01 mars 2010

Kélyan

De la douleur, elle n’a entendu parler qu’une seule fois lors de la préparation à la naissance... le problème fut rapidement balayé d’un seul mot : péridurale.
Lors d'une consultation, elle a pourtant entendu une femme crier. Interrogée du regard, la sage-femme s'est contentée d'ironiser sur "ces maghrébines qui en font toujours trop". Les sensations de fin de grossesse, tout juste inconfortables, l’ont rassurée. Elle veut se convaincre que l'épreuve sera facile à traverser.

Jusqu’au moment où la première contraction utérine vient scier ses reins. Elle le sait déjà, son enfant naitra aujourd'hui mais ce sera moins aisé que ce qu'elle voulait croire. Sagement, elle fait couler le bain conseillé lors des séances de préparation. Elle s’y retrouve non pas soulagée mais piégée. En sortir cramponnée à son homme, se sécher, se vêtir, gestes rythmés par les vagues de douleur qui arrivent et refluent. Partir à la maternité, avancer péniblement entre deux contractions, tendue vers un seul but, être accueillie, être aidée.

Mais ce jour là, la maternité est surchargée. Elle est reçue par une sage-femme mal disposée, occupée à courir de femme en femme, de salle en salle. Comme en écho aux mots de la préparation, une seule réponse est proposée à sa douleur, la péridurale. Mais il est encore trop tôt pour la poser et on la laisse avec son compagnon, seuls et démunis.

Elle est dépassée, perdue. Le travail avance vite, la poche des eaux se rompt et le liquide est teinté de vert. Cela lui semble inquiétant, cela peut l’être, mais il faut pourtant insister pour que quelqu’un vienne voir. La sage-femme vérifie la dilatation et les laissent à nouveau seuls.
Ils entendent le cœur du bébé ralentir. Il faut encore aller quémander une aide et soudain, plusieurs personnes sont autour d'elle, il faut pousser.
Elle pousse, elle crie, perdue dans sa douleur, paniquée au milieu d’une équipe indifférente à son ressenti. Seule lueur d’humanité, une femme dont elle ne sait rien reste à ses cotés, lui parle doucement et tente de l'apaiser.
Puis tout s’accélère, le cœur du petit bat trop lentement. L’équipe doit intervenir mais une nouvelle fois, on sera avare de paroles…les seuls mots prononcés sont pour faire sortir son homme. Elle lui hurle de ne pas la laisser.
Mais comment s’opposer à une injonction médicale dans ce climat angoissant ? Il sort.

Ecran noir. Elle est anesthésiée sans comprendre ce qui lui arrive et se réveille sans bébé, son compagnon en larme à ses cotés.

Sa première pensée est que son enfant n’a pas survécu.

Heureusement, il vit. Après une naissance difficile par forceps, il est surveillé dans une autre pièce et elle devra attendre de longues heures avant de le voir.
Elle est presque indifférente lors de leur première rencontre. Comment réaliser que cet être là est le même que celui qu’elle portait en son sein ? Puis leurs regards se croisent et comme une évidence, elle devient à cet instant la mère de son enfant, prête à tout pour le protéger.

C’était il y a 18 mois et leur chemin commun se poursuit sereinement.

Mais restent gravés le souvenir de la souffrance, le sentiment odieux de cette dépossession, cette indifférence des soignants qui, s’ils ont su agir, n’ont su ni lui parler, ni l’écouter.


J’inaugure avec ce texte un nouvel exercice. Celui de mettre en mots non ce que l’on me dit ou ce que j’ai vécu, mais ce que l’on m’écrit. Certains à la lecture de ce blog désirent partager leur expérience mais sans la transcrire eux mêmes sur le net. Je me sens dépositaire de ces témoignages et souhaite par ce moyen donner la parole à ceux qui n’osent la prendre.
Ces billets auront pour titre un prénom, celui choisi par ceux qui m'ont confié leur histoire.

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25 février 2010

Rupture

Ils sont arrivés dans la nuit car elle a perdu les eaux. Après la consultation d’entrée, elle est installée dans une chambre, dans l’attente du début du travail. Si rien ne se passe dans les heures qui viennent, les contractions seront déclenchées par perfusion. Afin de glaner de précieux moments de repos avant une journée qui s’annonce riche en événements et émotions, elle s’est couchée dans l’unique lit. Son homme, moins bien loti, se recroqueville dans un fauteuil inconfortable.

