14 mars 2011

Politiquement incorrect !

Au lendemain de la journée de la femme, un débat éclairant a eu lieu sur les bancs du Sénat.
L'aberration législative mentionnée dans mon précédent billet se doit d’être corrigée et un nouvel amendement avait été déposé en ce sens,  examiné le 9 mars dernier.

Petit florilège ...

M. Xavier Bertrand, ministre. Je veux être sûr que votre rédaction ne confère pas une compétence exclusive aux sages-femmes, et qu’elle n’instaure donc pas une interdiction de fait pour les médecins.
Ne pas se couper de son électorat, ne pas se couper de …

M. Alain Milon, (médecin UMP) La prise d’hormones peut entraîner des perturbations, ne serait-ce qu’au niveau sanguin. C’est pourquoi, afin de révéler d’éventuels désordres, les textes prévoient qu’une prise de sang doit être faite au moins une fois par an.
Faux ! Les recommandations de la Haute Autorité en Santé prévoient deux bilans à 6 mois d’intervalle lors de la première prescription puis un tous les cinq ans. Comme quoi on peut être médecin et ne pas connaitre les recommandations de la HAS...

Mme Raymonde Le Texier. (PS) répond à juste titre : La sage-femme peut prescrire la prise de sang 

M. Alain Milon s'enferre. Moi, je veux bien, mais elle devra aussi vérifier le cholestérol, la glycémie… 
Il me semblait même que là était le but de cette prise de sang !

Et dans ces conditions, pourquoi ne pas confier le soin de réaliser l’analyse à une personne autre qu’un biologiste ?
??? Il ne s’agit pas de confier une nouvelle compétence aux sages-femmes qui prescrivent et interprètent au quotidien des bilans biologiques mais de leur donner la possibilité de le faire dans un autre cadre que celui de la périnatalité.

Il faut savoir poser des limites.
Affirmation révélatrice. Il faut poser des limites à ces sages-femmes qui ont l’outrecuidance de venir empiéter sur le territoire des médecins !

Mme Muguette Dini. (Union Centriste)  Ce que je veux, c’est rendre service, éviter  les grossesses de très jeunes filles qui se terminent par des catastrophes. Il me paraît préférable de faciliter l’accès à la contraception, ce qui n’exclut pas la nécessité de se montrer d’une extrême vigilance en matière de surveillance.

Mme Nathalie Goulet. (Union Centriste) intervient de la même manière
En premier lieu, il est bien clair que les sages-femmes ne vont pas empiéter sur le travail des médecins, qu’elles leur enverront leurs patientes en cas de problème. Je considère que nous pouvons faire confiance à cette profession, indispensable dans notre paysage médical.
En second lieu, j’attire l’attention du Sénat sur la kyrielle d’articles qui ont été publiés hier, Journée de la femme, faisant notamment état de l’augmentation de 22 % du nombre des IVG chez les mineures.

M. Gilbert Barbier. (Chirurgien RDSE) M. Le rapporteur a souligné un problème très important : si les sages-femmes ont été formées pour assurer le suivi d’une grossesse, la prescription d’une pilule contraceptive constitue un acte médical majeur.
Que toutes celles qui ont reçues une ordonnance de pilule sans avoir été interrogées sur leurs antécédents, leurs éventuels problèmes de santé, leur souhait en matière de contraception lèvent le doigt.

Nous le savons aujourd’hui, chez une femme sous pilule, il faut surveiller attentivement l’apparition de certains troubles thyroïdiens. Si la sage-femme revoit sa patiente en consultation, peut-être lui prescrira-t-elle des examens de ce type, mais je ne suis pas persuadé que la sécurité sociale acceptera de les rembourser.
Voila maintenant que l'on convoque le porte monnaie  ! Evidente mauvaise foi qui met en avant un imaginaire problème de remboursement. La sage-femme peut prescrire tous les "examens nécessaires à l'exercice de sa profession", examens très normalement pris en charge par la sécurité sociale.

Aussi, je ne comprends pas que M. le ministre soutienne une telle disposition. En effet, elle va à l’encontre de la santé publique.
 Favoriser l’accès à la contraception serait donc une menace pour la santé publique !

