23 mars 2012

Maternité danger !

3719454599_7b04df600b_zLa nouvelle maternité de Port Royal a ouvert ses portes il y a un mois.

Fruit du regroupement deux maternités, ces nouveaux locaux devraient voir naître 6000 enfants chaque année.

Une communication soigneuse a précédé son ouverture. Mi février, journalistes et blogueuses  étaient invités à visiter la plus grande maternité d'Ile de France (de métropole ? ).

Vous pouvez retrouver l'ensemble des commentaires sur le blog de la maternité... Ils sont unanimement élogieux, saluant des équipements de pointe, des locaux agréables et spacieux - un  peu moins pour le centre d'orthogénie - et la prise en charge de tous les aspects de la santé féminine, de la PMA à la ménopause en passant bien évidemment par l'obstétrique.

Plan de com réussi pour faire oublier l'image d'usine à bébé que certains dénonçaient déjà.

Un bémol cependant souligné par de nombreuses blogueuses, Port-Royal semble laisser de coté toute velléité d'accouchement plus "naturel". Si ballons, tabourets de naissance et autres suspensions peuvent un jour venir compléter l'équipement, il sera plus difficile d'ajouter des baignoires. Ce matériel pourtant peu coûteux n'a pas été prévu.

Mais évitons de chipoter, la sécurité est plus importante que ces outils de "confort". Et rien n'a été négligé dans la conception de cette maternité de niveau III. Leur blog le souligne "Véritable centre de référence et d'excellence des Hôpitaux Universitaires Paris Centre (AP-HP), Port Royal offre le confort et la sécurité d'une maternité moderne et d'une expertise médicale de pointe, en plein coeur de Paris". 

Rien n'a été négligé sauf peut-être la dotation en personnel. La CGT le dénonçait dans un communiqué dès l'ouverture, Port Royal, c'est 30% de personnel en moins pour 20% d’activité en plus...

En tant de crise, faut préserver l'argent public. Les têtes pensantes ont sûrement imaginé que le matériel dernier cri pallierait facilement un personnel clairsemé. Un peu moins d'humanité certes mais une sécurité garantie...

Pourtant, moins de personnel c'est moins d'humanité et moins de sécurité.
La preuve vient d'en être donnée un mois à peine après l'ouverture.

L'histoire ressemble à une mauvaise blague. C'est le Canard Enchainé* de cette semaine qui le raconte. Au moment de la naissance, faute de mains pour l'accueillir**, un bébé a chuté au sol. Les sages femmes étaient toutes occupées avec d'autres patientes et la sage-femme qui prenait cette mère en charge a été appelée par un obstétricien pour gérer une hémorragie. La mère a accouché seule et son bébé est tombé d'une hauteur de un mètre !

Ce sont les cris de la mère qui ont alerté le personnel. Le bébé, bien évidemment soumis à une batterie d'examens, "devrait sortir avec sa mère" dit l'article du Canard. Espérons que cela soit sans séquelle.

La direction incrimine un accouchement "plus rapide que prévu" et le "positionnement du lit" (cf les tables d'accouchements en photo sur les blogs, les femmes sont comme souvent en position gynécologique avec les fesses au bord du vide)...

Bien sur, faut trouver un responsable ; il semble tout désigné.
Toujours selon le Canard, "la sage-femme qui, sur ordre du chirurgien, a du laisser la paturiente pour courir au bloc va être convoquée par la direction".

 

 

* l'article n'est pas disponible sur le net
** n'ayant pas d'autres infos que celle du journal, je ne peux expliquer pourquoi la maman ne l'a pas attrapé elle même, peut-être parce qu'elle était sous péri et n'a pas senti son bébé descendre, peut être parce que ses mouvements étaient gênés par brassard à tension et perfusion.

 

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21 mars 2012

Mère Nature !

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Nous connaissions l'accouchement physiologique, l'accouchement eutocique, l'accouchement normal, voilà que l'on découvre l'accouchement naturel. J'attends avec impatience l'accouchement certifié bio par Ecocert.

