17 juin 2013

Vitesse excessive

 

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Ils viennent de passer à table, leur fille ainée juste couchée. Un moment tranquille à partager dans l'attente de la naissance qui ne devrait plus tarder. Ils prévoient de finir les derniers aménagements de la chambre le week end prochain. Elle le taquine sur les aléas du montage de l'armoire en kit et se tracasse un peu que tout ne soit pas prêt en désignant son ventre plus que rond…

Soudain, un léger "plop", la sensation du liquide chaud et la petite flaque qui s'arrondit à ses pieds. Elle vient de perdre les eaux.

Très vite, tout s'accélère. Attraper la valise, réveiller la grande pour la déposer chez des grands-parents. Dans la voiture les vagues montent et refluent sans réelle pause entre deux.

A l'arrivée en salle de naissance, le rythme s'élève encore d'un cran. Le col est totalement dilaté, il est temps de pousser. Elle n'en sent pas encore le besoin mais s'exécute, puisque c'est le moment… La poussée se révèle laborieuse, bien plus que la première fois. L'équipe envisage à voix haute la possibilité d'un forceps. Cela, elle n'en veut pas. Convoquant toute son énergie, elle met son enfant au monde.

Un pleur et déjà il s'apaise, posé sur le ventre maternel. Les soignants s'affairent encore un peu, vérifiant que tout va bien puis se retirent quelques minutes, les laissant découvrir leur tout-petit dans l'intimité.

Cela, c'est le récit lissé qu'elle répète à chaque visiteur venant se pencher sur le berceau en s'extasiant d'une naissance si facile.

A "sa" sage-femme, elle ose confier sa déception. Cette naissance éclair a un goût de trop peu ; pas le temps de réaliser, de sentir, d'attendre, d'imaginer, de rêver… 

Pour son homme aussi, tout a été très, trop, vite. Ils peinent l'un comme l'autre au souvenir des premiers instants ; une fois seuls, ils ont repris leur conversation sur le montage de l'armoire ; comme poursuivant une discussion interrompue par un incident sans importance.

Une naissance tellement rapide qu'ils n'ont pu réaliser que leur enfant était né.

Et ce bref moment d'apparente indifférence revient les miner chaque fois qu'un proche s'écrie "A peine deux heures, mais quelle chance vous avez ! "

 


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10 juin 2013

Effet secondaire ?

 

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En préparation à la naissance, nous abordons toujours le sujet de la contraception en rappelant cette évidence : une contraception, ça se choisit !
Cela permet aux femmes de ne pas sortir de la maternité en pensant que le petit comprimé quotidien est un incontournable.

Nous listons les différentes méthodes, leurs avantages et inconvénients J'évoque aussi " l'aménorrhée lactationnelle " dite méthode Mama  - quel est le publiciste fou qui l'a nommée ainsi  !? et puis nous parlons du chamboulement plus ou moins violent pour le couple qu'est l'arrivée d'un enfant, de la libido possiblement en berne, des retrouvailles pas toujours faciles... 

Elle découvre le dispositif intra utérin qui ne lui avait jamais été présenté.  

Quelques mois plus tard, revenant en rééducation postnatale, elle annonce, tout sourire "J’ai vu ma gynéco - celle qui la suit depuis une dizaine d'années - et je lui ai causé du stérilet (oui, faut dire dispositif intra-utérin mais le mot  reste bien ancré dans les esprits) et du coup, on a beaucoup discuté… D’habitude c’est pas comme ça, on cause pas mais là on a bien causé et elle a dit qu'elle était d’accord pour me le mettre."

Très déontologiquement, je suggère qu’à force de penser les médecins débordés, on ne s'autorise plus à poser des questions et qu'il suffit d'ouvrir le dialogue pour…

"Ah non !  me coupe-t-elle, j’avais souvent essayé de discuter mais ça marchait jamais. D’ailleurs, elle regardait même pas mes bébés. Et là, je suis arrivée avec le petit dernier, je l’ai posé sur le côté comme d'habitude, vu qu'elle les regarde pas, et puis là après, elle est venue lui dire bonjour, et tout…"

Et mon mauvais esprit me fait me demander si le suivi "low cost" des sages-femmes n’aurait pas comme impact inattendu d'améliorer le relationnel de certains gynécos…

 

PS : Oui, ce billet est une pique inutile et mesquine mais j'ai lu ça ce matin...

