27 septembre 2009

Epanouissement garanti ?

C’est le premier enfant pour lui, le second pour elle.
Son premier accouchement a été  violent, mal soulagé par une péridurale manquant d'efficacité. La douleur était majorée par les hormones administrées en perfusion et l’immobilité imposée par l’analgésie.
Cette fois-ci, elle aimerait bien que cela se passe autrement mais annonce dès notre première rencontre avoir une trouille bleue.

Ils se sont déjà beaucoup informés sur les modes d’accouchements « naturels », la liberté de position, le bain, l’aide pouvant être apportée par les médecines douces, les possibilités offertes par les maternités de la région, etc…

Elle compte sur tout cela pour mieux vivre la naissance mais, ancrée dans le concret de son expérience précédente, ne balaye pas la possibilité d’un recours à la péridurale (qu’elle souhaiterait alors efficace…).

Lui, tout à sa vision idéale, assène : «accoucher sans péridurale, c’est quand même un épanouissement total pour la femme !»

Enthousiasme que je me sens obligée de tempérer quelque peu… afin qu’elle se sente libre de trouver son épanouissement où bon lui semblera.

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26 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 4

La sage-femme de rose vêtue et le décor, deux chaises de part et d’autre d’un bureau envahi de papiers, annoncent un rendez-vous médical.
Effectivement, la future mère commence par évoquer son dossier mais son interlocutrice l’interrompt poliment et reprécise l’objet de la rencontre, il s’agit d’un entretien et non d’une consultation.
Tout à son souci d’expliquer le contenu de cet entretien, elle disserte longuement pendant que la femme assise de l’autre coté du bureau peine à placer quelques mots.
Elle parle d’une voix douce, presque trop, lentement, presque trop. Il y a quelque chose de vaguement dérangeant dans ce ton pourtant prévenant, comme une affirmation de l’évidente fragilité des femmes enceintes.

Lorsque la question de la péridurale est posée, la praticienne répond d’abord que le sujet sera traité en préparation et en consultation d’anesthésie. Devant l’insistance de la jeune femme qui s’inquiète de savoir ce que l’on continue à sentir,  elle prend le temps de lui expliquer le  mode de délivrance auto contrôlé.

Pour minimiser le geste et se montrer rassurante, elle abuse du mot petit : «il y a un petit système, vous appuyez sur une petite pompe qui va vous délivrer une petite dose d’anesthésique ».

Le pré-supposé de la fragilité s’est imposé.

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21 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 2

Une sage-femme, vêtue du rose uniforme accueille un couple pour leur première échographie. La jeune femme s'allonge sur le lit d'examen, les yeux déjà rivés à l'écran de contrôle, sa main blottie dans celle de son compagnon. Ils sont tous les deux souriants, émus à l'idée de cette première rencontre "de visu" avec leur bébé.

La sage-femme leur explique l'examen. Elle va mesurer la distance de la tête aux fesses ce qui permet de dater la grossesse mais elle a aussi «plein d'autres choses à voir. On regarde son cerveau, s'il a bien des jambes complètes, des bras complets ».

Un ange passe...

Comme on pouvait s'y attendre, à la fin de l'examen, la mère s'inquiètera de la complétude des bras et jambes de son enfant, «et donc, ses membres ?»

PS : le "préalable" de l'épisode 1 reste de mise.

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18 septembre 2009

Juste à temps

Elle est dans son neuvième mois.

Son premier trimestre est habité par les nausées et vomissements.

Au début de second trimestre, une infection virale potentiellement dangereuse pour son enfant est décelée. Au fil des semaines, de nombreux contrôles, bilans sanguins, amniocentèse, scanner et autres joyeusetés s'enchainent.
Son angoisse est permanente, nourrie par l’attente minante de chaque résultat, les avis complémentaires demandés, la prudence des professionnels qui ne peuvent se prononcer.

Le huitième mois arrive et après une dernière concertation des experts, elle peut enfin être rassurée.

C’est sans compter la mauvaise fée qui la laisse séjourner longuement dans une salle d’attente de la maternité aux cotés de deux enfants souffrant de varicelle… Quand la situation est découverte, c’est le branle bas général avec contrôle sanguin pour toutes les femmes enceintes présentes afin de s’assurer de leur immunité.

