06 mai 2010

Une fois l'an

Hier, nous étions le 5 mai.
Le 5 mai, journée internationale de la sage-femme
Journée à l'impact très relatif... il existe des journées pour tout, il en fallait bien une pour ce qu'il est convenu de nommer le plus vieux métier du monde (enfin, l'un des deux réputé tel).

A cette occasion, l'une des ancêtres de la revue féminine, j'ai nommé ELLE, évoque notre profession dans un article plutôt sympathique qui parvient cependant à me contrarier.

Non, les sages-femmes ne «pratiquent pas certains examens cliniques» mais l'ensemble des examens cliniques nécessaires au suivi gynécologique et obstétrical des femmes en bonne santé.

Oui, elles «prescrivent des échographies» mais peuvent aussi les réaliser et certaines de mes consœurs sont des expertes reconnues. Les sages-femmes prescrivent par ailleurs bilans biologiques, traitements, rééducation, ou contraception et le stipuler aurait quelque peu précisé notre champ de compétence.

Mais surtout les sages-femmes devraient être présentées comme les professionnelles pivot de la prévention pour la santé des femmes, de la puberté à la ménopause, femmes qui désirent un enfant, qui attendent un enfant, qui le mettent au monde, qui le maternent, mais aussi femmes qui souhaitent se préserver d'une grossesse, bénéficier d'un suivi gynécologique ... nombre de raisons peuvent amener une femme à consulter une sage-femme.

Au lieu de cette présentation, je perçois à travers les lignes - ce doit être mon mauvais esprit habituel - une description de notre métier héritée du temps où les bonnes sœurs l'exerçaient  (temps pas si lointain, une amie de promotion a pris son premier poste dans un hôpital, ancien établissement religieux, où il était encore imposé de porter une sorte de cornette). Nous sommes proches, nous rassurons, nous écoutons, nous veillons,  nous participons aux actions, nous assurons les soins...
Bien évidemment...

Mais, même s'ils ne sont jamais cités, les médecins apparaissent en creux tout au long de cet article où je crois comprendre que nous ne serions là que pour mettre en œuvre leurs décisions, exercer sous leur autorité et assurer ce qui n'est pas leur cœur de métier, l'accompagnement... Quid de nos compétences et de notre autonomie ?

Cette journée internationale était célébrée hier à Paris par le CASSF, Collectif des Associations et Syndicats de Sages-Femmes. Elles y ont témoigné de leurs combats pour les femmes, toutes les femmes, pour leurs droits à la contraception, à l'IVG, à un accouchement respecté, mais aussi pour l'accès aux soins ou l'exigence de conditions de vie décentes pour les femmes en situation précaire.

Fortes, combatives, indépendantes, solidaires, en deux mots, sages femmes !

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07 avril 2010

Médiatiquement leur(re)

Un mail récent m’a gentiment sollicitée «Il me semble que cet article est susceptible de retenir votre attention».
Je prends ce message comme une invitation à commenter ce qu'il est convenu de nommer fait divers, ce que je m’étais bien gardée de faire jusque là ; sujet complexe, conclusions facilement hâtives, éléments inconnus et traitement spectaculaire par les médias...  autant de raisons pour ne pas réagir !
Commenter le commentaire est cependant un exercice auquel je veux bien m'essayer.

C'est comme ça qu'on l'appelle dans les médias, « la fausse sage-femme ». Une femme qui pratiquait des accouchements à domicile en se présentant comme « éducatrice à la naissance ». François Souverville, 58 ans avait déjà pratiqué plusieurs dizaines d'accouchements en Ariège jusqu'au jour, ou en août 2008, l'un des bébés qu'elle a aidé à naître meurt.
Pourquoi des parents se tournent-ils vers une "éducatrice à la naissance" ? Peut-être, surement, parce qu’il est difficile sinon impossible de trouver une sage-femme lorsque l’on souhaite accoucher à domicile. L'année dernière, une enquête du Conseil de l'Ordre des sages-femmes révélait «En 2008, il y a eu 1 052 accouchements à domiciles pour quelques 4 500 demandes non satisfaites».

