21 novembre 2011

Soumettre

 

Juin 79. J'obtiens le saint-papier. Le diplôme d'état qui m’est remis avec toute la solennité requise vient me libérer de mes entraves.

L'école de sage-femme portait bien son nom ; nous étions des "élèves", n’ayant pas droit au statut plus valorisant d'étudiant... Fallait piquer des tickets aux copains de fac pour pouvoir manger au resto-U. Vingt-deux élèves donc dans ma promotion dont un petit tiers rapidement catalogué rebelle après une timide grève protestant contre les conditions de stages hospitaliers où nous étions corvéables à merci. Toutes nos années d'études, cette mauvaise réputation nous poursuivra.

C'est peu dire que j’étais soulagée de quitter ce système infantilisant, exigeant une soumission sans faille, interdisant toute velléité critique.

Quelques semaines avant la fin de mes études, on me laisse miroiter un poste au centre hospitalier ; pas si rebelle que ça, la perspective d'une embauche m'évitant de bousculer ma vie personnelle par un déménagement me séduit. L'une des sages-femmes est en arrêt maladie. Pour prouver ma volonté d'intégrer le service, la surveillante me demande d'assurer son remplacement. Mes horaires sont bien supérieurs aux horaires officiels de stage, et bien évidemment bénévoles puisque je ne suis toujours qu'une élève. Corvéable jusqu'au bout car, quand je postule officiellement à la fin de ce remplacement, je suis recalée. Le service n' a rien à me reprocher mais l'on me rappelle ma "réputation de rebelle"  ! 
Je n'ai compris que plus tard l'immense chance d'avoir ainsi échappé au rouleau compresseur hospitalier.

Eté 79, en prenant mon premier poste dans une petite maternité à 300 km de là, je change de monde… 

Automne 79, revenue passer quelques jours dans la ville de mes études, je fais un petit tour au CHU à l’heure de la relève. Je voudrais partager un peu de mes premières expériences professionnelles avec mes anciennes collègues. L'une d'elle est là, qui faisait elle aussi partie des rebelles...

La porte du bureau des sages-femmes est ouverte. Elle est assise à la table, de dos et semble plongée dans la lecture des dossiers. Je me réjouis d'aller la surprendre. En faisant les quelques pas qui nous séparent, je remarque le prétentieux manteau de - fausse ?-  fourrure posé sur le dos de sa chaise.
En retrait, j’observe son index manucuré tourner avec élégance les pages d'un quelconque magazine féminin. Puis elle relève la tête, désigne de ce même index les étudiantes présentes chacune à leur tour en leur distribuant les tâches. Le ton impératif ne tolère pas la contradiction. Des consignes sèches et brèves ; pas d’espace pour les questions, les explications... Il ne s'agit pas de former mais de se décharger au maximum sur les "élèves" du travail du service. A leur tour d’être intensément corvéables.
Nos retrouvailles sont de courte durée. Je m’enfuis.

Cette scène m'est revenue lors d'une conversation avec une jeune femme ayant repris des études de sage-femme après plusieurs années d’exercice professionnel dans un tout autre domaine. Elle pensait son expérience et sa maturité comme des atouts. Son premier stage vient de lui démontrer le contraire... Comme il y a trente ans, on attend d'elle docilité et soumission. Comme il y a trente ans, le petit sadisme ordinaire s'exerce, se gardant bien de lui donner les codes de ce nouvel univers pour lui reprocher ensuite de ne pas les respecter.
Au dernier jour du stage, on l'abreuve de remarques à la fois tardives et négatives sans aucun mot encourageant sur les quatre semaines écoulées. Il lui faut courber l'échine.

Encore quatre ans.

 

Posté par 10lunes à 11:31 - - Commentaires [38] - Permalien [#]
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Commentaires sur Soumettre

    J'en pleure encore

    Bonjour,

    Vous venez de mettre des mots sur tout ce que je ressens depuis le début de mes études d'infirmière.
    Je ne sais malheureusement pas m'exprimer aussi bien que vous, mais ce texte me touche au cœur.

    J'en pleure encore...

    Trois ans et demi de se traitement ... un diplôme obtenu... 6 mois de travail en clinique privée avec des médecins et des infirmières du même acabits... et voilà un an que je ne travail plus... phobie du travail on appelle ça !!!

