisera très bien, en "fermeture éclair" (en partant du bas de la déchirure et en se recollant petit à petit…).

Jolie leçon.

Depuis, lorsque je suis appelée à domicile parce que les points ont lâché… je raconte, j’apaise les craintes avec l’assurance liée à l’expérience vécue.
La fermeture éclair va faire son boulot, lentement mais sûrement.

 


 Mobilisation du 4 octobre

Vous avez envie de soutenir le mouvement

  • Rejoignez-nous : rassemblement à 11 h sur le parvis de la gare Montparnasse
  • Pour les parisien(ne)s qui pourraient faire un saut sur la pause déjeuner : pique nique prévu devant le ministère de la Santé
  • Au niveau local : une chouette initiative de la Cause des parents à Lyon qui pourrait être très largement imitée dans d’autres villes...

Par solidarité et envie d'échanger avec le public, l'association La Cause des Parents vous propose un "mini-regroupement ", un "Flash mob" d'une heure : rendez-vous PLACE DE LA CROIX-ROUSSE (proche de la sortie du métro "Croix-Rousse") le lundi 3 octobre entre 18h30 et 19h30 !
Vous pouvez si vous le souhaitez vous munir d'un oreiller afin d'être "enceinte" pendant une heure (très visuel !) et/ou porter un vêtement de couleur verte.
Nous échangerons entre nous et avec le public de passage, et donnerons des tracts qui annoncent l’évènement du lendemain.

  • Témoignez  ! Faites du bruit ! Contactez les médias, envoyez un courrier à votre député, au ministère de la santé, à l'ARS...
  • Enfin, pour tous les internautes… modifiez vos avatars, bannière, profil facebook, twitter etc ...  en y insérant un «SF-4.10 » -et ce que vous voulez d’autre -. Le code couleur de la manifestation est le fuchsia (sauf à Lyon !) Je l’ai fait sur mon compte twitter en pataugeant beaucoup. Si quelqu’un peut donner un "pas à pas" accessible au commun des mortels…

 

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22 septembre 2011

Contrée

 

Troisième mi-temps. Soirée restaurant entre deux journées de congrès. Venus de toute la France, nous ne nous connaissons pas vraiment. Partage d' expériences, espoirs déçus, projets d'avenirs, initiatives innovantes, étonnements divers, jugements péremptoires. Les débats sont passionnés.

- Je suis contre les maisons de naissance !
Nous avons le même métier, le même âge mais pas tout à fait le même parcours.

Je m’étonne de sa position sans nuance.
- Je suis contre ! C’est tout.

Comme j’insiste un peu, elle reprend cette allégation souvent invoquée par les détracteurs de la naissance "normale".
- On ne peut affirmer qu’un accouchement s’est bien déroulé que deux heures après…

La messe est dite, nous ne savons rien des risques encourus, les femmes doivent donc accoucher en milieu technicisé. Je tente d’opposer à sa certitude les études prouvant la sécurité de cette pratique.
- Oh non non !
- Quoi non non ?
- Je ne changerai pas d’avis, je suis contre. Sans médecin rien n’est possible !

Je m'étrangle un peu et rappelle les nombreuses maternités où les obstétriciens, anesthésistes, pédiatres, ne sont pas de garde sur place alors que la "sélection" des femmes est loin d’être la même qu’en maison de naissance.
- C’est pas pareil.
- En quoi n’est ce pas pareil ?

Blanc…

J’insiste
- Si l’on suit ton raisonnement on devrait fermer l’ensemble de ces maternités et imposer aux femmes d’accoucher en niveau III.
- J’ai pas dit ça.

Je rappelle que les décrets imposeraient  - hélas - que les maisons de naissance soient contigües aux plateaux techniques de maternité ; la proximité des médecins qui lui tient tant à cœur est donc acquise.
- Oui mais je suis contre.

Découragée, je tente de la faire réagir en soulignant que certains parents, faute d’alternatives, se tournent vers les accouchements à domicile sans assistance.
Elle balaie négligemment
- Y a pas de ça chez moi…

Mes yeux croisent quelques regards solidaires. Je me contente de ce soutien muet et, lâchement, me tourne vers mon autre voisine.

