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Il y a quelques semaines (mois ?) passait une série documentaire intitulée «Médecins de demain». Parmi les internes filmés, l’une d’elle débutait son semestre en obstétrique.

La caméra la suit partout dans le service et se retrouve très logiquement en salle d’accouchement. Une sage-femme y installe une femme, évidemment allongée, évidemment en position gynécologique, évidemment avec les jambières (sorte de gouttières dans lesquelles se posent les mollets). Jusque-là – et avec un certain mauvais esprit - on peut considérer cela comme très "normal" … Si vous en êtes étonnés, je vous renvoie à cette enquête du Ciane « Respect des souhaits et vécu de l’accouchement » qui montre combien la marge de progression est grande.

Mais un petit geste supplémentaire apparaît plus choquant encore ; une fois les jambes posées dans les gouttières, la sage-femme les bloquent en les entourant d’une bande de velcro… pas serrée la bande hein.. mais suffisante pour empêcher la mère de se retirer des jambières. 

Ca m'a rappelé mes débuts.
Dans le CHU qui hébergeait mes études, l’installation des femmes était réglée au millimètre. Les jambières existaient déjà, assortie d'une sangle en cuir épais terminée par une boucle de métal, sorte de "ceinture à mollets" venant immobiliser les jambes. Deux bracelets de la même matière enserraient les poignets, bras le long du corps. Ils laissaient juste à la femme la mobilité nécessaire pour pouvoir attraper et tirer sur deux axes de métal, respiration bloquée pendant que la sage-femme l'encourageait en s’époumonant (allez- y-allez-y-encore-encore-encore).

Les quatre membres étaient donc attachés. Barbare n’est-ce pas ?

Mais lorsque le chef de service nous honorait de sa présence, cette installation devait se compléter d'épaulettes. Ces  plaques de cuir rigide venaient, de chaque côté du lit, bloquer le haut du dos. Ainsi, aucun mouvement de recul n'était possible.  

Fesses au bord du vide, membres liés, épaules fixées, cuisses écartées, la femme était livrée à la toute puissance obstétricale.

Et si cette toute puissance s'exerçait dans le souci de préserver la santé physique de la mère et de l'enfant, personne ne se souciait du vécu de la femme ainsi soumise.

 

 

©Photo