    Je commence à me dire qu'il faudra bien retravailler un jour... mais jamais comme infirmière... ohh non, plus jamais comme ça. Je ne peux pas, je ne peux plus le supporter.

    Alors j’élève ma fille à la maison (plus beau travail du monde ) et je laisse filer le temps, en espérant qu'un jour j'oublierais...

    Posté par Aurélie, 21 novembre 2011 à 12:52 | | Répondre
  • Monde cruel ou on ne fait que reproduire : violence à la naissance, violence dans l'éducation, violence dans l'apprentissage et dans le monde du travail. Ca ne finit jamais, une fois vieux, comme on peut se le permettre avec l'âge, on vire tatie Danielle et on torture, malmène et critique psychologiquement les siens, l'aide de vie, la bouchère que sais-je ? Quand finira -t-on par comprendre que tout est dans l'oeuf, que tout ce joue à la naissance ? Heureusement il y en a quelques un(e)s pour pointer du doigt ces mécanismes, quitte à être désigné comme "rebel(le)". Je préfère être rebelle et en paix avec moi-même, sinon à quoi sert la vie ?

    Posté par Nina, 21 novembre 2011 à 12:57 | | Répondre
  • Pfff, ce billet ne me remonte pas le moral!
    Je suis actuellement en première année de médecine (PACES) pour décrocher le concours de Sage-femme.
    J'ai moi aussi travaillé avant.
    Je me doute de la réalité des stages qui m'attendent.
    Et contrairement à Nina, je ne suis plus sûre que se rebeller soit la meilleure solution car c'est ma rébellion qui m'a posé problème dans mes précédents emplois, et je peux garantir que se rebeller contre un système contre lequel on ne peut rien dans l'immédiat, c'est s'exposer à du harcèlement et à une souffrance plus grande encore..
    Et si courber l'échine (dans une certaine mesure, on ne change pas sa nature profonde ), rentrer dans le moule quelques mois / années, jusqu'à l'obtention du sésame n'était pas si idiot?
    Je suis d'accord qu'il faut pointer du doigt les injustices (je suis toujours sur le front pour ces choses-là), mais dans quelle mesure?
    On ne change pas la face du monde juste en se rebellant, et il faut savoir se préserver.

    Posté par 3 ptites fourmis, 21 novembre 2011 à 13:17 | | Répondre
  • pour ma part

    j'ai fait mes études d'infirmiére de 94 à 97 et ton discours ne fait que traduire les mêmes embuches, le même systéme infantilisant, les mêmes ressentis dans les lieux de stage...Nous étions pour certaines taxées de "rebelle" car nous avions fait la gréve pour cause de lieux de stage dits dangereux pour notre futur diplôme (pose de sonde urinaire avec des gants MAPA et autres "détails " croustillants du même acabit).Mon diplôme en poche, je m'étais juré une chose : ne pas être comme les autres étaient avec moi ...J'ai fait deux ans de carriére dans le privé, huit ans à l'AP, j'en ai vu des collégues "maltraitées" les éléves AS et/ou IDE!!!
    Souvent d'ailleurs, on me les "refourguaient" (dixit mes collégues!!) "parce que toi, tu les géres bien!!"
    Je suis partie bien dégoutée...Maintenant je suis à l'éducation nationale et ce n'est pas forcément mieux...cela dit souvent nous sommes seules à gérer les pb...les collégues, on les croise peu, on voit moins, on souffle surtout...
    Merci de ton témoignage...
    Internet est parfois mauvais sans doute mais pour tous ces témoignages, ça a du bon...

    Posté par Pussynet, 21 novembre 2011 à 13:21 | | Répondre
  • Les études médicales sont les plus violentes que je connaisse. Ca vaut autant pour les externes, les étudiants sages-femmes, les étudiants infirmiers...

    En France nous avons cette culture de la violence, de la brimade ordinaire. Heureusement qu'il y a parfois les stages en dehors du CHU pour prendre une bouffée d'air frais.

    Après, tout rebelle que l'on soit, je pense qu'on finit par se faire avoir. On doit se lasser de lutter toujours, se lasser de se heurter à un mur de condescendance.
    Mais bon ça, je te le dirai/confirmerai dans 5 ans.