Ainsi l'accouchement naturel comporte trois  phases, dilatation, expulsion, délivrance...  Serais-je dans l'erreur en pensant que c'est le cas de tous les accouchements ?

Puis vient cet élogieux paragraphe / mères moins fatiguées /enfants moins angoissés / relations de meilleure qualité / sorties plus rapide / moins de complications... qui dessine en creux une terrible et abusive image de l'accouchement "médicalisé".

La démonstration est un peu courte. Si la surmédicalisation a des effets iatrogènes, personne ne souhaite pour autant s'en remettre  aveuglément à dame nature. Un accouchement peut se compliquer et l'intervention du médical sera alors bienvenue.

Mais pour que tout le monde s'y retrouve - faut faire consensuel cocotte -les baffes sont équitablement distribuées, une  à droite, une à gauche. L'accouchement naturel ça se paye, on a mal et si y a des complications, y a pas de matériel ! Autant dire que ces pauvres femmes sont livrées à elles-mêmes... C'est ballot quand on sait que le  "matériel nécessaire" - mot générique pouvant recouvrir un large univers, du forceps au bloc opératoire en passant par la baguette magique - est dans la salle d'à coté.

Enfin, les sages-femmes penseraient la naissance dénaturée parce que médicalisée. Oui nous sommes nombreuses à déplorer la protocolisation qui s'impose à chaque femme et l'oblige à accoucher non comme elle le souhaite mais comme la médecine en décide. Oui l'hypermédicalisation nous éloigne de la réalité physiologique de la naissance. Mais qui oserait penser que la césarienne est un acte inutile, que toute péridurale est superflue ?

De la mesure ! Comme toujours, les extrèmes sont néfastes. Certes, les 99% de péri, les 40 % de césariennes revendiquées par certaines maternités effraient. Mais je serais tout aussi effrayée si l'on imposait que toute femme accouche "naturellement" dans son foyer.

La médecine actuelle nous permet de prévenir, de dépister... c'est ainsi que nous pouvons accompagner les femmes, en fonction de leur désirs et de leur réalité médicale.

Tout traitement univoque - qu'il soit naturel ou hypertechnicisé - serait, comme l'article cité, dénué de sens.

 

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12 mars 2012

Aveuglément ?

 

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"Naissance sans violence" oblige, les nouveau-nés passent quelques minutes sur le ventre maternel avant d'être replongés dans une eau tiède. En guise de baignoire, un berceau de plexiglas ; la matière transparente permet un éclairage indirect du plus bel effet sur les clichés que les parents ne manquent pas de nous demander de prendre.

Les mêmes berceaux se retrouvent dans les chambres. Leur pied télescopique permet de les ajuster à la position maternelle. Un petit réglage et le bébé est à bonne hauteur ; nous sommes habituées à jouer de la molette.

Pour une raison ignorée de tous, en salle de naissance, les berceaux sont réglés au plus bas niveau. Si bas que nous nous inquiétons à chaque fois de la fatigue paternelle - en 1980, le rôle du père est défini : il baigne  l’enfant - Il  est de bon ton de lui proposer de le relayer si la position lui devient trop inconfortable. Evidemment, aucun ne souhaite laisser sa place mais nous avons ainsi le sentiment de nous montrer à l’écoute...

Annonce du bain, petite phrase prévenant qu’il faudra rester penché, une autre précisant que nous pourrons si besoin prendre la suite… Ce triptyque est prononcé rituellement par mes collègues pendant toute ma phase d’observation, lorsque je "double" d’autres sages-femmes pour tenter de m’approprier les savoir-faire et savoir-être de l'équipe.

Une fois jugée capable de voler de mes propres ailes, après chaque naissance, j'annonce moi aussi le bain, évoque inconfort et possible relais…

Jusqu'au jour où un père, peut-être moins impressionné par l'univers médical, s'autorise une question: "Mais la petite molette sur le pied, à quoi sert-elle ?"  Grace à cette judicieuse remarque, plus aucun homme ne s’est cassé le dos devant une baignoire trop basse.