Je ne suis pas convaincu qu’autoriser les sages-femmes à prescrire des contraceptifs permettrait une diminution du nombre des IVG.
Ah bon ?

D’autant plus que  cette prescription pourrait s’adresser à des mineures. Vous souhaitez qu’une sage-femme puisse prescrire la pilule à des jeunes filles mineures sans avoir recours à l’avis du médecin.
Où est le problème ?

Ces propos sont désarmants.
C’est la stupidité de cette intervention qui est désarmante

Je ne peux que m’opposer à cette disposition. 
Solidarité  médicale et toute puissance masculine obligent...

Mme Catherine Deroche. (UMP médecin) Je considère que l’on mélange les genres en sortant les sages-femmes de leur rôle, qui tourne autour de la grossesse et de l’accouchement, pour leur permettre de faire une prescription qui est médicale.
Notre compétence est plus large et inscrite dans le code de la santé publique. Nul n'est censé ignorer la loi, encore moins celui qui la crée... non ?


M. André Trillard. (Vétérinaire UMP) La contraception n’est ni un acte banal ni un acte sécurisé. Il suffit pour s’en convaincre de considérer les difficultés parfois épiques que doivent surmonter les jeunes femmes âgées de 25 à 35 ans pour avoir des enfants après avoir suivi une contraception orale.
Encore un tout petit effort et il va nous annoncer que la contraception rend stérile...
Et infidèle aussi pendant qu'on y est ? *
 
La prescription de certaines substances larga manu par des professionnels qui ne sont pas au cœur de la problématique présente un risque.
On peut parler du médiator ?

Je respecte les sages-femmes, qui jouent un rôle très important, mais, force est de le constater, quelques-unes d’entre elles n’ont pas le niveau requis pour déceler les problèmes qui peuvent survenir du fait de la prise d’un contraceptif.
L'incompétence de certains, qu'ils soient médecins ou sages-femmes, ne peut être appelée pour discréditer une profession dans son ensemble.Votre "respect" ne m'honore pas...

 

Faut-il s'en étonner... cet amendement n’a pas été voté, à quelques voix près (145 pour, 154 contre)

Ma fibre féministe me fait souligner que l’ensemble des sénateurs ayant soutenu cet article sont des sénatrices.

Ma fibre militante me fait souligner que la seulefemme qui s’est prononcé contre l'extension de la prescription aux sages-femmes est médecin.

 


Vous trouverez l’ensemble des débats ici et les résultats détaillées du vote .

*Jean Coumaros : "Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde, et les femmes ne seront plus qu'un objet de volupté stérile". (débats lois Neuwirth; juillet 1967)

 



Posté par 10lunes à 11:46 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
Tags : , , ,


11 mars 2011

Tronquée

Tronquée cette information sur la possibilité d’un suivi gynécologique par les sages-femmes.
"A noter toutefois qu’il convient de passer par la « case médecin » pour se faire prescrire un éventuel bilan biologique. Que ce soit avant la première contraception, à l’occasion d’un renouvellement ou d’un changement de contraceptif".

Soyons précis ! Le titre III de l’article L5134-1 du code de la santé publique précise : Les sages-femmes sont habilitées à prescrire les contraceptifs locaux et les contraceptifs hormonaux. La surveillance et le suivi biologique sont assurés par le médecin traitant.

A cette lecture, je comprends :
-  que nous pouvons prescrire (et bien évidemment interpréter !) le premier bilan, celui qui accompagne la première délivrance d'une contraception.
(Précision utile : selon la Haute Autorité en Santé et en l’absence d’antécédents médicaux particuliers, ce bilan peut être différé de 3 à 6 mois, ainsi que l’examen gynécologique. En clair, une jeune fille peut repartir avec son ordonnance de pilule sans passer immédiatement par les cases labo et toucher vaginal).

-   que nous pouvons prescrire le bilan biologique suivant, à contrôler tous les cinq ans. Mais que le lobby médical souhaite nous considérer inaptes à interpréter le dit bilan.

- qu’il n’empêche, la consultation de suivi annuel permettant de renouveler une pilule, de réaliser un examen général et un frottis (tous les deux à trois ans) peut sans problème être effectuée par les sages-femmes.

CQFD.