    Posté par JimmyTakesAHit, 21 novembre 2011 à 13:23 | | Répondre
  • et bien... je vois que rien n'a changé... nous nous étions fait la réflexion, élèves, lorsque nous nous sommes rendu compte que nos camarades nouvellement diplômées et embauchées au chu devenaient, au final, aussi dures avec nous que l'étaient leurs propres encadrantes... j'ai moi-même des exemples dans ma propre promotion... lorsqu'elles ont été embauchées, on leur a dit "ce ne sont plus vos camarades, ce sont des élèves!"... pour un métier qui se doit d'être humain, c'est difficilement compréhensible...

    Posté par ambre, 21 novembre 2011 à 13:37 | | Répondre
  • "On ne change pas la face du monde juste en se rebellant, et il faut savoir se préserver."

    Sauf que justement, face à l'injustice et à la pression, quand on s'empêche de se rebeller, c'est le corps qui trinque... 5 ans d'études, une rébellion modérée (enfin, par rapport à ce que je rêvais de faire, aux yeux de l'école c'était déjà beaucoup trop), et chaque année un problème de santé, de plus en plus marqué, tous avec une belle composante psycho-somatique, sans compter des kilos accumulés. Bien sûr, il n'y avait pas que les études qui jouaient, mais elles ont bien contribué ! Pas facile de rester suffisamment dans le rang pour obtenir son diplôme malgré tout, sans aller jusqu'à se détruire ou se perdre en route.

    Le plus rageant étant de voir le système s'auto-entretenir soigneusement, les plus jeunes diplômées d'une maternité école étant souvent les pires vachardes avec les étudiants. Une de celle-là se vantait auprès de ses camarades de promo, deux mois après son diplôme, d'avoir fait pleurer sa première étudiante... Edifiant, non ?

    Posté par Get72, 21 novembre 2011 à 14:56 | | Répondre
  • tant que l'on parle "d'étudiant" je me demandais si mon entrevue avec l'interne de service la semaine à la policlinique de la maternité pouvait t'intéresser.... fort heureusement je suis multipare et son discours ne m'a pas déstabilisée.... peut-être cette interne est-elle aussi passée dans le rouleau compresseur...

    Posté par marie, 21 novembre 2011 à 15:48 | | Répondre
  • @Get27, je n'affirme rien, mais si tu as lu tout mon message tu liras la chose suivante:
    mon expérience: se rebeller = gros problèmes de santé (dépression entre autres).
    Ton expérience: ne pas se rebeller = problèmes de santé.
    Alors que faire?

    Chacun développe les stratégies qu'il peut pour passer au travers, mais dans quelque domaine que ce soit la souffrance au travail existe.

    D'ailleurs, en réponse à Jimmy, les études médicales ne sont pas les plus violentes qui existent, le monde médical n'est pas plus ou moins violent que le monde de l'industrie (mon domaine à la base), ou de je ne sais quoi, la violence est partout, c'est malheureux mais quelque part "c'est comme ça".
    Personnellement, ça fait partie des choses contre lesquelles je ne souhaite plus me battre, qui m'ont fait perdre beaucoup d'énergie et ma santé.
    Je préfère transitoirement courber l'échine pour avoir mon diplôme et enfin exercer comme JE l'entends, et faire bouger les choses à MON échelle, avec des gens prêts à m'écouter, plutôt que me battre contre des choses qui ne bougeront pas (ou alors trop lentement à l'échelle d'une vie).

    Je ne dis pas que c'est ce qu'il FAUT faire. Je dis que c'est ce que JE fais pour mieux (ou moins mal?) me porter.

    Si vous pensez qu'il faut vous rebeller pour vous sentir mieux, si vous pensez être en mesure de faire changer les choses, alors rebellez-vous bien sûr!

    Posté par 3 ptites fourmis, 21 novembre 2011 à 16:08 | | Répondre
  • Gat72 à dit : "Sauf que justement, face à l'injustice et à la pression, quand on s'empêche de se rebeller, c'est le corps qui trinque... 5 ans d'études, une rébellion modérée (enfin, par rapport à ce que je rêvais de faire, aux yeux de l'école c'était déjà beaucoup trop), et chaque année un problème de santé, de plus en plus marqué, tous avec une belle composante psycho-somatique, sans compter des kilos accumulés."

    Là encore une vérité que j'aurais pu écrire... 10 kilos en plus, des douleurs de ventre à finir aux urgences, des douleurs au dos, à la tête et j'en passe... moi qui pété la forme, je me suis ruinée la santé.

