Victoria
Une longue attente de trois ans, une FIV et enfin l'enfant tant espéré grandit en son sein. La grossesse se déroule sans problème, alternant les trimestres habituellement décrits, le premier nauséeux et somnolent, le second plus léger, le troisième interminable.
Arrive le jour de la naissance. Le contact du drap froid et mouillé la tire d'un profond sommeil. Elle a perdu les eaux mais ne s'est pas réveillée tout de suite. C'est pendant le trajet vers la maternité que son travail commence.
Elle est surprise par des contractions en salves serrées, violentes, bien éloignées du début de travail progressif qui lui avait été annoncé. Rien de comparable avec ce qu’elle avait imaginé, ce à quoi elle pensait être préparée.
Elle est immédiatement submergée.
Dans la tempête, une sage-femme, respectueuse, à l'écoute de ses refus, de sa douleur, de sa panique. Petite flamme chaleureuse à laquelle se raccrocher. Elle saura à chaque fois prononcer les mots qu’il faut, la rassurer, intercéder pour elle auprès des autres membres de l'équipe.
Elle a le droit de crier, de refuser les examens, de réclamer haut et fort sa péri...
Enfin, l'analgésie est posée, la tempête apaisée.
Vient le temps de la poussée. Ses efforts sont peu efficaces. L’enfant ne progresse pas. Le médecin de garde annonce «On ne vous laissera pas pousser plus longtemps, ne vous inquiétez pas ». Dans sa tête, se bousculent les mots qui n'ont pas été prononcés ; forceps, césarienne, spatules,ventouse... Elle ne veut pas de tout cela. Sa grossesse a nécessité une assistance médicale, sa dilatation aussi. N'y a t-il aucune étape qu’elle pourra franchir seule ?
Encore une fois, la sage-femme comprend son besoin, négocie quelques précieuses minutes supplémentaires.
Alors, seule, toute énergie révélée, elle met au monde Victoria, la bien nommée.
Ce texte renoue avec quelques essais passés ; mettre en mots non ce que l'on me dit ou ce que j'ai vécu, mais ce que l'on m'écrit. Ces billets ont pour titre un prénom, celui choisi par ceux qui me confient leur histoire.
Commentaires sur Victoria
- TM Salawa. Le débat a eu lieu récemment sur twitter entre anesthésistes (de bonne volonté !) et SF. La conclusion était que l'on ne peut pas vraiment conclure. Trop de facteurs interviennent dans un sens et dans l'autre.(cf cette étude http://bja.oxfordjournals.org/content/105/suppl_1/i50.full)
Dans le cas présent, cette maman souhaitait sa péridurale, l'a attendu très longtemps du fait d'un début de travail lent. On ne peut remettre sa décision en cause. Ce qui me semble important dans son histoire, c'est l'accompagnement et l'attention de la sage-femme qui lui permettent de comprendre les enjeux de chaque étape et de respecter au mieux les attentes maternelles. - Je suis émue par ce texte... peut être parce qu'il me renvoie à mon propre accouchement bâclé que 3 ans et demi après je n'ai pas encore digéré...
Bref.
Salwa
je ne sais pas pour les autres, mais en tout cas pour moi nulle part il n'a été question que la péri ralentissait le travail, que ce soit à la consultation avec anesthésiste ou lors des rdv avec la SF (au départ j'en voulait pas, elle a peut être jugé inutile d'en parler), ou même lors de mon accouchement quand j'ai cédé et accepté cette fichue péridurale. Même sur le papier qui m'a été donné par l'anesthésiste qui expliquait que c'était une anesthésie et que comme toute elle pouvait avoir des effets secondaires ou problèmes. Et ceux listé étaient les même que pour toute anesthésie locale et générale. Aucune mention sur ses effets lors d'un accouchement.
- @10Lunes, merci de m'avoir répondu
Je ne remets pas en cause le choix de cette maman, pas du tout. Mais je me questionne beaucoup sur cette histoire de choix... Et me demande si le choix est réellement un choix? Ou si c'est une alternative, prise par défaut, à un moment où n'a plus de ressources, et qu'on ne sait pas comment faire autrement?
Est-ce que d'autres choses sont proposées?
C'est vraiment là que je me questionne.
@Nebullae, je suis contente de te lire encore un peu
!!
- Je suis la maman de cette petite Victoria.