Edit du 12/03: Voir aussi ce communiqué du conseil de l'Ordre des sages-femmes

 

Ce billet est périmé !! L’article 44 de la LOI n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé a donné aux sages-femmes la possibilité d’assurer le suivi biologique de la contraception hormonale. 

 

Posté par 10lunes à 08:45 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : ,

10 mars 2011

Toute puissance

Des examens de biologie médicale et d'imagerie permettant d'évaluer le risque que l'embryon ou le fœtus présente une affection susceptible de modifier le déroulement ou le suivi de la grossesse sont proposés, lorsque les conditions médicales le nécessitent, à toute femme enceinte au cours d'une consultation médicale.

Cet alinéa II de l'article 9 de la loi de bioéthique* met, à juste titre, une bonne partie du monde médical en ébullition ; l’ajout de quelques mots vient très fortement peser sur son sens.

Quelques mots laissant à penser que le praticien pourrait décider seul…

Toute puissance totalement décalée à l’heure du consentement éclairé où chaque acte se doit d'être expliqué et argumenté en présentant bénéfices escomptés et complications potentielles afin que le "patient" puisse se déterminer en connaissance de cause.

Toute puissance simplement aberrante qui substituerait la volonté du praticien au choix parental.

Régulièrement, je rencontre des couples qui découvrent avec stupeur que le dépistage du risque de trisomie 21 n'était pas "obligatoire" ; d'autres, faute d'explications, ont fait cet examen sans en avoir compris les enjeux.

Voilà maintenant que certains voudraient se dédouaner de simplement le proposer.

Deux attitudes opposées, un seul travers, l'hégémonisme médical.

 

*projet de loi adopté par l’assemblée nationale et examiné ce mercredi par la commission des affaires sociales du Sénat donc non définitivement voté


Une sympathique mise en avant par canalblog et un nombre certains de nouveaux passants venus flâner sur quelques phrases ici déposées.
Merci de vos nombreux commentaires.
Merci pour vos mails osant livrer à l’inconnue vos blessures et fêlures.
La conviction qu’écrire ici n’est pas un plaisir tout à fait inutile.


Posté par 10lunes à 07:55 - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :

08 mars 2011

Alibi

Ils attendent leur troisième enfant. A chaque fois, ce père s'est investi avec bonheur dans la grossesse, s'est montré réellement attentif et soutenant lors de l'accouchement, a "paterné" avec tendresse cette nouvelle vie s’invitant chez eux, s'enchantant par exemple des tétées nocturnes, moment de douceur partagée à trois dans la chaleur du lit.

Ce jour là, deux autres couples sont présents pour une ultime séance de préparation à la naissance. La conversation s’initie autour des derniers événements, émotions, ressentis. Au fil de ces rencontres, chacun s'est confié un peu plus au groupe qui partage maintenant une réelle complicité.

Assise à ses cotés sur le tapis de mousse, l’œil taquin, elle le secoue par le bras, chuchotant de plus en plus fort «Dis leur ce que t’as dit ! Mais si ! Dis-leur ! Mais dis-leur ! »
Ainsi mis au défi, il se résout à raconter.

Grand gaillard travaillant sur les chantiers routiers, il a quitté son travail un peu plus tôt ce soir là pour nous rejoindre. Comme ses collègues s’interrogeaient sur ce départ anticipé, il a voulu partager un peu de son expérience et du plaisir pris à ces échanges. Devant leur air goguenard, il s'est tu rapidement pour se sauver sur une pirouette :
«C’est pas pour moi hein, c’est pour faire plaisir à ma femme ! ». 


Posté par 10lunes à 11:10 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,

05 mars 2011

Baby Boom - Préambule

Dois-je remercier TF1 qui s’apprête à m’offrir matière à d'acides chroniques au cas où je manquerais d’inspiration ?

La seule présentation me fait déjà frissonner.

Une quarantaine de caméras ... Irruption présentée ainsi dans l'extrait vidéo «des caméras se sont invitées au moment le plus intime et le plus magique de la vie d’un couple ». Choix judicieux que d’aller envahir ces instants d’intimité. Volonté louable d'offrir à chacun, nouveau-né compris, son quart d'heure de gloire wharolien...