    Posté par Aurélie, 21 novembre 2011 à 16:25 | | Répondre
  • Je viens de me rendre compte que j'ai écrit Get27 au lieu de Get72...hum hum... toutes mes excuses!

    Posté par 3 ptites fourmis, 21 novembre 2011 à 16:40 | | Répondre
  • @ 3 petites fourmis, t'inquiète, tout le monde fait la même coquille... Et je ne voulais pas remettre en cause ta conclusion, juste y ajouter l'autre versant. De toute façon, sur le moment, on ne pèse pas si souvent consciemment les deux options, en général on improvise comme on peut. Et qui plus est, une fois étiquetée rebelle, même se taire peut prêter à interprétation : j'ai été un jour convoquée par ma formatrice au prétexte que j'avais "tiré la gueule toute la journée", alors que j'avais justement fait de gros efforts pour ne pas l'ouvrir ce jour-là.

    Posté par Get72, 21 novembre 2011 à 17:14 | | Répondre
  • j'ai moi aussi repris mes études pour devenir sage femme.pour le moment je n'ai fais que 2 stages en maternité, dans lequels j'ai été plutot bien acceuillie, mais il y a toujours au moins1 personne dans l'equipe dont le role est de destabiliser les étudiantes, de les pointer du doigt et ... les noter! dommage...
    en revanche, dans les stages autres que ceux de maternité, c'est un enfer! comme le personnel sait qu'on ne se destine pas a exercer en tant qu'infirmiere, on est bonne a nettoyer les placards pendant les 3 semaines que durent le stages. pas d'explications donnees... les plus sympas nous permettent de prendre des tensions...pas mal pour une 2e annee... encore 2 ans 1/2...

    Posté par pimousk6, 21 novembre 2011 à 18:26 | | Répondre
  • Voilà la raison pour laquelle mon fils n'a pas continué ses études d'infirmier.....il est actuellement en école d'ambulancier et s'éclate super, je suis heureuse de le voir comme ça, après l'avoir récupéré à la petite cuillère.

    Posté par Samba, 21 novembre 2011 à 19:38 | | Répondre
  • flûte, je découvre que tu as démarré en 79.
    et que, donc, tu es plus près de la fin de carrière que du début. Je te prenais pour une petite nana pleine d'espoir, tu es donc une grande nana pleine d'espoir.

    ce qui m'ennuie, c'est la relève. Il te reste combien d'années pour former la suite ?

    Posté par faribole, 21 novembre 2011 à 20:17 | | Répondre
  • auparavant, je pensais que la médecine devait être forcément publique pour être humaine et honnête... à force de lire des blog médicaux, j'en viens à penser que l'équilibre viendrait d'une meilleure répartition entre les deux parties. A l'aide de la fin du numerus clausus, et d'un ordre au-dessus des médecins, sf, etc. vraiment au service du monde médical et qui coordonnerait les actions de chaque parties les unes par rapport aux autres... (oui sur ce dernier point, je rêve !)

    Je pense qu'un des vrais problèmes de cette violence, c'est que chacun croit être obligé de faire le travail d'un autre (ô injustice) tandis qu'on ne lui laisse pas faire sa mission première. Pendant ce temps-là, la mission première reste au stade théorique, et on a l'impression de travailler " mal ", " dans le vide ", " pour rien ", " pour la gloire ",... Il faudrait pouvoir voir chaque corps de métier et lui dire " là, par rapport aux infirmiers, etc. votre place est là, votre responsabilité commence ici et s'arrête là, etc. " Au lieu de ça, on s'attend à ce que chacun devine les règles parce qu'au fond... personne ne sait exactement (et j'insiste sur ce point) où commence et où se termine sa mission.

    Par exemple, on pourrait très bien dire : gynéco = pathologie + femmes souhaitant être suivies par un gynéco (avec les propres règles du gynéco). Les sage-femmes = suivi des femmes sans pathologie + accompagnement global (ou non) de la grossesse/accouchement. Les médecins libéraux = médecine de 1ère intention (avec action de prévention en médecine douce, action curative avec médicaments). Les médecins d'hôpitaux = spécialistes pour pathologies + dans certains cas suivi de patients sur le long terme (dépend de la relation de confiance). Coordinateur social = celui qui décharge le praticien médical d'effectuer des démarches auprès d'hôpitaux, caf, assistante sociale,... pour placer un patient nécessiteux (ou seul) pour un traitement (je sais pas si vous me comprenez ? Je pense notamment à une association formidable dans le 93) Etc Etc. Là j'ai l'impression qu'on laisse chacun se débrouiller dans son coin parce qu'on ne sait plus très bien quelle est sa place...