Vieille de 30 ans, cette anecdote me reste en mémoire, témoin malicieux de nos routines.

En situation d'urgence, ces routines, alors rebaptisées protocoles, sont salutaires car garantes de notre efficacité.
Mais au quotidien, dans ce nécessaire ajustement avec une femme, un couple, leur histoire, leurs attentes ; que penser d'habitudes si bien ancrées que nous en oublierions de réfléchir ?

Souhaitons que cela ne concerne que le réglage des berceaux…

 

NB du 14 03 : Comme de nombreux commentaires soulignent que le bain du nouveau-né dès la naissance n'est pas une excellente idée ; je précise que je suis bien d'accord mais que cette histoire à 30 ans...

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08 mars 2012

15 minutes chrono

 

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En cette journée de la femme, je me la coule douce en publiant ce texte reçu récemment, à la fois ravie par l'humour distancié de son auteure et saisie par l'implacable efficacité du médecin ainsi portraituré. Hommage.

Chère 10lunes, à la suite des liens que tu as postés sur Facebook, je ne résiste pas à te faire la liste de ce qu’un médecin a réussi à me faire en 15 minutes, du bonjour dans la salle d'attente à ma sortie. De telles capacités laisseraient presque rêveuse. 

  • Création du dossier, avec tous les antécédents 
  • Déshabillage
  • Toucher vaginal - sans prévenir
  • Examen au spéculum - sans prévenir
  • Frottis - sans prévenir
  • Testing du périnée : j’ai bien essayé de me venger, mais elle a du avoir peur de se faire écraser les doigts et ne m’a même pas laissé le temps de lui montrer l’étendue de mes talents
  • Examen des seins
  • Prise de la tension - après le reste des hostilités - ben oui c’est plus rigolo de la faire monter avant !
  • Pesée
  • Rhabillage
  • Discussion autour du DIU* par rapport à mon contexte médical 
  • Prescription
  • Passage de la carte vitale et rédaction du chèque

J’ai même eu le temps d’insister pour une pose de DIU sans attendre le retour de couches.

Il faut dire que ça faisait bien 5 minutes que je lui avais parlé de mes cycles rares et irréguliers et de mon allaitement toujours en cours. C’est qu’à l’aube de fêter mes 2 ans d’aménorrhée**, j’aimerais avoir l’assurance d’une contraception efficace histoire de ne pas prolonger les mois sans règles pour d’autres raisons….

Enfin, excusons-la, elle pensait que mon allaitement était, je cite, « symbolique » (?!?)

Sinon, on va supposer que j'ai un mari fidèle, partenaire unique et stable de ma vie sexuelle et qu'il n'est donc nul besoin de questionner une nécessité de dépistage IST. Et que mes vaccinations anti-rubéole et autres sont à jour.

Tiens, au passage, je penserai à coller un post-it entre mes jambes pour la pose du DIU : "Lubrifiant, par pitié".

Bref, j’étais dans un état certain de sidération en arrivant sur le trottoir, et pleine d'étonnement de ne pas me retrouver avec le slip sur la tête...

Il se trouve qu’en tant que professionnelle de santé moi-même, j’essaie de choisir mes praticiens avec soin et que le parcours de ce médecin m’avait fait espérer, outre la compétence, écoute et douceur. Je n'ai pas été déçue…

 

*DIU : dispositif intra utérin (dénomination actuelle du stérilet)
** aménorrhée = absence de règles


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04 mars 2012

Farniente

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Réunion de professionnels de la périnatalité. Le débat s'oriente sur les protocoles qui s'imposent chaque jour plus aux équipes de maternité.

Plusieurs sages-femmes défendent une prise en charge sur mesure, souhaitant que les dits protocoles ne s'appliquent qu'en cas de pathologie avérée.
Elles soulignent ensuite combien nos prises en charges standardisées nous éloignent des processus physiologiques, se  défient de l'enchainement de nos actes, insistent sur la nécessité de mesurer nos gestes.

