Le bûcher des vanités

Notre profession est en pleine évolution, tout particulièrement en exercice libéral. De plus en plus de femmes font suivre leur grossesse par une sage-femme. Nous prenons aussi en charge les enfants dans les premières semaines (et parfois premiers mois, sachant que cette surveillance est alors complémentaire du suivi mensuel assuré par les médecins généralistes ou pédiatres). Enfin, en août 2009, l’extension de nos compétences au suivi gynécologique de prévention et à la contraception est venue compléter notre champ d’action.
Spécialistes débordés, longs délais pour obtenir une consultation pédiatrique ou gynécologique, les femmes se tournent vers leur sage-femme (ou leur médecin traitant). Cette organisation des soins est une évidence de santé publique, libérant du temps de spécialistes pour les situations particulières. Dans tous les cas, si une pathologie est décelée, les sages-femmes passent le relais au praticien compétent, comme je l’ai déjà expliqué sur ce blog.
Ainsi, les femmes et les familles peuvent bénéficier d’une prise en charge de qualité, où chacun trouve sa place et s’articule avec les autres praticiens du réseau en fonction de la demande, de l’urgence et de la complexité des situations.
Voilà pour le monde idéal.
Parfois ce monde vacille. Nous ne sommes plus complémentaires mais concurrents et certains voient le développement de la profession de sage-femme comme une remise en cause de leurs propres compétences.
C’est ainsi qu’un médecin a porté plainte contre une collègue sage-femme de Savoie.
Les raison de sa plainte : son inquiétude pour la santé de plusieurs enfants.
Le rapport avec la sage-femme mise en cause ? Aucun !
Enfin si, la sage-femme a été en contact plus ou moins direct avec chacun d'eux.
Le premier est né à domicile, après une grossesse parfaitement normale et un accouchement tout aussi physiologique. Plusieurs semaines après la fin du suivi par la sage-femme, le sevrage, rendu nécessaire par l’hospitalisation de la mère, a été difficile.
Le second est son frère aîné de plusieurs années. Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet.
La mère du troisième était suivie pendant sa grossesse par cette même sage-femme qui a détecté les premiers signes d’une pré éclampsie et a immédiatement demandé une hospitalisation.
Je veux croire que ce médecin s’est réellement inquiété de la santé de ces enfants. Mais c’est le procédé qui interroge. Pourquoi ne pas contacter directement la sage-femme ? Pourquoi ne pas chercher à recueillir auprès d’elle les informations permettant d’éclairer chaque situation ?
Pourquoi refuser la conciliation proposée par le conseil de l’ordre après son dépôt de plainte ?
Il ne s’agit plus alors de préoccupations de santé mais de querelles d’ego et de pouvoir.
En d’autres temps, des médecins ont accusé les sages-femmes de sorcellerie, conduisant parfois ces dernières à être brulées vives en place publique.
Saluons la douceur des temps modernes qui nous permet de gérer ces conflits de façon tout aussi publique mais devant un tribunal administratif.
Soutenez Sandrine Fiandino, le 7 juin à 11 heures au tribunal administratif de Lyon, 184 rue Duguesclin.
Commentaires sur Le bûcher des vanités
- trop facile"Il est reproché à la sage-femme de ne pas avoir veillé à sa croissance lors des visites à domicile liées à la naissance du cadet" écrivez-vous ; mais il n'est pas de la responsabilité de la sage-femme de surveiller la bonne croissance d'un enfant ayant dépassé l'âge du nourrisson que je sache. C'est au médecin de le faire. Il pouvait saisir le médecin de la pmi, voir faire un signalement au proc non ??? Ils le font souvent pour "moins que ça" ;-(((
grrrr, je m'abstiendrai de notifier par écrit mon ressenti vis à vis de ce médecin - Il y a une erreurJe ne voudrai pas faire ma casse pied mais on ne peut pas porter plainte devant le Tribunal administratif. Quand on porte plainte c'est devant la police ou le procureur et c'est pour une infraction pénale.
C'est en fait assez trompeur d'employer le terme de plainte car ça sous entend qu'on accuse la SF après une enquête d'avoir commis une infraction et que c'est l'Etat représenté par un procureur qui la poursuit. En réalité il semble que ça soit un litige entre deux particuliers, dans lequel l'Etat n'a pas pris partie, mais alors c'est très bizarre que le Tribunal administratif soit compétne. Normalement il ne tranche que les litiges contre l'Etat ou une administration.