    Enfin ... vaste programme ... qui aurait le courage se relever les manches quand tant de gens (praticiens + patients) le réclament ?

    Posté par pierrette, 21 novembre 2011 à 21:14 | | Répondre
  • C'est bien à cause de ces jeux de soumission que je me suis dit une chose, jamais je ne mettrais les pieds dans une maternité-école pour y travailler, jamais.
    Pas envie d'en sortir dé-formée

    Heureusement que la solidarité entre élèves existe et que l'humour nous soutenait...

    Posté par Ludivyne, 21 novembre 2011 à 21:30 | | Répondre
  • Même violence, même soumission exigée chez les externes, étudiants en médecine... Cautionnée par les chefs sur le thème "on l'a vécu, nous, alors vous ce sera pareil". Ah bah c'est sûr qu'un système aussi rose, on voudrait pas le changer. J'ai abondamment rué dans les brancards quand j'étais externe, je me défendais quand on m'engueulait pour rien, juste parce que l'externe sert de punching-ball ET est sensé fermer sa gu****. En chirurgie mon interne m'avait dit "quand on est externe on se la ferme et on encaisse". Et on sert de petite-main-à-tout-faire sans se plaindre, merci. Quand je discutais avec les élèves IDE, force était de constater qu'on était logés à la même enseigne.
    Et finalement, toi, 10Lunes, as-tu eu un jour à t'occuper d'élèves SF, en libéral ou en structure hors-CHU?

    Posté par Gélule, 21 novembre 2011 à 22:15 | | Répondre
  • et puis un jour...

    à force se se rebeller, nous obtenons une enquête de la DRASS dans notre école de sage femme et sur les conditions de stage au CHU rattaché à notre école...et après des mois de bras de fer, la directrice( et présidente du conseil de l'ordre de l'époque...) et une monitrice sont mises au placard, plusieurs SF des services sont interdites d'encadrement d'élèves....

    C'était il y a 10 ans maintenant,...à Toulouse...
    et toujours une immense fierté d'avoir été de cette promo là!!!

    Posté par eliz, 21 novembre 2011 à 22:26 | | Répondre
  • L'unanimité des vos commentaires me désole un peu beaucoup...

    JimmyTakesAHit : ds quelques mois, tu seras de l'autre coté et on compte bien sur toi !

    Eliz, oui je me souviens bien de cette histoire (plainte pour harcèlement moral je crois ?) bravo d'avoir osé et gagné! Une autre histoire n'a, à ma connaissance, pas eu de suite (http://10lunes.canalblog.com/archives/2010/03/02/17094731.html)

    Gelule, oui je reçois régulièrement des étudiants en stage. Jamais eu envie de casser, souvent ravie par les rencontres, enrichie par leurs savoirs et soucieuse de transmettre les miens. Parfois aussi déçue par des étudiants qui ne partagent rien de mes élans et bonheurs..on en cause. Mais je n'ai jamais "fait pleurer" un étudiant (enfin si une fois, mais pas par maltraitance ! En l'aidant à réaliser sa totale incompatibilité à ce métier).

    Pierrette, beaucoup des pistes que tu évoques sont proposées par d'autres... mais l'imbrication de tous les éléments fait que bouger une toute petite pièce aurait un impact sur de nombreuses autres.. Il y a donc beaucoup, énormément de résistance au changement. Mais certains y travaillent et je veux croire qu'ils auront raison !

    Posté par 10lunes, 21 novembre 2011 à 23:22 | | Répondre
  • Avec mon groupe d'amies de l'école de sage-femme, nous nous sommes fait une promesse : si l'une d'entre nous devenait comme les sages-femmes qui ont tenté de nous formater, de nous humilier, les autres ont l'obligation morale de lui rappeler ses engagements : les 10 engagements de la bonne sage-femme encadrante (des trucs basiques mais peut-être pas si évidents : oui, les étudiants ont le droit de s'asseoir/manger/aller aux toilettes... oui, les étudiants ont le droit de poser des questions et de ne pas savoir faire... non, les étudiants ne sont pas là pour faire notre boulot parce qu'aujourd'hui, on est mal luné/fatigué/pas envie de bosser... etc.)