Son procès a eu lieu le 16 mars dernier et il en est ressorti que : Le bébé est mort quelques heures après la naissance; Qu'il fallait lui prodiguer des soins que Françoise n'était pas en mesure de faire.
Cette formulation laisse penser que seule l’absence de soins adaptés a conduit au décès de l'enfant. Le suggérer ainsi participe à la tension des relations entre praticiens et familles. En cas d’accident, nous apparaissons forcément responsables puisque la médecine est réputée toute puissante… Les actions en justice contre les professionnels de santé se multiplient et ce constat amène les équipes à rigidifier les prises en charge au nom du sacro-saint médico-légal.

Et que le cordon ombilical n'a été coupé que 3 heures après la naissance selon la méthode du Lotus Birth et c'est ça qui aurait provoqué le décès de l'enfant selon les experts.
Le lotus Birth consiste à laisser le placenta relié au cordon jusqu'à ce que celui-ci se dessèche et tombe, afin de ne pas intervenir dans un processus naturel.
La circulation ombilicale s’interrompt pourtant spontanément dans les minutes qui suivent la naissance et le cordon inerte semble bien inutile. Ne pas le couper au prétexte que cela ne se fait pas spontanément m'apparait un raisonnement spécieux. Je n'ai côtoyé cette situation qu'une seule fois, au sein d'une maternité ayant accepté cette demande des parents…tentative rapidement abandonnée au vu des odeurs se dégageant du placenta. J'ai lu depuis qu’il faudrait le saler pour permettre sa conservation, ou l’enfermer dans un sac plastique… curieuses façons de ne pas intervenir dans le processus.
L'on peut s'étonner du procédé, mais le lien direct de cause à effet reste à démontrer. De nombreux "Lotus Birth" sont décrits, en particulier aux Etats Unis, et cela sans complication à déplorer.

L'Académie nationale de médecine émet quant à elle des réserves sur l'accouchement à domicile
L'occasion devait sembler trop belle ! Je souhaiterais que l’Académie de médecine s'interroge également sur les accouchements en milieu médical et notre interventionnisme potentiellement iatrogène...

et précise que les accouchements qui sont pratiqués sans accompagnement médical comportent de sérieux risques.
Ce sera la seule phrase de cette coupure de presse avec laquelle je puisse me sentir à peu près en accord. Accoucher sans accompagnement médical, c’est faire le pari qu’aucune complication ne surviendra, penser que la pathologie ne découle que des actions intempestives des professionnels. La nature forcément bienveillante est un leurre qu'il faut savoir abandonner.

Le constat une fois posé, quelles conséquences en tirer ? Les journalistes pourraient s'aventurer à soutenir la compétence des sages-femmes, insister sur la nécessaire intégration de l'accouchement à domicile dans l'offre de soin, souhaiter voir se développer la coopération entre maternités et praticiens libéraux. Ils n'en font rien.

Dans d'autres articles, il est rappelé que "Les accouchements à domicile représentent moins de 1% des naissances, et ceux qui sont effectués sans assistance médicale ne dépassent pas quelques centaines par an en France". L'enquête du conseil de l'Ordre citée plus haut annonçait «60 % des sages-femmes libérales ont déjà été sollicitées pour réaliser un accouchement à domicile mais  4,4 % d'entre elles acceptent d'en pratiquer».

Au risque de me répéter, pas d'assurance, ostracisme des équipes, frilosité des décideurs, blocage des maisons de naissance...tout cela conduit des couples à solliciter de "fausses sages-femmes", trop heureux de trouver sur leur route une personne acceptant de les accompagner.
D'autres envisagent un accouchement sans assistance aucune.

Il y a quelques années, les sages-femmes s'inquiétaient déjà de cette situation, insistant auprès du Ministère de la Santé sur la nécessaire reconnaissance de l'AAD afin de répondre aux attentes des parents et ne pas entrainer les plus déterminés d'entre eux vers des choix potentiellement dangereux. Un de nos interlocuteurs avait affirmé, lors d'une informelle "conversation de couloir"  «Il y aura un jour une complication grave, elle sera médiatisée et la question se règlera d'elle même»...

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20 mars 2010

Malheureux malheureuse

Faut-il s’amuser ou se désoler de cet article racoleur et inepte pêché dans la presse régionale ?
Certainement rédigé à la hâte par un inexpérimenté stagiaire, il réunit nombre de poncifs, approximations et autres maladresses propres à nourrir mon ressentiment.

