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Nous nous rencontrons sous le fallacieux prétexte d'une rééducation périnéale. Nos premiers échanges le montrent d’évidence, elle se contrefout de son périnée.

Elle se voit basculer dans une phobie envahissante - en lien avec des grossesses antérieures mal vécues - phobie qui vient peu à peu diriger tous les moments de sa vie. Elle souhaite rencontrer un des psychologues de l’hôpital mais, planning surchargé oblige, la secrétaire doit la rappeler. Son périnée n'est qu'un prétexte pour parvenir à rencontrer quelqu'un.

Je ne peux, je ne sais pas l’aider.
Ce que j'annonce dès notre première rencontre, expliquant que ma compétence de sage-femme ne correspond pas à son besoin. Mais, dans l'attente de sa consultation hospitalière, elle demande à me revoir. J’accepte l’intérim. 

Nous nous revoyons donc une seconde fois, puis une troisième. Cela fait presque un mois qu’elle attend l'appel du secrétariat. Je tente d’appuyer sa demande en essayant à de nombreuses reprises de joindre le service. Le téléphone sonne presque toujours dans le vide. Sinon, c’est pour tomber sur un répondeur annonçant les heures d’ouverture, horaires correspondant parfaitement à ceux de mes appels. Et pas de possibilité de laisser un message. Je cherche à feinter en joignant l’accueil de l’hôpital (à quelques mètres du service), stratégie totalement vaine. « Oui c’est le bon numéro, oui y devrait y avoir quelqu’un, non je ne peux rien faire de plus… »

Elle revient. Elle ne dort presque plus, envahie par des pensées angoissantes, des cauchemars… Je suis inquiète car incapable d'évaluer la gravité de sa situation. La consultation tant attendue devient urgente. 

Le service reste injoignable et, hors de l'hôpital, mon "réseau" habituel est inopérant. Je n'ose l'orienter vers un libéral car elle n’a pas les moyens de régler une consultation. Certains la recevraient certainement mais je ne veux ni exploiter leur bonne volonté, ni mettre cette patiente d’une honnêteté scrupuleuse en difficulté. Les psychiatres du secteur sont eux aussi débordés. Un de mes correspondants appelé à l’aide me glisse l’idée des urgences psychiatriques… je tente.

Recherche sur les pages jaunes. Pas de numéro urgence psy indiqué. Je contacte le standard de l’hôpital ; faut joindre les urgences adultes me dit-on, sans me les passer. Nouvel appel aux urgences. Je fais l'erreur de m'annoncer comme sage-femme et la standardiste me bascule d’autorité sur les urgences  maternité.

Nouveau coup de fil, nouvelle attente, nouveau standard. Je m‘applique à mieux présenter la situation en taisant mon identité professionnelle. Cette fois, on semble me transférer vers le service ad hoc mais je suis accueillie par une petite musique suivie du rituel message "Le poste de votre correspondant est momentanément indisponible. Nous vous prions de bien vouloir renouveler votre appel ultérieurement".

Re-standard, qui me passe enfin le bon poste. Je déroule toute l’histoire sans reprendre mon souffle. Enfin, un très charmant infirmier psy comprend ma demande et me confirme que ma "stratégie" est la bonne. 

Ouf !

Cela fait juste 55 minutes que je suis au téléphone…

 

PS : Reçue longuement aux urgences, sa demande auprès d'un psychologue a été appuyée et le rendez-vous obtenu rapidement. Quelques entretiens plus tard, je la retrouve déjà soulagée et plus souriante. Happy end.

 

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