 

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03 juin 2013

Arnaque

 

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Comme tout le monde (?!), j’ai un portable à utilisation professionnelle. Portable qui m'a lachée brutalement un soir de l'hiver dernier. Ecran noir, impossible d’appeler, impossible de décrocher quand il sonne, impossible de savoir qui cherche à me joindre…

Petit stress en imaginant quelque parent ou futur parent inquiet en mal de réponse.

Le lendemain à la première heure, je suis à la boutique. Diagnostic sans appel, mon téléphone est mort. Qu’à cela ne tienne, voilà l’occasion de choisir un modèle et un forfait plus performants.

C’est comme cela que je suis arrivée chez SFR, chassée par un concurrent auquel j’étais fidèle depuis des années et qui du coup trouvait logique de me proposer des tarifs bien supérieurs à ceux offerts à ses nouveaux clients.

Chez SFR, je suis accueillie à bras ouverts. La vendeuse se met en quatre pour me dépanner immédiatement tout en conservant le même numéro. Je repars munie d’un téléphone en parfait état de marche et d’un forfait illimité.

Tout cela est bien plus onéreux que mon ancien contrat mais une accumulation de réductions m'est offerte; nouveau client, promotion du mois, déstockage du portable (déjà has-been), offre professionnelle. Grâce aux remboursement et déductions promis, le tarif redevient attractif.

Sauf que… 6 mois plus tard, zéro remboursement et zéro déduction.

Je passe au magasin une première fois mais faut ramener le dossier ; une seconde fois avec le dossier, mais il manque d’autres papiers. Nouvelle visite avec tous les documents requis. Je patiente longuement en attendant qu’un des vendeurs se libère.

Pendant ce temps, une autre cliente vient se renseigner. On lui a promis des appels compris dans le forfait vers tous les fixes mêmes à l’étranger et ses appels en Allemagne sont pourtant facturés en plus.
Le vendeur vérifie et confirme : "Pour l‘Allemagne, c’est hors forfait.
- Mais on m’avait dit que... s'étonne la cliente
- Le vendeur la coupe : Le forfait, c’est seulement pour l’Europe.
Sourire complice avec ma voisine de galère qui s'autorise à préciser : Mais l'’Allemagne c’est en Europe !
- Oui le forfait concerne toute l'Europe... mais pas l' Allemagne".
Ce serait noté en tous petits caractères dans le contrat...

Quand vient enfin mon tour, il faudra encore une heure montre en main à la vendeuse qui s’occupe de moi (ma présence étant requise tout ce temps) pour me confirmer après moults appels à divers services que l’engagement de réduction était une erreur et que le fait que cela soit noté à la main sur mon contrat ne prouve rien.... Et quand j’annonce que  je vais donc résilier mon abonnement puisque ce n’est pas sur ces bases là que le contrat était signé,  ben je peux pas puisque je me suis engagée pour deux ans !

Entre ce qui m'était annoncé pour me convaincre de signer et ce qui est effectif, y a comme un ravin.

Pendant ce temps, le ballet des clients venant se renseigner, réclamer, acheter, se poursuit.
Je serais partie totalement furieuse si un autre dialogue surréaliste n'avait éclairé ma soirée.

Un quinquagénaire malentendant vient demander des explications sur l'emploi du smartphone acheté quelques semaines plus tôt. Le vendeur explique, ré-explique, ré-ré-explique les bases de la navigation sur le net avec une réelle bonne volonté . Comme il parle fort afin que son interlocuteur l'entende bien, personne ne perd une miette de ses tentatives pédagogiques. Les minutes défilent et le client semble toujours aussi perdu.

Une petite demi-heure plus tard, le vendeur, désespéré, cherche à s’esquiver et suggère :
- "Le mieux serait de contacter le service assitance, tranquillement, de chez vous.
Le monsieur rechigne, désignant son oreille et l’appareil qui la surmonte.
- Non, non. J’ai du mal avec les boites vocales. Je dois à chaque fois trouver quelqu'un pour le faire pour moi…
- Ok, vous entendez mal avec cette oreille, mais vous avez essayé avec l’autre ? "

 

 

PS : Je jure que rien n’est inventé…

PS bis : en insistant lourdement, j'ai récupéré quelques euros. Mais ça reste très loin de ce qui m'était promis à la signature. SFR si tu m’entends….