Commençons par le titre, cet enfant nait grâce aux efforts de qui ? Sa mère ? Quelle stupide pensée  !
Grâce aux efforts…

… des secours !

Cette femme est donc chez elle, seule et en train d’accoucher. Elle appelle à l’aide, le commissariat - drôle d’idée - et les pompiers. Tout ce beau monde arrive rapidement.

«La malheureuse est en plein travail». Ce qualificatif aux relents vieillots et misérabilistes apparait bien racoleur. De plus neutres "future mère" ou  "jeune femme" auraient été bienvenus.

La tête du bébé est visible. Bien ! C’est donc la fin de l’accouchement, aucune raison que la naissance s’annonce difficile.

Une policière la rassure. Merci la police - cela dit sans aucune ironie - une femme en plein travail, seule chez elle et dont a défoncé la porte d’entrée éprouve certainement le besoin d'être rassurée.

«L’accouchement est une vraie gageure»
. Après vérification, gageure signifie bien "projet qui semble défier le bon sens". Quoi de plus censé que d’accoucher lorsque la tête (sombre, curieuse précision destinée à nous ancrer dans le réel… ) est visible.

Hélas, une complication s’annonce ! L’enfant a «malheureusement le cordon autour du cou». Permettez moi de douter du diagnostic visuel d’un circulaire (non savant donné à cet enroulement du cordon) avant que l’enfant ne soit né. Pour qui se souvient de l’anatomie des nouveaux-nés… leur tête est quasi vissée directement sur leur torse. Un cordon coincé entre les deux se perçoit au toucher bien plus qu’il ne se voit.

Puis l'on nous sert un tragique risque d’étranglement, fantasme largement véhiculé alors que près d'un enfant sur cinq arrive au monde plus ou moins enroulé dans son cordon.

La femme épuisée est au «paroxysme de la douleur», évocation destinée à faire vibrer le lecteur, «prend peur» et éprouve des difficultés à pousser. On peut imaginer que sa sécrétion d’ocytocine ait été mise à mal par l’irruption des policiers défonçant sa porte …

Enfin «tous unis dans un acte extraordinaire» police et pompiers ont mis au monde cet enfant - ça se confirme, la mère n'y est pour rien ! - puis ils ont «clampSer» le cordon. Légère confusion entre clamper/pincer et clamser/mourir… un détail !

Mère et enfant partent ensuite aux urgences. Arriver directement à la maternité devait sembler trop banal. Passons donc par les urgences pour dramatiser un peu.

Enfin, en salle d’accouchement «la poche placentaire s’est vidée». La poche placentaire, unissant poche des eaux et placenta dans le même concept est un raccourci innovant !

Et l’article de se conclure sur l’entourage chaleureux apparaissant comme un «luxe inouï» (!) à cette femme qualifiée, pour la seconde fois en quelques lignes, de malheureuse.

Tout cela n’est pas bien grave et j’imagine un jeune et naïf stagiaire peu au fait du déroulement d’un accouchement tirant la langue sur son clavier pour rédiger un récit spectaculaire.

Mais de futurs parents vont lire ce récit, persuadés que l’on frôle le drame à chaque contraction et pétrifiés à l’idée que leur enfant puisse se pendre à son cordon.
Et si cela ne suffisait à nourrir leurs craintes, ils seront de plus affligés par l’évocation d’une «malheureuse femme au paroxysme de la douleur».

Va donc être serein le jour J !

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19 février 2010

Contre sens

La FHF, Fédération Hospitalière de France lance une campagne de promotion du service public. Louable combat en ces temps de marchandisation de la santé.

Mais y a un bug ...
Une des affiches concerne la maternité. Sous les photos d’une jeune maman (à la main joliment ornée d’une compresse et d’un sparadrap attestant de la disparition récente d’une perfusion), et d’un bébé potelé dans un incubateur, on peut lire :
« Plus de 500 000 naissances, soit environ 3/4 des accouchements, ont lieu à l’hôpital public, dont la plupart des grossesses à risques et des accouchements avec complications, ainsi que 100 % de la réanimation des nouveaux-nés. Autant de raisons pour choisir l’hôpital public ».

