03 septembre 2013

Post partum animal triste

 

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Merci les médias, quand je suis en mal d'inspiration, un petit article et ça repart.

Cette fois-ci, l'article est titré "La vraie histoire du sexe après l'accouchement". Je le lis, bougonne doucement. Il la joue un peu hussard le Dr Harvey ! Le vagin ne sera plus jamais comme avant, ça a l'air de signer la fin d'une époque : bonjour la parentalité, adieu l'orgasme.
Mais si le propos est un peu rude, dénoncer le ronronnement médiatique - qui aime à laisser croire qu'une grossesse est une location de neuf mois restant sans effet dès le départ de l'occupant - est salutaire.

Pour autant est-il normal de penser Plus jamais mon mec ne me touche ? Ce n'est pas ce que j'entends des femmes que je rencontre au quotidien même si rien n'est simple. Fatigue, manque de disponibilité, peur d'avoir mal et/ou de ne pas retrouver le plaisir sont des sujets récurrents dans les semaines suivant la naissance… L'arrivée d'un enfant bouleverse tous les aspects de la vie et il faut se laisser le temps de s'y adapter. Ce n'est sûrement pas assez dit.
Admettons qu'il faille un peu charger la barque pour que le message soit clairement audible.

Mais la barque coule aux paragraphes suivants. 

Mon vagin était devenu un hall de gare. Pourquoi  présenter l'envahissement des examens comme un incontournable ? Les touchers vaginaux sont le plus souvent inutiles lors de la grossesse et ne devraient pas se multiplier pendant un accouchement. Par ailleurs, une femme peut être examinée avec respect, douceur, en ayant attendu son autorisation. Ou l'on peut considérer son corps comme un domaine public, entrer dans une salle de travail sans prononcer un mot, enfiler un doigtier et fourrager brutalement en oubliant qu'il y a un être humain de l'autre côté du plastique. N'est-ce pas plutôt cela qu'il faut dénoncer ?

Pendant l’accouchement, la sage-femme rentre l’avant-bras dans ton vagin pour voir où en est ton col. Que nenni, l'index et le majeur suffisent grandement, pas besoin de l'avant-bras ! Pourquoi véhiculer ce genre d'image sinon pour conforter la "goritude" de la chose ? 

S’ajoutait à cette sensation un accessoire peu glamour mais obligé : pendant un mois après la naissance de son bébé, elle a porté constamment des couches, de très grosses serviettes. Effectivement la couche épaisse manque un tantinet d'élégance. Mais cela ne concerne que les premiers jours, ensuite les pertes diminuent et les protections se font plus discrètes. Alors oui, pas de tampons en postnatal immédiat (le glamour du fil qui dépasse ?) pas de moon cup non plus… Saigner est un aspect de la vie des femmes, tout simplement.

Les médecins recommandent d’attendre au moins quinze jours avant la reprise des rapports. Personnellement, je ne recommande rien sinon d'attendre d'en avoir envie et de prendre du temps ensemble ; pas forcément pour se grimper dessus, juste le temps de la tendresse, parce que le désir émerge rarement entre des pleurs à apaiser et un sac poubelle à descendre...

On nous sert ensuite les inévitables exemples de ceux pour qui ça n'est jamais reparti. L'arrivée d'un enfant ne soude pas un couple, ne le détruit pas non plus. Mais elle aiguise toutes les aspérités. Si ça n'allait pas très bien avant, ça ira rarement mieux après et ce n'est pas l'accouchement en lui-même qui est en cause.

Ce qui m'irrite au final, c'est que cet article écrit en filigrane qu'une nana n'est désirante et désirable que mince, tonique et aménorrhéique ; que tout changement corporel est forcément assassin pour le désir ; que récupérer d'un accouchement, c'est perdre ses kilos, masquer ses vergetures et remonter ses seins. Bien la peine de citer le Beautiful Body Project ! *

Je vous invite à ré(?)-écouter cette chanson de Moustaki magnifiquement interprétée par Reggiani (avec du Baudelaire en prime)

 

*extrait du volume 1 consacré aux mères

 

PS : j'ai volontairement omis plusieurs questions évoquées dans cet article car elles méritent à elles seules un billet. A venir... ?

 

 

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11 mars 2013

Cachez ce sein

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Le musée présente une rétrospective "Le nu dans tous ses états". Dessins, peintures, photos ou sculptures, petits ou grands formats, les corps sont exposés, livrés au regard. Que l’image soit anatomique, érotique, transcendée, rêvée, revisitée... la nudité est partout.