Un peu plus tard, c’est le changement de garde. La porte s’entrouvre. Sans s’avancer dans la chambre, un visage inconnu surmontant une blouse rayée de rose les interpelle «C’est vous qui avez rompu ?»

Ils échangent un regard, déconcertés par la question. Silencieusement, chacun s’interroge sur le sens de cette phrase. Leur couple est heureux. Ils sont bien loin de la rupture.

Devant leur air égaré, la sage-femme se reprend. «C’est vous qui avez rompu… la poche des eaux ?» articule t-elle avec application. Soulagés, ils confirment alors d’un oui timide, attendant des explications sur le déroulement de la journée.

Mais la sage-femme, visiblement contrariée par son effort de reformulation, s’apprête à refermer la porte. Seul son ostensible soupir vient ponctuer leur acquiescement hésitant.

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22 février 2010

Un grand amour

Elle vient pour une rééducation postnatale, deux mois après son accouchement. Au fil des séances, la confiance s’installe et elle me confie sa difficulté à reprendre une vie sexuelle. Ni douleur, ni crainte, juste l’absence de désir. Est ce normal ? Que doit-elle en penser ?

Quelques mots sur la libido fréquemment en berne dans les mois suivant une naissance, le manque de temps, l’esprit occupé par les besoins du bébé, les hormones de l’allaitement qui ne sont pas réputées booster la sexualité…
Effectivement, toute envahie de la relation avec son petit, elle ne se sent pas très disponible pour son homme mais s’inquiète cependant de le sentir de plus en plus distant.
Je suggère qu’il pourrait percevoir son absence d’intérêt sexuel comme le symptôme d’un désintérêt plus profond et l’encourage à en parler avec lui.

Elle revient rayonnante et soulagée au rendez-vous suivant. Son compagnon croyait leur histoire en péril. Rassuré par ses paroles, il en a pleuré de joie.

Son homme justement, est en salle d’attente avec leur bébé. Si grand et si robuste que le nourrisson lové contre lui apparait fragile et minuscule. Il le tient d'une seule main, immense, plaquée sur le petit corps. Son autre bras ballote sans savoir que faire. La chaise est trop étroite pour accueillir son bassin, le dossier ridicule ne soutient qu’une infime partie de son dos et ses jambes allongées loin devant lui, s'achevant sur de massives rangers, empiètent sur le passage.

S’impose alors l’image touchante de ce colosse maladroit, pleurant à chaudes larmes sur son amour toujours présent.

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19 février 2010

Contre sens

La FHF, Fédération Hospitalière de France lance une campagne de promotion du service public. Louable combat en ces temps de marchandisation de la santé.

Mais y a un bug ...
Une des affiches concerne la maternité. Sous les photos d’une jeune maman (à la main joliment ornée d’une compresse et d’un sparadrap attestant de la disparition récente d’une perfusion), et d’un bébé potelé dans un incubateur, on peut lire :
« Plus de 500 000 naissances, soit environ 3/4 des accouchements, ont lieu à l’hôpital public, dont la plupart des grossesses à risques et des accouchements avec complications, ainsi que 100 % de la réanimation des nouveaux-nés. Autant de raisons pour choisir l’hôpital public ».

D’abord, on est plus proche des 2/3 que des 3/4 (données "provisoires" Insee : 828 000 naissances en 2008, 821 000 en 2009)… Sans ergoter inutilement, l’honnêteté exige de donner des chiffres justes.
Ensuite, l'affiche joue sur les mots en affirmant «100 % de la réanimation est assurée par le service public», propos un peu flou à la limite de la malhonnêteté. Il faudrait comprendre que l’ensemble des services de réanimation de nouveaux-nés appartiennent aux centres hospitaliers (dit type III). Pour un public moins au fait de terminologies médicales, cela laisse entendre que seuls les établissements publics sont en mesure de procéder aux gestes de réanimation sur un enfant venant de naitre, ce qui est bien évidemment faux.

Voilà de quoi alimenter l’angoisse de parents qui ne sont pas censés décrypter les subtilités d’une campagne de communication.  Autant mettre en sous titre "accoucher est dangereux... et plus encore dans le privé !"

Voilà comment je me retrouve à -presque- défendre les maternités privées, alors que les dépassements d’honoraires, les fonctionnements plus commerciaux que médicaux, l'exploitation du personnel sont régulièrement les sujets de ma colère.

