22 mai 2011

SMAR

 

Ce billet vient rattraper un oubli de taille : évoquer la SMAR, Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté... qui se termine aujourd'hui.

Une insomnie m'a offert la rediffusion nocturne d'un documentaire consacré aux Monty Python ; l'occasion de revoir de nombreux extraits de leur filmographie. Et plus particulièrement, "The Miracle of life", scène d'accouchement inaugurant "Le sens de la vie" (1983)

Une femme au ventre proéminent, allongée sur le dos, pieds dans les étriers, observée par de nombreux spectateurs - sans son conjoint invité à sortir car "il ne fait pas partie des personnes concernées" - relève la tête pour demander ce qu'elle doit faire...
Le médecin répond d'un ton sans appel "Nothing, you're not qualified" ! puis se retourne pour s'extasier sur sa machine qui fait "ping".

Bientôt 30 ans depuis la sortie de ce film et l'amère impression que cette parodie tenait de la prophétie.

Les maternités ont peu à peu été envahies par un matériel sophistiqué, de plus en plus coûteux, de plus en plus prégnant.
La grande majorité des naissances se passent sous péridurale (76% en 2008) et les femmes se retrouvent branchées de toutes parts. Le cathéter analgésique s'insinue entre les lombaires, les capteurs du monitoring ceinturent le ventre, un tensiomètre se gonflant à intervalles réguliers enserre un bras, tandis que l'autre est piqué d'une perfusion dispensant sérum sucré et hormones de synthèse. Parfois, la technique s'impose encore un peu plus en ponctuant le torse maternel de trois électrodes reliées à un scope, voire en pinçant un oxymètre de pouls à l'extrémité d'un doigt.

Autant de machine en mesure de faire "ping"avec plus ou moins de discrétion...
La sécurité est à ce prix nous dit-on.

Les sages-femmes étaient dans la rue il y a une semaine pour dénoncer (entre autres !) leur sous-effectif.

Soutenir une mère pour reculer ou éviter le recours à la péridurale, écouter régulièrement un enfant pour la libérer du monitoring, guetter d'une main légère la contraction suivante pour en évaluer l'intensité, être attentive à cet enfant, à cette femme qui à coup sur ne fera ni chute de tension ni arrêt cardiaque (!) sans signes annonciateurs nous alertant ! Préserver un espace intime qui lui permettra de sécréter ocytocine et endorphine en toute efficacité...

Beaucoup moins d'onéreuses machines qui font ping.
Beaucoup plus d'humanité.
Et une technicité qui ne serait convoquée que par nécessité médicale, alors salutaire et bienvenue.

Récemment, une jeune mère qualifiait son accouchement de catastrophique tout en en faisant un récit parfaitement lisse, examens, surveillance et actes s'enchainant pour une prise en charge "irréprochable" dès son arrivée à la maternité...
Mais pourquoi cette émotion qui perlait à chacun de ses mots ?
Finissant par exploser "On s'est très bien occupé de moi mais personne ne s'est/ne m'a demandé comment j'allais !"

L'événement fondateur de la naissance devenu simple transition mécanique entre un enfant dedans et un enfant dehors.
Piiiiing...

 

 

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21 mai 2011

Esseulée

 

Il y a quelques mois, après la naissance de son quatrième enfant, toujours allaité avec bonheur, elle a choisi de prendre un congé parental pour mieux se consacrer à sa famille. Exerçant en libéral, elle a la certitude de reprendre son travail dans quelques temps et jouit même de la liberté de le faire quand elle le décidera ; situation - en apparence - idéale.

Elle m’explique pourtant combien elle se sent isolée chez elle, combien ces semaines rythmées par les horaires scolaires des ainés, les tétés du dernier, la préparation des repas, le ménage et les tournées de lessive lui pèsent.
De temps à autre, elle rencontre des amies mais les seules disponibles en journée ont comme elle cessé de travailler et les conversations tournent encore et toujours autour des enfants et de préoccupations domestiques.

Sa vie sociale lui manque.

Ce jour là, elle me raconte avec gourmandise sa récente sortie pour une occasion « imposée », se réjouissant des échanges - enfin éloignés de son quotidien familial - avec d’autres adultes.