Elle parcourt cette exposition avec son tout petit. Porté en écharpe, lové contre sa mère, c’est à peine si on devine sa présence. Mais quand la faim se fait sentir, ses manifestations sonores la rendent plus évidente.

Au centre de la salle, de grandes banquettes confortables permettent de se reposer en contemplant les oeuvres. Dans un coin, un tabouret celui du gardien peut être, est inoccupé. Il a le mérite d’être hors du passage des visiteurs. C’est donc celui là qu'elle choisit.

Sous le T-shirt, sa main libère le sein puis remonte le pan de tissu tandis que son autre bras approche l'enfant du mamelon. Le tout ne prend que quelques secondes ; ne reste visible que le dos du bébé tourné contre sa mère. En étant très attentif, à peine peut-on deviner aux faux-plis du tissu que quelque chose se passe. Mais rien dans son attitude n'est ostentatoire, encore moins provocant.

A peine la tétée commencée, le gardien vient la chercher pour lui proposer un endroit plus confortable. Elle décline poliment, se sent bien dans la salle. Il insiste, cela pourrait être gênant. Elle le rassure, ça ne la dérange absolument pas. Mais ce n'est pas de sa gêne qu'il s'agit mais de celle supposée des visiteurs. En empaumant son coude pour la pousser à se lever, le gardien affirme à nouveau, "Vous serez mieux installée ailleurs". Pour éviter l'esclandre, elle accepte de le suivre.

C’est ainsi quelle se retrouve au fond d'un couloir sombre, à proximité immédiate de l’entrée des toilettes, installée "plus confortablement" sur un tabouret identique à celui que l'on vient de la forcer à quitter.

 

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PS : je travaille sur une réponse au dernier livre d' Odile Buisson. En attendant que je parvienne à publier autre chose qu'une réponse épidermique forcément maladroite, un seul conseil : n'achetez pas son livre ! Inutile de faire monter ses chiffres de vente et ses droits d'auteurs... 

 

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16 février 2013

Perdre

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Ces parents sont venus me présenter leur nouvelle-née. L'examen est normal mais leur fille a perdu du poids depuis la sortie de la maternité.

Elle est nourrie au biberon et les quantités de lait données paraissent trop basses. Je suggère de la stimuler un peu, explique qu'un bébé qui ne mange pas tout à fait assez à tendance à se mettre en mode "économie d’énergie" et à beaucoup dormir. Nous parlons des petits signes d'éveil qu'il faut saisir au vol parce qu'elle sera alors plus encline à téter.  

Le couple écoute attentivement mes conseils. Je n'ai aucune inquiétude, un peu de lait en plus et tout va rentrer dans l'ordre. Nous convenons de ne refaire le point que quelques jours plus tard.

Je les revois donc mais la courbe de poids stagne. L'examen reste rassurant. En reprenant le compte des biberons, il s'avère que le rythme n’est toujours pas bon. Je souligne que la réveiller n’est pas la déranger inutilement mais une nécessité médicale. Je n'insiste pas trop, soucieuse de ne pas inquiéter ces jeunes parents. Nous prévoyons de nous revoir le surlendemain.

Mais deux jours plus tard, la courbe de poids n’est toujours pas repartie. Je m’inquiète réellement. Refait un examen soigneux du bébé. En décomptant les biberons, je découvre qu'ils sont toujours bien en deçà du rythme demandé. Je me montre plus autoritaire en donnant des consignes très précises.  
Par précaution, je les oriente vers leur médecin traitant pour un nouvel examen.

Le médecin sera rassurant et les parents enfin décidés à suivre nos recommandations. Deux jours après, leur fille a repris du poids et ils constatent eux mêmes qu'elle les sollicite beaucoup plus souvent. Bientôt, plus besoin de la réveiller, elle prend spontanément son quota de lait.

Tout cela n’aura duré au final qu'une bonne semaine. Mais je m’interroge sur leur résistance, sur ma capacité à expliquer la nécessité des réveils. Ce sont des parents attentifs et je ne parviens pas à comprendre pourquoi ils ont tardé à suivre les conseils donnés.

Quelques semaines plus tard, en consultation postnatale, elle revient sur un petit incident. Peu de temps après la naissance, elle a donné un premier biberon, un de ces biberons de 90ml déjà conditionnés distribués en maternité. 

Le lait lui a été apporté sans consigne particulière, ou pas assez clairement énoncée. Elle a laissé téter sa fille longtemps et une grande moitié du biberon y est passée. Un peu beaucoup pour un estomac tout neuf. Quand l’équipe s’en est aperçu, les parents se sont fait gronder ; donner autant à un nouveau-né, c’était irresponsable.