 

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27 mai 2013

Mal mot

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Elle est enceinte, elle est heureuse, elle est inquiète.

Heureuse parce que cet enfant était très attendu, inquiète parce que la grossesse précédente s’est terminée sur une échographie annonçant l'arrêt précoce du développement de l’embryon.
Elle n’en avait rien pressenti.

Alors l’absence de règles, le test de grossesse acheté en pharmacie, la tension mammaire persistante, tout ça ne suffit pas à l’apaiser totalement.
De plus, elle n’est pas nauséeuse, ce fréquent malaise si désagréable mais si rassurant.

Il est trop tôt pour pouvoir écouter les battements cardiaques. Cette annonce la déçoit. Elle espère, elle a besoin d’un élément objectif venant lui confirmer, là, tout de suite, que tout va bien.
Je lui propose de l’examiner pour m’assurer du volume utérin.

Comme toujours lors d’un toucher vaginal, je baisse les yeux, attentive à ne pas ajouter à l’intrusion du geste celui du regard. 
Je glisse doucement index et majeur dans son vagin, mon autre main palpe son ventre.
Entre mes deux mains, son utérus, rond et dodu à souhait, parfaitement rassurant, parfaitement conforme à la taille attendue pour l’âge de la grossesse.
J’en suis ravie pour elle.
Et m’exclame joyeusement. "Voilà un utérus gravide !"

Je lève les yeux vers elle à la fin de ma phrase, surement en quête d'un sourire rassuré. Juste le temps d’apercevoir son regard qui se voile... J'ajoute rapidement "Tout se présente bien", elle sourit enfin.

Elle ne dirait rien de plus et c'est moi qui insiste : "Je vous ai inquiétée ?"
Dans un murmure, elle s'autorise "Oui, dans gravide, j’ai entendu grave".

J'explique le mot, lui demande d’excuser ce vocabulaire médical parfaitement inapproprié. 
Et me désole en silence de ma stupidité.

 

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19 mai 2013

Accès refusé

 

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Les bornes c’est toujours un peu embêtant. A 90 sur une nationale, on est bon, à 91 on l’est plus. La limite a ce petit caractère arbitraire qui t’énerve quand tu t’y coltines. 

L'exercice des sages-femmes connait de nombreuses limites ; certaines sont floues "Lorsque la sage-femme constate des antécédents pathologiques, elle adresse la femme enceinte à un médecin". L'antécédent pathologique, ça peut être tout et donc n'importe quoi et ça s'interprète au bon vouloir de chacun... D'autres limites sont clairement absurdes ; nous pouvons traiter l'infection urinaire chez la femme enceinte. Mais dès le lendemain de l’accouchement, c’est ballot, on a plus la compétence !
Et puis il y a la limite qui fait l'objet de ce billet ; les sages-femmes peuvent "pratiquer la rééducation périnéale en cas de troubles consécutifs à un accouchement".

Le bonjour est sonore, le sourire lumineux. Elle évoque son parcours un peu chaotique avec un humour distancié. Son second degré caustique me ravit. Tout de suite, le courant passe.
Je l'interroge afin de mieux cerner les motifs de sa consultation. Entre les lignes de ses réponses se dessine une personnalité atypique, foisonnante. Dans un autre contexte, nous aurions pu rapidement sympathiser. 
Ce qu’elle raconte de ses errances médicales donne plus encore l’envie de l’aider.
Je me concentre sur ses symptômes, évoque quelques débuts de pistes pas encore explorées pour le traitement. Elle happe chaque perche tendue, imagine déjà un progrès possible. D'évidence, nous allons "bien" travailler ensemble.

Une question encore, "Comment se sont passés grossesse(s) et accouchement(s) ?"
Elle secoue la tête, "Inutile de chercher de ce côté, je n’ai pas eu d’enfant".

Tilt !
La limite est franchie. J'ai oublié de poser la question de la maternité au moment de la prise de rendez-vous. Et la demi-heure passée ensemble était si riche que le sujet est venu tardivement.