Rien de très surprenant si ce n’est l’occasion en question...
... une sépulture.

Devant sa jubilation, je me hasarde à suggérer que ce devait être une personne à laquelle elle n’était pas très attachée ?
«Ah si, quand même !».

 


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14 mai 2011

TélescopageS

Deux faits divers dramatiques viennent très durement confirmer certaines des revendications portées ce 12 mai.
Au soir de la manifestation, rentrée dans ma province, me suis jetée sur les JT de la nuit pour apprendre ce qui se disait de notre mobilisation.
Le premier journal regardé (France 3) n’en disait absolument rien (!!!) mais développait largement l’histoire de cette jeune femme ayant accouché très prématurément et seule à hôpital de Montauban.
Le jour suivant, nouveau drame à Lille avec l’erreur d’une étudiante qui confond deux patientes et provoque une fausse couche chez une femme hospitalisée pour un cerclage.
Affligeantes histoires.

Pour la première, par charité, je ne m’étendrai pas sur la communication calamiteuse de la direction de l’hôpital, mettant en avant un nombre de sages-femmes conforme aux décrets (ben oui, on le sait bien qu’il faut revoir ces décrets, les normes sont minimalistes) et une trop grande prématurité interdisant tout essai de réanimation. Contre exploit médiatique que de défendre ainsi l’hôpital sans jamais un mot de compassion pour cette mère, sans imaginer que la grandeur de la médecine consiste aussi à savoir être là quand on ne peut plus rien…

Pour la seconde, l’erreur est exemplaire de la mal-communication entre soignants et soignés. Mais le surmenage perpétuel des équipes n’est il pas en partie responsable ? Pour communiquer, il faut la volonté de le faire, mais aussi le temps, la disponibilité…

Alors pourquoi aucun des médias développant ces faits divers* n’a l’idée de les rapprocher des slogans brandis par les manifestants « Une femme, une sage-femme », « Sages-femmes malmenées, sécurité en danger » etc… Pourquoi aucun ne cherche à analyser les causes de ces drames ? **
L’incurie de journalistes refusant de prendre le moindre recul, de tenter un semblant d’analyse, se vautrant dans le pathos sur le dos de parents éplorés aurait presque suffit à gâcher ma joie d'une manifestation réussie.

Pour la gâcher tout à fait, j’apprenais hier soir une nouvelle attaque de nos amis les obstétriciens.
Qui mérite une analyse de texte détaillée…

A la veille de la Journée des sages-femmes, le SYNGOF tient à reconnaître et à saluer leur rôle indispensable dans le confort et l'humanité qui entoure la naissance dans notre pays et qu’elles contribuent à renforcer.
Outre une rédaction manquant quelque peu de grâce, le mépris suinte dès cette première phrase qui nous dénie toute responsabilité médicale et nous renvoie à une caricature de nonnes épongeant avec dévouement le front des femmes en couche.

Mais il convient de demeurer vigilants sur la sécurité de l’accouchement qu'elle ne peuvent assumer seules et dès lors ne pas se laisser entraîner vers un assouplissement des procédures que notre pays a mis de longues années à faire vivre pour garantir à toutes les femmes et tous les nouveau-nés une sécurité constante.
Ainsi, nous ne pouvons assumer un accouchement seules ??? Alors que plus de la moitié des accouchements sont accompagnés/ réalisés/assistés (je cherche le mot juste !) par les seules sages-femmes ???  Et que la totalité des accouchements sont "surveillés" par les sages femmes qui ont en responsabilité le dépistage de toute anomalie ?

Il ne faudrait pas, attirés par des discours démagogiques, voire s’approchant du sectaire, de quelques-uns, que soit baissée la garde des normes et des recommandations.
On retrouve l’accusation sectaire, mise en cause facile, mille fois employée dès que l’on ose un tant soit peu s’affranchir du discours officiel. Pourtant nos propositions s’appuient sur des données scientifiques***, sur l’expérience de nombreux autres pays qui font autrement et mieux que nous. Nous n’invoquons pas la divine providence, nous pensons (si, si je vous assure, une sage-femme peut penser par elle même), nous analysons, nous randomisons…. et nous concluons que notre organisation française est dispendieuse, déshumanisée et pas assez sécuritaire !

