06 juillet 2010

Mauvaise volonté

Après deux grossesses vécues sans problème, l'attente de ce bébé se révèle plus difficile. Entre temps, elle a changé de métier pour devenir professeur de sport et dispense des cours aux enfants comme aux adultes. Activité très physique, horaires hachés en fonction des temps scolaires, séances nocturnes pour les salariés en quête de décompression après leur journée de travail, elle se donne sans compter. Si l'on y ajoute des nausées envahissantes, un utérus se contractant plus que de raison et deux petits à la maison… vous conviendrez que le rythme s'annonce difficile à tenir.

Il n’y a pas de réelle pathologie, juste une inadéquation entre sa profession et sa grossesse. J’anticipe donc en lui demandant de voir son médecin du travail afin que son poste soit aménagé. Premier barrage de son employeur qui s’étonne de sa démarche, arguant que ce n’est pas à elle de solliciter une consultation à la médecine du travail. Elle insiste cependant et obtient enfin un rendez-vous… pour s’entendre dire que sa grossesse se passe bien et que si besoin, son médecin pourra toujours l’arrêter. Aucune proposition ne lui est faite d’aménager son poste ou ses horaires.

Blessée par cette indifférence, elle s’obstine à ne rien changer à ses cours, saute, pédale et bat des jambes avec application devant un public un tantinet médusé par de telles démonstrations d'énergie émanant d'une femme enceinte. A deux reprises, j’insiste pour qu’elle se repose et lui prescris une semaine d'arrêt. Voilà mon faible quota d’arrêt de travail autorisé (15 jours !) déjà épuisé…

Médecin du travail défaillant, sage-femme - absurdement - limitée dans sa prescription, elle ne peut que se tourner vers son médecin traitant. Je rédige un beau courrier résumant la situation et exposant les démarches entreprises, tout en me gardant bien d'affirmer la nécessité d’un arrêt afin qu'il ne s'offusque pas d'être aux ordres d'une simple sage-femme. Pour faire bonne mesure, je m’excuse platement de la limite qui m'est imposée par les textes. Il lui prescrit un arrêt de 15 jours en l’assurant qu’il le renouvellera ensuite. Je ne m’étendrais pas sur l’incongruité de programmer une seconde consultation deux semaines plus tard alors qu’il est clair que son arrêt doit se prolonger jusqu’au congé maternité …

Mais 15 jours plus tard, apparemment contrarié parce qu'elle désire poursuivre le suivi avec sa sage-femme, il refuse de prolonger l’arrêt.

Elle revient me voir, anxieuse à l'idée de devoir reprendre le travail ; sa grossesse évolue normalement mais allez donc faire des abdos-fessiers à longueur de journée enceinte de 7 mois ! Elle fera donc une énième consultation chez une gynécologue de mes amies qui acceptera enfin de l'arrêter sans condition.

Nonchalance du médecin du travail, mauvaise volonté du généraliste, rigidité d’un texte de loi limitant nos prescriptions... Tout cela se solde par trois consultations supplémentaires, bien évidemment financées par la collectivité, pour une femme en parfaite santé au métier simplement inadapté à l'état de grossesse !

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24 juin 2010

Publicité

Le net est décidément le lieu de tous les dangers, la qualité de l’information fournie par certains sites étant pour le moins calamiteuse.
Ainsi ce document mis en ligne hier et soit disant signé par une sage-femme - je veux croire que ce n’est qu’un prête-nom ! - La quasi totalité des informations que l'on y trouve sont erronées.

La déclaration de grossesse doit être faite chez le gynécologue avant la fin du troisième mois. Elle peut être également réalisée par un médecin traitant ou … une sage-femme (mais à force de le marteler ici, vous le savez maintenant non ?)
Il pourra ainsi effectuer la première échographie - Cette première écho peut aussi avoir lieu dans un cabinet de radiologie ou à la maternité avec un médecin ou…une sage-femme !
Confirmer la grossesse - c'est bien connu, les femmes n'y connaissent rien et l'avis du professionnel leur est indispensable pour se savoir enceinte...
Et déterminer la date prévue de l'accouchement. Cette date est indispensable pour envoyer la déclaration de grossesse auprès des organismes administratifs dans les 14 premières semaines de la grossesse.  C’est plutôt la date de début de grossesse qui est calculée mais bon... 9 mois plus tard - environ - on peut s’attendre à un accouchement.