 


 

Parents et professionnels,

RDV le 4 octobre à 11h sur le parvis de la gare Montparnasse

Soyons nombreux à défendre les conditions d'une naissance respectée !

 


 

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16 septembre 2011

Juliette

 

Le soir de ce 21 juin, l’enfant danse dans son ventre comme les feux de la Saint Jean dansent l’été. Au matin du 22, il ne danse plus.

Elle l’appelle, le stimule, respire plus fort, s’allonge, se relève… Elle fait ce matin là tout ce qu’elle peut pour que l’enfant endormi se réveille. Mais Juliette ne bouge pas.

Déjà elle sait mais ne veut pas savoir.

Trajet angoissé vers la maternité, attente à la porte des urgences, l’étudiante sage-femme qui cherche le cœur fœtal et n’entend que les battements maternel - son cœur à elle qui bat plus vite, si vite, parce qu’elle sait déjà ; puis l’étudiant en médecine, silencieux devant l’écran d’échographie, guettant un mouvement qu’il ne trouve pas ; enfin le médecin senior venu confirmer ce que chacun a déjà compris « j’ai une mauvaise nouvelle... »

Elle ne veut pas, ne peut pas entendre ; les mots prononcés n’ont aucun sens, les émotions se bousculent. Fuir, s'enfuir et rentrer à la maison poursuivre les préparatifs ;  la naissance est prévue dans un mois et si elle ne se dépêche pas, rien ne sera prêt à temps…

Non, non, non, NON, l’inconcevable qui chemine et s’impose.

Dans la tempête, il lui semble que la nouvelle est à peine annoncée que déjà l’on veut la faire accoucher. L’étudiante lui tend un verre d’eau et un comprimé.
Elle a alors la force de demander pourquoi, de refuser, de réclamer le temps de dire adieu.

Pendant trois jours encore, elle porte Juliette au creux de son ventre et de son cœur avant d’accepter de la laisser s’en aller plus loin.

Et elle sourit à celle qui lui annonce « Vous allez accoucher » car avec ces trois mots, cette sage-femme lui reconnait sa place de mère, redonne sens à ce qui est en train de se passer.
Elle met au monde leur bébé et même s’il a cessé de vivre, il est à tout jamais leur enfant.

Juliette a été accueillie, caressée, bercée par ses parents.
Grâce à une équipe respectueuse sachant leur en laisser le temps, ils ont pu lui dire adieu.

 

 

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13 septembre 2011

Ambigus sous-entendus...

 

Samedi soir, le 20h de France 2 (28ème minute) a consacré un long reportage à l’accouchement à domicile.
Comme souvent, ce qui m’importe ne sont pas tant les images diffusées que le commentaire qui les accompagne.

Morceaux choisis.

Premier lancement du journaliste : «A suivre notre grand format sur ces femmes qui font le choix d’accoucher à domicile une pratique marginale mais qui inquiète les professionnels »
Le très générique terme de "professionnel" laisse entendre, à tort, que ce choix est décrié par la totalité des praticiens.

Passent quelques sujets politiques puis nouveau lancement : «Notre grand format maintenant avec, je vous le disais, cette pratique marginale certes mais qui inquiète toujours les professionnels. Environ 1500 femmes par an font le choix et bien d’accoucher, comme avant à domicile. Alors quelles sont leurs motivations, que risquent–elles réellement ? »
Remarquez le "comme avant" qui vient souligner combien cette idée semble désuète. "Qui inquiète toujours" : est-ce à dire que les "professionnels" n’ont pas changé d’avis depuis le premier lancement, cinq minutes plus tôt ?

Suit un reportage sur un couple dont la fille est née à la maison cet été.

La voix off souligne «Ils habitent au 6ème étage sans ascenseur». 
Il est vrai que cela compliquerait un transfert en urgence. Mais faut-il être riche pour avoir le droit d’accoucher comme on le souhaite ? Si les maisons de naissance tant attendues s’ouvraient, au moins y aurait-il une alternative à proposer quand les conditions de logement sont inadéquates.

