Hier, au magazine de la santé la chronique de Magali Cotard intitulée "Accoucher où je veux, comme je veux" s'annonçait ainsi "Une tendance qui gagne du terrain dans certains pays anglo-saxons".
Françaises, sachez-le vous n'êtes pas concernées !

Tu parles d'une chronique.

Premier sujet, Marni Kotak, une américaine qui a souhaité faire de son accouchement une "performance". Commentaires et gloussements très "premier degré" accompagnent les images des créations plastiques de l'artiste. Pourtant, la fonction de l'art contemporain n'est-elle pas d'interpeller, même au risque de choquer? Vivre les dernières semaines de la grossesse puis la naissance dans une galerie d'art est un acte provoquant qui ne peut être réduit à un simple exhibitionnisme... Mais surtout, il n'illustre en rien le sujet annoncé.

On enchaine avec Nancy Salgueiro , canadienne qui a filmé et diffusé en direct sur le net son accouchement à la maison pour partager l'évidente simplicité d'une naissance physiologique. On se rapproche du thème promis mais nous aurions pu nous passer des commentaires "A 2h30 elle va encore bien - petit sourire entendu... -  29 minutes plus tard elle va un petit peu moins bien - genre : fallait s'y attendre hein ! - et à 3h18 le bébé naît en une poussée ". Ben, pas mal non ?  Comme cela doit finalement apparaître trop simple, les journalistes sur le plateau insistent sur "l'attente angoissante" du premier cri.

Vient ensuite la dramatique histoire de Janet Fraser (voir ce billet de la Poule Pondeuse), militante australienne de l'accouchement "non assisté", c'est à dire sans aucun accompagnement médical.
Pour son troisième enfant, elle a choisi de ne pas faire suivre sa grossesse et d'accoucher sans sage-femme. Son bébé est mort, "privé d'oxygène" - sûrement pas à cause du cordon autour du cou ainsi que le suggère Marina Carrere d'Encausse... qui évoquera plus tard dans l'émission "la rupture d'utérus avec hémorragie massive"  (complication plus qu'exceptionnelle liée à un accouchement particulièrement difficile ) pour justifier la nécessité d'accoucher à proximité d'un bloc opératoire.

Retour plateau : "Le problème avec tous ces accouchements à la maison, c'est d'assurer la sécurité de la mère et de l'enfant". Ce qui permet d'enchainer joyeusement sur les risques d'une naissance à domicile. Accoucher avec ou sans sage-femme, avec ou sans suivi de la grossesse, c'est donc du pareil au même...

Magali Cotard cite des données statistiques pour une naissance "sans entourage médical""Ce qui est assez étonnant, souligne t-elle, c'est qu'a priori pour les mamans il n'y a pas plus de risque. Cela s'explique très certainement parce qu'elles sont en bonne santé" - il me semblait même que c'était un critère indispensable pour envisager une naissance à la maison... - "mais pour les bébés, les risques de décès seraient multipliés par trois" !  Allusion à la trop fameuse étude de Wax que j'avais déjà critiquée et dont les nombreux biais ne sont plus à démontrer.

Mais pourquoi se priver d'utiliser des données erronées puisqu'elles sont politiquement correctes...

Pour finir dans le très politiquement correct, on enchaîne sur un appel à la solidarité, non sans s'étonner que ce que les nanties refusent ici - comprendre la sécurité d'une naissance hospitalière - manque cruellement aux africaines démunies. Magali relaye donc l'appel d'une ONG qui souhaite réduire de 25 % la mortalité maternelle en Afrique, en formant 30 000 sages-femmes.

Tiens, subitement, les sages-femmes sont redevenues un gage de sécurité...

Il ne sera pas dit que cette triste chronique était totalement inutile : allez parrainer une sage-femme !