Suite à ce premier rendez-vous, le médecin donnera 2 documents :
•  Une attestation de la première visite médicale.
Nous n’avons plus à attester de quoi que ce soit.
•  Une déclaration de grossesse, intitulée "Vous attendez un enfant".  Enfin, une affirmation juste !

Ces documents serviront à effectuer la déclaration de grossesse auprès de la Caisse d'Allocation Familiale (CAF) et de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM), Oui
ainsi qu'auprès de son employeur. Aucune obligation n’est faite à une femme de déclarer sa grossesse à son employeur tant qu'elle ne souhaite pas bénéficier des avantages liés à celle-ci : autorisation d'absence pour les consultations règlementaires, heure de grossesse –ne rêvons pas, ça dépend des conventions collectives- et au final congé de maternité.. là va quand même falloir prévenir !

La CAF offre une Prestation d'Allocation de Jeune Enfant (PAJE) dès le quatrième mois de grossesse et ce, jusqu'aux trois ans du bébé. Encore faux. Il existe une prime versée au 7ème mois de grossesse et une allocation versée mensuellement après la naissance, l’une et l’autre sous conditions de ressources.

Les allocations peuvent être perçues si les trois consignes suivantes sont respectées :
•  Effectuer une première visite médicale avant la fin du troisième mois de grossesse.
•  Effectuer une visite médicale par mois tout au long de votre grossesse.
•  Après la naissance, effectuer une visite chez le pédiatre lors de ses 8 jours, 10 mois et 24 mois.
Les trois visites donnant lieu à l'établissement d’un certificat de santé doivent être réalisées par un médecin, pas nécessairement un pédiatre.

La femme enceinte bénéficiera alors de la prise en charge à 100 % des frais médicaux et d'hospitalisation entraînés pendant la grossesse, l'accouchement et les suites de l'accouchement. Toujours faux, seuls certains examens sont pris en charge à 100% tout au long de la grossesse. Le 100% sur tous les soins ne s'applique que pour ceux effectués entre le début du 6ème mois et le 12ème jour après accouchement.

Au final, une désinformation de grande qualité. Les propriétaires du site prennent cependant certaines précautions «Nous vous invitons à ne pas en faire votre source d'informations exclusive » Je veux oui !

Et si vous pensez que c’est un simple bug… allez donc voir ici. La vidéo est banale mais dans le texte qui la suit, on apprend qu’un accouchement commence par la perte des eaux, que la dilatation dure 10 à 30 minutes, qu'au moment de  l’expulsion, si l’enfant est en siège, il faudra un personnel compétent (parce que sinon on s'en fiche?) et que 15 minutes plus tard le placenta sera dehors, le cordon devant être coupé au plus vite afin que le bébé reçoive rapidement les premiers soins…

Un tel ramassis d'inepties est une extraordinaire incitation à aller s'informer auprès des sages-femmes.  Merci beaucoup, vraiment, c'est trop !

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21 juin 2010

Protégée

Ils vivent des moments difficiles ; la seconde échographie a révélé des images anormales, sans pour autant préciser une pathologie. Ils sont maintenant pris dans le tourbillon des examens complémentaires, bilans, consultations diverses afin qu’un diagnostic soit posé. Toutes les hypothèses sont plausibles, de la meilleure, une image sans signification et un enfant en parfaite santé, à la pire, anomalie génétique grave, atteinte cérébrale…

Elle doit ce jour là subir une amniocentèse. Elle a peur, peur du geste lui apparaissant agressif pour son bébé, peur du résultat de l’examen, peur de la douleur, nerfs à fleur de peau, car les tensions accumulées ces derniers jours l’ont privée de sommeil.

Son homme n’a pas été autorisé à l’accompagner.
Elle entre dans une pièce sans fenêtre et s’allonge sur le lit d’examen. Plusieurs personnes s’affairent autour d’elle. Son ventre est largement badigeonné de liquide ocre puis recouvert d’un champ stérile en papier. Encore une giclée de gel froid sur le bas de son abdomen et elle perçoit la pression de la sonde d’échographie.