De nouveau, elle attend des résultats dans l'anxiété.
Finalement, tout va bien, ses anticorps la protègent.

Il lui reste moins d’un mois pour profiter sereinement de cette grossesse qui se révèle, bien tardivement, parfaitement normale.

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15 septembre 2009

Séparation

Cette fin de grossesse est plus que pénible. Elle est lourde de ce bébé, des œdèmes, du trop de kilos pris. Elle se mobilise avec difficulté, ses gestes sont ralentis, du fait de son poids mais aussi d’une multitude de petites douleurs. Son corps n’en peut plus.

Elle espère depuis plusieurs semaines se mettre en travail, consulte régulièrement et tente invariablement de négocier un déclenchement pour écourter ce qui lui apparait chaque jour un peu plus comme une épreuve.
Il lui est toujours refusé, son col n’est pas favorable et accéder à sa demande risquerait de compliquer l’accouchement.
Elle repart chaque fois extrêmement déçue, accusant l'équipe de mésestimer son mal-être.

N-ième consultation, le col s’est un peu modifié et la tension commence à s’élever au delà des limites admises. Il ne s’agit plus simplement d’un déclenchement pour lassitude, il existe une indication médicale.

Sachant avec quelle persévérance elle a demandé à ce que l’on abrège cette grossesse, la décision de déclenchement lui est joyeusement annoncée. Enfin, elle va se sentir entendue…
Son cri est déroutant « oh non, pas tout de suite, pas aujourd’hui ! »

Si elle ne supporte plus l’état de grossesse, elle réalise au pied du mur qu’y mettre fin impliquera dans le même temps de ne plus porter son enfant.

Il n’est pas si simple de se séparer.

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14 septembre 2009

Hasard et coïncidence

Trois couples - réunis par le hasard de leurs disponibilités et du terme prévu pour leurs grossesses - se rencontrent pour une première séance de préparation à la naissance. Ils vont cheminer ensemble au fil des prochains mois. Pour mieux faire connaissance, j’invite chacun à dire quelques mots de son histoire.

L’une prend la parole et commence à raconter ; une première fille de 15 ans, puis une seconde grossesse un peu chaotique, d’ailleurs marquée par une hospitalisation imprévue la semaine dernière. Lui ajouterait bien autre chose mais il est interrompu par l’exclamation d’une autre femme qui n’y tient plus : « Mais c’est vous ! »
« Comment ça, c’est nous ? »

Et la seconde de décrire comment elle a croisé cette grande sœur le jour où sa mère avait été hospitalisée en urgence. L’adolescente, prévenue par un coup de fil, inquiète et désorientée, sanglotait sur une place du centre ville. Elle s’était approchée de cette jeune fille en larme, lui avait proposé son aide et devant son désarroi, l’avait finalement raccompagnée à son domicile…sans, bien évidemment, croiser ses parents, tous les deux encore retenus à la maternité.

PS : garanti authentique !

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25 août 2009

Fausse-couche

Elle a laissé un message pour annuler la consultation. Un curetage, hier. Il n’est plus nécessaire de se voir mais elle aimerait cependant me parler.

Je l’appelle et elle répond d’un ton léger. Derrière elle, les bruits joyeux de son premier enfant qui joue et chantonne. Oui, elle va bien, « ça » s’est bien passé…

Elle raconte « l’œuf clair », découvert lors de l’échographie. Elle me répète aussi les quelques mots accompagnant l’annonce pour la dédramatiser : «la grossesse s’est arrêtée très précocement, à son début».

Très tôt donc. Mais cette première échographie se réalise vers la fin du premier trimestre. Cela faisait bientôt trois mois qu’elle se pensait enceinte, imaginait son petit, se projetait dans une vie avec deux enfants…

Ce n’est pas en décomptant le nombre de cellules embryonnaires que l’on peut calculer le poids de la peine.
Je lui dis simplement qu’elle a le droit d’être triste.
Et ça lui fait du bien.