    Ah et si, moi un jour j'ai fait pleurer une étudiante : une petite jeune tellement timide qu'elle n'osait pas aller vers mes collègues et passait ses journées de stage assise sur son siège. J'étais la seule à avoir su comprendre que c'était de la timidité et non pas du je-m'en-foutisme. J'ai donc été la seule à prendre sur moi pour tenter de lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle dépasse cette timidité si elle souhaitait continuer ainsi. Ce ne fut pas facile et je me suis moi-même retenue de pleurer avec elle.
    5 ans plus tard, cette jeune femme est sage-femme, sortie de l'école avec les honneurs et m'a dernièrement remerciée de l'avoir fait pleurer... Quelques pleurs pour une bonne cause.

    Posté par Charlotte, 22 novembre 2011 à 09:03 | | Répondre
  • Mon CHU avait la même réputation de rouleau compresseur avec des sf méchaaaaaaaaaantes. Au fur et à mesure de mes études j'ai quand même vu une amélioration avec l'arrivée des jeunes vs vieilles (celles du temps où on se vouvoiement était de rigueur entre collègues de classe différente et avec les étudiants qui devaient manger à part après et vite, par exemple). Il reste maintenant les mi-vieilles tantôt piquantes, tantôt pédagogues.

    Selon votre définition, je dois surement faire partie des méchantes qui torturent les pauvres petits être fragiles. Mais je n'ai pas l'impression. Des fois ils m'énervent à s'obstiner à ne pas faire comme je dis (du genre lire les examens et pas recopier ce que quelqu'un a déjà recopier avec erreur), et ça transparait peut-être, je ne sais pas. J'ai quand même pour but de leur apprendre des choses et je reste disponible.
    Après (certains de) mes collègues sont ce qu'ils sont, quoiqu'il en soit, mes collègues ne sont pas mes amis et je n'aime pas trop "m'assimiler" à leurs habitudes, nous avons des relations cordiales et professionnelles et ceux qui je peux considérer comme un peu amis, sont ceux que j'avais dans ma promo, les seuls que je revois dehors. Ca changera peut être mais je n'aime pas confondre travail et vie privée.
    Est-ce que ça suffira à me sauver du terrible destin qui me guette?

    Posté par Knackie, 22 novembre 2011 à 10:29 | | Répondre
  • Tu me fais replonger dans mes souvenirs d'etudiante infirmiere et sage-femme, et non, ils ne sont pas bien beaux. Exactement pareils à ce que tu racontes, et ce malgre le fait que j'ai commence ces etudes à l'âge de 30 ans (ou peut-etre justement car j'avais eu une autre experience de vie avant...).
    Les metiers d'infirmière et de sage-femme sont magnifiques (je suis diplômée infirmière, j'ai laissé tomber sage-femme en dernière année: trop de stress!), mais je ne me vois plus jamais retourner travailler dans cette ambiance, même si d'après une condisciple infirmière, une fois diplômée,les comportements à notre égard changeraient. Je ne prends pas le risque, et pas envie de voir des eleves se faire matraquer/humilier ou être corvéable. Et je ne suis pas spécialement une rebelle....

    Posté par chouke, 22 novembre 2011 à 10:51 | | Répondre
  • <

    A la lecture de ce paragraphe...toutes se sont reconnues au moins une fois durant leur stage...je suis moi meme infirmière mais depuis toujours tournée vers le milieu de la périnat, du monde sage-femme que je n'ai pas osé toucher du doigt à l 'époque du concours...
    et puis la vie faisant,les enfants arrivant et face à une maternité violente qui ne se fait met pas à l'écoute, l'envie me tenaille.
    Celle d'être la sage-femme que j'aurai envie d'être...
    Alors oui d'ici quelques années,les filles seront à l'école et la maman aussi!