D’abord, on est plus proche des 2/3 que des 3/4 (données "provisoires" Insee : 828 000 naissances en 2008, 821 000 en 2009)… Sans ergoter inutilement, l’honnêteté exige de donner des chiffres justes.
Ensuite, l'affiche joue sur les mots en affirmant «100 % de la réanimation est assurée par le service public», propos un peu flou à la limite de la malhonnêteté. Il faudrait comprendre que l’ensemble des services de réanimation de nouveaux-nés appartiennent aux centres hospitaliers (dit type III). Pour un public moins au fait de terminologies médicales, cela laisse entendre que seuls les établissements publics sont en mesure de procéder aux gestes de réanimation sur un enfant venant de naitre, ce qui est bien évidemment faux.

Voilà de quoi alimenter l’angoisse de parents qui ne sont pas censés décrypter les subtilités d’une campagne de communication.  Autant mettre en sous titre "accoucher est dangereux... et plus encore dans le privé !"

Voilà comment je me retrouve à -presque- défendre les maternités privées, alors que les dépassements d’honoraires, les fonctionnements plus commerciaux que médicaux, l'exploitation du personnel sont régulièrement les sujets de ma colère.

Cette campagne maladroite va donner l’occasion au secteur privé de communiquer sur la manipulation des données pour se racheter une « virginité ».

Il y a quelques mois, c’est la FHP, Fédération de l'Hospitalisation Privée, qui faisait preuve de mauvaise foi en comparant les tarifs publics et privés - entre autres ceux de l’accouchement - bien évidemment au bénéfice du privé.
La réponse de la FHF est lisible ici. Elle souligne avec raison que les tarifs annoncés ne prennent pas en compte l’ensemble des frais, en particulier les honoraires des praticiens libéraux.

Mais la suite de l’argumentaire est encore une fois axée sur le risque, soulignant l’hypertechnicité des hôpitaux comme la garante de la meilleure qualité des soins. Pourtant, lors de grossesses et d’accouchements normaux, cet abus de technologie peut se révéler iatrogène*.
En 2003, dans le très officiel rapport de la Mission périnatalité, les Pr Bréart, Puech et Roze écrivent « Si la nécessité de soins intensifs ne fait aucun doute dans les situations à haut risque, le débat est beaucoup plus ouvert dans les situations à faible risque. Dans ces situations, il a été montré que l'excès de surveillance pouvait être iatrogène. Les données disponibles laissent penser qu'il faudrait à la fois faire plus et mieux dans les situations à haut risque, et moins (et mieux) dans les situations à faible risque ».

Pour défendre l’hôpital, je préfèrerais voir mises en avant les qualités d’un service accessible à tous, attentif au bien-être des patients, soucieux d'efficience plutôt que de rentabilité.
En somme, la définition d’un service public… (à aller défendre ici)

* pathologie provoquée par une acte médical ou un médicament.

PS : S’il vous prenait l’envie de souligner que j’ai opté pour le système privé puisque je suis sage-femme libérale, je répondrais que je l’ai choisi parce que c’est la seule façon de travailler comme bon me semble, en me donnant le temps nécessaire pour chaque femme rencontrée, sans contrainte de rentabilité imposée…
... mais qu’il me serait très agréable de pouvoir exercer de la même façon en étant salariée (ou au moins "forfaitisée") pour éliminer toute notion de paiement à l'acte.

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12 décembre 2009

Suggestionnée ?

Journal de la santé, reportage annoncé sur la césarienne.

En plateau, une jeune femme témoigne de son parcours obstétrical ; une première césarienne pour présentation du siège, une seconde il y a deux ans - pour des jumelles - préférée à la voie basse que rien ne contre-indiquait car elle gardait un bon souvenir de la première naissance.
Heureuse coïncidence, cette césarienne avait été filmée pour les besoins de la même émission.

Voyage dans le temps. Nous retrouvons cette femme, ventre rond et tendu, quelques minutes avant le passage au bloc. Nous assistons ensuite à l'extraction des deux petites filles et le reportage se termine sur l’image attendue des enfants nichées dans chacun des bras maternels sous le regard ému de leur père. Le commentaire souligne que tout s’est bien passé.
Happy end.