- Nouveau divertissement - T’as raison coco, ces moments mêlant amour, peur, confiance, douleur, instinct, inconscient, vie et mort ne sont que purs moments de divertissements.

-"On bloque et on pousse bien en bas" - L'utilisation de ce pronom indéfini en lieu et place d'un nom ou mieux encore d'un prénom m'exaspère ! Comment n’exister que par cette apostrophe impersonnelle lors de ce moment fondateur ?

-"On y va, on s'accrocheJ’aime cette combativité invitée par les mots. Mais l'appel pourrait être plus fort. Laissez-moi chercher … "à l’assaut" ?

- Hurle la sage-femme - Ben oui, à l’assaut quoi, quasi une question de vie ou de mort … C’est bon pour l’audimat ça coco !

- Le papa s’évanouit submergé par l’émotion - Un trop plein d’angoisse nourri par les hurlements de la sage-femme... ?

Ceci ne dure que 28 secondes, montage haché de brèves séquences pour appâter le chaland. Mais ces extraits et la présentation qui en est faite laissent augurer du pire.
A suivre…

Posté par 10lunes à 14:24 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
Tags : ,


03 mars 2011

Revanche

Son ventre plus que tendu est habité par deux bébés prenant leurs aises. Cette grossesse un peu difficile lui impose un suivi régulier, alternant consultations à la maternité et visites à domicile. Dans ce programme chargé, un incontournable se répète deux fois par semaine, le très banalisé ERCF. *

Enregistrer le cœur de jumeaux n’est pas toujours aisé. Parfois, l’un les enfants s'étale pendant que l’autre se blottit. Il faut trouver comment installer l'appareil pour parvenir à les entendre simultanément. Chez elle, de façon inhabituelle, il faut placer le premier capteur en haut, vraiment tout en haut, et l’autre en bas, vraiment tout en bas du ventre maternel.

Le suivi est débuté depuis plusieurs semaines mais ce jour là, c'est une nouvelle sage-femme qui se rend à son domicile. Elle connait la position des deux enfants au sein de l'utérus et peut logiquement en déduire où placer les capteurs mais ces deux là sont des farceurs et les stratégies connues ne fonctionnent pas. Elle cherche longuement, très longuement, sans parvenir à les enregistrer de façon simultanée…

Elle espère, sans oser la réclamer, l’aide de la mère, forcément rompue à l’exercice. En vain. Les minutes passent, l'accordéon de papier se déroule lentement, vierge de tout graphique lisible. Le visage maternel affiche de plus en plus clairement l'agacement, la sage-femme poursuit ses recherches dans un silence pesant.
Finalement, dans un profond soupir, la mère repousse sa main pour s’emparer de l'appareil et le placer elle même. Dans l'instant, l’enregistrement devient bon, les rythmes s'affichent et clignotent allègrement, les graphiques des cœurs fœtaux s'entremêlent gracieusement.

La sage-femme s’étonne alors :
- Pourquoi m’avoir laissé chercher si longtemps puisque vous saviez comment faire ?
L'explication tombe. Lors de son dernier passage à la maternité, la même situation s’était produite. Mais lorsque la mère avait gentiment cherché à guider la sage-femme, celle-ci l’avait interrompue sèchement, affirmant d’un ton sans appel : "Inutile, je connais mon boulot ! "

... puis avait longuement cherché ensuite.

 

* Enregistrement du Rythme Cardiaque Fœtal

Posté par 10lunes à 08:38 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags : ,

28 février 2011

Conjugalité

Son utérus plongeant dans le bassin malgré un périnée plutôt tonique me laisse perplexe. Nous avons beau chercher, nous ne retrouvons aucun des facteurs de risques habituels.

Nous travaillons donc dans un demi-brouillard, espérant que ses symptômes s’amélioreront au fil des exercices.

Quelques rendez-vous plus tard, ma main se pose légère sur son ventre pour y ressentir les tensions, tout en l'écoutant préciser ses perceptions. Je découvre alors avec étonnement que chacune de ses paroles s’accompagne d’une puissante poussée du diaphragme. Notre conversation est pourtant calme, sans émotion particulière. Après quelques vérifications, il se confirme que cet appui accompagne systématiquement sa voix.
Nous tenons peut-être notre coupable !

