29 juillet 2013

Présumées inconséquentes

 

men beach

Tout dans cet article m'irrite. Le ton, les raccourcis approximatifs, les reproches sous-jacents...

On commence avec ces stupides et malpropres bonnes femmes qui arrivent de la plage "pas encore lavées" et viennent consulter alors qu'elles pourraient acheter directement leur traitement. Démarche aisée quand on connaît et reconnaît les symptômes, moins quand on découvre les joies de la mycose où que l'on préfère la confirmation d'un avis médical.
Avis que l'on a bien tort de réclamer puisqu'il s'accompagne de deux contre-vérités : "ni rapports sexuels ni bain pendant 7 jours". Les premiers sont souvent spontanément évités - où y a d'la gène y a pas d'plaisir - mais aucune raison médicale ne justifie de supprimer l'un ou l'autre, sauf à vouloir punir l'inconséquente en gâchant ses vacances...

"Pour éviter les mycoses, il est nécessaire de se laver en rentrant de la plage et il faut surtout éviter de garder toute la journée un maillot de bain humide ". La douche après la plage est sûrement une bonne idée, sans rapport aucun avec la prévention d'une mycose. Mais comment ne pas garder un maillot humide ? Une journée en bord de mer, c'est mouillé /sec /mouillé /sec ... Faudrait-il conseiller aux baigneuses de se changer après chaque passage dans l'eau ?

Puis le journaliste a du déplorer une panne de stylo qui nous vaut une intéressante ellipse. "L’eau de mer ou le chlore des piscines fragilisent également la flore vaginale et peuvent favoriser l’apparition de mycoses. Des conseils simples et évidents que ces gynécologues sont de plus en plus obligés de dispenser". Quels seraient ces conseils ?  Nous ne pouvons que supputer... Préférer les vacances à la montagne ? 

On se réjouit ensuite de lire deux rappels à la fois justes et trop souvent méconnus.
- "Pas de douche vaginale". Effectivement, ce geste est non seulement inutile - le vagin est auto nettoyant (si !) - mais surtout nuisible à l'équilibre de la flore. Or, comme l'article ne le précise pas, le candida albicans est un hôte fréquent du vagin. Ce n'est pas sa présence mais sa prolifération qui pose problème.
- "Mieux vaut-il se méfier d’un préservatif qui aurait passé plusieurs heures au soleil. La chaleur altère effectivement sa porosité. La crème solaire a le même effet sur la qualité du latex". Il aurait été judicieux de compléter l'information en précisant que cela concerne tous les corps gras (c'est noté sur le mode d'emploi mais qui le lit ? Voilà une bonne occasion de le faire... )

Hélas, la suite nous déçoit. "Messieurs, si ça vous chatouille ou ça vous grattouille, pensez au préservatif !" Et si ça grattouille pas ? On s'en fout ? Il est bien dommage de commencer un paragraphe en évoquant le Sida pour le terminer en confortant l'idée que l'absence de symptôme est rassurante. De plus l'infection à clamydia, ça chatouille pas et ça grattouille pas, ni chez l'homme, ni chez la femme. Par contre, c'est un grand pourvoyeur de stérilité tubaire comme le rappelle cette campagne de l'Inpes (que je mets en lien tout en pestant qu'une fois de plus, les sages-femmes ne soient pas nommées).

On enchaîne avec la pilule. "Un seul oubli peut entraîner une grossesse non désirée". C 'est vrai et pas besoin de décalage horaire ou d'excès de boissons pour oublier un comprimé. Le conseil concernant la contraception d'urgence en est d'autant plus inacceptable "Comme son nom l’indique, elle doit être prise le lendemain". Non ! Le plus tôt possible, de préférence dans les douze premières heures. Son efficacité est d'autant plus grande qu'elle est prise rapidement.
Et pourquoi ne pas avoir saisi l'occasion de citer le dispositif intra-utérin au cuivre, excellente contraception d'urgence - à poser dans les cinq jours suivant le rapport non protégé - qui permet en plus de ne plus avoir à se préoccuper d'un nouvel oubli de pilule pendant cinq ans !! 

L'article se poursuit sur des affirmations totalement erronées.
"On compte autant d’accouchement que d’avortements". Faux ! En 2011, il ya eu 793 000 naissances pour 209 291 IVG soit 26.4%. On est très loin du 100% annoncé !
"Les statistiques le disent, c’est à l’automne que les IVG sont le plus nombreuses". Faux aussi ! En 2010, en métropole, le - petit - pic des IVG était en mars. La faute à la galette des rois ou la Saint Valentin ?

Cela fait déjà beaucoup de reproches pour un article aussi bref mais la phrase de conclusion, s'appuyant sur les contre vérités dénoncées à l'instant- est  totalement inacceptable ! "La preuve qu’en vacances, les femmes ont de plus en plus tendance à se lâcher. Sans vraiment réfléchir aux conséquences"… 

Pourtant, deux tiers des IVG concernent des femmes utilisant une contraception.
Pourtant, la contraception est aussi l'affaire des hommes.

Les femmes, présumées irresponsables et forcément coupables !