Le travail d’équipe des sages-femmes, des gynécologues avec le renfort des nouveaux spécialistes de médecine générale doit toujours être réfléchi en conservant la préoccupation de ne pas laisser réaugmenter la morbi-mortalité périnatale.
Vous noterez le petit appel du pied vers les médecins généralistes, pourtant longtemps négligés par leur confrères spécialistes. Dans le domaine de la maternité et de la gynécologie "normales",  sages-femmes et médecins généralistes ont beaucoup à partager. Devant la fronde des sages-femmes et le soutien grandissant des usagers, on serre les rangs et on appelle à la rescousse ceux que l’on ignorait hier.

Les femmes le savent bien et dans leur quasi-totalité plébiscitent dans les sondages (Etude Magic Maman 2011)****, l’organisation actuelle. Rappelons, pour mémoire, que dans un sondage récent 96% des jeunes mamans estimaient avoir été bien prises en charge médicalement et 85% bien prises en charge humainement. Il faut y voir la signature du travail conjoint des sages-femmes et des gynécologues. Ne laissons pas refleurir périodiquement les modes délétères de l’accouchement "comme chez soi" !
Dans le même temps, laissons les maternités fermer et les femmes parcourir de nombreux kilomètres pour se rendre dans un lieu de naissance ; c’est bien connu, accoucher dans sa voiture sur le bas coté d’une départementale est une approche sécuritaire… Je n’ai pas connaissance d’un communiqué de presse du SYNGOF s’élevant contre les fermetures de maternité de proximité ( lors de l’AG du 12 mai, une sage-femme expliquait qu’après la disparition de son établissement, les femmes se retrouvaient à 80 km de la maternité la plus proche…).
En parallèle, continuons à ignorer les résultats positifs d'expériences étrangères, à hyper-techniciser les accouchements, à dépenser inutilement l’argent public. Continuons à refuser "l'assouplissement des procédures" (sic), à écarter toute innovation dans les prises en charge... ne touchons à rien.
Dormez braves gens, tout va bien !

Je l’ai déjà écrit ici, je ne fais la guerre à personne. Comme le SYNGOF ose le souligner, la périnatalité a besoin d'une équipe, c'est à dire des compétences - médicales ! - conjointes des sages-femmes, des généralistes et de divers spécialistes.
Mais de la même manière que je respecte le travail et les savoirs de ces praticiens, j’aimerais qu’ils respectent les miens.

 

*cf ce très complet billet de Knackie
**une exception découverte ce matin
***lire par exemple ici ou ici ou encore ici...
****cf ce communiqué du Ciane qui n'a pas tout à fait la même analyse...


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13 mai 2011

Nous partîmes 5000

manif_blog

 

Un rapide passage pour témoigner que la manifestation des sages-femmes a rassemblé de nombreux professionnels et étudiants tous unis derrière la banderole "Une femme, une sage-femme".
Nous étions nombreux, joyeux et déterminés à voir la périnatalité se réorganiser autour de notre profession. Comme je l'écris souvent ici, à chacun sa place !

Encourageons les femmes à s'adresser aux sages-femmes pour leur maternité et leur suivi gynécologique. A nous ensuite de les réorienter vers les médecins quand ce suivi sort du cadre de la physiologie.
                                                                             Sages-femmes : premiers recours !

Ne nous leurrons pas, la rencontre au ministère* n'a rien donné de concret. On nous renvoie vers nos divers interlocuteurs (UNCAM, DGOS, CNNSE...) pour tenter de faire avancer les dossiers.

Par exemple, la question de l'assurance pour les accouchements à domicile a été qualifiée de dossier très complexe et en cours d'étude... On avance hein ? On sent de l'enthousiasme et du soutien.
Pour les maissons de naissance,  c'est pas de leur faute non plus. Pourtant, après que le conseil constitutionnel ait retoqué l'article 67, il faudrait bien présenter un nouveau projet de loi non ???