Je lui propose d'associer rééducation périnéale, respiratoire et vocale et l’adresse, munie d’un courrier explicatif, à son gynécologue. C'est à lui de valider la prescription de séances d’orthophonie.

Le médecin est hésitant. Surpris par mon hypothèse, il préfère demander un autre avis.
Réfléchissant à haute voix, il annonce :
- Je vais d’abord en parler à ma femme… 
- ???

Découvrant son visage ébahi, il pensera alors à préciser que sa compagne est spécialiste en médecine physique et réadaptation.

 


Un excellent billet à lire ici sur "L'art d'accommoder les bébés", (sous-titré à sa première sortie "100 ans de recette de puériculture")  bouquin paru il y a trente ans et qui n'a pas pris une ride.

Posté par 10lunes à 08:34 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

23 février 2011

Cortège

A quelques jours du terme, ils attendent sereinement la naissance de leur premier enfant. Dernier passage à la maternité pour une consultation et une ultime séance de préparation à l'accouchement puis ils repartent chez eux, à une bonne trentaine de kilomètres.

Tard le lendemain soir, les premières contractions s'installent puis s'enchainent avec de plus en plus de force et de rapidité. Le temps de réaliser, de penser à partir et de réunir quelques affaires, ils sont dans leur voiture. Mais, à peine franchi le portail de leur ferme, l’envie de pousser la saisit… Il n'est plus temps d’aller à la maternité.
Ils choisissent avec sagesse de rester à la maison et de faire appel au médecin du village.

L’histoire se passe il y a presque 30 ans, à l’époque où le médecin de campagne, "corvéable" à merci, se déplaçait à toute heure du jour et de la nuit, disponible pour celui qui nait comme pour celui qui se meurt.

Le médecin les rejoint juste à temps pour voir le bébé naitre. Il ligature le cordon, recueille le placenta dans une bassine, certifie que tout va bien et qu’ils peuvent maintenant partir à la maternité pour les dernières formalités.
Puis il s’en va.

Les parents, décidément sereins, conviennent ensemble qu’il n’est pas utile de traverser la campagne au cœur de la nuit avec leur tout-petit. Nul ne les attend car la maternité n'est pas encore informée de la naissance. Autant, rester tranquillement à la maison jusqu'au lever du soleil.
Au creux du lit, protégés du froid par un édredon de plume, ils passent une nuit paisible, contemplant leur bébé qui tête le sein maternel avec vigueur.

Je les verrai arriver le lendemain matin.
Elle d’abord, grande, élancée, la chevelure opulente, son tout-petit, emmailloté de langes et de serviettes, blotti au creux de ses bras. Une couverture de laine brune enroule ses épaules et fait office de cape.
Lui tout aussi grand, tout aussi altier, marche juste derrière elle, les bras encombrés d’un objet que je n'identifie pas tout de suite.

C’est en m’approchant que je comprends leur curieux cortège.
Un des pans de la couverture se soulève au passage d'un lien nacré.
Lien aboutissant à la cuvette tenue par le père.
Cuvette contenant le placenta toujours relié au nouveau-né par le -long - cordon que personne ne s'est autorisé à couper.


Hier aux maternelles, un débat consacré aux maisons de naissance visible pendant quelques jours ici. L'occasion de faire un point sur l'absurdité du village gaulois résistant aux attentes de femmes et de couples toujours plus nombreux, de découvrir quelques images d'une structure belge ou celles d'un député québécois manifestant pour l'ouverture d'une MDN dans son quartier.
Et un grand merci à
Nadia Daam pour son coup de pub au blog dans la chronique suivant le débat !

Posté par 10lunes à 10:10 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags :

20 février 2011

Coups de fil

Dring
- Je suis enceinte de huit semaines et je suis très inquiète car je perds du sang. J’ai appelé mon médecin qui m’a dit de prendre rendez-vous pour une échographie mais c’est dans 3 jours.
Je ne peux rien faire de plus mais elle raccrochera 15 minutes plus tard, un peu apaisée d’avoir été écoutée.