Cette engueulade - c’est le terme qu'elle emploie - les a marqués. Ils avaient donné trop, il fallait donner moins.

C’est surement pour ça qu'il m'a été si difficile de les convaincre de donner plus.

 

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12 février 2013

Gagner

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Nous proposons aux parents de les suivre à la sortie de la maternité. Un accompagnement postnatal de quelques semaines qui permet de répondre aux interrogations multiples, de soutenir un allaitement, d'accueillir les inquiétudes, les doutes, la fatigue, les grands bonheurs et petits malheurs coutumiers de l'arrivée d'un nouvel enfant.

Ce bébé et sa famille sont suivis par une collègue. Absente cette semaine, elle m’a demandé d’assurer l’intérim.

Les débuts ont été chaotiques, obligeant à conjuguer mises au sein, biberons de lait maternel et de lait artificiel. L'examen de l’enfant est depuis tout à fait rassurant, il est tonique, vigoureux et la balance confirme à nouveau une prise de poids plus que correcte. Mais bien que la courbe monte en flèche, ses parents restent très vigilants au rythme et heures des tétées et biberons.

Je glisse que l’on pourrait sûrement simplifier un peu maintenant que tout s’est normalisé, supprimer le lait artificiel, augmenter les mises au sein.

Je sens le blocage et  n'insiste pas, liant leur réticence à mon irruption dans une relation établie de longue date avec une autre sage-femme.

Elle me donnera la bonne clef peu après. "Je sais bien que je suis trop fixée sur le poids, que tout va bien, que je pourrais supprimer les biberons progressivement. Mais, et elle me désigne son ainé - atteint d’une pathologie assez lourde - petit bonhomme rieur occupé à faire rouler ses camions entre les pieds des chaises,  le premier signe de sa maladie, ça a été la perte de poids."

 

 

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22 décembre 2012

Bouclier

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Dans sa famille, ça ne se fait pas. C'est en résumé l'argumentaire qu'elle m'oppose quand j'évoque pour la première fois avec elle la question de l'allaitement maternel. Du coup, elle ne s'est jamais vraiment posée la question ; elle va faire "comme tout le monde". Et puis, ça ne doit pas être agréable d'avoir le bébé au sein et puis c'est surement douloureux et puis le biberon c'est bien plus pratique...  

Je ne cherche pas à la convaincre, mais tente cependant d'entrouvrir la porte à une autre façon de faire. Je lui présente la possibilité d'une "tétée de bienvenue", soulignant que cela ne l'engage à rien mais que peut-être, elle pourrait découvrir à cette occasion l'envie de poursuivre un allaitement... ou pas. Nous évoquons ce moment de la naissance où son bébé sera posé sur elle, en peau à peau, la compétence des nouveau-nés à aller chercher le mamelon nourricier. 

Les deux autres femmes du groupe ont choisi d'allaiter. Le sujet est donc régulièrement évoqué. Elle semble maintenant tentée par cette première mise au sein.

Quand je la retrouve après la naissance, c'est au biberon qu'elle nourrit son enfant. Je m'autorise à demander "Et la tétée de bienvenue ? Tu as essayé ? "

Elle rétorque avec énergie "Ah ça non ! Il risquait pas d'arriver à téter, j'avais gardé mon soutien-gorge ! "

 

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18 décembre 2012

Impliqué

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Leur enfant est né un peu plus tôt que prévu. C'est donc à trois qu'ils assistent à la dernière séance de préparation, heureux et fiers de présenter leur tout-petit aux deux autres couples. Les questions pleuvent.

C'est lui qui raconte, faisant un récit détaillé de toutes les étapes de l'accouchement. Il débute par  la description minutieuse de la perte des eaux, enchaine sur le départ à la maternité, évoquant au passage son rôle essentiel dans le bouclage de la valise, décrit l'accueil de la sage-femme, le premier examen. Avec fierté, il explique comment il a soutenu sa compagne en la massant, l'étirant, la berçant et souligne combien il était fatigué... Vient la poussée, "Elle s'est accrochée à mon cou, j'en ai encore des courbatures" et enfin la naissance. Pas un détail ne manque à sa narration.

Volubile, occupant l'espace de ses gestes amples, c'est une vraie pièce de théâtre qu'il est en train de jouer. Dans son enthousiasme, c'est le "on" qui préside. Le "on est arrivé" passe très bien, "on a accouché" nous attendrit, mais "on avait des contractions toutes les trois minutes" semble un peu exagéré.
Sa femme l'écoute avec le petit sourire de celle qui ne dit rien mais n'en pense pas moins...