Regrettant de ne pouvoir aller plus loin, j'explique la "limite" et m'en excuse. Je commence à lui indiquer les kinésithérapeutes qu'elle pourrait consulter.

Elle m'interrompt, visiblement déçue.
«J’ai eu une IVG, ça compte pas ? »

 

 

 

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14 mai 2013

Addendum

 

58518662_c2ebeaed2e_bCertains se sont sentis blessés par le billet précédent. D’où ce nouveau billet pour clarifier ma position.

Loin de moi l’idée que les sages-femmes soient les seules en capacité de…  La plupart de nos actes peuvent être assurés et parfaitement assurés par d’autres professionnels.

Je souhaitais souligner ce qui donne sens à notre métier. Tout ce que nous faisons peut être fait par d’autres mais nous sommes les seules à pouvoir faire tout cela. Cette compétence transversale permet une  continuité dans une prise en charge qui peut sinon se révéler très morcelée et donc très morcelante. Notre profession n'a d'intérêt que par la -relative - cohérence qu'elle apporte.

Mais le billet évoquait surtout une rationalisation des soins si extrême qu’elle en devient déshumanisante. Et si la disparition des sages-femmes n’est que pure fiction, la tarification à l’activité (T2A pour les intimes) est bien réelle. Cette façon d’alimenter les budgets des établissements de santé prend principalement en compte les actes réalisés. Un document de l’IRDES (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé) rappelle cette volonté économique : " En tant que mode de financement, la T2A n’a aucune vocation à assurer une couverture optimale des besoins ni à améliorer la qualité des soins". Gloups.

Pour réduire les coûts, les maternités ferment et les naissances se concentrent dans les établissements restants. La santé devient un produit comme un autre. Le terme "économie d’échelle" est d'ailleurs employé pour justifier les restructurations. "Une économie d’échelle est l’accroissement de l’efficience d’une entreprise grâce à la baisse du coût unitaire des produits obtenue en augmentant la quantité de la production". Gloups bis.

Les sages-femmes  - comme les autres professionnels - sont sous pression. Les maternités travaillent à flux tendus. Certains jours, les entrées sont moins nombreuses et les femmes bénéficient d’un accompagnement attentif. Le lendemain, les naissances se pressent et le rythme se doit d’être rapide car sinon, les prochaines accoucheront dans le couloir.

Pour réduire les coûts, on réduit aussi le nombre de soignants. Nous nous éloignons chaque jour un peu plus du très utopiste mais très sensé "Une femme une sage/femme" revendiqué dans nos manifestations. Les équipes doivent se démultiplier. Les écrans centralisés permettent de surveiller d’un œil ce qui se passe dans les  salles voisines, la péridurale est censée pallier l’absence d’accompagnement (comme si celui-ci ne concernait que le vécu douloureux), les temps de présence sont réduits, les explications données rapidement parce que d’autres femmes attendent. Chacun ne peut se concentrer que sur ce qu’il a à faire. Mais "prendre soin" peut-il se résumer à une succession d’actes ?

Les liens de l’article précédent sont tous réels. Il existe des écrans centralisés, des maternités se félicitant d’avoir la télévision en salle de naissance, des sites pédagogiques prêts à pallier nos explications trop succinctes… il y a bien des inventeurs faisant breveter un appareil mesurant la dilatation du col et des obstétriciens défendant la programmation de l’accouchement « Grâce à la programmation, les sages-femmes peuvent organiser les salles de travail et gérer leur effectif en tenant compte du nombre de parturientes programmées ». Gloups ter.

A la fin une mère et un enfant quittent la maternité en bonne santé et nous sommes censés nous en féliciter. Le pouvons-nous vraiment ?

Oui, le monde glaçant décrit dans le billet précédent n’était que fiction, mais pas pure imagination. Juste un sinistre puzzle fait de petits morceaux du pire de ce que nous vivons déjà.

Il est urgent de s'atteler à un nouveau puzzle conjuguant de petits morceaux du meilleur !

 

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PS : En dehors du premier (Irdes), tous les liens de cet article renvoient vers d'autres billets plus anciens. Comme le signe que rien ne change... Quand est-ce qu'on se bouge  ?

 

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05 mai 2013

Fiction ?