Mais il s’agit d’une émission médicale à visée pédagogique ; un petit aparté didactique est inséré dans le récit de la naissance. Le chirurgien, interrogé sur les risques inhérents au choix de la césarienne, s’empresse de confirmer, risque infectieux, hémorragique… Il parle, vêtu de bleu, ganté, masqué devant un champ du même bleu tendu verticalement. Il ne faut pas une grande expérience du bloc opératoire pour imaginer que de l’autre coté du tissu stérile se trouve le visage - et les neurones - de la dame. D’ailleurs, le champ de la caméra s’élargit et l'on découvre les mains gantées qui s’affairent à recoudre l’abdomen béant. En écoutant dérouler la liste des complications possibles, je me demande quel peut être l'effet d’entendre qu’il existe un risque majoré lorsque l'on est allongée là ventre ouvert …

Me reviens en mémoire une étude lue il y a bien longtemps faisant état de l’impact des paroles au cours d’une intervention sous anesthésie générale. Je vous résume très grossièrement ce que j’en avais retenu * : Lors d’une banale intervention, si le chirurgien s’exclame avec conviction « P…n, ça pisse le sang ! », le patient  présenterait plus de complications postopératoires que s'il y a réellement hémorragie mais que le chirurgien sifflote. (j'ai bien écrit "très grossièrement" !)

Si la parole peut faire effet sur un opéré plongé dans un sommeil artificiel, quel peut être son impact sur celle qui n’est qu’anesthésiée localement par une péridurale ?

Inutile d’échafauder des hypothèses anxieuses, le reportage précisait que tout s’était bien passé.

Retour sur le plateau et la jeune femme poursuit son récit. Surprise ! Cette seconde césarienne s’est beaucoup moins bien déroulée. Elle a fait une hémorragie, est restée en observation pendant plusieurs heures avant que le chirurgien ne vienne lui annoncer que « sa vie n’était plus en jeu »….

Si l’hémorragie est effectivement une complication possible en cas de césarienne, si la distension utérine du fait de la grossesse gémellaire majore le risque, je ne peux cependant m’empêcher de m’interroger sur l’éventuel rapport entre les réponses du médecin en pleine intervention et les suites opératoires.


* si par hasard un lecteur connaissait les références de cette étude, je suis preneuse !

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29 novembre 2009

Numérisés

La grippe H1N1 commence à changer les habitudes et de nombreuses maternités limitent les visites aux accouchées. Je peine à comprendre ce que peut changer cette interdiction qui se compensera par une invasion dès le retour à domicile, de plus en plus rapide du fait du surbooking des établissements.
Il serait plus légitime d'insister sur une règle de bon sens élémentaire, pas de visite à un nouveau-né lorsque l'on est malade et contagieux, quelque soit le lieu. Nous pourrions surtout saisir l’occasion pour rappeler qu’un bébé n’a nul besoin d’être pris, embrassé, cajolé par de multiples inconnus. Les bras familiers de ses parents lui sont tout à fait suffisants.
A l'heure de la rentabilité exigée des établissements de santé, prendre le temps d'expliquer devient un luxe. Le message sera donc simple et on choisit d'interdire.

Mais ce qui me fait réagir aujourd’hui n’est pas la limitation des visites mais les commentaires qui en sont fait dans cet article trouvé ici.

Les proches sont donc des empêcheurs de travailler en rond. Non seulement ces visites troublent nos routines professionnelles mais elles retardent la prise de poids des enfants…  Même si l’on peut pressentir que le journaliste s’est emparé d’une phrase lancée -je l'espère- comme une boutade par la sage-femme, l’imprimer noir sur blanc est une atteinte au bon sens.

Bien sur, le cortège des visites peut envahir une chambre, fatiguer la mère, déranger le bébé, chacun voulant s’émouvoir de ce tout-petit niché au creux de ses bras.
Bien sur il est parfois lassant pour une femme de subir de multiples récits d’accouchement, chaque autre femme passant venant immanquablement convoquer les moments marquants de ses propres expériences.