Quand la question du recours à la péridurale leur est posée, il continue sur sa lancée. "On a pas pris la péri parce qu'on allait bien.
Sans lui faire remarquer sa maladresse, sa voisine se tourne vers elle et l'interroge directement. Comment as tu vécu les contractions ? Ca faisait mal ?
Et quand c'est lui qui ouvre la bouche pour se lancer dans une énième tirade, sa compagne pose doucement la main sur son avant bras pour l'interrompre, "Je t'ai laissé tout raconter mais pour la douleur, tu vas peut-être me laisser parler ? "

 

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05 décembre 2012

Résolution

 

7951256460_98a47b64ff_bElle raconte une longue poussée, une heure lui semblant interminable, à la fin d’un long travail, à la fin d'une longue nuit. 

Elle insiste sur l’inutilité de ses efforts, sur son impossibilité à faire mieux… Mais précise qu'elle n'en garde pas un mauvais souvenir. Et quand j'insite un peu, souhaitant lui laisser l'espace du regret ou de la plainte, elle affirme vigoureusement que non, que c’est surtout pour l’équipe qui l'accompagnait que c’était long - "Ils baillaient" - mais elle, finalement non, vraiment, ça allait.

Nous poursuivons la consultation centrée sur la nécessité d'une rééducation périnéale. Je pose de nombreuses questions afin de dépister les possibles dysfonctionnements, ses éventuelles "mauvaises" habitudes.

J'en arrive à "Est ce que vous poussez pour uriner ? "
Sa réplique m'enchante.
Oeil malicieux et sourire taquin "Ah non ! Depuis mon accouchement, j’ai décidé de ne plus jamais pousser !"

 

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02 décembre 2012

A vive allure

 

3277930471_d998eb9d5d_oLes couples ayant noué des liens au fil des séances de préparation à la naissance se retrouvent avec plaisir. Chacun, une fois "son" coussin rejoint - je m'amuse de les constater si casaniers, reprenant la même place à chaque rencontre -, s'enquiert des derniers événements, partage ses ressentis, ses émotions.

Ce jour là l'ambiance est joyeuse mais ils tardent à s'installer. Il faut dire que la donne a changé. 

Ils sont passés de l'autre côté du miroir... Ils vont de l'un à l'autre tous aussi fiers et heureux de présenter leurs nouveau-nés. La dernière fois qu'ils se sont vus, les ventres étaient ronds et lourds. Aujourd'hui, ce sont aux bras des pères que pèse l'attirail apparu indispensable à cette première sortie officielle...

Ils finissent par s'asseoir, avides de partager les événements de ces dernières semaines.

L'une se met à raconter. Un accouchement serein. Arrivée paisible à la maternité, consultation d'accueil, monitoring, un long bain, un peu de ballon, une brève phase de découragement traversée grâce au soutien de la sage-femme, l'envie de pousser ...

A ses cotés son compagnon porte leur tout-petit lové contre son torse, soutenu par une écharpe de coton multicolore. Il ne la quitte pas des yeux, boit ses paroles, revit les émotions, acquiesce aux descriptions, ponctue chaque épisode d'un léger hochement de tête, transi d'amour pour la femme qui a mis son enfant au monde.

Elle termine son récit sur la phase de poussée, facile et rapide, en deux contractions nous dit-elle.

Débordant de fierté, il confirme : " Ma femme ? C’est un vrai toboggan à bébé ! "



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15 octobre 2012

Je crois que c'est la SMAM

 

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La SMAM (Semaine Mondiale de l'Allaitement Maternel) est annoncée. J'ai juste un ballot problème de dates, pour l'OMS c'était en août, pour la Leche League début octobre et pour la COFAM, elle commençait hier...  Mondiale quoi.

Qu'importe, c'est l'occasion d'évoquer ce joli film - une fois la première minute passée - montrant un nouveau-né partant à la recherche du sein maternel.

Dans la maternité de mes études, un reportage pédagogique s'était tourné sur l'allaitement. Faut dire que l'on partait de très loin. En quelques étapes :

1. L'enfant est subtilisé dès la naissance pour être surveillé en incubateur où on lui donnera son premier biberon.  "Allaitez ? Vous n'y pensez pas, le lait artificiel est un aliment de qualité, dont la composition et le dosage sont soigneusement calculés pour répondre aux besoins de votre enfant".