Un des obstétriciens présents s'interroge sur la définition de la physiologie.
S'en suit un échange animé. Un accouchement sous péridurale est-il physiologique ? La rupture artificielle de la poche des eaux rentre-t-elle dans la définition ? La perfusion d'ocytocine ? Et le monitoring continu ? Chacune des situations faisant le quotidien des salles d'accouchement est analysée. Sans surprise, la façon dont chacun les classe se révèle à géométrie très variable.

Certaines sages-femmes sont pourtant catégoriques. Le respect de la physiologie passe par l'abstention de toute intervention. Lorsqu'un accouchement évolue normalement, leur fonction relève bien plus l'accompagnement vigilant que des actes. 

Paraissant sincèrement étonné, un des médecins s'écrie «Vous ne posez pas de perfusion, vous ne rompez pas la poche des eaux ? Mais qu'est-ce que vous faites alors ? » ...

 

 

 

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01 mars 2012

Baignée

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La mise en route de son accouchement a été laborieuse... Dès le début, elle est assaillie par des contractions puissantes, en rangs serrés, l’obligeant à s’y consacrer totalement.

Hésitante, elle appelle la maternité. Au vu de sa description circonstanciée, la sage-femme lui conseille un bain. Elle s'y plonge docilement et marine une bonne heure. Une fois sortie de l’eau, les contractions sont toujours aussi présentes, elle préfère se rendre à la maternité pour faire le point.

L’accueil est chaleureux mais l’annonce décevante ; son col est à peine modifié et la sage-femme ne peut lui confirmer sa mise en travail.
Plutôt que de la "séquestrer", elle lui propose de rentrer chez elle et de ... prendre un bain afin de voir si cela va modifier le rythme et la force de ses contractions. Selon l'évolution, elle reviendra, ou pas.

Elle repart donc, sans oser objecter qu'elle vient juste de faire le test.
Nouveau bain prolongé, nouvelles contractions puissantes, nouveau départ à la maternité.
Elle y est accueillie par une autre sage-femme. La dilatation a peu évolué mais elle est déterminée à ne pas repartir. La journée qui vient de passer l’a fatiguée et elle appréhende la nuit à venir.
Elle reste donc et la sage-femme, souhaitant l’aider à passer ce premier cap… lui fait couler un bain.

Avant de poursuivre le récit d'un accouchement qui se passera très bien, mais de longues heures plus tard, elle s'interrompt pour lancer dans un éclat de rire « Je n’ai jamais été aussi propre ! »

 

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26 février 2012

La forme sans le fond

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Un espace physiologique vient d'être inauguré à la maternité de Villefranche-de-Rouergue. La forme semble sympathique - quoiqu'un peu grise - pour ce que l'on peut en apercevoir dans ce bref reportage. Le commentaire du Pr Nisand (CHU de Strasbourg et non de Toulouse comme l'indique le sous-titre...) souligne que les femmes "préfèrent qu'on respecte la physiologie de leur accouchement".

J'aimerais que la médecine le préfère aussi...

Si la forme semble convenable, on est bien loin du fond ! En témoigne cet article de l'AFP où chaque mot mériterait une analyse de texte.

Le titre  "L'accouchement comme à la maison" est déjà un petit  - un gros - arrangement avec la réalité.

Nous avons cherché à créer une atmosphère de zénitude totale, pour donner le sentiment de materner la mère. Cette phrase sonne comme un aveu. Il ne s'agit pas de faire mais de donner l'impression.

- Lsalle physiologique de préparation à l'accouchement de Villefranche, la première en Midi-Pyrénées, correspond aux Maisons de naissanceLes espaces physiologiques sont sans nul doute une proposition intéressante mais n'ont rien à voir avec les maisons de naissance que l'on nous promet depuis ...1998.

Dans la salle aux murs gris clair, un investissement de 130.000 euros... Ca coûte cher de faire comme à la maison dans un hôpital !

- Le lit est assez grand pour que le mari soit allongé avec sa femme. C'est donc ainsi que la chef de service imagine un accouchement "naturel". 

