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Ils viennent de passer à table, leur fille ainée juste couchée. Un moment tranquille à partager dans l'attente de la naissance qui ne devrait plus tarder. Ils prévoient de finir les derniers aménagements de la chambre le week end prochain. Elle le taquine sur les aléas du montage de l'armoire en kit et se tracasse un peu que tout ne soit pas prêt en désignant son ventre plus que rond…

Soudain, un léger "plop", la sensation du liquide chaud et la petite flaque qui s'arrondit à ses pieds. Elle vient de perdre les eaux.

Très vite, tout s'accélère. Attraper la valise, réveiller la grande pour la déposer chez des grands-parents. Dans la voiture les vagues montent et refluent sans réelle pause entre deux.

A l'arrivée en salle de naissance, le rythme s'élève encore d'un cran. Le col est totalement dilaté, il est temps de pousser. Elle n'en sent pas encore le besoin mais s'exécute, puisque c'est le moment… La poussée se révèle laborieuse, bien plus que la première fois. L'équipe envisage à voix haute la possibilité d'un forceps. Cela, elle n'en veut pas. Convoquant toute son énergie, elle met son enfant au monde.

Un pleur et déjà il s'apaise, posé sur le ventre maternel. Les soignants s'affairent encore un peu, vérifiant que tout va bien puis se retirent quelques minutes, les laissant découvrir leur tout-petit dans l'intimité.

Cela, c'est le récit lissé qu'elle répète à chaque visiteur venant se pencher sur le berceau en s'extasiant d'une naissance si facile.

A "sa" sage-femme, elle ose confier sa déception. Cette naissance éclair a un goût de trop peu ; pas le temps de réaliser, de sentir, d'attendre, d'imaginer, de rêver… 

Pour son homme aussi, tout a été très, trop, vite. Ils peinent l'un comme l'autre au souvenir des premiers instants ; une fois seuls, ils ont repris leur conversation sur le montage de l'armoire ; comme poursuivant une discussion interrompue par un incident sans importance.

Une naissance tellement rapide qu'ils n'ont pu réaliser que leur enfant était né.

Et ce bref moment d'apparente indifférence revient les miner chaque fois qu'un proche s'écrie "A peine deux heures, mais quelle chance vous avez ! "

 


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