2. L'enfant reste quelques minutes avec sa mère puis est placé deux heures en incubateur pour surveillance. Il ne sera mis au sein qu'ensuite. Cela consistant à empoigner le sein maternel tout en projetant le bébé vers le mamelon jusqu'à ce qu'il consente à ouvrir la bouche. "Il ne sait pas téter, ce sera plus simple de lui donner le biberon".

3. L'enfant est laissé sur le ventre maternel puis retiré pour être aspiré/examiné/pesé/mesuré /habillé. Il est ensuite rendu à sa mère. Un peu dérouté par tous ces événements, il ne trouve pas le mamelon et doit être guidé pour sa première tétée. "Il n'est pas très doué, va falloir vous accrocher".

4. L'enfant reste longuement en peau à peau. Révélation, il est capable de prendre le sein tout seul, sans que personne n'intervienne *...

Le film, c'était entre les deux dernières étapes. Il devait prouver la capacité du nouveau-né à ramper vers le sein. Mais dans cette moderne maternité des années 70 aux protocoles incontournables, nul n'imaginait laisser longtemps un enfant en "peau à champ" (le champ stérile couvrant un épiderme maternel réputé infesté de germes était un autre incontournable). A chaque naissance, le bébé était donc posé sur sa mère, sous l'œil bienveillant de la caméra guettant la reptation annoncée... Nous attendions quelques secondes ? minutes ? De toute façon pas assez longtemps pour que l'enfant soit prêt. La déception succédait à l'attente, la caméra était stoppée et le nouveau-né emmené dans la salle voisine pour être "pris en charge".

Naissance après naissance, les enfants s'obstinaient à ne rien faire. Heureusement, un petit détail omis jusque là nous a donné la solution. Un simple détail de ... cadrage qui permit à une main hors champ de pousser le nouveau-né. Jamais reptation ne fut plus spectaculaire !

N'étant plus à une approximation près, la femme filmée sous la douche pour expliquer le massage des seins en cas d'engorgement était non pas une jeune accouchée, mais la plus jolie fille de l'équipe, sans enfant. Sa poitrine n'avait jamais sécrété la moindre goutte de lait...

La pédagogie semble excuser quelques entorses à la vérité.

 

*Fiche LLL "Accueil du nouveau-né en salle de naissance"

 

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10 mai 2012

Se retrouver

4153146979_f84a448580_oLes rencontres même virtuelles que nous offre le net sont riches d'idées partagées.Le texte qui suit est le fruit d'une réflexion réclamée par les Vendredis Intellosmise en mot et largement documentée par La Poule Pondeuse. Je n'ai plus eu qu'à me glisser dans ses pas. 

D'abord, le périnée, c'est quoi ? A ne pas confondre avec le péroné (qui en fait s'appelle la fibula, faut suivre), nous signale Wikipedia, qui le définit fort poétiquement comme "l'ensemble des parties molles fermant le détroit inférieur du pelvis". En gros, et pour ce qui nous intéresse aujourd'hui, ce "plancher" contient en particulier un ensemble de muscles qui a pour grandes fonctions d'une part le soutien des organes du petit bassin, soit utérus, vessie et rectum (sous peine de prolapsus, nom savant de la descente d'organes), et d'autre part le contrôle des sphincters (urètre, vagin/canal éjaculateur et anus). Messieurs, inutile de prendre cet air dégoûté, vous en avez un aussi. 


Et alors, c'est quoi son problème ? La partie musculaire du périnée est mise à rude épreuve tant par les hormones de la grossesse que par l'accouchement, mais aussi par la ménopause. Certaines interventions (forceps, épisiotomie... mais aussi expression abdominale, d'ailleurs formellement déconseillée par la Haute autorité de santé) ou complications (déchirure, gros bébé -bien qu'en soi ce ne soit pas forcément une complication !) lors de l'accouchement peuvent accroître cette fragilisation des tissus. Concrètement, sans aller jusqu'à la descente d'organe, cela peut se manifester par des problèmes plus ou moins sévères (fuites urinaires, incontinence aux gaz, diminution des sensations sexuelles...).

Alors, on fait quoi ? C'est là qu'intervient la fameuse rééducation périnéale. En France du moins, car si la rééducation périnéale est facilement proposée (et donc remboursée)  à toute femme ayant accouché, l'existence même d'une telle thérapie reste embryonnaire dans d'autres pays occidentaux (voir par exemple ce témoignage édifiant d'une Américaine). Elle est fortement recommandée même si vous avez accouché par césarienne, et avant de reprendre le sport. La nécessite d’une rééducation périnéale doit toujours être évaluée lors de la consultation postnatale - six à huit semaines après l’accouchement - même si ce n’est que pour reprendre une activité sportive modérée (cf l'inoxydable trio marche-yoga-natation).