Cependant, ce défilé des plus ou moins proches au pied du berceau est un rituel d'accueil, reconnaissant le nouveau-né et sa mère comme membres de la "tribu". Présenter l’isolement comme le summum du confort et de la "sérénité" est un déni d’humanité, déni difficile à compenser par une simple webcam…

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31 octobre 2009

Bientôt maman, suite et fin

Le second volet du documentaire « Bientôt Maman » se consacrait à l’arrivée de l’enfant. Reflet d’une certaine réalité française, aucune des naissances évoquées n’échappe à la médicalisation. La péridurale est de règle.

Deux  femmes sont filmées sur toute la durée de leur accouchement.
Pour la première, la naissance est provoquée. Le bébé nait couvert de vernix et la sage-femme confirmera qu’il a un peu d’avance… Nous n’en saurons pas plus. Rien ne permet d’affirmer que ce déclenchement a eu lieu sans raisons médicales, mais rien ne dit le contraire. Manque d’explication qui peut laisser penser que les enfants doivent naitre à notre heure et non à la leur…

Une seconde mère subit une dilatation plus que paresseuse. La sage-femme, attentive, lui propose de nombreuses positions pour faciliter la descente du bébé et relancer le travail. Ce sera finalement l’évocation d’une issue chirurgicale qui dénouera la situation. Détail essentiel, la sage-femme prend soin d'évoquer un éventuel recours à la césarienne bien en amont de la décision. Si l’ultimatum chirurgical n’est pas facile à recevoir, il permet à cette femme de prendre conscience du délai donné et de lever "son" blocage. Comme déjà écrit ici, il n’est jamais simple de se séparer et de nombreuses mères trainent en chemin, encombrées par cette ambivalence, garder son enfant pour soi ou le (re)mettre au monde.

Une autre femme optera, lors de la dernière consultation de grossesse, pour une seconde césarienne. Elle refuse de tenter la voie basse car elle craint un nouvel échec. La sage-femme acquiesce immédiatement à sa demande, sans aucun commentaire, sans relever que programmer une  intervention pour se protéger de la déception d’une intervention potentielle est pour le moins  paradoxal. Pour respecter les choix des parents, faut-il se contenter d’abonder dans leur sens ?

Au final, aucune naissance spontanée. Il apparait qu’un accouchement ne peut se passer de perfusion, péridurale, poussée en position gynécologique et directives données par la sage-femme.

Les téléspectateurs que sont les futurs parents, baignés par ces images récurrentes, s’approprient cette vision standardisée de la naissance. Formatage encombrant dont ils devront d’abord se défaire pour pouvoir laisser éclore leurs propres envies et besoins.
Tous n’en ont pas l’occasion. Ils se satisfont alors d’un système qui les soumet plus qu’il ne les respecte.


PS : les vingt minutes de poussée de l’accouchement en clinique privée sont intégralement accompagnées par le gynécologue. Est-ce le reflet de la réalité ?  En cas d’accouchement « normal » en secteur privé - à l'hôpital, les sages-femmes poursuivent leur travail jusqu’à la naissance - quel est le temps de présence de l'obstétricien aux cotés d'une femme ? Les commentaires sont ouverts…

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18 octobre 2009

Autorité

Une série de  reportages réalisés dans une grande maternité et diffusés il y a quelques années.
Documentaire intéressant utilisant les habituelles ficelles narratives du genre, s’attacher à quelques professionnels pour nous les rendre proches et choisir des histoires émouvantes, extraordinaires ou douloureuses.
De nombreuses heures filmées puis largement coupées et montées pour mieux se conformer au projet du réalisateur.
Personne ne doit être dupe,  tout cela est scénarisé.

Peut-être cette sage-femme avait elle la mauvaise place, le mauvais rôle dans un synopsis déjà écrit. Peut-être était-il décidé qu’elle serait celle que l’on n’aime pas pour mieux faire aimer les autres.

Quelques circonstances atténuantes lui sont cependant accordées. La femme enceinte qu’elle accueille apparait indisciplinée voire inconsciente ; hospitalisée pour une menace d’accouchement prématuré, elle a quitté le service contre avis médical et revient un peu plus tard en ambulance car son accouchement s’est effectivement déclenché.