 

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Journal de 20 heures, 5 mai 20xx

"La caisse nationale d’assurance maladie et le ministère de la santé viennent de confirmer conjointement ce que la rumeur laissait entendre depuis plusieurs mois : la profession de sage-femme va être supprimée.

Lors de la conférence de presse, ministre de la santé et directeur de l’assurance maladie se sont montrés très convaincus : un soignant en moins, ce sont des économies en plus. De fait, dans beaucoup de lieux, l’une ou l’autre des fonctions des sages-femmes sont déjà assurées par un autre professionnel. Il ne s’agit que de généraliser ces exceptions à l'ensemble du territoire. Ils ont d’ailleurs énuméré les nombreux praticiens concernés, diététicien, échographiste, généraliste, gynécologue, infirmier, kinésithérapeute, obstétricien, pédiatre, psychologue, puériculteur…"

 

Afin d'organiser la disparition des sages-femmes, le "parcours maternité" a été verrouillé. Des protocoles stricts encadrent l'action des professionnels afin de diminuer les coûts tout en assurant une prise en charge statistiquement optimale.

Rationaliser les soins est devenu un mot d'ordre. Un rendez-vous mensuel unique est  prévu avec un gynécologue. Toute consultation supplémentaire se fait aux urgences et reste à la charge de la patiente si elle est déclarée injustifiée. Afin de gérer les lits au mieux, les accouchements sont programmés dans la trente sixième semaine de grossesse. Les femmes ne restent ensuite hospitalisées que 24 heures. 

C’est à tout cela qu’elle pense dans la salle d’attente bondée du gynécologue.

Comme chaque mois, elle est accueillie par une  infirmière. Une différente presque à chaque fois. Tension, bandelette urinaire, questionnaire standard avec des cases à cocher... en moins de cinq minutes, c’est bouclé et l'infirmière part déjà s’occuper d'une autre patiente, dans un des box voisins.

Pieds dans les étriers, elle attend l’arrivée du médecin. Il la salue brièvement, jette un oeil sur le questionnaire (toutes les croix dans la colonne de droite = RAS ), procède à un rapide toucher vaginal, fait gicler du gel sur son abdomen et, s’emparant de la sonde échographique, confirme que la grossesse évolue. Rendez-vous dans un mois… Elle aurait aimé le questionner sur les tiraillements qu’elle ressent dans le bassin, les tensions de son utérus, ses insomnies, les larmes qui arrivent parfois sans prévenir… mais il est déjà reparti, la laissant gluante de gel. Son temps est compté et des grossesses pathologiques l'attendent. L'infirmière revient, lui tend quelques feuilles de papier pour essuyer son ventre, essaye vainement de la rassurer : "Inutile de vous inquiéter, le médecin a dit que tout allait bien".

Elle se rhabille, secrétaire, ordonnances standardisées pour le labo, pour l'écho, chèque, programmation du rendez-vous suivant… 

Elle a consulté deux fois aux urgences, une première fois pour "rien", et son compte bancaire a été délesté d'une somme rondelette, une seconde pour une infection urinaire évoluant depuis plusieurs jours, la facture de sa première visite ayant certainement majoré sa "patience". En consultation, elle n'avait pas osé évoquer les premiers symptômes, habituée à entendre que toutes ses plaintes faisaient partie du cortège normal de la grossesse. Mais la gêne s'est transformée en brûlure, son utérus s'est mis à se contracter douloureusement et le médecin des urgences a du l'hospitaliser quelques jours, en ronchonnant sur ce lit que l'on aurait pu éviter d'occuper si elle avait su s' inquiéter plus tôt.

A la date programmée pour la naissance, elle est convoquée à la maternité. L'infirmière installe le monitoring, la perfusion, le scope, l'oxymètre et le brassard à tension automatique. L’anesthésiste fait une brève incursion pour poser la péridurale, avant qu'elle n'ait ressenti la moindre contraction. C'est plus rassurant et de toute façon, elle aura son bébé dans la journée ; soit le travail avance, soit on lui fera une césarienne. Pas question d'embouteiller le service en reportant la naissance au lendemain.

Tous les appareils sont reliés à des écrans de contrôle visibles dans chaque bureau de consultation. L’obstétricien n’a qu’à jeter un œil de temps en temps. De toute façon, des alarmes électroniques sophistiquées signalent toute anomalie. Un nouvel appareil, le colpomètre permet d’évaluer la dilatation sans que le médecin ait à se déplacer.