Petit aparté : mais si les forces de l'évolution ont bien fait leur boulot et façonné le corps de femmes pour donner la vie, ne suffirait-il pas de respecter la physiologie pour éviter d'avoir à rééduquer le périnée ?

  • Il est clair qu'un certain nombre des pratiques actuelles d'accompagnement des accouchements sont délétères pour le périnée : outre les interventions citées plus haut, la poussée en inspiration bloquée (dite de Valsalva) et/ou dirigée et la position imposée sont par exemple identifiées comme des facteurs de risque (voir par exemple Albers et al 2006 ou Albers et Borders 2007). Je ne dis bien sûr pas qu'il faut se passer totalement de ces pratiques, mais simplement qu'elles ont souvent un impact sur notre périnée : peut-être plutôt réfléchir au rapport risque-bénéfice avant de les mettre en oeuvre.
  • Par ailleurs notre mode de vie n'est pas très "périnée-friendly", nous vivons avachis sur le canapé dans une sédentarité quasi-totale entre-coupée par ci par là d'efforts violents et inadéquats (ah c'est caricatural ?), au lieu de vivre accroupis en marchant quotidiennement de longues distances tout en portant des poids importants de façon plus physiologique (quoi c'est aussi caricatural ?).
  • Enfin notre société valorise un corps hyper maîtrisé, y compris dans l'excrétion des fluides corporels et autres gaz. On ne transpire pas, on n'a pas ses règles (et si jamais on perd du sang bleu transparent, merci), on ne pète pas... Il ne semble pas impossible que ça sentait le fennec dans les grottes préhistoriques et qu'on n'était pas à une petite fuite urinaire près. Et puis l'espérance de vie étant bien moindre, les femmes mourraient sans doute avant d'arriver au prolapsus...

Qui s'en occupe ? La rééducation peut être prescrite par un médecin ou par une sage-femme (tant qu'elle fait suite à une grossesse pour le second cas) ; elle est principalement pratiquée par les kinés et les sages-femmes libérales (plus rarement proposée en maternité).

Quand s'y mettre ? On attend généralement la visite de contrôle des six semaines post-natales (avec le médecin ou la sage-femme) ; même si certaines maternités donnent l'ordonnance en suite de couches, il vaut mieux attendre d'avoir fait le point à cette occasion, sans compter qu'il faut laisser le temps aux tissus et organes de se remettre en place (et honnêtement qui a envie de travail endovaginal juste après l'accouchement ?). On peut soit profiter du congé maternité/parental (il est admis de venir avec son bébé et les professionnels sont souvent équipés pour cela), soit attendre la reprise du travail.

Comment ça marche ? Plusieurs techniques existent, et je ne suis pas certaine que leur efficacité relative ait été beaucoup étudiée (PubMed n'est pas très bavard sur le sujet, à part un article sur l'efficacité de l'électrostimulation sur les dyspareunies du post partum). Selon l'endroit où vous habitez (et la densité de professionnels de santé), vous n'aurez d'ailleurs peut-être pas le choix de la méthode.

  • L'électrostimulation par sonde : vous avez vu les pubs pour Sport élec au télé-achat ? C'est un peu le même principe : on stimule les muscles du périnée par des courants électriques envoyés par une sonde endovaginale. Paraît que non, c'est pas vraiment comme un vibro.
  • Le biofeedback avec sonde : une des techniques les plus pratiquées. Toujours avec la sonde endovaginale, mais qui là est passive. Vous contractez vos muscles et voyez le résultat sur un écran, au final c'est un peu comme un jeu vidéo mais assez répétitif.
  • Connaissance et maîtrise du périnée (CMP) : il s'agit d'une technique basée sur la visualisation dont le côté indirect et imagé peut être déroutant. En effet, on visualise certains mouvements à différents endroits du périnée sans pour autant tenter de bouger les muscles, et les images (herse, pont levis, vase, etc) ne sont sans doute pas adaptées à toutes. Mais elle présente l'avantage de travailler très spécifiquement et précisément les différents muscles.
  • L'eutonie : si on en croit l'institut d'eutonie, "l'eutonie propose une recherche adaptée au monde occidental, pour aider l'homme de notre temps à atteindre une conscience approfondie de sa propre réalité corporelle et spirituelle dans une véritable unité." Bon ça ne parlera pas forcément à tout le monde mais lisez ici le témoignage de Petit Scarabée qui a l'air d'avoir apprécié.
Il y a encore d'autres techniques plus ou moins directes : la pratique du yoga peut contribuer, avec les bandhas ; les boules de geisha sont régulièrement citées pour allier plaisir et rééducation. Les Anglo-saxons parlent beaucoup des exercices de Kegel, qui sont une version un peu rudimentaire du biofeedback (mais pas forcément avec la sonde). Quelle que soit la méthode choisie, il y a généralement une part importante de travail à la maison entre les séances si on veut voir des résultats significatifs.
 