L'accouchement lui-même se fait sur le lit, en position accroupie. Interprétation du journaliste ? L'accouchement en maternité ne pourrait se concevoir que normé ? 

Après l'accouchement, la petite Manon ne lui a pas été arrachée pour la pesée et les examens. Faut-il noircir la réalité des stuctures pour justifier les demandes aletrnatives ?

- Elle n'aurait pas voulu accoucher chez elle: En aucun cas je n'aurais souhaité mettre la vie de ma fille et la mienne en danger, il me fallait la sécurité d'un hôpital à côté. Opinion personnelle que l'on nous assène comme une évidence.

-Le Pr Israël Nisand est formel: Je suis contre les Maisons de naissance expérimentées en dehors des hôpitaux. Lors de l'élaboration du cahier des charges des MDN, les sages-femmes avaient pourtant accepté la proximité immédiate (qui ne correspond pas à la définition des MDN) afin d'obtenir le démarrage de l'expérimentation. Ce n'est pas l'éloignement qui inquiète certains de nos amis obstétriciens, mais notre autonomie...

- Sans compter que de nombreuses femmes ayant fait le choix d'un accouchement naturel, démédicalisé, sans intervention (injections, péridurale...) pour faire diminuer les souffrances, changent d'avis au moment des premières contractions: seules 3 à 4 % de ces futures mères vont jusqu'au bout de leur démarche, reconnaît Mme Bader.

C'est à la lecture de cette dernière phrase que ma colère a explosé.

Aménager de jolies salles ne sert à rien si les sages-femmes ne sont pas disponibles et désireuses d'accompagner les femmes autrement. Je m'en inquiétais il y a quelques mois. "La douleur et le stress se payent cash et le risque est de voir pulluler des statistiques démontrant l'inanité des ces équipements". 

Voilà, j'ai déjà raison et je m'en désole.

Les gens de mauvaise volonté retiendront que l'on a dépensé 130 000 € d'argent public pour satisfaire des femmes capricieuses changeant d'avis dès leurs premières contractions...

 

 

Edit de 11h 30 : on me glisse à l'oreille que cette maternité ne mérite pas de jugement hatif... Mon billet n'étant inspiré "que" par un article de presse, tout témoignage direct sera le bienvenu !


Edit de minuit : Témoignages reçus ! L'article de l'AFP ne semble pas du tout représentatif de la réalité de cette maternité. Loin d'une simple politique d'affichage, il existe une réelle volonté de Mme Bader, chef de service, comme de l'équipe de respecter les attentes des couples. Pour preuve, le nombre d'accouchements augmente de façon régulière et certains parents délaissent une maternité bien plus proche pour se rendre à Villefrance de Rouergue. Dont acte !

Reste ce mystérieux chiffre de 3 à 4% dont je continue à cherche la source (cette statistique serait une estimation "générale" ne concernant pas la maternité citée)


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21 février 2012

Résister

 

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Mes débuts ont été bercés par quelques lieux, quelques noms, symboles du combat pour l’accouchement respecté, Les Bluets et Les Lilas à Paris, mais aussi Pithiviers, Pertuis, Céret, Châteauroux, Rouen.

Pithiviers et Pertuis ne font plus parler d’eux, la maternité de Céret a disparu comme celle de Châteauroux*.
Les parisiens se battent pour survivre et faire perdurer les valeurs qu'ils défendent.
La mobilisation pour les Lilas semble avoir porté ses fruits ; aux Bluets, la bataille ne fait que commencer…

Comme souvent, la province fait moins parler d’elle que la capitale. Un peu excentré - la Haute Normandie, c’est pas central - le Belvédère a taillé sa route tranquillement. Mais là-bas aussi, la maternité est menacée, non pas de disparaitre mais de perdre son âme.