Nous serons fortes grace aux soutien des femmes, des couples et des familles qui devraient, qui vont
- se tourner massivement vers les sages-femmes
- refuser d'être expédiés dans des consultations trop courtes avec dépassements d'honoraires
- refuser de rencontrer x soignants différents en 9 mois
- exiger plus d'  " Humanité, sécurité, proximité"  (titre du dernier plan périnatalité) en réclamant plus de sages-femmes (et en soutenant la revalorisation de notre profession ; les salariées sont sous payées, des cabinets de libérales ferment face à l'augmentation des charges )

Prochaine mobilisation : le 18 juin, partout en France. Toutes les idées sont bonnes à prendre pour faire parler de notre profession et inciter les femmes à venir vers nous... Les initiatives peuvent aussi être menées par vous les "usagers".  Les commentaires sont ouverts à toute suggestion !!!!

 


* compte-rendu à lire par exemple  ici

 

 

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09 mai 2011

Jugée

Sa voix tremble en racontant.
Quelques années plus tôt, un accouchement, banal.
Dilatation plus que rapide, descente éclair d’un bébé dont le rythme cardiaque traduit la difficulté à s’ajuster à ce tempo… Pas le temps cependant de s’inquiéter puisque l’enfant surgit si hâtivement qu’elle l'accueille avant d'avoir pu enfiler ses gants.
Cette arrivée précipitée conduit le nouveau-né en service de néonatalogie pour "difficultés d’adaptation à la vie extra utérine". Episode de courte durée mais bien évidemment douloureux pour les parents venant rendre visite à leur petit placé en couveuse, perfusé, bardé de capteurs reliés à divers appareils dont chaque bip vient aviver leur stress.
L'enfant quitte le service quelques jours plus tard sans inquiétude aucune sur son état de santé.

Sans inquiétude sauf celle de ses parents, mal apaisée par une équipe médicale quelque peu elliptique, « ne vous inquiétez -pas, tout va bien » et majorée par leur jugement hâtif sur la sage-femme. En effet, aux yeux de ce couple plutôt austère, décontraction de la coiffure et - discret - percing au sourcil ne peuvent que s'associer à un manque de rigueur professionnelle voire à une réelle incompétence.

Ils portent plainte.
Le dossier est analysé à la loupe, que dis-je au microscope. Sur cet accouchement extrêmement rapide, peu de notes évidemment. Mais tout devient sujet à caution.
La dilatation a fait un bon de 4 cm en un quart d’heure. Impossible ! affirme un expert qui s'indigne également de l’absence de forceps alors que l’enfant est sorti en une seule poussée.
La sage-femme a noté un élément de son examen suivi d’un point d’interrogation sur le dossier. Il lui est opposé que les professionnels n’ont pas le droit de s’interroger, qu’ils ne peuvent qu’affirmer.

Les conclusions de la justice sont léonines : tout va bien mais on ne sait jamais. L’enfant sera suivi afin de s’assurer qu’aucune anomalie de développement ne surviendra dans les années à venir. Le tribunal, en se voulant prudent (!), a choisi la meilleure façon d'entretenir l'angoisse parentale.

Pour la sage-femme aussi, ces conclusions sont une bombe à retardement. Elle n’a depuis aucune nouvelle de cette famille mais elle imagine que la moindre défaillance scolaire, la plus petite anomalie du comportement de ce bambin pourraient lui être un jour reprochées. 

Comment ensuite assurer son travail sereinement ? Comment ne pas moins se préoccuper d'accompagner et soutenir une femme que de remplir minutieusement le dossier la concernant ?  Comment ne pas multiplier examens et vérifications afin d'espérer exclure le doute ? Comment ne pas se conformer strictement aux protocoles, en oubliant ainsi la singularité de chaque être humain, pour imaginer se protéger de tout reproche ?

Comment ne pas travailler pour la justice plutôt que pour les parents…

 


J-3  : Rendez-vous devant la maternité de Port-Royal jeudi à 11h pour défendre la naissance respectée : " Une femme/une sage-femme".

Faites circuler l'appel. Sages-femmes et parents, nous nous devons d'être nombreux !

 


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05 mai 2011

Célébrées ?!

Le 5 mai est la journée internationale de la sage-femme.