Toute cette technologie l’impressionne. Elle a bien suivi la préparation virtuelle mais le logiciel ne pouvait prendre en compte ni ses ressentis ni ses angoisses. Pour faire passer le temps, elle regarde la télévision, surfe un peu. La connexion wifi lui permet de rester en lien avec ses amis. Elle ne sait pas vraiment ce qui va se passer. Elle photographie  les écrans des machines et transmet les photos sur facebook en espérant qu’une de ses copines saura la renseigner.

L'infirmière est revenue. Le col est complètement dilaté et l’obstétricien a donné la consigne de pousser. Elle s'applique mais tous ses efforts lui semblent vains. Il est tellement irréel de penser qu'elle va bientôt accueillir son bébé. Le médecin a quitté sa consultation pour finir l’accouchement et son absence se doit d’être brève. Avec cette nouvelle organisation, le taux de forceps a explosé mais tout  le monde le dit, c'est mieux comme ça, les femmes n'ont plus à se fatiguer à pousser. Pourtant, elle se sent si lasse une fois son tout-petit né.

Deux heures plus tard, elle est dans un lit pour l'hospitalisation réglementaire de 24 heures. On lui a expliqué que l’infirmière s’occupera d'elle  et la puéricultrice de son bébé. Ses mamelons sont douloureux et elle se demande à qui en parler, c'est de ses seins qu'il s'agit mais l’allaitement concerne son petit. Grâce à l'écran multimedia, elle envoie un petit message sur Doctissimal, comme une bouteille à la mer...

Le lendemain, elle rentre chez elle. Elle a encore beaucoup de questions, mais heureusement, de nombreux sites peuvent lui donner toutes les informations nécessaires.

Dans les semaines suivantes, elle revoit souvent la puéricultrice car son bébé pleure beaucoup, l’infirmière car l'épisiotomie lui fait mal, le  généraliste pour une crise hémorroïdaire, puis le gynécologue pour un nouvel examen et une prescription de contraception - elle n'a pas eu le temps de lui dire que  pour le moment, la contraception était le cadet de ses soucis- et enfin le kiné qui assure sa rééducation. 

Tous les soignants rencontrés l’ont rassurée. Sa santé et celle de son enfant sont  PAR-FAI-TES !  Elle a l’impression qu'aucun ne peut comprendre ce qu'elle traverse. 

Elle se sent triste, s'inquiète d'un rien, attend chaque rendez-vous avec impatience, en ressort toujours un peu déçue. Elle a déposé des petits bouts de son histoire, de ses émotions, de ses douleurs, de ses questions auprès de chacun. Mais comment reconstruire le puzzle ?

Elle interroge sa mère "Maman, c'est si compliqué à vivre tout ça. La grossesse, l'accouchement et maintenant je me sens tellement perdue avec mon bébé. Toi, comment tu faisais ?"

Sa mère a souri et a simplement répondu, "Moi ? Mais moi, j’avais une sage-femme"...

 

 

Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme. Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à coeur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.
L'International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes.
Pour appuyer l'appel de l'ICM, dix blogueuses et blogueurs sages-femmes ont imaginé un monde où leur profession n'existerait pas...

A lire chez :

Bruit de Pinard 
Ella 
Ellis Lynen
Jimmy Taksenhit 
Knackie
Marjeasu 
Miss Cigogne 
NiSorcièreNiFée 
SophieSageFemme 

 

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28 avril 2013

Timbrée

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J’aime bien les jolis timbres ; pas pour accumuler les gravures crénelées dans de précieux albums, mais très banalement, pour le courrier. Comme un hommage rendu au papier, à l’objet. Si j’osais, je cachèterais mes envois à la cire…

Comme le cachet n’est plus vraiment de mise au temps du net, me reste l’option d’égayer mes enveloppes d’une vignette un peu plus originale qu’une banale Marianne.

Quand le stock s’épuise, je passe à la poste, espérant que le choix ne se limitera pas à «Recettes de terroir » ou « collector Claude François ». La dernière fois, il restait  d‘anachroniques «Meilleurs vœux » et les petits messages de Ben.  Va pour les messages. Pour faire bonne mesure, j’ai pris cinq carnets…

J’aurais pas du !