Personnellement, deux enfants, deux histoires. Le seul point commun : j'ai attendu d'avoir repris le travail pour m'y mettre, dans le premier cas parce qu'il n'y avait pas de place plus tôt, dans le second parce que je ne me voyais pas y aller avec Pouss2 ET Pouss1 (3 ans à l'époque et pas encore scolarisé). Je dois dire aussi que c'était dans les deux cas une rééducation "de confort", n'ayant pas eu de traumatisme périnéal majeur (pour Pouss1 une petite déchirure, pour Pouss2 rien du tout) ni de gros dysfonctionnement (juste quelques fuites urinaires pour parler simplement). J'imagine qu'on aborde ça un peu différemment lorsqu'on souffre de problèmes plus sévères.

J'ai donc d'abord testé le biofeedback avec sonde chez une sympathique kiné. Elle m'examinait d'abord pour faire le point et m'aider à trouver les muscles à contracter puis je faisais mon jeu vidéo avec la sonde (différentes intensités et durées de contraction, d'abord allongée puis assise et debout). A propos la sonde est personnelle et s'achète en pharmacie (remboursée sur ordonnance). La kiné recommandait de la garder dans sa poche avant de venir pour qu'elle soit à la température du corps, seul hic elle la passait sous l'eau froide avant de l'installer ce qui ruinait tout l'effet... Et je faisais les exercices entre deux séances (sur le quai du métro... regardez bien les femmes qui ont l'air un peu constipé en attendant le métro...), avec globalement un bon résultat.

Après mon deuxième accouchement, j'ai un temps caressé l'idée de me rééduquer toute seule, en faisant les exercices, en laissant le temps au temps. Mais finalement, après presque 2 ans, avec l'impression persistante que ma vessie avait parfois des velléités d'indépendance, j'ai pris le temps de retourner voir ma sage-femme, celle qui avait accompagné ma grossesse et mon accouchement, et ainsi de tester la méthode CMP. Je dois dire que la première fois que j'en ai entendu parler par une copine j'ai carrément halluciné ("votre urètre est comme un soliflore", mais oui bien sûûûr). Mais après tout, en y réfléchissant l'idée n'est pas si bête, et je l'avais même déjà expérimentée par la pratique du chant. En effet, le périnée, comme le chant, mobilisent des muscles qu'on ne voit pas ; il est impossible d'imiter le mouvement d'un autre, et de pouvoir comparer ce qu'on fait à une référence. La visualisation est donc un moyen assez efficace de contrôler ces organes qu'on utilise plutôt de façon inconsciente, la difficulté étant de trouver la bonne image pour chacun (et aussi simplement d'accepter de se prêter sincèrement à l'exercice). J'ai beaucoup apprécié de pouvoir rapidement acquérir une certaine autonomie et surtout la grande finesse de l'approche, qui va bien plus loin que le simple "serrez mes doigts" et permet de travailler indépendamment les différentes zones (urètre, anus, vulve, vagin etc). On peut ensuite privilégier les exercices dont on a le plus besoin en fonction de sa situation personnelle.

La professionnelle que je suis est habituée à l’air mi hagard mi goguenard de la dame qui découvre la CMP. Lorsque nous nous connaissons déjà, le capital confiance acquis aide à passer cette première phase. Avec un peu de bonne volonté, la femme accepte la règle du jeu, visualiser, ne rien faire, et, au départ, ne rien sentir… Le plus souvent, il faudra huit à quinze jours d’exercices quotidiens avant de percevoir quelque chose. Mais une fois cette phase là arrivée, bingo, de nouveaux muscles se révèlent et cette conscience sera définitivement acquise, facilement ravivée par quelques exercices si le cerveau venait à se lasser. Et le bénéfice de cette finesse des sensations ne se limite pas à rétablir la continence urinaire…