Journée où je découvre cet article publié sur Magic maman : "Grossesse : être suivi par une sage-femme, combien ça coûte ? "

Pour suivre votre grossesse, vous pouvez choisir une sage-femme. Si votre grossesse ne présente aucun risque, son travail sera de vous accompagner avant, pendant et après l’accouchement. Combien coûte les consultations ? Les examens sont-ils remboursés ? Tout ce que vous devez savoir sur la prise en charge de votre grossesse par une sage-femme.

Il n’y a, à priori, aucune différence de prise en charge des frais de votre grossesse selon que vous êtes suivie par un médecin ou par une sage-femme. Votre sage-femme peut pratiquer en milieu hospitalier public ou privé, être libérale ou travailler dans un PMI (qui a essentiellement un rôle de prévention).
Généralement, une sage-femme indépendante est conventionnée, ce qui vous assure l’application de tarifs conventionnels ainsi qu’un remboursement de ses honoraires à 100 %.
Faux,  nos soins sont pris en charge entre 70 et 100 % ;  la prise en charge au titre de l’assurance maternité est de 100%, le reste à 70%
En cas de non-conventionnement, le remboursement s’élève alors à 75 %.
Faux Le remboursement se fait sur un tarif dit d’autorité inférieur à 1€ par consultation.

 
Pour une sage-femme conventionnée, vos consultations de suivi, vos séances de préparation à la naissance, c’est-à-dire l’ensemble de vos examens médicaux obligatoires, sont pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de base de l'Assurance Maladie. Le tarif conventionnel applicable depuis avril 2008 est de 17 € pour une consultation.
Faux 19 € pour une consultation de grossesse.

Au sixième mois, vient la quatrième consultation de suivi. Si pendant les 5 premiers mois de votre grossesse, vos frais médicaux sont remboursés aux tarifs habituels, à partir du premier jour de votre sixième mois de grossesse, tous vos frais médicaux remboursables sont pris en charge à 100 %. 
La première consultation de suivi avec votre sage-femme (qui se déroule avant le troisième mois de grossesse) est prise en charge à 100 %. Vous bénéficiez ensuite de plusieurs consultations de suivi échelonnées au cours des 9 mois.

Lors du premier rendez-vous, votre sage-femme vous prescrit votre première échographie qui est prise en charge à 70 %, ( c’est la même chose lorsque l’échographie est prescrite par un médecin) ainsi que des examens sanguins (groupe sanguin, dépistage de la rubéole, de la toxoplasmose, de l'hépatite B, etc.) qui sont intégralement pris en charge.
Lors de cette première consultation et en fonction de votre situation de votre grossesse, votre sage-femme peut aussi vous préconiser un frottis pour le dépistage du cancer du col de l’utérus qui est pris en charge à 70 %.
Pas en fonction de la grossesse mais de la date du dernier frottis réalisé  (plus de 2 ans)

Afin de détecter certaines maladies génétiques, elle peut aussi vous proposer un caryotype fœtal et une amniocentèse qui sont entièrement pris en charge (sous réserve de l’accord préalable du service médical de votre caisse d’Assurance Maladie pour le caryotype fœtal).
Faux : elle propose (et c’est obligatoire de le proposer) un dépistage sanguin du risque de trisomie 21. Si les résultats montrent un risque supérieur à 1/250, elle vous adresse au médecin et c’est avec ce praticien que la décision d’amniocentèse se prend.

Les examens médicaux du suivi de la grossesse sont tarifés à 19 € selon la Sécurité Sociale.
Ben oui, 19 et pas 17 €
 
Au quatrième mois de grossesse, lors de votre deuxième consultation de suivi, votre sage-femme vous propose de débuter vos séances de préparation à la naissance. Dans la limite des tarifs de base, votre Assurance Maladie prend intégralement en charge vos 8 séances de préparation à l’accouchement classique. A noter : les autres préparations (sophrologie, haptonomie, etc.) ne sont pas remboursées par la sécurité sociale.
Faux : sophrologie, yoga, haptonomie piscine peuvent être remboursés au titre de la préparation à la naissance. Cependant les sages-femmes sont tenues d’associer à ces "techniques" des temps d’informations et d’échanges sur la maternité, la parentalité etc…
 
Au cinquième mois, vous avez rendez-vous avec votre sage-femme pour votre troisième consultation de suivi, ainsi que pour votre deuxième échographie qui est là encore prise en charge à 70 %.
Au huitième mois de grossesse, votre troisième et dernière échographie (si votre grossesse ne présente aucun risque) est prise en charge à 100%.
 