Enfin bref, je pense qu'il y a un truc qui cloche dans l'article. Mais ça n'empêche pas que ce médecin soit un abruti !! - Jalnadebourgogne : tu as raison mais une des questions, évidemment indépendant du rôle de la SF, était que le suivi médical de l'enfant semblait minimal.
Beatrix, le proverbe que tu cites était mon premier titre pour ce billet... et puis le thème "chasse aux sorcières" m'a finalement plus inspirée !
Juriste : aïe, problème de terminologie. Je redis ce que je sais avec d'autres mots :
étape 1 : plainte au conseil de l'ordre
étape 2 : refus de conciliation
étape 3 : convocation devant la chambre disciplinaire de première instance.
Est ce plus correct dit ainsi ? - Merci pour l'explication et puis en fait tu avais raison on peut en effet parler de plainte pour la procédure disciplinaire, et puis en plus tout devient logique parce que le Tribunal administratif est en effet compétent pour statuer sur la validité des décisions du conseil de l'ordre. J'avais tout faux
.
Bon courage à elle... - dans un monde de fous furieux qui ne rêvent que de faire taire et/ou enfermer ceux qui veulent les empécher de moutonner tranquillement... la différence fait peur, et pas besoin d'être noir ou jaune pour faire peur, rien que de ne pas penser comme cette satanée majorité bien pensante, ça fait peur !
- mais euh au final, les enfants vont-ils mal ou bien ?
le médecin il examine les frères et soeurs quand on l'appelle pour un enfant ?
et si la situation l'inquiétait, pourquoi n'a-t-il pas agi, plutôt que de reprocher à d'autres de ne pas le faire ??
ce médecin me laisse perplexe... Plus encore l'attitude de l'ordre des sage-femmes (d'accepter une plainte si tout va bien).
Je me dis que c'est tellement ridicule comme sujet de plainte... comment cela peut-il être pris au sérieux (=considéré comme recevable ?) ?!
Et partant de là, je m'interroge sur la culture de cette pédiatre... Décidemment elle ne parle pas pour sa profession...
quid des compétences de la pédiatre pour ne pas avoir honte de poser ce genre de plainte ?
J'espère que le tribunal tranchera en faveur de la SF, il faudrait pouvoir la soutenir pour riposter et porter plainte pour diffamation (ou en tout cas, riposter, pour restaurer l'égo de la SF et puis montrer qu'on n'a pas à accuser de tout et n'importe quoi des personnes qui font leur boulot, et rien d'autre. Parce que oui, être SF c'est aussi être dans les émotions et l'empathie, et ça ne constitue pas une faute professionnelle, loin de là !
bon courage à toutes les SF ! et à tous les médecins et autres professions médicales qui les soutiennent ! - C'est bien triste ! Cette sage-femme doit beaucoup souffrir de la situation : je suis certaine que les interrogations du médecin auraient pu voir une réponse tout autre en allant lui parler : décider de lancer une telle procédure, c'est si agressif ! J'espère que cette dame ne baissera pas les bras, et continuera à exercer le métier qu'elle a choisi.
- Si la mère ne va pas chez le toubib, qu'elle traine pas à la pmi et qu'en prime, les gamins ne vont pas à la maternelle (qui n'est pas obligatoire) dificile à ces "pro" de dénoncer des carences
mais de là à faire porter le chapeau à la SF...
Le toubib est un âne et encore, je suis polie
Tout mon soutient à la SF - Mais on marche sur la tête ou quoi ????
Le suivit gynéco entre dans le champs d'action des SF, les médecins crient au scandale.
Une SF fait son boulot de SF à savoir faire hospitaliser une femme enceinte à risque, les médecins crient au scandale.
Une SF se cantonne à son champs d'action, à savoir surveiller des suites de couches et un tout jeune nourrisson, les médecins crient au scandale.
C'est ce qu'on appelle la double contrainte.
Et franchement, qu'est-ce qu'une sage femme a à voir avec les mode d'éducation, d'alimentation que choisissent les parents ???? - C'est le principe du "parapluie" : on se couvre, pour que la boue éclabousse plus loin, peu importe où elle tombe... C'est très répandu comme technique, malheureusement. J'y associe "hypocrisie", "lâcheté",...Très répandues aussi... Courage à toutes les sage-femmes !
Celle qui m'a mise au monde a été celle, incroyable coïncidence, qui m'a fait la "prépa à l'accouchement" : elle a reconnu mon prénom, peu courrant...22 ans après... C'est pas beau, ça ?