«Les parents avaient fort heureusement prévenus les voisins car elle est née à 4 h du matin»
Ce "fort heureusement" suggère un accouchement sonore, sous-entendu complété dans la phrase suivante soulignant la durée du travail et l’absence de péridurale. «Sidonie la sage-femme fut le seul témoin. Elle a accompagné les parents pendant toute la durée du travail, une douzaine d’heure, sans péridurale bien sur».
Il faut donc comprendre bruyant parce que douloureux.

«Nathalie est architecte, Benoit photographe. Le couple se soigne à l’homéopathie, surveille son alimentation, ils désiraient un accouchement dans l’intimité, aussi naturel que possible»
Entendre : ce choix ne concerne que des bobos assez dingues pour croire que la santé peut passer par des granules et une alimentation bio.

«L’accouchement à domicile, Jacqueline Lavillonnière le pratique depuis plus de 30 ans. Cette sage-femme a parcouru des milliers de kilomètres d’abord dans l’Ardèche puis ici en Anjou. Elle pense avoir mis au monde près d’un millier de bébé fait maison»
Jamais Jacqueline Lavillonnière n’utiliserait cette formulation. Ce sont les mères qui mettent au monde et les sages-femmes les accompagnent.

«Elle assure toute la préparation et le suivi de l’accouchement »
Résumé un poil réducteur qui omet suivi de la grossesse, suivi postnatal et consultations du nourrisson…

«En France seules 70 sages-femmes pratiquent les accouchements à domicile, la plus souvent non assurés car le tarif des assurances est exorbitant. Les parents leurs font confiance, parfois plus qu’aux structures hospitalières»
Parfois plus, mais au moins autant, sinon, ils ne feraient pas ce choix !

«Jacqueline a déjà été traitée de sorcière et de sectaire. Elle est souvent confrontée à des médecins très hostiles à l’accouchement à domicile».
Jacqueline Lavillonnière : «Ils ont une vision déformée, forcément, puisqu’ils ne font que de la pathologie. De fait, ils n’imaginent même pas comment se déroule un accouchement physiologique. On a mis de la technique y compris sur les accouchements qui n’en avaient pas besoin».

«Le Pr Puech obstétricien à Lille reconnait que la France a trop médicalisé l’accouchement. Mais selon lui, les choses ont changé, dans les maternités, la prise en charge serait aujourd’hui plus humaine, plus personnalisée».
Les récents épisodes de Baby Boom l’ont démontré, les équipes sont parfaitement en mesure de proposer cette prise en charge personnalisée…

«Il déconseille l’accouchement à domicile, trop risqué».
Pr Puech : «Le risque d’hémorragie pour la maman, très peu fréquent, mais inopiné qui peut entrainer un transfert de la maman qui doit être rapide. Et aussi pour le bébé qui doit naitre, le risque de procidence du cordon, c'est-à-dire le cordon qui passe devant la tête du bébé et qui peut le comprimer et entrainer une souffrance fœtale».

Nous nous devons de prendre en compte les complications potentielles. Mais ce choix concerne des femmes en bonne santé, ayant une grossesse sans problème et dont l’accouchement se déroule normalement et sans intervention. Toute anicroche dans ce programme justifie un transfert vers la maternité. Ajoutez à cela la présence et l’attention constante de la sage-femme. Les statistiques concluent à d’aussi bons résultats qu’en maternité.
Je m'autorise un brin de mauvaise foi : est-il plus sécurisant d'accoucher seuls sur la route parce que les maternités ferment ou chez soi avec l'aide d'une sage-femme ?

Le reportage se conclut ainsi. «Pour celles qui ne souhaitent accoucher ni à la maison ni à l’hôpital, existe une alternative, les maisons de naissance comme ici en Belgique tenues par des sages-femmes avec en cas d’urgence un transfert organisé dans une clinique voisine. En France plusieurs projets existent mais les maisons de naissance n’ont pas encore vu le jour».