"J’aime écrire" m’arrache un demi rictus quand je poste un courrier en triple exemplaire (maternité/médecin traitant/gynéco) alors que les destinataires se montrent trop rarement enclins à m’écrire quoi que ce soit…

"Je suis timbré" me parait un double sens dangereux pour accompagner le règlement de mon assurance professionnelle.

"Entre nous" est un peu trop intime pour le médecin du travail que je souhaite convaincre de déclarer en inaptitude (provisoire) une femme enceinte malmenée par son employeur.

 "Enfin de l’art" n’est pas tout à fait bienvenu pour le traitement d’une infection vaginale entrainant divers symptômes inconfortables et malodorants.

"Vous êtes formidables" est un encouragement un tantinet excessif pour mes onéreuses cotisations retraites.

"Gardarem lo moral" serait de mauvais aloi pour cette femme redoutant une nouvelle grossesse trop vite venue.

"J’ai quelque chose à dire" semble un message trop explicite pour ma lettre de réclamation à l’Urssaf.

 "Pour l’instant tout va bien" est un poil anxiogène quand j’adresse copie des résultats à celle qui doit rapidement consulter un spécialiste.

"Les mots c’est la vie" n’est pas adapté à ce médecin bourru qui m’a expédiée en trois mots" Hum, oui, peut-être", lorsque je sollicitais son avis.

"Cette idée voyage" apparaît bien ironique pour le traitement d’une infection sexuellement transmissible.

"Et mots d’amour" ne convient strictement à personne si l’on veut rester strictement professionnelle !

Reste le très tautologique "Ceci est une lettre"...
Enfin m’en reste plus, curieusement les cinq sont déjà utilisés !

 

PS : à celles et ceux qui imaginent qu’il suffirait de choisir un autre timbre pour chaque situation… Essayez… pas si simple !!

 

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21 avril 2013

Géant

 

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Elle fait des gestes, de grands, de très grands gestes…

Elle débute une grossesse et c'est notre première consultation. Elle a déjà une petite fille, née quatre années plus tôt. Elle affirme, selon la formule consacrée, "Tout s'est très bien passé". Les neufs mois d'attente ont été sereins, l'accouchement s'est déroulé simplement, "presque" tout seul.

Le "presque", c'est juste un "petit forceps". Je tente de lui en faire préciser les circonstances. Mon intérêt semble la surprendre. Elle s'autorise du coup un récit détaillé, décrit très précisément toutes les étapes, les premières contractions ressenties à la maison, l'arrivée à la maternité, le monitoring, l'attente, l'immobilité, la péridurale salvatrice. Puis, au moment d'évoquer la dernière phase, son corps se met en mouvement. 

Elle mime bras tendus l’arrivée de l’obstétricien, suggérant d’immenses instruments de métal brandis par le médecin.

Repousse le bureau pour suggérer une puissante traction,

Zèbre l’air à grands coups de poignet pour expliquer l’épisiotomie,

Et conclut par de grands cercles de la main figurant le trajet d’une gigantesque aiguille venant joindre les chairs.

Quelque chose me dit que son excellent souvenir affirmé en conclusion mérite d’être un peu interrogé.

 

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12 avril 2013

Odile vend sa soupe

 

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Odile Buisson veut vendre son livre et elle fait le nécessaire pour qu'on en cause,  se répandant dans tous les médias, assaisonnant un peu plus les sages-femmes à chaque nouvelle occasion. La seule riposte sensée, c’est de surtout ne pas acheter son bouquin, même si vous brûlez de savoir quelles autres absurdités l’on peut y trouver, même si une telle accumulation de mépris vous donne envie de décortiquer chaque affirmation pour mieux la démonter.…

Dans le dernier article publié par Charlie Hebdo, le propos devient réellement caricatural.

L'hebdomadaire a offert aux sages-femmes une réponse de 2000 signes pour commenter l’article en ligne.

2000 signes ça peut-être trop long : "Ce torchon est un tissu de mensonges juste bon à rejoindre le compost - entrisme écologique oblige - au fond de mon jardin."

Ou trop court  : cet article fait 5050 signes ; c’est selon.

