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Les suivis de grossesses pathologiques à domicile s'apparentent parfois à des enquêtes policières. Souvent, les femmes nous contactent (dé)munies d'une simple ordonnance précisant le nombre de passages requis chaque semaine... et roule ma poule, nous devons en déduire de quoi il s'agit. Si la future mère n'a pas tout compris des explications qui ne lui ont peut-être pas été données, à nous la joie d'explorer les résultats de labo et de décoder les diverses prescriptions pour en déduire quelle est la pathologie qui motive le suivi.

Et quand le dossier est complexe, qu'un des paramètres à surveiller sort un peu des clous, pas assez pour envoyer la dame directement aux urgences mais quand même suffisamment pour que l'on ne puisse se contenter de ne rien faire... c'est le grand moment du coup de fil à un ami, je veux dire à la maternité.

Cet appel là date mais le souvenir reste aigu. Peu rodée à l'exercice, contactant un hôpital où je ne connaissais personne, dont j'ignorais les rouages, redoutant le jugement carnassier d'une collègue de CHU méconnaissant les difficultés de la solitude libérale, j'avais pris mon courage et mon téléphone à deux mains.  

Sonneries.... standard, je demande les "grossesses à haut risque" où la patiente était hospitalisée avant de nous être confiée...  sonneries... retour au standard "Ne quittez pas"... sonnerie... enfin quelqu'un décroche et me confirme que je suis dans le bon service. 

Craignant d'oublier un détail d'importance, je me lance dans une description plus qu'exhaustive de la situation, des antécédents aux résultats de bilan, de la pathologie motivant le suivi aux traitements en cours. J'en arrive enfin à la consultation du jour et je détaille les motifs de mon inquiétude. Cinq bonnes minutes d'exposé sans reprendre mon souffle. Enfin je m'arrête avec la satisfaction du devoir accompli. On ne pourra me reprocher d'avoir omis un élément essentiel au diagnostic !

A l'autre bout du fil, la voix traîne "Ouiiiiii et alors ?
- Et alors ? Je voudrais une conduite à tenir. Est ce que vous souhaitez la réhospitaliser ?
- Ch'ais pas moi, ch'uis la secrétaire."

 

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