Voilà, nous étions à nouveau dans la rue mardi pour défendre notre profession, tous réunis sous ce mot d’ordre "Sages-femmes malmenées, naissances en danger".

Encore une manifestation joyeuse, désordonnée… et sans banderole. Ne la cherchez pas sur les images, personne n'a réussi à retrouver la bannière de l’intersyndicale, trop soigneusement rangée en mai dernier !

Nous sommes donc partis, parés de roses accessoires - code couleur pour être mieux identifiés - défiler dans les rues de Paris.

Nous étions -hélas- moins nombreux que le 12 mai dernier mais quand même assez pour ne pas avoir l’air ridicule : 1600 selon la police, 3000 selon les organisateurs (ou plusieurs centaines selon la version quelque peu réductrice du Nouvel Observateur  !)

Nettement plus nombreux par contre étaient les médias. Les demandes d’interviews tombaient de tous cotés et beaucoup on pu y aller de leur petit laïus… Mais entre ce que nous avons pensé dire et ce que nous avons effectivement dit, le message que nous voulions adresser et celui qui a été reçu, il peut y avoir comme un décalage...

Aussi, ne mégotons pas, je vais faire passer le mien de message ; celui que j'ai résumé en 20 secondes chrono (!) sur une radio, celui aussi que j’ai voulu transmettre à une charmante journaliste qui, comprenant soudain que je n’étais pas hospitalière, a baissé micro et caméra parce que "la problématique des libérales ne l’intéressait pas"…

J’étais dans la rue ce 4 octobre car je revendique une autre organisation de la périnatalité, orientant le suivi obstétrical et gynécologique des femmes en bonne santé vers les sages-femmes.

  • Ce que nous appelons le premier recours… la prise en charge pourrait, devrait, s'articuler autour des sages-femmes, compétentes pour le suivi de la grande majorité des grossesse, des accouchements et de leur suites, compétentes pour le suivi gynécologique de prévention, compétentes également pour dépister une pathologie et passer alors ce relais au praticien ad'hoc.

J’étais dans la rue parce que presque chaque jour, une femme me dit qu’elle découvre notre champs d'activité et que si elle avait su cela plus tôt...

  • Il y a 5 ans que l’assurance maladie nous promet "une communication forte en direction des usagers"… parait que c’est fait sur le site ameli. Je vous laisse aller vous y balader pour me dire ce que vous pensez de la mise en avant de notre profession.( je vous ai mâché le travail en sélectionnant la page "vous allez avoir un enfant")

J’étais dans la rue parce que nous n’avons pas la possibilité d’exercer pleinement notre métier

  • Les maisons de naissance sont annoncées depuis 1998 mais toujours pas autorisées alors quelles se développent partout dans le monde, l'ouverture des plateaux techniques, permise par les textes reste au bon (mauvais !) vouloir des établissements et l’accouchement à domicile, prôné dans de nombreux pays est honni dans le notre.

J'étais dans la rue parce que l’assurance maladie place de multiples chausse-trappes dans notre parcours, que les textes de lois s’empilent et se contredisent, que la mauvaise volonté de nos interlocuteurs est parfois criante ...

  • Certaines caisses nous dénient la possibilité de prescrire une rééducation abdominale après l'accouchement. La nécessité de cette rééducation s'évalue pourtant lors de la consultation postnatale que nous pouvons assurer. Nous avons tenté d’argumenter en citant un des textes (NGAP) régissant notre exercice qui précise "cette consultation doit permettre d’envisager la rééducation post partum". Réponse : "envisager n’est pas prescrire" !!!

J'étais dans la rue parce que la sécu nous demande, par exemple, d'assurer une consultation obstétricale pour 19 € et de gynécologie pour 17 € ...

  • Le tarif de la la plupart de nos actes est bloqué depuis 2002. Qui dit mieux ?

J'étais dans la rue parce que je suis solidaire de mes collègues salariés dont les conditions d'exercice se dégradent chaque jour un peu plus.

Enfin, surtout, j'étais dans la rue parce ce qu"au final, plus encore que les sages-femmes, ce sont les femmes, les couples et les bébés qui sont malmenés par la déshumanisation de notre système de soin.

Voilà pourquoi ce mardi, je marchais aux cotés d'une "usagère" et de sa toute petite fille militant à sa manière en dormant paisiblement malgré nos slogans, nos chants et nos coups de sifflets !
Sans aucun doute déjà acquise à notre cause commune...