PS 1 : les données datent de 2010, 2011 et même 2007 parce que contrairement à l'article, je souhaitais me baser sur chiffres réels (rien trouvé de plus récent).
PS 2: si vous vous étonnez du choix de l'illustration : juste une plage et du soleil pour coller au sujet, et surtout des hommes histoire de rappeler leur implication...

 

 

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15 juillet 2013

A baby is being born

 

Miniature_Naissance_Louis_VIII

Depuis de longues semaines, ma boite mail est envahie de multiples alertes concernant la maternité d'une certaine Kate. D'habitude, je zappe. La royale descendance me laisse plus qu'indifférente. Mais plusieurs d'entre vous ont attiré mon attention sur un article où il était question de positions d'accouchement.

Finalement, la royauté pourrait amener d'intéressants débats...

Reprenons les propos du Pr Deruelle qui annonce 60 à 80% de péridurale. Le chiffre semble minoré ; en 2010 nous étions déjà à 80%.  Il est difficile d'imaginer que le taux ait pu baisser alors que les équipes sont chaque jour plus pressurées au sein de maternités surbookées... Se passer de péri suppose souvent de pouvoir être soutenue par une sage-femme disponible.

Pour 80% des femmes la position sera donc surtout celle proposée par l'équipe, parce que la recherche d'une position antalgique n'a plus lieu d'être et parce qu'il faut faire avec les multiples capteurs et branchements qui accompagnent la pose de l'analgésie. S'ils n'empêchent pas toute mobilité, ils sont malgré tout une réelle entrave à la liberté de mouvement.

Par contre, affirmer que sans péridurale, les femmes s'allongent pour des raisons physiologiques liées à leur fatigue fera s'étrangler la première sage-femme venue. Les raisons en sont toutes autres. L'une d'elle est d'ailleurs citée dans l'article "l’imaginaire populaire et télévisuel a véhiculé l’image de la femme allongée". Ce conditionnement insidieux vient se conjuguer à l'aménagement des salles de naissance où trône (!) un large lit confirmant l'évidence de la position allongée. Les nouvelles salles dites natures, en proposant d'autres supports, aideront peut-être les femmes à retrouver plus de spontanéité.

Mais l'origine principale de la position gynécologique est clairement médicale, comme le montre cet extrait du Traité des maladies des femmes grosses et de celles qui sont accouchées, rédigé par François Moriceau obstétricien du XVIIème siècle.

"Car toutes les femmes n'ont pas coutume d'accoucher en même posture, les unes veulent que ce soit en se tenant sur les genoux comme font certaines femmes aux villages, les autres étant debout et ayant seulement les coudes appuyées sur quelque oreiller mis sur une table, ou sur le bord du lit et d'autres étant couchées sur quelques matelas mis par terre au milieu de la chambre. Mais le meilleur et le plus sûr est qu'elles soient couchées dans leur lit ordinaire. (…/...)
Ce lit doit être fait en telle façon que la femme ainsi prête à accoucher y soit couchée sur le dos, ayant le corps de moyenne figure, c’est-à-dire la tête un peu élevée et de telle sorte qu'elle ne soit entièrement couchée ni tout à fait assise (…/...)Etant en cette posture, elle écartera les cuisses l'une de l'autre en pliant un peu les jambes contre les fesses, qui seront médiocrement élevées par un petit oreiller mis dessous, s'il est besoin, afin que le coccyx ou croupion ait plus de liberté de se reculer en arrière et les pieds seront appuyés contre quelque chose qui résiste". 

Ce texte démontre à la fois la reconnaissance de la mobilité spontanée des femmes en travail et la mainmise du médical imposant ce qui ressemble fort à notre actuelle position gynécologique. A un détail près, elle était améliorée  d'un "petit oreiller" permettant une meilleure mobilité du bassin, innovation oubliée et récemment remise au gout du jour par le Dr de Gasquet...

Je me souviens d'une émission diffusée en direct à une heure de grande écoute, il ya une quinzaine d'années. Un obstétricien du moment y avouait avec une franchise aussi déconcertante que son évident mépris, "Oui, la position accroupie est plus physiologique mais moi, je ne suis pas contorsionniste"...

Non Pr Deruelle, les femmes ne s'allongent pas parce qu'elles sont fatiguées, elles s'allongent parce que tous les indicateurs les invitent à le faire. Comme vous le soulignez, elles pensent que la médecine sait mieux qu'elles et d'une certaine façon, vous appuyez cette croyance en affirmant "La sécurité doit toujours primer sur le physiologique" comme si l'un s'opposait à l'autre.

Pourtant, le courant semble s'inverser, doucement, trop ! L'expérimentation des maisons de naissance sera, n'en doutons pas, votée à l'automne ; les salles natures se multiplient.

Et si l'effervescence médiatique liée à la naissance d'un petit britannique amène un obstétricien français à parler d'accouchement accroupi ou à quatre pattes...tous les espoirs nous sont permis !

 

 

NB : Quelques idées de position sur le site de l'Afar

 

 

Posté par 10lunes à 09:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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