    Posté par marion, 22 novembre 2011 à 12:35 | | Répondre
  • Bon, j'habite au Québec et j'y ai fait mes études, mais j'ai quand même fait un stage en France. Québec : de merveilleuses préceptrices qui ont à coeur la transmission de leur savoir dans le respect et le savoir-être. Il y en a quand même une qui m'a fait pleurer car elle était très exigente et qu'elle faisait peu de feedback positif (je sais, je sais, je vous lis et je me trouve très sensible ), mais à la mi-stage on s'est parlé et la deuxième moitié du stage ça s'est super bien déroulée (sf d'une autre génération qui a fait ses études en Angleterre). À Paris, la grande majorité des sf ont été très bien avec moi (je ne crois pas que c'était spécial parce que j'étais une étrangère, mais ça se pourrait), sauf une, mais ça peut arriver partout, c'est la violence de l'enfantement qui m'a fait pleurer. Je crois que c'est le modèle hiérarchique qui fait que c'est comme ça et j'ai aussi trouvé que c'était présent dans la rue juste à écouter comment certains adultes parlent aux enfants.

    Posté par Mayolin, 22 novembre 2011 à 15:35 | | Répondre
  • Bon bon bon... j'hésitais déjà à me lancer dans des études tardives (33 ans) pour faire ce beau métier, rapport à mes doutes sur ma capacité à supporter le côté obscure de la maternité (les petits bébés qui meurent, les mamans qui pleurent, et tout le reste...), rapport aussi à mon besoin d'avoir des revenus pour nourrir mes deux petits (donc 5 ans d'études, pas possible).
    Mais là, connaissant mon impertinence et mon dégoût de ceux qui usent de leur petit pouvoir, je crois que vous avez fini par me convaincre.
    Snif...
    Mais merci d'être là, mesdames, pour nous accompagner quand on met au monde, entre autres.
    (et merci 10lunes pour ton blog que je lis avec passion depuis presque 2 ans)

    Posté par R., 22 novembre 2011 à 16:47 | | Répondre
  • reminisciences

    Ce billet me rappelle des souvenirs ...
    Je me souviens d'un groupe de paroles durant mes études de psychomotricité où une camarade, de 20 ans mon aînée et sage-femme de formation, a tentée de retenir ses larmes en évoquant ses années d'études de sages-femmes. Comme si l'espace de paroles donnée au sein de ses études tardives de psychomotricité lui permettait de "vider son sac" et de repartir de plus belle dans une nouvelle formation en étant plus forte de ses anciennes expériences ... J'ai trouvé cela tellement dure de se rendre compte que l'un des plus beau métier du monde naissait dans cet univers de soumission, de brimades et de corvées ... Heureusement que le formatage n'est pas possible avec tout le monde et que les "fortes têtes" rendent encore possible l'apprentissage et la formation lors des stages!

    Posté par Anne, 22 novembre 2011 à 18:26 | | Répondre
  • Ancienne externe, puis interne puis médecin enPMI, et usagere a trois reprise d une maternité, je n ai JAMAIS compris pourquoi les étudiants sage femme étaient si maltraites, humilies, mis a l épreuve constamment par leurs formatrices, qui sont souvent les premières a se plaindre de l attitude des médecins...autant les externes sont souvent ignores autant les étudiants sage femme sont harcelés y compris devant les patientes... POURQUOI?

    Posté par PMIssime, 23 novembre 2011 à 14:29 | | Répondre
  • ah c'est vrai,quel calvaire!J'étais à (Chut)promo 80 83 ,pas cool les sf,en revanche j'ai fait tous mes stages en salle de travail avec un roulement dont personne ne voulait ,ça a été.Mais en suites de couches pfff,au bloc de gyneco la sage femme était un vrai monstre,elle installait les premières années sur un marchepied pour qu'elles voient bien les interventions.Certaines n'étaient pas préparées à la vue du sang et ...boum!
    Une élève avait eu un accident de mobylette en se rendant en stage,elle était hospitalisée en neurochir pour surveillance et une des "monitrices" est allée lui rendre visite pour lui dire qu'elle allait devoir rattraper les jours d'absence...
    Je suis trés endurante,j'ai terminé major de ma promo.Non pas que je sois "une tete",mais j'avais tellement hate d'en finir que je ne prenais aucun risque d'échouer!!

    Posté par mely, 23 novembre 2011 à 21:04 | | Répondre
  • Moi aussi je frissonne en lisant de post, qui me rappelle à moi-aussi mes années d'études d'infirmière et le petit enfer des stages où, pas avant la dernière année je n'ai su réellement comment faire pour bien faire. Tu écris "se gardant bien de lui donner les codes de ce nouvel univers pour lui reprocher ensuite de ne pas les respecter", c'est tellement vrai.........