Depuis le 18 mars, j'ai publié cinq billets pour décortiquer le livre. Je l’ai fait calmement, en argumentant point par point, afin de mettre en évidence les approximations, omissions, sophismes et autres dérives de l’auteur. Et m'étais promis de ne plus y revenir.

L''argumentation est inutile face à la mauvaise foi multi martelée.

Odile se contrefout des femmes et la bannière du féminisme n’est là que pour donner un semblant de probité à une attaque qui n’est que corporatisme, mesquinerie, stupide lutte de pouvoir dont les femmes seraient, si ses thèses était reprises par d’autres gynécologues, les premières victimes.

"Qu’elles soient les gynécologues du futur, bienvenue, au contraire. Mais qu’elles se forment pour faire le boulot !"
Mais toute la question est là chère Odile, nous ne sommes pas gynécologues, nous sommes sages-femmes. Nous réalisons les dépistages et orientons vers les spécialistes quand cela est nécessaire.

Mais c’est moi la sage-femme qui vient  de repérer une contre-indication formelle à la prise d’une contraception oestro progestative  renouvelée depuis des années par un gynécologue hautement formé, c’est moi la sage-femme qui explique à la dame que contrairement à ce que lui affirme son gynéco, les anti-inflammatoires ne sont pas contre indiqués avec un DIU(stérilet) au cuivre, c’est moi la sage-femme qui donne pour 21€ les réponses que le gynéco à 80 € n’a pas daigné fournir, les dix minutes imparties à la consultation étant écoulées, et c’est encore moi la sage-femme qui explique que le retrait n’est pas une méthode de contraception alors que le gynéco s'est contenté de différer (sans autre bonne raison que sa propre habitude) la prise de pilule, demandant d'attendre le retour de couche. * 

Je connais de nombreux gynécologues qui font extrêmement bien leur travail, se montrent disponibles, sont à l’écoute de celles qu’ils reçoivent, soucieux d’adapter traitements et conseils à chaque personne accueillie. Ceux-là - étonnamment ! -  se réjouissent de notre collaboration qui libère un peu de leur temps pour les situations nécessitant leur expertise.

"Elles sont de profession médicale, bien sûr, mais elles n’ont pas franchement de comptes à rendre".
Pas de compte à rendre ? Nous en avons, et comme tout soignant, à rendre d’abord à celles dont nous prenons la santé en charge. Ce qui défrise Mme Buisson, c’est  que les sages-femmes osent s’affranchir de la tutelle des gynécos pour imaginer travailler en partenariat plutôt que sous leurs ordres !

"Et moi, je n’aime pas trop les milieux clos féminins, où il peut y avoir un entrisme écolo ou religieux".
Quelle belle leçon de féminisme ! Ces pauvres êtres influençables que l’on nomme femmes seraient donc à la fois en quête perpétuelle de gourou et incapables de se défendre des attaques écologistes (j’avoue, j’ai ma carte EELV) ou religieuse (suis pas baptisée, j’ai bon ?).

"Parce que, dans les maisons de naissance, les sages-femmes ont le droit de faire des dépassements d’honoraires…"
Rappelons que les maisons de naissance n'existent pas mais que, dans l' attente d'une expérimentation officielle, certains lieux tentent de s'en rapprocher. Le seul visité par Madame Buisson est Pontoise et les sages-femmes y sont salariées.
D'autres sages-femmes, ailleurs, pratiquent l’accompagnement global. Elle sont disponibles à chaque instant le dernier mois de la grossesse, assument l’entière responsabilité de l’accouchement, accompagnent tout le déroulement du travail, de la naissance et des heures qui suivent pour 313 € dont il faut retirer au minimum 50 % de charges… plutôt que déplorer d'éventuels dépassements d'honoraires, Odile Buisson aurait pu à raison s'offusquer de ces tarifs ridicules.
Le reproche est en outre particulièrement savoureux venant de celle qui a choisi d’exercer en secteur 2 (cf site ameli-direct.ameli.fr)

 

Voilà, il suffit ! Vos erreurs et errances ne méritent pas que l'on s'y attarde plus.  D'aucuns ont pu vous croire sincèrement préoccupée par la santé des femmes. Vous ne défendez que vous même.

Mais les femmes, soyez en certaine, n'en sont pas dupes.

 

 

*hasard ou coïncidence, je jure que trois de ces quatre situations datent de moins de 24 heures.

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