Comme d’habitude, nous devrons nous contenter de ce simple constat.

 

PS : ce même jour, Selina Kyle publie ce témoignage édifiant. Nous sommes loin des discours lénifiants sur le respect et l'accompagnement. Zero respect, zero choix !

 


 

Soutien à la maternité des Lilas : manifestation samedi 24 septembre à 10h30.


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10 septembre 2011

Logique floue

 

Le rapport de la cour des comptes sur la sécurité sociale vient de paraître. Au sein de ce très dense document, 25 pages sont consacrées aux sages-femmes.
Je vous encourage à aller les éplucher.

Pour les fainéants du rang du fond et les "pas vraiment concernés mais intéressés quand même", je tente un résumé que je crains indigeste.

L’introduction souligne la qualité de notre formation (en 5 ans), l’extension de nos compétences et le développement de notre profession (+80% en 20 ans).

La cour des comptes se penche ensuite sur les fonctions assumées par les sages-femmes selon leur mode d’exercice.

Du coté des salariées, le rapport confirme ce que nous savons déjà - la grande majorité des accouchements du secteur public (2/3) est assurée par des sages-femmes - et affirme que la proportion s’inverse dans le privé (1/5). Ce dernier chiffre est ainsi expliqué "Dans le secteur privé, les sages-femmes salariées travaillent en effet le plus souvent comme auxiliaires médicales des gynécologues obstétriciens : elles surveillent le travail de leurs patientes et appellent ces médecins (...) pour assurer l’accouchement, même lorsqu’il est physiologique ".

Je revendique pour mes consœurs salariées du privé la reconnaissance de leur travail ! Elles n’ont pas les mains sur le périnée de la dame lorsque l’enfant parait ; c’est une différence certes, mais qui reste toute relative… Dans le public comme dans le privé, tous les accouchements sont suivis par les sages-femmes  (en cas de pathologie, elles "assistent" les obstétriciens qui ont compétence pour décider de la conduite à tenir).

Coté libérales, notre activité serait massivement centrée sur la préparation à la naissance. "Les consultations (...) de suivi de grossesse ne représenteraient que 5 % des montants remboursés ". Soyons positif,  cela veut dire qu'il existe une très bonne marge de progression ! Loin de moi l’idée de dénigrer la préparation, mais l'on peut regretter que cette activité soit trop souvent déconnectée du suivi de la grossesse.

Vient ensuite un chapitre qui fait ma joie et je l'espère la votre en dénonçant l’hypertechnicisation de la naissance. Il cite des chiffres d'intervention souvent supérieurs aux autres pays européens (20% de césarienne, 20% de déclenchement, 80% de péridurale) avec cette précision quelque peu déroutante : "Selon une enquête de la DREES de 2006, 80 % des femmes interrogées déclarent avoir bénéficié d’une péridurale, dont 5 % sans l’avoir demandé. "

La cour des comptes précise, toujours au sujet de l'hypermédicalisation "Cette conception française de l’accouchement est loin d’être universelle" et cite ensuite cette phrase de la mission périnatalité (2003), déjà mentionnée ici : "Les données disponibles laissent penser qu'il faudrait à la fois faire plus et mieux dans les situations à haut risque et moins (et mieux) dans les situations à faible risque".

Le rapport s'aventure jusqu'à annoncer "Un groupe minoritaire (ndlr : 49% ?) souhaitant pouvoir bénéficier d’un accouchement peu médicalisé a également été identifié lors de l’évaluation du plan périnatalité. Ainsi, le département des Pyrénées orientales et celui de la Lozère sont confrontés à une demande d’accouchements « naturels », voire d’accouchements à domicile ".
Ainsi rédigé, d’aucuns pourraient penser que cette attente ne concerne que ces deux seuls départements. Je précise donc que l'étude s'est concentrée sur quelques régions. La demande d’accouchement naturel me semble très équitablement répartie sur l’ensemble du territoire. Seules les réponses ne le sont pas !