En bref la rééducation périnéale, et en particulier la seconde version, a été pour moi aussi une façon de me (ré)approprier mon corps. Le tabou encore persistant sur la masturbation (même si maintenant toute femme qui se respecte se doit d'avoir une collection de sex toys) interdit implicitement aux femmes l'accès à leur propre vagin. On nous vend même des tampons avec applicateur pour s'assurer qu'on n'y mette pas les doigts ! Par contre il nous est présenté comme normal d'écarter les cuisses chez le médecin et de le laisser faire ses affaires. Eh bien moi j'attends le médecin (ou la sage-femme !) qui proposera une petite caméra ou appareil photo pour me faire une visite guidée de mon anatomie, qui au lieu d'un laconique "tout va bien c'est normal" prendra le temps de me montrer mon col, de m'aider à l'examiner moi-même, qui m'aidera à comprendre comment j'ai été déchirée et comment exactement se place la cicatrice, etc. Idéalement comme je serais chez la même personne dans la durée on pourrait comparer des photos avant/après l'accouchement, pendant la grossesse, etc. On pourrait être aidée pour choisir une coupe menstruelle, un diaphragme (c'est déjà le cas même si peu de professionnels le proposent) ; on pourrait voir les fils du DIU si on choisit d'en porter un, ce qui aiderait aussi à se l'approprier et à mieux comprendre comment il se positionne... Techniquement je ne pense pas qu'il faille un matériel très sophistiqué, ce qui manque c'est sans doute le temps et probablement l'envie chez certains. Et vous, ça vous intéresserait ?

Pour être honnête, l’idée était d’écrire un article à deux mains… Et comme je suis de loin la plus paresseuse des deux, j’ai proposé à la Poule pondeuse de commencer…  Quand elle m’a envoyé « sa » partie, je ne pouvais que constater : je n’avais rien à ajouter. C’était clair, argumenté, documenté, avec tous les liens qui vont bien… J’aurais surement pu trouver quelques anecdotes pour illustrer tout ça mais à quoi bon ? Et puis ce dernier paragraphe m’a rendu l’inspiration. Les féministes avaient déjà usé de ce moyen pour se réapproprier leur corps, mieux le connaitre, le comprendre.

En France, dans les années 70, on apprenait aux femmes la mise en place d’un spéculum, on leur proposait de regarder leur vagin, leur col dans une glace. J’ai bénéficié de cet accompagnement mais ce souvenir était resté tapi dans un tiroir mémoriel de mon adolescence, je ne l’avais jamais proposé. Je l’ai fait à quelques occasions depuis cette prise de conscience. Quelques regards interrogateurs sinon franchement étonnés, quelques refus polis et quelques pourquoi pas... mais une autre fois.

Au final, est-ce aux professionnels de santé d’assurer cette fonction de réappropriation ? L’essentiel est peut-être de nous montrer suffisamment disponible pour que la demande puisse si besoin émerger.

A l’inverse, après un accouchement, je suggère régulièrement aux femmes de regarder leur sexe dans une glace, avec ou sans mon aide. Souvent, elles préfèrent avec. Certaines ne l’ont jamais fait et craignent de ne pas bien comprendre ce qu’elles vont voir. D’autres l’ont déjà fait mais craignent de ne pas se reconnaitre. Une cicatrice douloureuse, des points qui tirent, une sensibilité particulière ; à chaque fois, la réalité apaise.. ce n’est finalement « que » ça. Et l’imaginaire plus ou moins terrifiant qui s’était construit cède devant une cicatrice un peu rouge, un fil, un hématome, images finalement banales et beaucoup plus rassurantes.

Mais le temps de l'examen et plus encore le temps de la rééducation sont beaucoup plus larges que la simple éducation musculaire. Le « hors sujet »  le plus souvent abordé, surtout dans les semaines postnatales est celui de la sexualité ; la libido plus ou moins éteinte, la confiance en son corps plus ou moins atteinte, l’attente de l’autre plus ou moins pressante… Comment se retrouver ou se redécouvrir.

Enfin bien sur, pour répondre aux interrogations de la poule pondeuse, nous pouvons accompagner les femmes dans une meilleure compréhension de leur anatomie, le repérage du col, des  fils d’un dispositif intra utérin. Nous pouvons les aider à choisir un diaphragme - de  la bonne adaptation de la taille dépend son efficacité. Nous pourrions montrer comment utiliser une coupe menstruelle…

A vous de savoir exprimer vos besoins. Aidez nous à vous aider !

Posté par 10lunes à 10:00 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
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