Après l’accouchement, plusieurs examens vous sont proposés par votre sage-femme, ils sont tous pris en charge à 100 % :
- Deux séances individuelles de suivi postnatal, du 8ème jour suivant l’accouchement jusqu’à l’examen médical postnatal, au tarif conventionnel de 18.55 €
Faux : Ce n’est  pris en charge à 100% qu’entre le 7ème et le 11ème jour après l’accouchement (sinon 70%)

- La consultation postnatale obligatoire,
- Ainsi que des séances de rééducation périnéale.

Dommage d'omettre le suivi à domicile  en cas de sortie précoce, les consutations d'allaitement, le suivi du nouveau-né ...

En fonction de votre mutuelle et de ce que votre contrat prévoit, votre complémentaire santé peut prendre en charge les dépassements d’honoraires et compléter le remboursement de la Sécurité Sociale.
C’est vrai. Mais n’oublions pas que la prise en charge des dépassements d’honoraires (dépassements théoriquement interdits aux SF conventionnées) par les mutuelles contribue à augmenter leurs primes et à réduire l’accès aux complémentaires pour les moins riches…

Certaines sages-femmes appliquent également le tiers-payant, n’hésitez pas à interroger la vôtre à ce sujet !

En résumé, un gentil papier qui promeut le recours aux sages-femmes mais qui aurait gagné à un peu plus de précision…


J-7  : Tous à Paris à jeudi prochain à 11h devant la maternité de Port-Royal !


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03 mai 2011

Consentir

"Ils veulent la césariser ! "
C’est par ce coup de fil laconique et furieux que j’apprends le déroulement de leur dernière consultation. Le premier bébé de ce couple de médecins - elle généraliste, lui urgentiste - a la mauvaise idée de se présenter par le siège. Au vu des mensurations du bassin, l’obstétricien vient de refuser la voie basse.

Ils rêvaient d’une naissance douce, d’une médicalisation minimale sinon absente, convaincus l’un et l’autre que l’accouchement est un acte naturel, qu’il ne peut que bien se passer si l’on prend soin d’en respecter le rythme et la physiologie.
Cette décision de césarienne vient brutalement interrompre leur rêve.

Ils arrivent rapidement, elle abattue, lui furieux.
Il me tend le compte-rendu du radiologue, espérant qu’en une phrase rassurante, je lui confirme le bien-fondé de sa colère. Mais les mesures sont mauvaises. Cela ne m’étonne pas ; je connais bien l’obstétricien qui les suit et je le sais peu enclin à médicaliser sans raison. Une présentation par le siège ne l’embarrasse pas… sauf si elle s’accompagne d’un bassin qualifié de limite.

Il s'emporte, affirme sa confiance, dénonce les excès de la médecine défensive…tonne contre ce gynécologue trop prudent sinon carrément peureux…
Il évoque ses amis obstétriciens éparpillés dans d'autres régions, énonce sa volonté de chercher parmi eux celui qui acceptera de les accompagner dans un accouchement par voie basse.

Je souligne que le bassin est réellement limite, que leur bébé s’annonce réellement gros et que très certainement, tous prôneront la même attitude.
Il tonne encore, m’accuse d’être de leur coté, du coté des timorés, des peureux, de ceux qui ne savent rien de la vraie vie et de la vraie obstétrique…
De temps à autre, il détourne le regard vers elle, quêtant son approbation. Mais elle reste muette, prostrée, pleurant son rêve d’accouchement volé.

Je tente d’expliquer encore… l’absence de certitude… le risque de rétention de tête dernière, le pari qu’on ne peut faire sur la santé d’un enfant.
Notre discussion est dans l’impasse. Il ne veut pas entendre mes arguments, je ne peux accepter les siens même si je comprends leur déception.