Toutes ces constatations amènent la cour des comptes à constater l’inadéquate répartition des actes entre sages-femmes et médecins. "Un parcours de soins faisant davantage de la sage-femme le professionnel de premier recours en cas de grossesse et pour le suivi gynécologique contraceptif et de prévention pourrait être en effet envisagé à terme, à l’instar de ce qui est pratiqué dans d’autres pays".
Youpi !!!!  même si je me serais volontiers passée du "à terme"…

Enfin la cour des comptes revient sur le feuilleton "Maison de Naissance" de l’automne dernier et recommande "la mise en oeuvre de cette expérimentation dans un cadre juridique approprié (…) pour autant qu’elle fasse l’objet d’une évaluation médico-économique rigoureuse". Et cite cette estimation de la DGOS : "L’économie escomptée par accouchement par rapport à une structure hospitalière serait de l’ordre de 600€".

Voilà pour les bonnes nouvelles.

Certaines sont nettement moins bonnes.

"Le projet d’accouchement à domicile, qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire, comprend une prise de risque dès lors que le système de soins n’est pas organisé pour assurer le transfert et l’accueil des patientes en cas de nécessité. Ainsi, l’absence d’assurance constitue une situation tout à fait anormale qui ne peut perdurer. Il convient donc que l’Etat fasse strictement respecter l’interdiction de réaliser des accouchements à domicile programmés sans couverture assurantielle".

Décortiquons :

  • Qui ne fait l’objet d’aucun encadrement réglementaire. Ce n’est pas tout à fait juste. De manière générale, notre pratique est  "encadrée" par le code de la santé publique dont l'article L4151-1 précise nos compétences, complété principalement de l’article L4151-3 qui en défini les limites : "En cas de pathologie maternelle, fœtale ou néonatale (…), la SF doit faire appel à un médecin"
  • Le système de soin n’est pas organisé pour assurer le transfert. Ce n’est pas faute de le réclamer !
  • L’absence d’assurance. La cour des comptes a l'honnêteté de noter en bas de page " En France, aucune assurance n’accepte aujourd’hui de couvrir à un tarif compatible avec des revenus de sages-femmes la responsabilité civile professionnelle dans le cas d’accouchements à domicile"

Ces deux derniers constats sont justes et les conclusions évidentes : il faut travailler sur l'intégration de l’accouchement à domicile dans l’offre de soin, le partenariat avec les réseaux de périnatalité et permettre aux sages-femmes de s’assurer (participation des caisses au paiement de la RCP, réévaluation substantielle de l'acte "accouchement", intervention de l'état auprès des assureurs...)

Que nenni ! La cour des comptes  recommande de "Faire strictement respecter l’interdiction de réaliser des accouchements à domicile programmés sans couverture assurantielle". Ce qui revient, au vu du blocage actuel de toutes les démarches entreprises pour trouver une solution, à interdire l’accouchement à domicile programmé.

 

Le second point négatif est cette fausse bonne nouvelle "Réorienter l’activité des sages-femmes libérales vers le suivi post-natal et le suivi global".
Evoquer le suivi post natal de façon isolée... c'est tout sauf global !
Favoriser une prise en charge globale des couples et des familles devrait me ravir. Mais une nuance de taille réside dans cette petite phrase  "Cela n’est possible que si la nomenclature des actes des sages-femmes est - à coût constant pour l’assurance maladie - significativement modifiée".
Ce coût constant pourrait être une redistribution des actes. Plus de consultations par les sages-femmes, c’est moins de consultations pour les médecins ; une – infime- partie du budget alloué aux uns pourrait ainsi être attribuée aux autres…
Mais la cour des comptes fait une autre suggestion " Dans un contexte où une assez faible proportion de femmes accouche désormais sans péridurale, la question pourrait également être posée d’une diminution du nombre de cours (sic) de préparation à la naissance  et d’une révision à la baisse de la tarification de cet acte".

S'appuyer sur le recours à la péridurale pour démontrer l’inutilité de la préparation tout en recommandant une moindre technicisation de la maternité est un savoureux paradoxe ! Tant que le système de soin sera celui que nous connaissons, hypermédicalisation/ surcharge des équipes /multiplicité des intervenants, la préparation n'aura que peu d’impact sur les conditions de naissance (mais elle répond à de nombreux autres objectifs de prévention); transférer les consultations des médecins aux sages-femmes n'y changera pas grand chose.