Cette campagne maladroite va donner l’occasion au secteur privé de communiquer sur la manipulation des données pour se racheter une « virginité ».

Il y a quelques mois, c’est la FHP, Fédération de l'Hospitalisation Privée, qui faisait preuve de mauvaise foi en comparant les tarifs publics et privés - entre autres ceux de l’accouchement - bien évidemment au bénéfice du privé.
La réponse de la FHF est lisible ici. Elle souligne avec raison que les tarifs annoncés ne prennent pas en compte l’ensemble des frais, en particulier les honoraires des praticiens libéraux.

Mais la suite de l’argumentaire est encore une fois axée sur le risque, soulignant l’hypertechnicité des hôpitaux comme la garante de la meilleure qualité des soins. Pourtant, lors de grossesses et d’accouchements normaux, cet abus de technologie peut se révéler iatrogène*.
En 2003, dans le très officiel rapport de la Mission périnatalité, les Pr Bréart, Puech et Roze écrivent « Si la nécessité de soins intensifs ne fait aucun doute dans les situations à haut risque, le débat est beaucoup plus ouvert dans les situations à faible risque. Dans ces situations, il a été montré que l'excès de surveillance pouvait être iatrogène. Les données disponibles laissent penser qu'il faudrait à la fois faire plus et mieux dans les situations à haut risque, et moins (et mieux) dans les situations à faible risque ».

Pour défendre l’hôpital, je préfèrerais voir mises en avant les qualités d’un service accessible à tous, attentif au bien-être des patients, soucieux d'efficience plutôt que de rentabilité.
En somme, la définition d’un service public… (à aller défendre ici)

* pathologie provoquée par une acte médical ou un médicament.

PS : S’il vous prenait l’envie de souligner que j’ai opté pour le système privé puisque je suis sage-femme libérale, je répondrais que je l’ai choisi parce que c’est la seule façon de travailler comme bon me semble, en me donnant le temps nécessaire pour chaque femme rencontrée, sans contrainte de rentabilité imposée…
... mais qu’il me serait très agréable de pouvoir exercer de la même façon en étant salariée (ou au moins "forfaitisée") pour éliminer toute notion de paiement à l'acte.

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16 février 2010

Le macho

Proche du playboy, il partage avec lui la blouse ouverte sur un torse viril et une arrogance certaine envers le sexe opposé.
Il s’étonne encore de la féminisation de son métier, prompt à considérer que les gynécologues femmes sont tout juste bonnes à distribuer des plaquettes de pilules. Lui se vante d’être à la fois obstétricien ET chirurgien. Pour autant, l’obstétrique ne l’intéresse que lorsqu'elle déraille. La physiologie se passant de ses compétences, il ne s'y sent pas suffisamment valorisé et reste perplexe sinon hilare devant ces femmes affirmant vivre comme un accomplissement l’épreuve de l'accouchement.

Ce qui le fait vibrer, c’est la complexité d'un diagnostic, l’incident, la complication imprévue qui lui permettent de se poser en sauveur. Situations, à ses yeux, trop rares en obstétrique. De fait, il préfère la gynécologie et son cortège de pathologies lourdes nécessitant ses compétences chirurgicales. Là il peut briller. Bonus supplémentaire,  nul besoin de s’éreinter à expliquer ce que l’on fait à une patiente sous anesthésie.
De l’obstétrique, il n’apprécie finalement que le côtoiement de jeunes sages-femmes à qui il trouvera toujours moyen d’emprunter un stylo, insistant pour aller se servir lui même, si possible dans la poche poitrine. Il ne faut pas rater une occasion de tâter, frôler et de tester un charme dont il ne doute jamais.
En consultation, selon l'âge et la morphologie de la femme présente, il sera plus ou moins avenant, plus ou moins enclin à passer le relai à l’étudiant pour un examen complet.

En bonne santé, petite et ronde, elle n’avait aucune chance de l’intéresser.
Elle a subi une césarienne pour stagnation de la dilatation quelques semaines auparavant; c'est lui qui l'a opérée. Elle s’interroge maintenant sur son avenir obstétrical, les probabilités d'un accouchement par voie basse et a souhaité le revoir en consultation.

Lui est fatigué, débordé et peu disposé à se pencher sur son dossier. A quoi bon se projeter dans l’avenir, il sera bien temps de voir lors de la prochaine grossesse. Tout cela n’est que coupage de cheveux en quatre, préoccupation mineure. Elle va bien, son enfant aussi, que lui faut-il de plus ?