Je voulais remercier 10 Lunes d'avoir publié mon témoignage et d'avoir réussi a comprendre avec mon simple texte, ce que j'ai ressenti, cette joie que j'ai eu, après tant d'interventions, de franchir la dernière étape tout seule.
Pour répondre aux questions des commentaires : je n'ai même pas imaginé accoucher sans péridurale. C'est moi qui était demandeuse. Lors de la préparation à l'accouchement, on m'a parlé des risques a faire la péridurale trop tôt, ainsi que lors du rendez vous avec l'anesthésiste.
Victoria n'est pas descendue, elle est toujours restée très haute, même en fin de grossesse, d'où les difficultés que nous avons rencontré toutes les deux lors des derniers moments. - C'est la ^première fois que je laisse un commentaire ici , je suis déjà venue une fois suite à une mise à l'honneur de CB (comme aujourd'hui d'ailleurs!) mais c'était incognito ^_^. Merci à @Lana d'avoir livré son histoire si touchante et qui finie très bien avec une belle Victoire au bout . merci à @lunes de l'avoir partagé si joliement . beaucoup de bonheur à cette petite Victoire et ses parents . Je reviendrai c'es sûr ! Encore merci à vous 2 pour ce moment d'amour et d'émotions.
- Très beau récit, qui fait écho en moi puisyqu'encore dans l'attente qu'une vie s'installe au creux de moi. Je rêve,pour le jour où ce bébé sera là, de lui donner naissance de manière respectueuse et peu médicalisée, dans la "vraie/fausse" maison de naissance des bluets. Comme pour mettre à distance ce très douloureux parcours très médicalisé qui nous aura mené à la naissance de cet enfant tant désiré. Pour sûr, c'est une sage-femme qui suivra ma grossesse!
- @enviedematerner, "donner naissance de manière respectueuse et peu médicalisée, dans la "vraie/fausse" maison de naissance des bluets". Hum... A mon avis, cette maternité jouit d'une réputation très surfaite. Demande à PMGirl et à mère bordel ce qu'elles en pensent:
http://www.pmgirl.net/article-adieu-la-maternite-bleue-106149830.html
http://www.maispourquoijedeviensmerebordel.fr/article-comment-on-m-a-jetee-de-la-celebre-maternite-des-bluets-a-4-mois-et-demi-de-grossesse-episode-2-53971461.html - @Aude : il est possible d'avoir un superbe accouchement, peu importe l'endroit
J'en suis convaincue.
Ici, j'ai eu d'autres échos des Bluets... Chacun aura son propre avis suivant son propre vécu... et chacune de nous peut avoir l'accouchement idéal, celui dont elle rêve, si elle s'en donne les moyens, et que l'entourage suit. Cf. ce texte de 10Lunes... - Moi aussi j'ai eu d'autres echos des bluets, et je t'assure que pour rien au monde je n'aurais voulu accoucher là où mère bordel l'a fait ni ou pmgirl va le faire.je connais très bien ces deux mater pour y avoir été en stage, et dans chacune des deux le mot physiologie ne fait même plus partie de leurs souvenirs...sage-femmes pas sympa, certaines rasent en systématique, pas d'accompagnement à l'allaitement...bref, pas tout à fait ce que je souhaite!
- Moi, je n'ai pas eu le choix@Enviedematerner:
Les Bluets, ils m'ont jetée de leurs listes à 4 mois de grossesse, par téléphone.
Même 20 mois après, lire un comm disant "pour rien au monde je n'aurais voulu accoucher où Mère Bordel l'a fait" m'agace assez prodigieusement. Me blesse, en fait. Ravive un profond sentiment d'injustice.
Non, on n'a pas toujours LE CHOIX, on fait au mieux avec ce qu'on a, ce qu'on vit, ce qu'on subit aussi.
J'espère que PMgirl ne passera pas dans les parages, car lire ce genre de comm sur sa maternité avant même d'y accoucher pourrait être franchement déprimant.
Et si tu lis ceci, PMgirl, ne t'inquiète pas, je n'ai pas vécu l'accouchement de mes rêves ni où je le voulais, mais ma gosse est merveilleuse, et j'ai mis au monde une gamine de 4810 et 59 cm, en étant un peu aidée soit, mais celle qui a poussé de toutes ses forces, celle qui l'a sortie de ses propres mains, celle qui l'a aimée, celle qui vit à ses côtés aujourd'hui, c'est moi.