A l'inverse, imaginons des femmes et des couples suivis tout au long de la grossesse, en consultation comme en préparation par les mêmes sages-femmes, avec l’assurance de retrouver l’une d’entre elles au moment de la naissance ( en plateau technique, maison de naissance ou à domicile), puis d’être accompagnés en postnatal par les mêmes personnes.
Voilà une façon économique de prendre en charge la périnatalité physiologique tout en répondant réellement aux attentes parentales…

Mieux faire pour moins cher c’est possible… mais il ne faut pas se tromper de chemin.

 

Edit du 14/09  : lire aussi cet article du Monde

 

PS : Je vous invite à aller voir ce bref reportage de TF1  "Accoucher moins cher " (sic) sur la -presque- maison de naissance de Pontoise. Ne ratez pas surtout la moue dédaigneuse de Laurence Ferrari accompagnant le lancement du sujet...

Autre moment d’anthologie, au 13 h de France 2 (vers 13h24). On y voit une sage-femme expliquant que nos compétences ne se limitent pas à l'accouchement et aux consultations et elle détaille "la gestion de l’hémorragie, les points de suture, la réanimation du nouveau né" ; raccourci hasardeux ou miracle du montage ?
Le reportage se termine par ce commentaire : "la revalorisation du statut des sages-femmes devrait être au coeur des prochaines discussions entre la sécurité sociale et les syndicats ... de médecins". Gloups!

 


06 septembre 2011

Gardez-moi de mes amis !


Le projet d’ouverture (2ème article affiché) d’un centre de naissance aquatique devrait être une excellente nouvelle (cependant teintée d’une réserve ; la propension de certains à vouloir imposer un modèle unique. Accoucher dans l’eau, accroupie, en chantant ou que sais je encore ne sont pas des méthodes. Ce sont des options envisagées avant, parfois reniées pendant, mais surtout transformées, conjuguées au gré des multiples ressentis et émotions du travail).

Mais saluons la bonne volonté de tous ceux qui souhaitent élargir le paysage obstétrical et proposer des alternatives à l’accouchement dirigé (péridurale /rupture poche des eaux /hormones de synthèse) si cher à nombre de nos maternités.

Pourtant, une phrase de ce communiqué de presse m’irrite : "A l'inverse des maisons de naissance (...) le centre de naissance aquatique proposera pour chaque naissance la présence du gynécologue obstétricien, augmentant ainsi la sécurité de l'accouchement. "
Ainsi, lors de naissances physiologiques - accoucher dans l’eau et hors maternité ne peut s’envisager qu’à cette condition- la présence d’un obstétricien améliorerait la sécurité ? Plus que ne le ferait une sage-femme ? Intrinsèquement sécurisant ?!

Soit l’accouchement est physiologique et l'obstétricien n’apporte rien, soit il bascule dans la dystocie - rappelons qu'il est de la compétence de la sage-femme de le diagnostiquer - et les compétences de l’obstétricien sont liées aux actes qu’il peut poser… au sein d’un plateau technique et donc après transfert.

Tout à son souci de défendre son projet, le Dr Richard caresse la faculté dans le sens du poil en brandissant l’argument de l’ultra sécurité sans craindre pour cela de tirer sur les déjà bien mal en point maisons de naissance...

Il y a une dizaine d’années, j’avais assisté à la présentation d’un de ses films devant un public plus qu’acquis à une prise en charge "détechnicisée" de la naissance physiologique. Cette fois là aussi, en présentant le bassin qu’il avait conçu, Thierry Richard souhaitait se prémunir de toute critique des partisans de l’obstétrique "traditionnelle". Le prototype de sa baignoire à palan était une improbable création hésitant entre la froideur technique du Métropolis de Fritz Lang et les gadgets dérisoires de l'Oncle de Jacques Tati. Le concept semble avoir été amélioré depuis mais la démonstration vidéo (N°1) me laisse toujours aussi perplexe.