Ce qui mettra fin à notre duel  sera ma dernière provocation…
Il est médecin urgentiste, a déjà accompagné des naissances, est formé pour cela. Je le lui rappelle. Rien ne les empêche, s’il est, s'ils sont aussi certains d’avoir raison, de mettre ce bébé au monde tous les deux à la maison ; mais ils ne peuvent demander aux autres praticiens d’endosser la responsabilité de cette décision que la raison médicale réprouve…
C’est finalement d’être ainsi placés au pied du mur qui les convaincra. D'une certaine façon, ils retrouvent la liberté de choisir. Ce n'est plus l'obstétricien qui impose sa décision mais eux qui décident de suivre son avis.
Ils acceptent la césarienne.

 


J-10 !



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28 avril 2011

Im-Pass

Depuis quelques jours, les médias annoncent l’arrivée du «Pass contraception» dans les lycées d'Ile de France.
Rendre la contraception accessible à tous les jeunes sans avoir à passer par la carte vitale parentale et les relevés de sécu familiaux apparaît une excellente idée ; pas aux yeux de la PEEP cependant dont la vice présidente intervenait mardi dans le journal de 13h de France 2 et s’offusquait que l’on contourne ainsi l'autorité parentale…

Morceaux choisis…

On disqualifie les parents d’un rôle important, celui d’assurer la santé de leurs enfants
La pilule n’est pas un médicament anodin. Moins anodin que de subir une IVG ?

Elle doit se prendre avec un grand nombre de précautions et je ne suis pas certaine que les jeunes adolescentes de 15 ou 16 ans lorsqu’elles vont rencontrer leur gynécologue aient toute la capacité, la connaissance pour répondre à l’interrogatoire familial qui sera nécessairement fait puisqu'on sait que la pilule génère -Allons y pour un petit couplet anxiogène ! Les méfaits annoncés de la contraception, comme un retour aux années 60 - dans certains cas des thromboses graves, des embolies, des AVC, voire des phlébites et para phlébites. La phlébite pire qu’un AVC ? Il faudra nous expliquer cette curieuse gradation !

Question de la journaliste : Qu’est ce qui vous choque, que l’on préserve l’anonymat des élèves vis-à-vis de leurs parents ?
On devrait d’abord inciter les jeunes à avoir un vrai dialogue avec leurs parents. Les parents doivent être associés à la démarche. Lorsqu’une jeune fille prend la pilule elle doit la prendre régulièrement. Ca doit être accompagné - Est ce à la famille de se préoccuper de la prise quotidienne ?

Elle doit quand même avoir un point d’appui et une écoute. Qui peuvent lui être donnés par une autre personne que ses parents. C’est à la jeune fille de choisir vers qui se tourner, sur qui s’appuyer.

La journaliste : Le nombre d’IVG de mineures ne baisse plus depuis des années. Il y en a 13 000 par an, c’est énorme!
Ce sont des chiffres de 2006 qui n’ont pas été remis au goût du jour (sic). Les mineures représentaient 5 % des femmes ayant eu une IVG en 2001 et 6 % en 2005, 2006 et 2007 (voir ici ). I. Nizand évoque 15 000 jeunes filles concernées l’année dernière.

On a dans tous les établissements scolaires des séances d’éducation sexuelle qu'on a beaucoup orientées vers la préservation des maladies sexuellement transmissibles et c’est peut-être une erreur parce que le préservatif ne fait pas tout. Les préservatifs ne sont pas fiables à 100 %. Raccourci dangereux qui pourrait laisser penser que les préservatifs ne protègent pas des MST...

On est en 2011 et la contraception reste une affaire de femme. En même temps, ce sont les femmes qui se retrouvent enceintes ; mieux vaut compter sur leur propre vigilance !

On doit responsabiliser les garçons à connaitre le corps d’une femme (re-sic), qu’est ce qu’un cycle, comment ça se passe. Et revenir au vieil Ogino en leur proposant de compter les jours "dangereux" ?

La contraception n’est pas un médicament anodin.

On l’aura compris, au sein d'un discours prétextant se préoccuper de la santé des "jeunes filles" et appeler les "jeunes hommes à se montrer respectueux" s’inscrivent en filigrane l’inanité d’une sexualité adolescente et la volonté de la contraindre à l’inexistence. Que le nombre d’IVG bondisse n’est qu’un épiphénomène ; la bonne éducation de nos filles est à ce prix !