Depuis les années 70, l’équipe du Belvédère défend une certaine idée de la naissance, de l’accueil du nouveau-né - Leboyer publiait "Pour une naissance sans violence" en 1974- mais aussi de ses parents. Déjà, on accueillait les enfants avec respect et douceur, l'équipe privilégiait la proximité de la mère et de son nouveau-né.
Quelques décennies plus tard, les relations avec les couples sont toujours envisagées comme un partenariat respectueux. Accompagner, donner  l’espace et le temps nécessaire, proposer de multiples façon de se préparer, respecter la physiologie, se montrer vigilant plutôt qu’interventionniste…

L’équipe sait se questionner, se remettre en question, interroge ses façons de faire pour faire mieux.

Mais là-bas comme ailleurs la T2A fait son œuvre. Cette façon de financer les établissements en comptabilisant chaque acte est tout sauf favorable à une maternité qui tente justement d’éviter tout acte superflu. Un accouchement physiologique, c’est d’abord de la présence, de la confiance, du temps, (ce qui n’exclût en rien l’intervention médicale, mais au plus juste niveau, quand elle s’avère indispensable).

Comme aux Bluets, on leur a fait croire qu’ils devaient faire plus pour éviter le déficit ; plus de consultations, de préparations, d’accouchements, plus de femmes, plus de bébés. Mais avec le même personnel !
Quotidiennement, l’équipe s’épuise et souffre de ne pouvoir donner autant qu’elle le voudrait.

Certains nous affirment que les femmes ont changé. La péridurale est un incontournable et avec elle les protocoles s’invitent. L'uniformisation des naissances, ce serait la faute à l’époque…

D'autres savent l'attention qu'il faut porter à chaque femme pour voir éclore ses attentes, ses choix. L’équipe du Belvédère est de ceux là et le temps de cet accompagnement ciselé n'est pas pris en compte par la T2A.

Ils ont choisi de se battre, soutenus par des parents motivés, mesurant l’importance de l’enjeu. Non, la santé ne peut se gérer comme une entreprise ! Il ne s’agit pas de dilapider l’argent public mais de l'investir utilement. 

Bien accompagner la naissance d’un enfant est une exigence d'humanité.
Soutenons le Belvédère !


*Il y a toujours des maternités dans ces villes… pas les mêmes.

 

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Mardi 21 février (ce soir quoi !) à 23h10 sur France 2, documentaire à ne pas manquer : "La naissance, une révolution".



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17 février 2012

Fragile

 

2409012938_c6729e3679_zTatoués, percés, crêtés, ils ne passent pas inaperçus. 

Ils attendent leur premier enfant avec bonheur, s'émeuvent des premières sensations, imaginent les mois à venir, s'interrogent sur leur compétence parentale. Habituelles réflexions partagées par de nombreux couples.  

Pourtant... réactions un peu vives, critiques à peine voilées, au fil des mots se révèle leur totale défiance vis à vis du monde médical.  

L’un comme l’autre ont une santé fragile, l’un comme l’autre se heurtent à un système de soin qu'ils ressentent comme brutal. Ils dénoncent une médecine indifférente et riche en préjugés.

Si elle a cessé de fumer depuis le début de sa grossesse, lui n’y parvient pas. Ce serait pourtant nécessaire. Un asthme sévère l’amène régulièrement aux urgences. Une fois soulagé, il en ressort avec un traitement, les consignes d'un suivi régulier et d'arrêt du tabac. Tous conseils qu'il s'empresse de ne pas suivre.

Le dernier pneumologue, consulté il y a plusieurs années, lui aurait annoncé qu'il mourrait trop vite de l’action conjuguée de son asthme et de son tabagisme… Provocation volontaire pour le faire réagir et le mettre en face de choix essentiels ? Lui l’a entendu comme une fin de non-recevoir.

Du pré au post natal, notre chemin commun durera une année. J'ai très naïvement espéré le convaincre de mieux se soigner, cherchant le spécialiste qui l'accueillerait sans jugement abrupt, espérant que l'accompagnement respectueux de la grossesse restaurerait sa confiance dans le milieu médical.

Peine perdue.