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23 août 2009

Désiré ?

Elle est ronde et joyeuse.
Au détour d'une phrase, elle me glisse que cet enfant en gestation est, comme l'on dit, «un accident».  Ce bébé, maintenant bienvenu, n'était  pas programmé.

J'entends cela - à tort peut-être - comme un appel. J'énonce donc quelques réassurances sur la notion de désir, sur cette faille plus projetée que réelle entre enfant souhaité ou imposé... sur l'insondable difficulté de prendre la décision de «faire» un bébé...

Je m'enquière ensuite des conditions de cet « accident ». Sa réponse fuse, spontanée, évidente, «j'ai arrêté la pilule pour mettre mes ovaires au repos pendant un mois. Et c'est tombé pendant le voyage de noces...»

Pas de bol, vraiment !  Que disions-nous déjà sur la faille entre enfant désiré ou non ?

Pour elle, déjà ronde avant cette maternité, ayant suivi un sévère régime pour rentrer dans sa robe de mariée, la grossesse et son cortège de kilos était une décision bien trop «lourde» à prendre. Le besoin de repos pour ses ovaires* s'est donc opportunément imposé lors du voyage de noce, période peu propice à l'extinction de la libido...

* la nécessité de repos ovarien  relève de la légende urbaine

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22 août 2009

Zone

Elle a 45 ans, attend son cinquième enfant. Il naitra par césarienne, comme les autres. Elle est petite, obèse et fait d’énormes bébés. Les consignes diététiques n’ont aucun sens pour elle, elle se nourrit de ce qu’elle aime mais surtout de ce qu’elle peut se payer.

Elle habite une bicoque posée de guingois entre zone industrielle et voie express. Le récupérateur de métaux voisin vomit son trop plein de fer rouillé sur les bords de son «jardin»… un peu d’herbe jaunie, quelques marguerites et un bric à brac insondable.

A l’intérieur, ça tient plus de l’animalerie que du salon.
Les chiens, chats et cochons d’inde saturent l’air de leurs effluves musqués. Les poissons rouges  tournent en rond, comme il se doit.
Contre un mur, envahissante, une immense cage à oiseaux… dans la cage, un perroquet… parleur je ne sais pas mais chanteur à coup sur… ou plutôt piailleur, crieur.

On s’entend à peine. Lentement, elle épluche son ventre des nombreuses couches de vêtements superposés. Dans le vacarme animalier, je tente d’écouter le cœur du bébé. Le perroquet n’est pas d’accord. A bout, elle se lève pour masquer la cage d’une couverture sombre. Malgré son ventre imposant, le lancer est aisé, marqué par l’habitude.
Le calme revient, « il croit qu’il fait nuit » m’explique-t-elle.

Dans un coin de la pièce trône un berceau à l’ancienne, en fer forgé, drapé de voiles du blanc le plus pur.

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19 août 2009

L’écran

Elle est enceinte de cinq mois et s’impatiente : « j’ai hâte d’être à la prochaine écho pour retrouver notre bébé ». Ainsi, l’enfant qu’elle porte dans son ventre et dont elle ressent les mouvements lui apparait-il plus présent sur l’écran.

J'entendais un échographiste dénoncer  l’emprise de la technique sur l’imaginaire parental en illustrant ainsi son propos : « ils repartent avec regret en jetant un dernier coup d’œil sur l’écran, comme s’ils laissaient leur bébé là, avec nous »

Dans l’album de famille, le premier cliché n’est plus celui du jour de la naissance mais la première image échographique. Et lorsqu’il s’agit d’une image 3D, le visage figé évoque, malgré l'impression sépia qui tente de faire illusion, la pierre sculptée plutôt qu’une vie à naitre .

Comment ce dialogue subtil entre une femme et son enfant à venir, les petites « bulles d’air », les premiers frôlements perceptibles, les premiers coups sous la main du père peuvent ils faire le poids face à l’image ?

Contrepartie des progrès techniques, les parents s’éloignent de ce qui n’appartient qu’à eux, leur propre ressenti. Cet enfant à rêver s’invite dans le concret. 
Les avancées médicales se payent cash.

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