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Les bornes c’est toujours un peu embêtant. A 90 sur une nationale, on est bon, à 91 on l’est plus. La limite a ce petit caractère arbitraire qui t’énerve quand tu t’y coltines. 

L'exercice des sages-femmes connait de nombreuses limites ; certaines sont floues "Lorsque la sage-femme constate des antécédents pathologiques, elle adresse la femme enceinte à un médecin". L'antécédent pathologique, ça peut être tout et donc n'importe quoi et ça s'interprète au bon vouloir de chacun... D'autres limites sont clairement absurdes ; nous pouvons traiter l'infection urinaire chez la femme enceinte. Mais dès le lendemain de l’accouchement, c’est ballot, on a plus la compétence !
Et puis il y a la limite qui fait l'objet de ce billet ; les sages-femmes peuvent "pratiquer la rééducation périnéale en cas de troubles consécutifs à un accouchement".

Le bonjour est sonore, le sourire lumineux. Elle évoque son parcours un peu chaotique avec un humour distancié. Son second degré caustique me ravit. Tout de suite, le courant passe.
Je l'interroge afin de mieux cerner les motifs de sa consultation. Entre les lignes de ses réponses se dessine une personnalité atypique, foisonnante. Dans un autre contexte, nous aurions pu rapidement sympathiser. 
Ce qu’elle raconte de ses errances médicales donne plus encore l’envie de l’aider.
Je me concentre sur ses symptômes, évoque quelques débuts de pistes pas encore explorées pour le traitement. Elle happe chaque perche tendue, imagine déjà un progrès possible. D'évidence, nous allons "bien" travailler ensemble.

Une question encore, "Comment se sont passés grossesse(s) et accouchement(s) ?"
Elle secoue la tête, "Inutile de chercher de ce côté, je n’ai pas eu d’enfant".

Tilt !
La limite est franchie. J'ai oublié de poser la question de la maternité au moment de la prise de rendez-vous. Et la demi-heure passée ensemble était si riche que le sujet est venu tardivement.

Regrettant de ne pouvoir aller plus loin, j'explique la "limite" et m'en excuse. Je commence à lui indiquer les kinésithérapeutes qu'elle pourrait consulter.

Elle m'interrompt, visiblement déçue.
«J’ai eu une IVG, ça compte pas ? »