Il néglige tout suivi, consentant à se rendre aux urgences lorsqu'une crise plus grave le met à bout de souffle...
Il n'a pas trente ans et ne peut monter des étages sans faire étape à chaque pallier.

 

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12 février 2012

Limites de territoires

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C'est fatiguant à la fin... Après certains syndicats médicaux, ce sont maintenant des kinésithérapeutes qui nous prennent pour cible.

A l'origine de leur ire, une initiative de notre Conseil de l'ordre qui défend la possibilité pour les sages-femmes d'assurer la rééducation périnéale de femmes sans enfant*. 

De mon point de vue, cette revendication n'est pas une priorité. Ma seule réserve concerne les patientes vivant à distance de tout cabinet de kiné mais à proximité d'un cabinet de sage-femme. Eviter dans ce cas un long déplacement justifierait une dérogation (parfois déjà accordée par l'assurance maladie). Pour le reste, nous avons bien assez à faire avec les accouchées.

Je n'avais donc pas souhaité réagir au mécontentement compréhensible des kinés avant ce qui m'apparait comme une nouvelle attaque. Ainsi, les sages-femmes "phagocytent la rééducation du post partum" ?!  

Comme pour le suivi de la grossesse, je revendique le libre choix des femmes pour leur rééducation postnatale. C'est à elles de décider vers quel praticien elles souhaitent se tourner. Je déplore donc avec les kinés que la nomenclature les exclue de cette rééducation dans les trois mois suivant une naissance. Solidaire encore, je soutiens une cotation similaire de nos actes, en soulignant cependant que l'on ne peut comparer la rémunération d'un praticien se consacrant exclusivement à son patient à celle d'un autre prenant en charge plusieurs personnes simultanément (n'y voyez aucune inflexion corporatiste, ce bémol concerne nos deux professions... à des degrés différents.)

Mais nos amis viennent de se tromper de combat... Dans un courrier adressé à la caisse de Paris, le SMKRP écrit "En effet, il semblerait que certaines caisses primaires d'assurance-maladie remboursent des actes de rééducation fonctionnelle prescris (sic) par les sages-femmes. Cette information laisserait à penser que les sages-femmes prescrivent une rééducation qui n'entre pas dans leur domaine de  compétence".

Mauvais argument ! Lorsque nous prescrivons une rééducation périnéale, nous sommes à la fois aptes à la prescrire et à la réaliser. Il serait pourtant parfaitement abusif et irrespectueux des femmes comme de nos collègues kinés d'exiger que cette rééducation se fasse avec une sage-femme. 

A l'inverse, nous sommes  en conflit avec l'assurance maladie qui refuse de prendre en charge la rééducation abdominale postnatale si l'ordonnance est signée par une sage-femme et non par un médecin (cf cette action syndicale). Si la réalisation de cet acte n'est pas de notre compétence, sa prescription l'est et le soutien des kinésithérapeutes serait bienvenu.

Les sages-femmes assurent de plus en plus de suivi de grossesse et voient donc des patientes consultant pour sciatalgies, lombalgies... Le plus souvent, il s'agit d'une symptomatologie banale chez la femme enceinte, banale ne signifiant pas pour autant négligeable. Mais quelle que soit la situation, nous ne pouvons actuellement prescrire de traitements de kinésithérapie et sommes amenées à rediriger ces patientes vers un médecin. Cette double consultation est absurde ...

En dénonçant nos prescriptions, le SMKRP dénie aux femmes la possibilité de choisir leur praticien, leur complique l'accès à des soins remboursés parce qu'elles ont eu l'audace de ne pas s'adresser à un médecin, contribue à des dépenses superflues pour un système de santé déjà malmené. 

Et il énerve un tantinet les sages-femmes...

 

 * Les sages-femmes ne peuvent assurer la rééducation périnéale que chez les femmes ayant - un jour même lointain- accouché...  Cette restriction semble un peu dérisoire ; à 80 ans, les problèmes de prolapsus ou d'incontinence sont-ils à mettre sur le compte d'un accouchement vieux d'un demi-siècle ou de l'âge ?

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