Autre raison de mon ire : Le martelage médiatique de ce pass-contraception omet curieusement un mot, celui de sage-femme.
Les journalistes ont systématiquement court-circuité notre profession dans leurs papiers. La plupart n’ont exposé que la gratuité d'une consultation chez un gynécologue, certains se sont aventurés à un plus rassembleur "médecin", plus rarement encore le planning familial a été cité mais jamais je n'ai entendu évoquer la possibilité de consulter une sage-femme (option nommément proposée par le pass).

Ainsi, les jeunes rebelles à la consultation gynécologique, parfois intimidées par leur trop connu médecin de famille, éventuellement éloignées d’un centre de planification, ne sauront pas qu'elles peuvent aussi se tourner vers un autre professionnel, la sage-femme.
Je n’imagine aucunement voir des hordes adolescentes se ruer vers nos cabinets… mais le rôle de l’information n’est-il pas d’informer ?

Notre transparence médiatique est décidément aussi flagrante qu’irritante.


Edit du soir : voir ici pour avoir une idée plus précise de ce pass


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26 avril 2011

Projetés

Parents d’un petit garçon, ils attendent avec bonheur leur second enfant. Ils n’ont pas souhaité connaitre son sexe lors des échographies. Dans l’attente de sa découverte, ils ont choisi avec soin deux prénoms.
Le jour de la naissance, c’est un second garçon qu’ils accueillent avec émotion.

A la très rituelle question «Comment l’appelez-vous ?»
Ils annoncent fièrement «Hugo».

Bref silence dans la salle de naissance.
Puis l’auxiliaire de puériculture s’aventure à souligner : «Hugo, vous en êtes certains ? Vous ne craignez pas que…?»
Le regard des parents se fait interrogateur. Que pourraient-ils craindre de ce si joli prénom ?

Il faudra donc qu’elle précise un peu plus.
«Comme votre ainé s’appelle Victor… Victor et Hugo...»

Le sourire des parents s’efface un peu. Ils n’y avaient pas pensé.
Présents à leur premier enfant, attentifs à cette seconde grossesse, ils n’avaient pas encore fait ce pas.
Imaginer leur vie avec deux enfants.

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21 avril 2011

Inutile

Chaque week-end, le numéro d’une sage-femme est indiqué sur les répondeurs de tous les cabinets des environs. Cette organisation préserve nos temps de repos tout en assurant les rares suivis de grossesses nécessitant un passage quotidien ou les visites aux accouchées sorties rapidement de la maternité.
Cette semaine, c’est moi qui m’y colle. Le dimanche s’annonce calme mais je reste au bout de mon portable au cas où…

Le cas où, c’était elle. Une voix angoissée «Pardon de vous déranger mais j’ai besoin d’être rassurée».
Enceinte de six semaines, elle perd du sang depuis la veille au soir, sans facteur déclenchant ; saignements peu abondants mais continus. Evidemment, son inquiétude est grande.

Elle appelle d’abord SOS médecins. Le praticien venu la voir l’examine mais ne peut la rassurer sur l'évolution de sa grossesse sans examen complémentaire. Il lui prescrit une échographie.
L'hôpital contacté ensuite refuse de la recevoir un dimanche puisqu'elle ne se vide pas de son sang. L’interne de garde a justifié son refus «A ce stade, on ne peut rien faire». Effectivement ces saignements peuvent être sans importance ou annoncer une fausse couche mais la médecine est impuissante à protéger une grossesse débutante.
Ce n’est donc pas une urgence et son angoisse devra attendre le lendemain...

Alors elle tente de joindre une sage-femme et c’est mon numéro qu’elle trouve.
Enfin une oreille. Elle se plaint du médecin venu pour rien, de l’hôpital qui refuse de l'accueillir, de la PMI (qui suivait sa grossesse précédente) fermée le week-end. Elle demande à ce que je vienne écouter le cœur de son "bébé". Mais c’est impossible, les battements cardiaques sont inaudibles à ce terme.

Mon inutilité l'excède. Je me fais vertement reprocher de ne pas disposer d’appareil d’échographie. Dernier maillon de la chaine, elle déverse sur moi toute son amertume. Puis elle raccroche, furieuse.

Je la sais seule avec sa peur.

Posté par 10lunes à 08:00 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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