L’angoisse la fige. Elle n’ose même pas tourner la tête. Son regard est rivé au plafond, assemblage de carrés blancs rythmé de fines barres de métal laqué. De temps à autre, un visage masqué traverse son champ de vision.
Elle entend l’équipe s’interroger, cherchant où piquer l'utérus afin d’obtenir suffisamment de liquide amniotique, éviter le placenta…

Elle ne comprend pas tout mais leurs mots savants, leurs questionnements multiples la bouleversent.
Trop de peur, trop de tension, elle accepte de livrer son corps mais son esprit doit s’extraire de cette salle.

Comment s’isoler ? Elle peut fermer les yeux pour ne plus voir leurs regards inquiets mais leurs parole l'envahissent. Ses bras sont immobilisés sous le champ stérile et elle ne peut couvrir ses oreilles.

Percevant sa détresse, la sage-femme se penche vers elle et cherche à la rassurer «Ne vous inquiétez pas, je ne suis là que pour vous », lui signifiant ainsi qu'elle s'est dégagée de tout geste technique pour mieux la soutenir. 
Elle murmure alors «je voudrais que vous me bouchiez les oreilles pour ne plus entendre tout ce qui se dit».

D’un geste délicat, la sage-femme vient placer ses paumes de chaque coté de son visage, créant ainsi un cocon doux et bourdonnant.
Apaisée par cette précieuse présence, yeux fermés, oreilles protégées par ces mains attentives, elle peut enfin s’évader.

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17 juin 2010

Cortège funèbre

Pourquoi n’ai-je pas encore évoqué la mobilisation du 18 juin… ?
J’ai pourtant l’habitude de commenter l’actualité et pour le coup, elle est brulante : appel à manifestation demain à Paris, tous en noirs, parents et professionnels, pour enterrer la profession de sage-femme.

Sommes-nous moribondes ?

En France, le suivi de la grossesse et de ses suites est assuré par de couteux spécialistes au sein d'établissements de soin sur-équipés. La clinique* est remplacée par les examens complémentaires, les pathologie sont traitées plutôt que prévenues, le stress généré par notre indisponibilité vient perturber la physiologie, les dépassements d'honoraires se banalisent. L'actuelle prise en charge de la maternité est surmédicalisée, anxiogène et onéreuse.
Ailleurs, la sage-femme est la professionnelle référente en début de grossesse, chargée de l'éventuelle orientation des femmes vers le praticien compétent en cas d’antécédents particuliers ou de complications justifiant un suivi plus spécialisé.

Ici,
Les compétences des sages-femmes sont méconnues du public; (l’UNCAM s’était engagée en 2007 à communiquer sur le sujet, nous attendons toujours ! )

De nombreux actes réalisés en structure par des sages-femmes sont invisibles car signés par des médecins pour être mieux tarifiés.

Les obstétriciens privés interviennent lors des naissances physiologiques afin de pouvoir coter l'accouchement.

Les sages-femmes libérales, cantonnées à certains actes, sont toujours dans l’attente d’être partenaires à part entière du système de soin.

Les sages-femmes salariées sont surchargées, pressurées et se découragent de ne pouvoir exercer le métier qu’elles avaient choisi.

Les maisons de naissance promises de longue date ne voient pas le jour.

L'accouchement à domicile est ostracisé.

Les parents enfin, les parents surtout, malmenés, écartelés entre de nombreux intervenants, dirigés plutôt qu'écoutés, perdent confiance.

La liste serait encore longue…

Alors oui, les sages-femmes sont en souffrance et ont toutes les raisons d’aller manifester.

Mais ne nous contentons pas de réclamer des "sous" au risque de sacrifier ceux dont nous sommes censées prendre soin sur l’autel de notre rémunération. En 2001, un mouvement massif, unissant l'ensemble de la profession, revendiquant d'autres conditions de travail pour améliorer la qualité de notre accompagnement s'est éteint avec quelques augmentations.

Ce mouvement doit s'inscrire dans une large réflexion ; dénoncer combien les besoins et désirs des couples sont laminés par nos prises en charge standardisées, exiger une autre organisation des soins, construire un projet de santé axé sur la prévention et la complémentarité de tous les professionnels concernés.

Mobilisons nous d'abord pour revendiquer toute notre autonomie, toute notre place, pour exercer au mieux.

Nous pourrons ensuite exiger une plus juste rétribution de notre travail, aisément financée du fait des économies générées par une prise en charge "douce".

*au sens d'examen clinique

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12 juin 2010

Apparences

Coup de fil en milieu d'après midi, une femme inconnue souhaite un rendez-vous rapide. Sa compagne a accouché il y a quelques semaines et l’allaitement se révèle difficile. Leur bébé pleure beaucoup, ne prends pas assez de poids. Inquiétude, fatigue, elles sont à bout. De passage chez des amis, ils leur ont suggéré d’appeler le cabinet.

Je les accueille un peu plus tard. L’une très grande, costaud, carrée, cheveux coupés très court, vêtue d’un jean informe et d’une très large chemise à carreau, porte une mallette métallique qui évoque les valises de bricolage. L’autre, petite, fluette, une longue mèche de cheveux balayant son visage, me présente leur bébé lové contre son pull moelleux.

Je ne peux avoir de certitude quant à la mère « biologique » mais, au vu de leur présentation respective, la distribution des rôles me parait évidente. Ne voulant pas donner le sentiment d’un jugement arbitraire, je prends soin lors de nos premiers échanges de ne pas sembler désigner celle qui allaite. 

Bien m’en a pris car au fil de la discussion, je comprends mon erreur. Celle qui vient d’accoucher est la plus grande … et lorsqu’elle ouvre sa boite à outil, c’est un tire-lait qui apparait.

Penaude, je me surprends en flagrant délit d'inepte préjugé.

Nous passons un long moment à décrypter les difficultés de cet allaitement. Inquiètes pour leur bébé, elles me semblent avoir été plutôt mal conseillées, notant avec attention les tétées, n’osant pas s’affranchir d'un délai minimal de deux heures, tentant de stimuler la lactation avec un tire-lait, évidemment sans résultat puisque l’appareil, devenu baromètre de la production maternelle, est le lieu de toutes les tensions. D'évidence, il faut d'abord restaurer leur confiance.

Nous reprenons tout cela posément, pesons le petit qui s’est réveillé entre temps. J’accompagne ensuite sa mise au sein pour observer sa position et sa succion. Le bébé tète avec application, sous le regard attentif et ému de ses parents. Quelques phrases rassurantes sur son tonus, son éveil et autres signes positifs évidents les apaisent.
Je propose encore quelques pistes. Il faudrait nous revoir mais elles repartent très tôt le lendemain.

Au moment de me régler, elles tendent une carte bancaire. Je n’ai pas de lecteur de carte, elles n’ont pas de chéquier. L’une et l’autre s’affairent à vider leur fond de poche pour réunir les 17 euros de la consultation.
Malgré leur recherche appliquée, le compte n’y est pas tout à fait. Elles s’en désolent et me demandent de leur indiquer la banque la plus proche. Il est déjà tard, j’ai encore un rendez-vous qui m’attend mais surtout cette rencontre a été lumineuse. La qualité de leur présence, leur extrême attention l'une à l'autre et à leur enfant m’ont plus que touchée. J'assure que je ne suis pas à quelques euros près et leur souhaite une belle route.

Je reçois le couple suivant, le dernier de la journée. Plus tard, j’entends encore deux fois le grelot de la porte, m'informant que quelqu’un est entré et reparti. Rien d'étonnant, divers documents sont à disposition et chacun peut venir les emprunter.

En raccompagnant les parents, j’aperçois une enveloppe posée sur un fauteuil de la salle d’attente. Signée de leurs deux prénoms, elle contient un billet de banque et juste un mot, "merci".

Elles ont pris le temps d'errer dans cette ville inconnue pour trouver un distributeur puis de revenir jusqu’au cabinet déposer cette enveloppe.
J'ai reçu ce soir là bien plus que quelques euros manquants.

Merci à vous pour cette si belle rencontre.

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08 juin 2010

Captives

Un arrêté listant les contraceptifs oraux pouvant être renouvelés par prescription d'un infirmier ou délivrés par les pharmaciens sur présentation d'une ordonnance à la validité expirée vient de paraitre.
Pardon pour cette peu élégante introduction mais je souhaite être précise. En terme plus clairs, les femmes se retrouvant à court de pilule pourront être dépannées de quelques plaquettes, le temps de prendre rendez-vous et d'obtenir l'ordonnance ad hoc.
Même si l'on ne peut nier une certaine imprévoyance - quoi de plus prévisible en effet que la fin d'une plaquette de 21 ou 28 comprimés - permettre aux distraites de ne pas interrompre leur contraception ne se discute pas.

Le vertueux Ordre des médecins s'en indigne pourtant ! Dans son communiqué, les termes choisis "risque", "prise en charge dégradée" fustigent sans nuance cette nouvelle disposition. Voici à nouveau brandi l'étendard de la mauvaise qualité des soins. Le risque principal pour les femmes ne serait-il pas de devoir recourir à l'IVG ?

« Le texte réglementaire ne prévoit aucune obligation pour le pharmacien ou l’infirmier d’inscrire sur l’original de l’ordonnance la date et la durée du renouvellement ainsi que de le signer». La formulation laisse à penser qu'une femme pourrait se voir éternellement délivrer ses plaquettes à condition d'avoir disposé, un jour, d'un premier laissez-passer.

Pourtant un texte, cité dans l'arrêté, encadrant le renouvellement d'un traitement chronique par les pharmaciens a été publié en 2008. Il y est clairement précisé que ce renouvellement ne peut avoir lieu qu'une seule fois, au vu de l'ordonnance, en le mentionnant sur celle-ci et avec le plus petit conditionnement disponible. Les femmes ne peuvent donc espérer prolonger leur prescription que de un à trois mois. Il ne s'agit pas là de les détourner d'une consultation mais de leur laisser le temps d'obtenir un rendez-vous.

Heureuse surprise, ce même communiqué cite les sages-femmes, pour une fois associées aux médecins comme garantes d'une prescription de qualité. J'aurais aimé qu’il fasse preuve d'une pareille exigence lorsque les députés nous ont refusé la surveillance biologique de cette même contraception. Cet accès soudain de solidarité vise sans doute à ce que leur indignation paraisse moins corporatiste...

Pour finir, sous prétexte de s'assurer de l'innocuité du traitement, l'Ordre propose de noter la mention "non renouvelable" sur l'ordonnance afin de s'assurer de la bonne captivité de sa clientèle. Devons nous comprendre qu'il s’attache plus à la santé des cabinets médicaux qu’à celle des femmes ?

Heureusement, nombre de médecins ne se reconnaissent pas dans cette position et continueront à délivrer des ordonnances sans mention restrictive. Pour les femmes suivies par des praticiens moins conciliants, je rappelle que les sages-femmes assurent également le suivi gynécologique et la prescription contraceptive...

Les communiqués et autres articles concernant la santé des femmes ou l'exercice des sages-femmes se bousculent actuellement. Pas le temps de commenter l'un qu'il faut déjà se préoccuper du suivant. Situation intéressante mais qui m'éloigne de la rédaction d'autres textes témoignant de l’expérience quotidienne. Promis, j'y reviens dès que possible...

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06 juin 2010

CHIVA pas

Extrait d'un article disponible ici : «Le CHIVA n'est pas un établissement ouvert»
Claude Lavigne, directeur du centre hospitalier du Val d'Ariège, explique les raisons de son refus à l'ouverture de la maternité de cet établissement aux sages femmes libérales : «La périnatalité est une activité fortement encadrée par les pouvoirs publics. Notamment via le plan périnatalité ou le schéma régional d'organisation sanitaire qui ne prévoit pas l'intervention de sages-femmes libérales au sein du plateau technique d'un établissement titulaire d'une autorisation d'activité périnatale comme le nôtre. En fait, le SROS demande de favoriser les alternatives à l'hospitalisation, ce que nous faisons à la maternité en autorisant, chaque fois que cela est possible et selon un processus réglementé, des sorties précoces pour les mamans. La loi Hôpital/Patient/Santé ne remet pas en cause le plan périnatalité qui impose une règle sanitaire dans l'enceinte des établissements de santé avec du personnel réglementé obéissant à une organisation de service donnée.
Je ne nie pas l'importance des revendications portées par les sages femmes libérales, ni celles des mères qui nous font la même demande ; mais dans l'état actuel des textes, y répondre favorablement relèverait d'une expérimentation dans laquelle le CHIVA ne peut s'engager : il ne peut laisser conduire un processus de naissance dans son bloc technique par des professionnels extérieurs agissant en toute indépendance, c'est une question de responsabilité à la quelle il faut ajouter la probable désorganisation d'un service dont l'activité est dense (1 000 accouchements par an). Dans le système actuel, l'hôpital n'est pas un établissement ouvert. S'il venait à changer par la volonté du législateur, le CHIVA en tiendrait compte dans son nouveau projet d'établissement».

Tout est dit dans cet article. Accoucher à domicile est souvent un choix murement pensé et préparé mais il est parfois un choix contraint. Parents et sages-femmes se retrouvent alors à choisir la naissance à la maison par défaut, faute d’alternatives - maisons de naissance, accès aux plateaux techniques – permettant un accompagnement global. Situation inconfortable au vu de la défiance de nos « partenaires » des réseaux périnatalité transpirant - à grosses gouttes ! - entre les lignes de cet article.

Que demandent ces sages-femmes ? Être accueillies au sein de la maternité, y accompagner lors de l'accouchement les femmes, les couples qu’elles suivent depuis le début de la grossesse et partir quelques heures plus tard poursuivre le suivi postnatal à la maison. Il ne s'agit là que d'exercer le métier pour lequel elles ont été formées.

Cela devrait faire la joie de leurs interlocuteurs. Bien au contraire, l'accès au plateau technique nous est régulièrement refusé par les maternités et je ne peux que me désoler devant les arguments utilisés ici pour expliquer leur position.

Petite analyse de texte car tous les mots ont leur importance…
«Le plan périnatalité ou le schéma régional d'organisation sanitaire (…) ne prévoit pas l'intervention de sages-femmes libérales au sein du plateau technique d'un établissement titulaire d'une autorisation d'activité périnatale comme le nôtre».
Méconnaissance des textes ou mauvaise foi ? - je penche pour la seconde hypothèse  - L'argument légal se voudrait incontournable mais il est faux. La Loi HPST (article L. 6161-9), précise au contraire : "Un établissement de santé ( …) peut être admis par le directeur général de l’agence régionale de santé à recourir à des professionnels médicaux et auxiliaires médicaux libéraux dans la mise en œuvre de ses missions de service public et de ses activités de soins. (…)".

« Ne pas laisser conduire un processus de naissance » Cette façon de présenter notre travail le trahit. La première fonction des sages-femmes est d'accompagner ce "processus" et de s’assurer qu’il se déroule normalement, non pas de le conduire. Nous sommes aux cotés des femmes, de leur utérus, de leurs hormones... et de leur inconscient.
Les sages-femmes pratiquant l’accompagnement global misent d'abord sur la prévention. Elles s’appuient sur les compétences des mères, s'attachent à ce que rien ne viennent les perturber, et considèrent l'accouchement comme un phénomène physiologique. De fait, il ne nécessite souvent pas d'autre intervention que leur présence attentive.
La médecine française part du postulat inverse : l'accouchement est une situation à risque et chacun pourra se féliciter de sa chance si aucune complication n’intervient. Postulat confirmé ici par l’emploi de «bloc technique» pour désigner les salles de naissance, visant à souligner la complexité et la technicité requises pour prendre en charge ce fameux processus.

«Par des professionnels extérieurs agissant en toute indépendance». Quel est le problème ? Les professionnels médicaux, extérieurs ou pas à la maternité, exercent en toute indépendance, les sages-femmes également. Libérales ou salariées, nous sommes pleinement responsables de nos actes et cela est inscrit clairement dans notre code de déontologie (Article R4127-348). Par ailleurs, les quelques sages-femmes libérales ayant accès à une maternité ont signé une convention avec l'établissement afin de préciser les modalités de cette collaboration.

«La probable désorganisation d'un service dont l'activité est dense». Mauvaise foi criante ! Il ne s’agit pas de densifier l’activité mais de l’organiser autrement. Que je sache, l’ouverture d’un plateau technique ne multiplie pas les grossesses. Il n’y aurait pas plus de naissances au sein de l’établissement mais une partie des accouchements seraient réalisés par des sages-femmes libérales plutôt que salariées.

Les libérales sont clairement accusées d'être des électrons libres, voire irresponsables. Les maternités fonctionnent selon les règles et protocoles établis au mieux collégialement, au pire par le seul chef de service. Docilité serait mère de sureté. Aux dernières assises des sages-femmes, il a pourtant été souligné que l’application systématique d'un protocole ne dédouanait en aucun cas le professionnel de sa responsabilité en cas d'incident... Préserver notre libre arbitre pour savoir s'adapter à chaque situation sans suivre aveuglément un protocole est une absolue nécessité. N'avons-nous pas tout à gagner en confrontant nos savoirs et nos savoirs-faire ?

Les sages-femmes salariées de l’établissement devraient s'indigner devant ce refus. Ouvrir le plateau technique à leurs consœurs extérieures permettrait de les dégager d’une partie de leur travail pour mieux se consacrer aux autres femmes.
Ce serait concevoir qu’il y a de multiples façons d’accompagner les naissances et reconnaitre le droit des parents à décider de la façon dont ils veulent vivre ce moment fondateur .
Ce serait réfléchir ensemble à nos prises en charge et à la complémentarité de nos exercices.
Ce serait faire entendre la voix des sages-femmes, praticiennes qualifiées, autonomes, responsables, mais trop souvent soumises.
Ce serait décréter ensemble que la vie ne se formate pas et que chacune, à notre façon, dans notre exercice quotidien, cherchons à exercer au mieux, au plus juste, au plus vrai.

Pure utopie ?

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31 mai 2010

Toujours plus, toujours pire ?

Bref reportage le lundi de Pentecôte au journal de 20h de France 2. L’on s’y inquiète de l’inflation du taux de césarienne, plus de 20% en France, 33% aux Etats-Unis.

Outre-Atlantique, la demande de césarienne de "confort" serait en cause. Une femme témoigne avoir préféré cette solution afin «de pouvoir s’organiser», tout en évitant l’étape accouchement dont elle garde un souvenir douloureux pour son premier enfant.
Son médecin l’a encouragée à faire ce choix, affirmant que ce serait moins stressant pour l’enfant comme pour la mère… C’est oublier que les enfants nés par césarienne présentent plus souvent des difficultés d’adaptation respiratoire, c’est également omettre que la chirurgie multiplie le risque d’anomalie placentaire pouvant amener à des complications sévères lors des grossesses suivantes.

Mais il est surtout surprenant ? paradoxal ? incompréhensible ? que l’on puisse préférer le recours systématique à la chirurgie au simple respect de la physiologie. Car loin des situations périlleuses nécessitant l’intervention bienvenue de tout notre arsenal médical, il s’agit ici d'une femme lambda, présentant une grossesse tout aussi lambda. 

Pourquoi les obstétriciens s’orientent-ils si aisément vers la césarienne ?
D'une part, chaque équipe redoute la plainte, l’accusation de ne pas en avoir fait suffisamment et la chirurgie peut apparaitre comme le summum de la prise en charge - difficile d’en faire plus, effectivement ! - et donc comme un bouclier parfait à toute velléité procédurière.
D'autre part, ces interventions programmées sont économes en temps et faciles à insérer dans la journée de consultation. De plus, elles "rentabilisent" le bloc opératoire et augmentent les prix de journée versés à l'établissement.
La journaliste précise d’ailleurs «le système de santé américain, largement privatisé, explique donc en partie cette inflation de césarienne».

Et en France ? Comme l’indique cette fiche "Taux de césarienne" disponible sur le site du ministère de la santé, les mêmes causes conduisent aux mêmes effets ; en voici la conclusion : «Ces résultats illustrent le fait que le risque obstétrical n’est pas le seul déterminant. En particulier la programmation des césariennes pour des raisons organisationnelles ou de préférence des femmes est un déterminant à prendre en compte. La tarification de la césarienne pourrait également influencer le taux de césarienne dans les établissements.»

Le reportage se termine sur une manifestation des américaines contre la banalisation de la césarienne. Aurons nous à faire de même en France ?
Devrons nous manifester pour que l'accouchement par voie basse soit la norme et non l'exception ?
Devrons nous manifester pour que les femmes soient mieux accompagnées afin de ne pas redouter la mise au monde au point de préférer se faire ouvrir le ventre ?
Devrons nous enfin manifester pour prendre conscience que cette chirurgie a un coup pour la société et que cet argent pourrait être mieux utilisé ?

Dans un rapport datant de mars 2010, Amnesty International dénonce l'augmentation de la mortalité maternelle aux USA du fait des difficultés d’accès aux soins. Hélas, les Etats-Unis n'ont souvent que quelques années "d'avance" sur l'Europe.

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27 mai 2010

Cercle vicieux

Nous nous rencontrons pour une première séance de rééducation périnéale et je suis en train d’ouvrir son dossier. Je la questionne sur sa grossesse, son accouchement, sa santé en général et son périnée en particulier.
Elle saisit l'occasion pour m'interroger ; pour le moment, elle n’éprouve aucun désir…est-ce inquiétant ? Je lui confirme que cela est banal à quelques semaines de l’accouchement et lui demande comment son couple vit cette phase. Elle s'exclame que tout va bien et que son homme se montre très compréhensif et patient. Elle pourrait s’arrêter là mais murmure juste assez fort pour que je puisse l'entendre «J’ai du mal à le supporter».

Je souligne l'apparente contradiction :«Vous supportez mal que votre compagnon se montre respectueux de vos demandes ?»
En fait, c'est l’absence de proximité physique qu'elle déplore. D’une phrase, elle résume la situation : «J’ai besoin de câlin pour avoir envie de faire l'amour et il a besoin de faire l'amour pour avoir envie de me faire des câlins…»

Ce court récit me permet de vous inviter à allez lire la critique - gentiment signalée par Blandine - de "Osez l'amour pendant la grossesse" (datant de 2007) livre que je n'ai pas lu...
... et que du coup je ne lirai pas.

Pour faire bonne mesure, j'ajoute ce commentaire trouvé sur l'un des sites vendant le livre : "En Île-de-France, on estime que 45 % des couples se séparent durant les trois premières années d'un enfant. Ce guide, qui a pour but d'entretenir une certaine harmonie sexuelle, trouve également sa légitimité dans le renforcement des couples, afin qu'ils ne fassent pas tristement partie des statistiques. Certes, le plaisir sexuel n'est pas tout, il n'est pas l'unique garant de la solidité d'un couple. Mais force est de constater que la frustration ne fait qu'aggraver les tensions qui peuvent survenir en pleine période de « baby clash ». C'est la porte ouverte au classique scénario adultère-séparation. Avant d'être des parents, nous avons été des amants. Faisons en sorte de le rester. Ne culpabilisons pas de nous vautrer dans ces plaisirs faussement égoïstes. Indirectement, nos enfants nous en remercierons. Des parents amoureux font des bébés heureux."

"Entretenir une certaine harmonie sexuelle". Tant que l'on nous parlera d'hygiène sexuelle plutôt que de désir, et de nécessité conjugale plutôt que d'amour.. les câlins des uns risquent de manquer aux autres et "vice" versa !

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25 mai 2010

Parc animalier

Plus souriante, moins hautaine, je l’aurais décrite comme une gourmande plantureuse. Mais ses cheveux décolorés, ses hauts talons, ses ongles rouges, ses bourrelets moulés dans une robe de jersey noir, ses clinquants et cliquetants bijoux et surtout sa conviction que son statut de journaliste de la presse féminine ne peut que forcer les portes et notre admiration… me la feront simplement qualifier de vulgaire.

Elle prévoit de rédiger un article sur notre maternité et me questionne sur la préparation à la naissance qui y est proposée. Elle m’interroge du bout des lèvres, signifiant par sa moue boudeuse que mes propos la déçoivent. Malgré mes refus, elle insiste longuement, tentant d'obtenir le récit de quelques anecdotes amusantes. Elle est en quête de spectaculaire, d’histoires croustillantes propres à éveiller la curiosité de son lectorat, le fond ne l’intéresse pas.

Comme les autres membres de l’équipe déjà interrogés, je me refuse à entrer dans son jeu et elle finit par abdiquer. Elle s’apprête à quitter la maternité mais voudrait illustrer son article de quelques clichés pris en salle de naissance. Je suis chargée de l'y accompagner.

Une seule femme est en travail cet après midi là. La visiteuse trouverait tout à fait bienvenu de pouvoir prendre quelques clichés de l'accouchement. Annonçant qu'elle va demander leur accord aux parents, la sage-femme qui les suit quitte le bureau. Elle s’éloigne déjà dans le couloir lorsque la journaliste la rappelle : «Attendez, elle est mignonne au moins ?» regrettant visiblement la manque de choix dans ce qu’elle doit confondre avec un zoo.
Le mépris dans sa voix est tel que ma collègue fait demi tour : «Puisque vous le prenez ainsi, je n’irai même pas leur proposer.»

Seule une image de salle de naissance vide et sans âme viendra illustrer l'article.

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