    Posté par Renarde, 23 novembre 2011 à 21:45 | | Répondre
  • Si les SF formatrices maltraitent les ESF, que dire de leur attitude vis-à-vis des externes. Quand j'étais en 4e année de médecine, je suis arrivée en stage en maternité pleine d'espoir et ravie de me dire que j'allais apprendre à faire des accouchements... Quelle naïve j'étais... On m'a d'abord splendidement ignorée. Et quand j'ai (beaucoup) pris sur moi pour dépasser ma timidité naturelle, et que je suis allée me présenter gentiment à une des SF, et lui demander si elle voulait bien me prendre sous son aile, elle m'a envoyer paître, car "elle avait déjà son élève", comme toutes les autres SF de la salle d'ac. Il ne me restait donc qu'à faire la plante verte, si possible en silence! Quelle déception ce stage, pour moi qui ai toujours été attirée par la périnatalité... Au final, les seules qui ont été un peu gentilles avec moi ce sont les élèves SF... Ironique?

    Posté par kalee, 24 novembre 2011 à 17:27 | | Répondre
  • J'ai toujours voulu être sage-femme, j'ai bossé comme une malade pendant ma 1ère année de médecine pour avoir ma place en école de sf, mais quelle désillusion quand, en arrivant en stage, je me suis rendue compte combien les étudiants sont dénigrés et humiliés par les sf elles-mêmes. Je me raccroche à mes motivations pour continuer, en me jurant de ne pas devenir comme elles... Cela me dégoûte du milieu hospitalier, je ne pense pas y travailler plus tard. En attendant, encore 2 ans et demi...

    Posté par Névaé, 24 novembre 2011 à 23:42 | | Répondre
  • quand tant de gens convergent vers le même idéal... alors cet idéal devient un but à atteindre

    Posté par pierrette, 25 novembre 2011 à 17:22 | | Répondre
  • pfff

    Exactement pour cette raison que je n'ai pas tenu plus d'une demi-année dans ces études...

    Posté par Gayanée, 17 décembre 2011 à 16:39 | | Répondre
  • douleur qui se reveille

    J'ai été très touchée par votre billet.
    Diplômée depuis 5 ans, les cauchemars et angoisses persistent.
    Ces études de sage femme ont été un rouleau compresseur qui a détruit sur son passage la confiance en soi, l'ambition, les rêves .
    Alors après 10 ans dans ce milieu, je démarre un bilan de compétence. Dommage.

    Posté par julie, 13 janvier 2012 à 16:34 | | Répondre
  • Julie, vos quelques lignes sont terribles à lire. Faut-il "s'enfuir" ainsi pour se protéger ?
    Il y a encore des lieux, des modes d'exercice qui nous permettent de nous rapprocher suffisamment de nos rêves pour que ça vaille le coup de se bagarrer.

    Posté par 10lunes, 13 janvier 2012 à 22:39 | | Répondre
  • Une de plus, dans la spirale infernale.. de la maltraitance... des études subies, douloureuses, qu m'ont marqués dans mon ame.. et dans mon corps. 1 An apres à l'hopital, une garde qui se passe mal, une étudiante qui pleure, surement un peu à cause de moi.. le lendemain ma démission est sur la table, non je ne veux pas devenir comme elles. Cela fait 4 ans.. je ne travaillerai plus dans ce milieu.

    Posté par lolo, 10 février 2012 à 15:13 | | Répondre
  • N'empeche, je me pose la question: comment ça se passe dans les autres pays dits "developpés". En Belgique (du moins francophone), c'est la même chose qu'en France.
    Au lieu d'enseigner, on bizute à tour de bras,et comme je le pense vraiment,les infirmières / sage-femmes qui se comportent ainsi traitent mieux leurs animaux que leurs stagiaires. Le but est-il de dégouter les nouvelles recrues? En toutcas, le but est atteint.
    Et les "ce qui ne me tue pas me rend plus fort", je refuse de les entendre. Dans mon cas, c'était plutôt :"ce qui ne me tue pas...ne me tue pas"

    Posté par chouke, 10 février 2012 à 17:35 | | Répondre
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