Dring
- Je viens de recevoir un coup de massue
- Un coup de massue ?
- Oui, au sens figuré
(Je m’en doutais un peu ! ) Je sors de chez le médecin et il m’a prescrit une surveillance deux fois par semaine.
L'endocrinologue l’a menacée d’une mort fœtale si elle ne se conformait pas strictement à ses directives et l'a laissée partir en pleurs sans plus d'explication. Ce sera donc à moi de prendre le temps nécessaire pour la rassurer, aisément d’ailleurs car ses glycémies sont peu perturbées.

Dring
- J’ai accouché il y a 10 jours, j’ai vu mon gynécologue ce matin et il m’a dit que j’avais une descente d’organe.
Suivent une description précise de ses symptômes et de nombreuses questions sur l’évolution, la rééducation et une éventuelle chirurgie…
Que je tente d’interrompre sans succès en soulignant que si peu de temps après un accouchement, il s’agit plus d’un constat que d’un diagnostic définitif. Je raccroche en ayant le fort sentiment d’avoir terminé bénévolement pendant 20 minutes la brève consultation facturée par un autre.

Dring.
- Bonjour, je ne suis jamais venue chez vous et je voudrais savoir combien de temps à l’avance il faut vous appeler pour prendre des rendez-vous de rééducation périnéale ?
- ???
Au final, préparation suivie dans un autre cabinet qui a organisé la sélection des actes les plus rentables. La préparation à la naissance (92.22 € /45 mn)* c’est tout de suite, la rééducation périnéale (18.55 €/30mn) c’est dans au moins 6 mois…

Y a des jours où le travail coordonné des professionnels de santé semble un idéal inaccessible...

* Ce n’est pas toujours ainsi. La plupart des sages-femmes proposent des séances allant de 1h30 à 2 heures voire plus… pour le même tarif.

Posté par 10lunes à 07:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 février 2011

Question de genre

La profession de sages-femmes, féminine depuis la nuit des temps, s’est ouverte aux hommes en 1982. Une génération est passée depuis.
Les hommes sont pourtant restés très minoritaires (moins de 2 % !) jusqu’aux nouvelles modalités d'entrée dans les écoles. Depuis 2002, c’est en fonction de leur place au concours de première année de médecine que les étudiants peuvent choisir leur filière (médecine, dentaire ou maïeutique). Actuellement, les hommes représenteraient, selon les écoles, entre 13 et 20% des étudiants.

Pourtant, lors de récentes journées réunissant plus d’une centaine d’étudiants militants, le genre masculin était sur représenté.
Nous évoquons notre profession avec la même passion, dénonçons les mêmes dérives, espérons les mêmes évolutions. Mais je ne comprends pas pourquoi les hommes se montrent plus nombreux, plus mobilisés, pour défendre autonomie et reconnaissance professionnelle.

Du coup, je suis allée chercher un peu ce qui s'écrivait sur le sujet. Par exemple ce texte de Philippe Charrier sur l'intégration professionnelle des étudiants hommes sages-femmes.
Il propose cette explication : «Tout au long de leur formation, se dessine une logique de contournement symbolique des "compétences dites féminines". Elle peut se résumer de la manière suivante : à défaut de pouvoir posséder ces compétences, (…) ces hommes sages-femmes assurent symboliquement l’accouchement de la profession.(...) La plupart endossent un rôle maïeutique non seulement envers la parturiente mais aussi envers le groupe professionnel.»
Ainsi, les hommes chercheraient leur légitimité dans ce métier historiquement féminin en le sur-investissant.Théorie intéressante.
Mais il poursuit « Autrement dit, les hommes peuvent être des éléments déclenchant une réflexion des praticiennes sur leur propre travail».
Et là, mon sang ne fait qu'un tour. Nos représentants professionnels sont très majoritairement des femmes. Il n'y a qu'à se pencher sur la composition des conseils d'administration de nos associations et syndicats pour le vérifier.
Aussi souhaiterais-je vivement que l’on ne nous dénie pas la possibilité de réfléchir sans l'aide "d'éléments déclencheurs masculins" !!

Cependant, pour la génération montante, les choses semblent s’inverser.
Nous portons les mêmes idées et laisser les hommes défendre seuls la profession ne serait pas forcément la trahir.
Juste réitérer un partage des rôles éculés.

Sages-femmes, mes sœurs, réveillez-vous ! Nos représentations se doivent d'être paritaires.


Posté par 10lunes à 08:04 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :