31 mars 2010

A son corps défendu

Il est comte, vicomte ou marquis je ne sais plus mais il a pris soin de me faire savoir sa noble ascendance… Plutôt jeune, plutôt avenant.
Il l’accompagne à tous les rendez-vous, plein d’attention et de prévenance, aux petits soins pour elle.

Elle est extrêmement belle, extrêmement réservée et parle un français laborieux. Elle vient de l’autre bout du monde et porte leur enfant.

Belle histoire d’amour reliant deux pays, deux cultures, deux êtres humains.

Lors d’une consultation, je soulève la question de l’alimentation de cet enfant à venir. Avec ses mots maladroits, elle explique que dans sa famille, dans son pays, toutes les femmes allaitent leur bébé et qu’elle sera très heureuse de faire de même.

Il l’interrompt brutalement, et me lance, sans même la regarder «Il n’en est pas question, ça va lui abimer les seins et ses seins sont à moi».

Soudain le sentiment qu’il est allé faire son marché dans cet autre pays, ramenant comme un trophée la femme au corps parfait choisie avec soin.
Elle a baissé la tête.
Je tente de lui donner la parole mais elle s’est déjà rangée à ses arguments. Elle est sa propriété et cette évidence acceptée me glace.

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27 mars 2010

Tête à quoi ?

Lu sur famili.fr : Accouchement : quand peut-on reprendre les rapports sexuels ?
Explications du Pr Bruno Carbonne, chef du service gynécologie-obstétrique à l'hôpital Saint-Antoine à Paris :
Pendant deux à trois semaines après une naissance, ils sont déconseillés : le col est encore ouvert avec un risque d'infection. Et rares sont les femmes qui ont la tête à « ça » ! Les lochies, pertes de sang et de sérosités, sont encore très abondantes... De plus, la zone du vagin est douloureuse, surtout après une épisiotomie ou une déchirure. Un mois est un délai «raisonnable» !

Parole masculine n’envisageant les relations sexuelles qu’à travers leur versant pénétrant…
Crainte de l’infection, fantasme du pénis triomphant, forcément démesuré, venant franchir un col encore béant...

Le professeur délivre de sentencieuses affirmations à d’infortunés couples supposés suspendu à son savoir. Omnisciente et toute puissante, la faculté s’autorise à juger du bon moment de la reprise des rapports sexuels.

Il nous est affirmé que «les femmes n’ont pas la tête à ça». Effectivement, la libido est rarement au plus haut dans les semaines suivant une naissance. Faut-il pour autant parler à la place des intéressés ? Ne serait-il pas plus clair, plus respectueux, et bien moins intrusif de souligner que reprendre une activité sexuelle suppose d’en avoir l'envie, tout simplement.

Vient ensuite cette description minutieuses des pertes féminines. Qu’en des termes choisis ces choses là sont dites ! L'on comprend bien à le lire qu’aucun homme ne pourrait - ne devrait ! - avoir envie de s’approcher d’un corps dont s’écoulent en abondance sang et sérosités.

Enfin Mesdames sachez que votre vagin sera douloureux et que vous n’échapperez surement pas à l’épisiotomie sinon à la déchirure…

Non, aucun délai n'est raisonnable

J'entends cette jeune accouchée racontant avec émotion ses retrouvailles avec la sexualité deux semaines après la naissance de son enfant, les gestes doux de son compagnon, attentif, devinant sa crainte de ne pas retrouver les sensations de ce corps traversé par un enfant, dévoué à son plaisir.
Acte d’amour.

Ne nous mêlons pas de définir la sexualité des couples. Seuls comptent leur désir et leur attention l’un à l’autre.

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24 mars 2010

Aimée

Ils ont espéré longtemps un enfant, connu le parcours tortueux de la stérilité présumée, confirmée, et finalement court circuitée par une fécondation in vitro.
Les mois passent. Dans l'attente de l’accouchement, elle alterne entre angoisse et impatience, craignant le paroxysme de la naissance et l’apprivoisant petit à petit, finissant par s’y sentir prête.
Ensemble, ils préparent ce moment, désirant retrouver pour la fin de la grossesse la simplicité qui n’a pu présider à son origine. Elle souhaite accoucher le plus naturellement possible, laisser parler son corps, suivre simplement ce qu’il lui indique. Leur projet de naissance a été accepté par l’équipe.

Le jour venu, ils sont accueillis chaleureusement. Elle peut cheminer en confiance, soutenue par une sage-femme convaincue de sa compétence à mettre au monde son enfant.
Une nuit sans sommeil, puis une journée… Ils ont marché, dansé et ri, elle s'est baignée, a soufflé et chanté sa douleur. Les choses avancent doucement, trop doucement. Une autre sage-femme prend le relai, toute aussi charmante, mais moins soutenante, moins rassurante. Préoccupée par la lenteur de la dilatation, elle propose de rompre la poche des eaux.
Le travail utérin redouble de violence. Elle se retrouve assaillie de puissantes contractions, épuisée par le manque de sommeil, découragée par l’absence de soutien. Renonçant à l’idéal projeté pendant la grossesse, elle souhaite une péridurale qui lui est refusée car trop tardive. La sage femme propose un gaz antalgique* mais elle préfère s’en passer par crainte de perdre la conscience des événements.

Au fil des heures, l’épuisement et la douleur mêlés aboutissent au même résultat. Dépassée par ce qu’elle traverse, elle souhaite mourir. Oh, pas vraiment mourir, pas définitivement, juste un petit peu pour ne plus devoir affronter l’insoutenable.

Le bébé ne progresse pas, ou ne supporte plus bien l’attente, elle ne sait pas vraiment mais l’obstétricien est appelé pour donner son avis.
Se conformant à la pire des caricatures, il arrive, clamant «qu’en lui mettant deux doigts dans la chatte», il va résoudre le problème. Joignant le geste à la parole, il l’examine brutalement lors d’une contraction pour conclure sans ménagement que la naissance se fera par césarienne. Puis il repart, la laissant aux mains d’autres soignants pour préparer l'intervention. On s’affaire à la raser et lui poser une sonde urinaire sous le regard de son homme, sans se soucier de sa pudeur, de sa difficulté à se retrouver ainsi, cuisses béantes et sexe exposé.

Au dernier moment, l’anesthésiste s’oppose à la présence de son compagnon au bloc opératoire. Elle part seule, impuissante face au praticien s’affranchissant sans vergogne du contrat établi avec d’autres membres de l’équipe dans les semaines précédentes.

Son enfant voit le jour au son du verbiage vaniteux d’un chirurgien narrant ses dernières vacances.
Sa fille posée contre sa joue, elle peut quelques instants l’embrasser, lui chuchoter tendrement que son père va l’accueillir pendant que l’intervention se termine. On l'emmène ensuite pour les premiers soins.
Elle reste seule. Elle est mère mais comment le réaliser pleinement, submergée par la fatigue, envahie par les digressions vantardes de celui qui recoud son ventre.

Enfin ils se retrouvent à trois. Son compagnon a pu faire connaissance avec leur bébé, la respirer, l’embrasser, la bercer… elle est juste épuisée et soulagée que tout soit enfin terminé.
Le premier regard de sa fille l’a laisse indifférente et horrifiée de cette indifférence. Elle pleure sur cette naissance qui l'a coupée de son enfant. Son homme entend sa souffrance et s'attache à l’apaiser.
Alors, la mélodie qu’elle chantait pour le bébé encore au creux de son ventre lui revient et c’est en fredonnant qu’elles se rencontrent enfin.

*protoxyde d'azote aussi nommé gaz hilarant

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20 mars 2010

Malheureux malheureuse

Faut-il s’amuser ou se désoler de cet article racoleur et inepte pêché dans la presse régionale ?
Certainement rédigé à la hâte par un inexpérimenté stagiaire, il réunit nombre de poncifs, approximations et autres maladresses propres à nourrir mon ressentiment.

Commençons par le titre, cet enfant nait grâce aux efforts de qui ? Sa mère ? Quelle stupide pensée  !
Grâce aux efforts…

… des secours !

Cette femme est donc chez elle, seule et en train d’accoucher. Elle appelle à l’aide, le commissariat - drôle d’idée - et les pompiers. Tout ce beau monde arrive rapidement.

«La malheureuse est en plein travail». Ce qualificatif aux relents vieillots et misérabilistes apparait bien racoleur. De plus neutres "future mère" ou  "jeune femme" auraient été bienvenus.

La tête du bébé est visible. Bien ! C’est donc la fin de l’accouchement, aucune raison que la naissance s’annonce difficile.

Une policière la rassure. Merci la police - cela dit sans aucune ironie - une femme en plein travail, seule chez elle et dont a défoncé la porte d’entrée éprouve certainement le besoin d'être rassurée.

«L’accouchement est une vraie gageure»
. Après vérification, gageure signifie bien "projet qui semble défier le bon sens". Quoi de plus censé que d’accoucher lorsque la tête (sombre, curieuse précision destinée à nous ancrer dans le réel… ) est visible.

Hélas, une complication s’annonce ! L’enfant a «malheureusement le cordon autour du cou». Permettez moi de douter du diagnostic visuel d’un circulaire (non savant donné à cet enroulement du cordon) avant que l’enfant ne soit né. Pour qui se souvient de l’anatomie des nouveaux-nés… leur tête est quasi vissée directement sur leur torse. Un cordon coincé entre les deux se perçoit au toucher bien plus qu’il ne se voit.

Puis l'on nous sert un tragique risque d’étranglement, fantasme largement véhiculé alors que près d'un enfant sur cinq arrive au monde plus ou moins enroulé dans son cordon.

La femme épuisée est au «paroxysme de la douleur», évocation destinée à faire vibrer le lecteur, «prend peur» et éprouve des difficultés à pousser. On peut imaginer que sa sécrétion d’ocytocine ait été mise à mal par l’irruption des policiers défonçant sa porte …

Enfin «tous unis dans un acte extraordinaire» police et pompiers ont mis au monde cet enfant - ça se confirme, la mère n'y est pour rien ! - puis ils ont «clampSer» le cordon. Légère confusion entre clamper/pincer et clamser/mourir… un détail !

Mère et enfant partent ensuite aux urgences. Arriver directement à la maternité devait sembler trop banal. Passons donc par les urgences pour dramatiser un peu.

Enfin, en salle d’accouchement «la poche placentaire s’est vidée». La poche placentaire, unissant poche des eaux et placenta dans le même concept est un raccourci innovant !

Et l’article de se conclure sur l’entourage chaleureux apparaissant comme un «luxe inouï» (!) à cette femme qualifiée, pour la seconde fois en quelques lignes, de malheureuse.

Tout cela n’est pas bien grave et j’imagine un jeune et naïf stagiaire peu au fait du déroulement d’un accouchement tirant la langue sur son clavier pour rédiger un récit spectaculaire.

Mais de futurs parents vont lire ce récit, persuadés que l’on frôle le drame à chaque contraction et pétrifiés à l’idée que leur enfant puisse se pendre à son cordon.
Et si cela ne suffisait à nourrir leurs craintes, ils seront de plus affligés par l’évocation d’une «malheureuse femme au paroxysme de la douleur».

Va donc être serein le jour J !

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15 mars 2010

Lapsus linguae

Elle m’a longtemps irritée.
Working woman accomplie, horaires déments, planning saturé, avenir programmé, elle a décidé de "faire" ses enfants jeune pour pouvoir se consacrer ensuite à sa carrière. En ligne de mire de sa grossesse, une naissance déclenchée pour lui permettre de répondre à son calendrier professionnel. Elle prévoit ensuite de tirer son lait car si elle considère que c'est l’aliment le plus performant pour son enfant, donner le sein la révulse. D'ailleurs, pas de congé de maternité prévu, on a besoin d'elle au travail.

Irritante vous dis-je.

Ce jour là, mon inconscient m’a alertée.
En lui montrant un mouvement de relaxation où il était important qu’elle se laisse mobiliser, j’ai voulu dire « surtout ne m’aidez pas ». J’ai presque prononcé « surtout ne m’aimez pas »… Le "m" s’est arrêté sur mes lèvres mais j’ai alors réalisé l’ampleur de ma réticence à son égard.

Coupable, j’ai pris le temps de me libérer de mes a priori, de l’écouter mieux, autrement, pour découvrir derrière cette icône de la réussite sociale une fragile jeune femme cherchant à trouver sa place, soucieuse de prouver sa valeur, en quête permanente de réassurance.

Touchante bien plus qu'irritante.

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14 mars 2010

Quentin

Ils ont vécu un premier espoir d’enfant brutalement anéanti par la découverte d’une grossesse extra utérine.

Cette seconde grossesse a débuté dans l’inquiétude. Au fil des jours, ils se sont rassurés et les premières échographies sont venues confirmer que tout allait bien. Ils ont découvert leur futur bébé s’agitant déjà dans le nid utérin. Ils sont confiants.

Ce nouveau rendez vous est celui de l’échographie morphologique. Arrivés à l’heure dite, ils patientent longtemps. Le médecin les prend enfin, marmonne un vague bonjour, ne s’excuse pas pour son retard. Les quelques mots adressés au père sont pour lui signifier qu’il dérange. Le cabinet n’est pas conçu pour que l’accompagnant soit à l’aise.

Son ventre est abondamment enduit de gel. Désagréable sensation de froid sur sa peau.

L’examen, minutieux, va durer 45 minutes. L’homme est concentré, le regard rivé à l’écran. D’une main, il pianote sur le clavier, ajuste des curseurs, enregistre des données. De l’autre, il tient fermement la sonde, la déplace, l’oriente, appuyant sans ménagement sur le ventre maternel. Tout à son observation, il occulte la femme détentrice de ce ventre, omet que ses gestes puissent lui être douloureux. Soucieuse de ne pas perturber l’examen, elle serre les dents.

Aucun commentaire sinon, de temps à autre, un soupir, un froncement de sourcil, toutes choses que les parents guettent comme autant d’indices, s'interrogeant en silence, est ce que tout va bien ?

Enfin, il repose la sonde, tourne le regard vers elle. Son ventre labouré lui fait mal. Elle attend les mots rassurants venant conclure la séance, les mots qui leur permettront de partir sereins.

Du bout des lèvres, il indique que tout semble aller bien, «du moins pour ce que l’on peut voir à cause de la paroi »  Façon peu élégante de lui signifier quelques rondeurs antérieures à celles de sa grossesse.

Il hésite, souhaite éliminer un dernier doute et repose la sonde.

Et les mots tombent, qui se voudraient obscurs « il y aurait bien une légère angulation des pieds».

Il aimerait déléguer les explications, les suites à donner à cette annonce et se contenter de les adresser à leur médecin. Pas de chance… elle est kiné, alors cette angulation, elle la traduit immédiatement en langage commun «des pieds bots?»  Oui cela pourrait être, il faudrait prévoir une amniocentèse.

Mais déjà il se lève, arrache quelques feuilles au distributeur et lui tend pour qu’elle essuie son ventre.

Son travail est terminé, il a fait sa part. Indifférent ou embarrassé face à leur inquiétude, pressé d’enchainer avec l’échographie suivante, il renvoie vers le gynéco pour les examens complémentaires, vers la secrétaire pour le règlement.

Assez de temps perdu.

Depuis, leur fils est né, en pleine santé. Et si ses pieds ont nécessité des soins particuliers, il gambade maintenant comme tous les enfants.



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11 mars 2010

Empathique n'est-il pas ?

Dès le début de sa grossesse, et même dès son projet d’enfant, la péridurale a été son credo. Lors de nos rencontres, j’ai tenté d'infléchir sa conviction. Pourquoi ne pas se laisser le temps d’accueillir les premières sensations avant d’affirmer la nécessité d’une analgésie ? Mais cette incertitude lui semblait trop pesante et je me suis inclinée. De multiples angoisses assombrissaient sa grossesse, je ne souhaitais pas la déstabiliser plus encore.

Arrivée en fin de nuit pour une rupture de la poche des eaux, elle attend dans une chambre du service ses premières contractions. Au matin, le couloir s’emplit de bruits divers, roulement des chariots sur le sol plastifié, brocs de métal qui s’entrechoquent, portes qui s’ouvrent et se referment. C’est l’heure du petit déjeuner.

Si rien ne se passe, l'accouchement sera provoqué dans la journée. Elle hésite devant le bol de thé et les deux tartines qui lui sont servis. Elle croit se souvenir qu’il faut être à jeun pour avoir "droit" à la péridurale. L’idée que le geste salvateur pourrait être différé parce qu’elle a transgressé l’interdit lui est insupportable.

Elle interroge la jeune femme qui vient de lui amener son plateau. «Êtes-vous bien certaine que je peux manger ?»
Le «oui bien sur» ne lui suffit visiblement pas et, devant son inquiétude, l’aide soignante annonce avec gentillesse qu’elle va vérifier auprès de la sage-femme.

Quelques instants plus tard, on ouvre sans frapper. Du seuil de la porte, la désignant d’un doigt accusateur, la sage-femme l’interpelle violemment «Vous, quand je dis que vous pouvez manger, c’est que vous pouvez ! Je connais mon boulot!» puis tourne les talons, la laissant en pleurs.

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08 mars 2010

Elisabeth Badinter a raison

«Pour quelles raisons avez-vous choisi ce métier ?» m'avait-on demandé lors de ma première journée d'étudiante sage-femme.
Sans hésitation «Pour servir la cause des femmes!»

Les racines de cette motivation sont sans doute à chercher dans ma propre naissance. Ma mère accouchant prématurément, en l’absence de mon père, une équipe malmenante, une douleur submergeante, une panique intense maitrisée par une anesthésie générale. Je suis née par forceps du ventre d’une femme terrifiée et absente.
Quelques années plus tard, accompagnée par une des équipes pionnières de "l’accouchement sans douleur", elle a pu vivre une autre naissance, joyeuse et sereine.

Tout est dit.

Je sais l’importance de l’accompagnement, du respect, de l’empathie.
Je sais la puissance des femmes qui mettent au monde.
Je sais la force qu’elles en retirent lorsqu’elles traversent cette épreuve en toute sécurité, physique mais aussi affective.
Je sais que de l’humanité nait le meilleur, de l’indifférence peut naitre le pire.
Je sais que l’analgésie peut se révéler indispensable et salvatrice mais aussi devenir l'instrument de la contrainte. On peut si facilement soumettre un corps qui ne sent rien.

Une cadre de maternité expliquait doctement lors d’une intervention auprès des étudiants «La péridurale c’est pratique, elle permet de faire pousser les femmes quand ça arrange l’équipe».

N’en déplaise à Elisabeth Badinter, la péridurale n’est pas forcément un outil de libération, l’allaitement pas forcément celui de l’asservissement.

Je me bats pour toutes les femmes, celles qui veulent être mères et celles qui ne le veulent pas, celles qui désespèrent d’être enceintes et celles qui veulent interrompre leur grossesse, celles qui allaitent et celles qui biberonnent, celles qui souhaitent materner longuement et celles qui désirent retourner à leur travail.

Je revendique le droit des femmes à décider de leur vie, sans avoir à renoncer à leur liberté parce qu’elles ont choisi la maternité.
Je revendique que les hommes soient à leur cotés, ni dominants ni soumis.

Pourtant,
Elisabeth Badinter a raison, nous ne sommes pas gouvernées par nos hormones et réduire l’amour d’une mère pour son petit à quelques échanges d’ocytocine et autre prolactine relève d'une analyse sommaire voire humiliante.

Elisabeth Badinter a raison, le risque est réel pour une femme d’aliéner sa liberté en quittant la vie professionnelle, même de façon temporaire, pour se consacrer à son enfant.

Elisabeth Badinter a raison, en ces temps de crise économique, certains pourraient s'empresser de renvoyer les femmes à leur foyer sous de faux prétextes.

Mais elle se trompe de cible. C'est la société qu'il faut réformer, non la maternité.
C’est aujourd’hui la journée de la femme mais 24 heures, c’est un peu court pour refaire le monde...

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03 mars 2010

La trace

C’est notre dernière rencontre après un accompagnement de plusieurs mois. Sa grossesse, particulièrement difficile, a été suivie de près et s’est terminée par une césarienne en urgence.

Le temps s’est écoulé depuis. Parce que nous n’aurons plus l’occasion de nous voir, ce dernier échange a tout du bilan.

Elle regarde les événements passés avec sérénité, sourit sur son enfant en si bonne santé, s’attendrit sur son compagnon en congé parental, congé qu’ils se partagent afin de prendre chacun du temps pour leur fils mais aussi du temps ensemble.
Elle se félicite de sa ligne retrouvée, de son plaisir au travail, de l'attention de son compagnon et se ravit de l’équilibre existant entre tous les aspects de sa vie, maternelle, professionnelle, amoureuse, personnelle.

Puis elle se lève, se dirige vers la porte, commence à prononcer quelques mots d’au revoir… et s’interrompt. Une dernière chose dont elle voudrait me parler, la seule ombre au tableau «Je voudrais te montrer ma cicatrice, je la trouve moche ». Toujours debout, elle ouvre la ceinture de son jean, remonte son pull, baisse une bordure de dentelle. La cicatrice apparait, un peu trop rouge, un peu trop épaisse, un peu de travers, mal masquée par les poils pubiens.
Et elle si jolie, si pimpante explique qu’elle supporte mal son image dans la glace.

J’atteste que la cicatrice n’est pas très esthétique, évoque la possibilité d’une reprise chirurgicale dans quelques mois, une fois que les tissus n’évolueront plus, si elle en est toujours insatisfaite. J’ajoute que cette trace reste celle de sa maternité et quelle peut aussi se l’approprier et l’accepter non pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle symbolise.

Tout en prononçant ces mots, je m’interroge sur la justesse de mon intervention. Ne suis-je pas en train d’engrammer un complexe mal justifié par une cicatrice peu esthétique mais somme toute peu exposée? Etait-il utile d’abonder dans son sens ? Peut-être aurais-je du au contraire la tranquilliser en affirmant que la balafre carmin se voyait peu…

Son grand sourire et ses paroles d’au revoir me rassurent. Bien au contraire, la reconnaissance de son ressenti la réconforte. 
Elle s’en va d’un pas léger.

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02 mars 2010

Doubs pas doux

La meilleure façon de rendre les soignants maltraitants n’est-elle pas de les maltraiter eux-mêmes pendant le temps de leur formation ?

L’image de sages-femmes soumises, charmantes petites mains des obstétriciens, a la vie dure.
L’ouverture des études aux hommes (1982) et le passage par la première année de médecine (2002) ne suffisent visiblement pas à contrer les dérives.

Il semble que certains rêvent encore de praticiennes dénuées d’esprit critique, appliquant docilement les décisions des dignes représentants de la faculté, acquiesçant aux injonctions de leurs supérieurs, acceptant sans broncher les rythmes effrénés, l’envahissement paperassier, le management économique appliqué à l’humain.

D’où la nécessité de formater sinon casser les jeunes professionnels…

PS : Si quelque ESF de Besançon s'aventurait par ici, j'aimerais qu'elle (il !) me contacte...

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