Une seconde vidéo est également disponible sur le site, celle d’une naissance dans cette fameuse baignoire expérimentale. Afin de démontrer l’innocuité du procédé pour l’enfant, le praticien repousse les mains de la mère venant chercher son petit juste né et le maintient sous l’eau. La camera révèle le visage détendu du nouveau-né ; aucune inquiétude de ce coté là... Mais comment ne pas regretter que cet enfant, au lieu de se trouver blotti contre sa mère, soit retenu par des mains gantées de caoutchouc épais face à la paroi vitrée du bassin.

Thierry Richard est à coup sur passionné et convaincu. Mais il dessert ce qu’il veut défendre.
La naissance physiologique a pourtant déjà assez à faire avec ses opposants pour ne pas devoir en plus se protéger de ses partisans…



PS 1 : ce communiqué de presse relèverait-il de l'effet d'annonce ? Trop de réglementations contraignantes empêchent la création de lieux alternatifs. Le centre aquatique aura du mal à y échapper.

PS 2 : le programme électoral, lisible sur la même page - sobrement intitulée "la page du président" - risque de finir d'ôter toute crédibilité au projet.

 

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04 septembre 2011

Absolument sachant


Première échographie, dite de datation. En salle d’attente, les panneaux affichent de joyeux avertissements: "L’échographie ne peut pas tout dépister" - " La présence des enfants est interdite" - "Votre médecin détermine librement ses honoraires (... ) supérieurs au tarif du remboursement par l’assurance maladie".

C’est leur tour. La pièce est petite, logiquement sombre. Au centre, le divan d’examen en skaï bleu foncé est recouvert d’un papier blanc ; à sa gauche, une chaise à dossier bas et l’appareil d’échographie ; à sa droite, une autre chaise ; en face du lit, fixés au mur, un second écran et une triple patère permettant d’accrocher les vêtements.

Tout en se déchaussant, en patiente appliquée, elle énonce date des dernières règles et durée de ses cycles. Elle sait très bien où elle en est et - à peu près - quand ils ont conçu leur bébé.

Cette première échographie se fera par voie vaginale. Pratique tellement habituelle que l’échographiste n’explique rien et la prévient de ce qui va se passer par cette phrase sibylline  « Enlevez le bas ».
Elle s’allonge sur le lit. Ne sachant pas où poser son slip, elle le froisse dans sa main droite. Sa main gauche cherche celle de son homme, assis à ses cotés sur la chaise dédiée.

L’examinateur s’empare d'une sonde oblongue. La tenant verticalement, il y déroule ce qui s'apparente à un préservatif. Une giclée de lubrifiant puis la main s’incline, la sonde s’horizontalise puis s’enfonce dans son vagin, intrusion accompagnée d’une affirmation sans appel « ça ne fait pas mal ».

Attentif aux premières images sur l’écran, le couple tente d’oublier l’outil qui s'agite et s’oriente au creux du corps maternel.

Du noir, un peu, quelques contours blancs et surtout du gris, plus ou moins dense, plus ou moins homogène. Le squelette contrasté animé de quelques mouvements aide à donner sens aux images.

L’échographiste procède aux mesures. Sa main gauche pianote sur le clavier, tourne le curseur ; l'image se fige. De petites croix clignotent sur l'écran puis des chiffres s’affichent. Satisfait, il annonce une date de conception… qui précède de cinq jours la date donnée par les parents.
Elle s’en étonne et se retourne vers son compagnon pour le prendre à témoin… "Ce n’est pas possible, tu te souviens, ce jour là, tu étais encore en Italie."

Sans daigner leur jeter un regard, l’échographiste, impavide, confirme en fixant son écran que la grossesse a bien débuté pendant l'absence paternelle. *

Insupportable superbe d'une médecine qui s’invite dans l’intimité d’un couple et ose affirmer sans nuance la date de leur relation sexuelle.

 


* On considère que la datation est en moyenne précise à +/-3 jours mais que les bornes sont de +/-7 jours…

 

 


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