J'ai choisi de garder de ce jour son arrivée dans mes bras, le regard de son père sur elle et sur moi, sa petite bouche sur mon sein, pas de garder la petite amertume d'un accouchement où mon choix n'a été que très partiel, et je sais de quoi je parle :
Je suis infirmière puéricultrice et consultante IBCLC.
Attention donc aux "jamais" et aux "pour rien au monde", surtout quand tu cites les gens.
Si j'ai une vraie dent contre les Bluets parce que leur attitude à mon égard a été un choc à bien des niveaux et que je les tiens pour responsables de l'anéantissement de mes possibilités de choix, je n'ai aucun doute sur le fait que beaucoup d'accouchements s'y déroulent très bien.
En revanche, en tant que patiente et en tant que professionnelle de santé, je ne peux pas laisser considérer que leur accueil soit de qualité, car si c'était le cas, non seulement ils n'auraient pas eu à me refuser - je reste persuadée qu'ils l'ont fait parce que la SF m'a prise en grippe et pas pour un motif médical qui est n'en est pas un - mais, au pire, ils auraient pris le soin de m'accompagner vers la sortie, pas de me claquer la porte au nez...
L'accouchement physiologique, c'est bien.
Le respect, l'accompagnement et l'empathie, c'est mieux. Et de cela, je n'ai pas manqué en salle de naissance, ce qui est l'essentiel en ce qui me concerne.
Belle route et beaux accouchements à toutes. - Je crois qu'à vouloir accoucher dans certaines maternités parce qu'on en a entendu du bien, parce qu'elles sont connues pour être "naturelle" ou "amie des bébés" ou bien de l'autre côté parce qu'elles autorisent facilement les césariennes "de confort" nous fait nous focaliser uniquement sur ce choix, celui de notre maternité. Alors qu'en fait, c'est la discussion avec l'équipes, la préparation d'un projet de naissance qui va permettre d'accoucher comme on le souhaite. Le lieux importe peu. Etant suivi en PMA, le choix de la maternité ne s'est pas posé pour moi et j'avoue y avoir trouvé une sérénité quand toutes mes amies étaient en stress dans la recherche de la "meilleure maternité". Résultat : je suis tombée sur une perle (que je n'espère pas rare) et je garde un merveilleux souvenir de mon accouchement et de mon séjour.
- Désolée mère bordel si je t'ai blessée, ce n'était pas le but.je suis d'accord avec toi pour dire que ce qui est important, c'est le lien avec l'équipe. J'ai vu les coulisses de la mater où tu as accouché, et c'était triste à voir, pour les mamans et pour les bébés.chaque histoire est personnelle, chacune voit les choses en fonction de son vécu, et je crois qur c'est très important d'avoir le choix à chaque étape du parcours.
Pour pmgirl, j'ai déjà exprimé en mp ce qui était bien et moins bien dans la mater où elle ira. Une fois qu'on est prévenu, on sait mieux à quoi il faut être vigilant, et généralement ça résout pas mal de pb. Après tout dépend des attentes de chaque couple... - J'ai accouché dans la maternité où PM girl va accoucher. Je voulais aller au Bluets mais une grossesse à risque (jumeaux partageant le même placenta) m'en a empêchée. Et finalement je ne regrette pas du tout ce choix. Alors oui, c'est l'hôpital, c'est forcément moins intime qu'une clinique (enfin j'imagine) mais quel accueil, quel suivi et surtout quel gentillesse et disponibilité. Avec mon mari on a été très surpris par l'aspect humain et surtout la place faite au papa. Il a pu venir au bloc lors de ma césarienne (qui n'était pas prévue mais l'équipe à d'abord tout essayer pour me faire accoucher par voie basse), il a pu dormir toutes les nuits avec nous, il a été super bien accueilli. Pour nous cela était un des critères les plus importants lors de notre choix... Donc je pense que chacun recherche probablement quelque chose de différent dans SA maternité et qu'il ne faut pas les comparer...









Je me pose cependant une question. La péri ralentissant le travail dans beaucoup de cas, cette éventualité est-elle abordée avec l'anesthésiste? (je pose la question sérieusement, ne m'étant jamais rendu à ces rendez-vous).
PArce que sur internet, on y lit souvent que la péridurale ralentit le travail, voire amène à des extrêmités fâcheuses (forceps, ventouse, voire césa). Je me demandais si un professionnel prenait le relais du net?? (Parfois, des mamans pensent que c'est toujours exagéré sur internet)