Il est certes décourageant de tenter de soigner, d’être nié dans ses efforts et de devoir ensuite prendre en charge les conséquences de cette négation…

Mais tout n’est pas excusable

Hors champs,  la femme gémit, se plaint de la douleur et réclame de l’aide. Elle s’écrie « j’ai mal, faites quelques chose !»

Et la sage-femme de répondre «vous me parlez sur un autre ton, ici c’est moi qui commande!»

Je pense à la détresse de cette mère, à l’inhumanité de la « soignante ».
Honteuse que son métier et le mien soit pareillement nommés.

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05 octobre 2009

En toute subjectivité

La lecture de cet article appelle plusieurs commentaires.

Le décès d’un enfant lors d’un accouchement est forcément tragique.
Chercher à comprendre les mécanismes qui ont conduit à ce drame afin de tenter de prévenir un même enchainement lors d’une autre naissance n’est pas contestable.

Mais, une fois ces évidences confirmées, deux passages sont à mes yeux irrecevables.

«En première instance, les juges (...) ont estimé que l'enfant était mort-né. Il n'y a donc pas eu, en vertu de la jurisprudence la plus récente de la Cour de cassation, d'homicide involontaire».
Que nous dit-on entre les lignes sinon qu'il serait fou de tenter de sauver un enfant lors d’un accouchement difficile ? S’il nait mort, personne ne peut être mis en cause, mais s’il nait vivant - ici le débat porte sur la réalité de quelques battements cardiaques pendant la réanimation - et qu’il ne survit pas, l'accusation d'homicide involontaire est alors recevable.
Folie du raisonnement judiciaire qui nous absout de ne rien faire mais nous condamne pour n’avoir pu en faire assez.

« En tant que chef de service, on lui reproche (…) de ne pas avoir prévu de protocole à suivre en cas de macrosomie».
Protocole ! Le dernier avatar de la médecine est de "protocoliser" l’ensemble des gestes afin de gagner en efficacité. Si la démarche se justifie en cas de complication avérée, il faut s'interroger sur sa légitimité en amont de toute difficulté. Comment faire entrer la vie dans des cases ?

Chaque accouchement est différent et de nombreux facteurs vont influencer son déroulement. Faut-il coder le poids du bébé et la taille de la mère, l’âge gestationnel et le temps de dilatation, la position de l’enfant et la posture maternelle, mais aussi la sérénité ou l’angoisse, la douleur vive ou acceptable, le compagnon attentif ou indifférent, l’heure du jour ou de la nuit, la disponibilité de la sage-femme et sa capacité à sourire, la longueur du couloir et l’âge du juge d'instruction… pour décider ensuite de la bonne conduite à tenir ?

Loin de moi l'idée de nier le caractère dramatique de ces faits. Mais nous devons aussi nous préoccuper de l'impact négatif de prises en charge standardisées et rigides. Où nous conduirait le légitime désir d'être irréprochables ?

La subjectivité n'a pas sa place dans les protocoles. C'est pourtant elle qui fait notre humanité.

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23 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 3

Consultation. Un obstétricien avenant pianote sur son clavier. Il questionne une jeune femme sur ses antécédents mais ne la regarde pas, les yeux vissés à son écran informatique.
« La date de vos dernières règles ? »
« Je ne sais pas ... »
« Même approximative ? »
« Février »

Il tourne - enfin - la tête vers elle, sourit gentiment et la rassure, «ben voilà, c'est approximatif».

De nouveau sur son écran, il lance, «pas de douleurs particulières au niveau de l'abdomen ? »
«Heu...C'est quoi l'abdomen ?»
Surpris il lève les yeux et précise «le ventre »
«Si, ça tire un peu sur les cotés»...

Il reformule « c'est latéral alors »  se conformant ainsi au code implicite qui interdit de noter les symptômes dans un langage courant.

Le gynéco rassure sur la douleur "c'est un grand clas sique" et enchaine immédiatement «je vous donnerai des bandelettes urinaires à faire chaque semaine».
Dialogue de sourd quasi parfait puisque la jeune femme, toujours à ses "douleurs latérales", s'assure d'avoir bien compris en demandant «c'est pour ça ?» en désignant son ventre.

PS: désolée de la césure sur le mot "clas sique" mais les très impénétrables mystères informatiques font que le mot n'apparait pas si je tape les lettres sans cet espace !!

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