Elle tente d’insister. Il l’écoute avec indifférence, arrachant à son bras un peu de peau pelant du fait d’un récent excès de bronzage et roule machinalement les cellules mortes en petit boudins gris qui vont s’échouer sur le sol…

Pour couper court à ses questions, il l’invite à s’installer sur la table d’examen.
Se penchant sur le ventre dénudé, il s’auto-congratule pour la qualité de la cicatrice, si belle, si fine, si bien réalisée... guettant les félicitations qui ne sauraient tarder.

Elle tient sa revanche. Le défiant du regard, elle assène «Vous n’y êtes pour rien ! Vous êtes parti en lançant "y a plus qu’à refermer !" C’est l’interne qui m'a recousue, c'est lui qu’il faut féliciter».

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12 février 2010

Liberté, égalité, confraternité

Dans un billet récent, j’épinglais les propositions de coaching en rappelant que les sages-femmes sont là pour répondre aux besoins des couples. Dans son commentaire, Emilie s’interroge  «où sont-elles ? Je la cherche encore, ma sage-femme, pour m'accompagner chez moi pour la naissance de mon 4ème enfant... pourtant, j'ai des contacts, des ressources... je suis sage-femme !!!»

Effectivement, il est souvent difficile de trouver une sage-femme qui accompagne les accouchements à domicile …elles sont moins d’une centaine en France.

Pourquoi n’y a-t-il que 3% des libérales à proposer cet accompagnement ?

Pourquoi une pratique banale dans certains pays (Pays-Bas 30 %), en croissance dans d’autres (Royaume Uni : 1.9% en 2001, 2.7% en 2008, développement soutenu par le ministère de la Santé) est-elle aussi peu répandue en France ?

Il y a bien évidemment la question des assurances. Saluons ce grand écart légal : d’un coté l’obligation faite aux sages-femmes d’être assurées pour leurs actes (ce qui n’a rien de scandaleux en soi), de l’autre le refus des assureurs, tous prêts à nous signer un contrat… à condition d’en exclure l’accouchement à domicile !

Une démarche menée en 2009 par l’association nationale des sages-femmes libérales auprès du bureau central de tarification a rappelé les assureurs à leurs devoirs. Le BCT est tenu de nous trouver une assurance et il l’a fait .... mais pour la somme totalement prohibitive de 19000 €  alors que ¾ des sages-femmes libérales gagnent moins de 35 000€/an (et qu’un accouchement à domicile est généreusement tarifié 313 € par la sécurité sociale; forfait comprenant l’accouchement et les visites des 7 jours suivants).

Notre conseil de l’ordre, fort soucieux de légalité, rappelle chaque sage-femme à cette obligation en soulignant que l’absence d’assurance peut entrainer une amende de 45 000 € !
Mais il reste sourd à nos demandes de démarches concertées auprès des pouvoirs publics pour faire avancer le dossier (rappelons que les obstétriciens bénéficient d’une prise en charge partielle de leurs primes d’assurance par la sécurité sociale).

Cependant, si l’absence d’assurance peut dissuader les sages-femmes d'accompagner les naissances à la maison, la principale raison se trouve ailleurs, dans le regard porté sur cette pratique par le monde médical. Si l’opprobre n’était pas jeté sur l’accouchement à domicile, s’il était accepté de tous, banalisé, intégré à l’offre de soin au sein des réseaux de périnatalités, alors tout serait différent.

La sécurité de cette pratique est assurée par une "sélection" des femmes prenant en compte leurs antécédents et le déroulement de leur grossesse, par le respect strict de la physiologie, par la sécurité physique et psychique apportée par l'accompagnement global mais aussi par la possibilité d’un recours à un plateau technique. Pas d'angélisme ! Certains accouchements débutés à la maison nécessitent un transfert en maternité.  Mais dans ce cas, l’accueil fait aux sages-femmes – par d’autres sages-femmes ! - est trop souvent calamiteux.
L’une sera soupçonnée de ne pas être diplômée, l’autre verra son dossier épluché et photocopié, celle-la sera contrainte de rester à la porte de la maternité…
Les rumeurs les plus folles circulent, les réputations se tissent, hors de toute vérité.

Cet ostracisme décourage une majorité de sages-femmes tentées par l’accompagnement global. Elles  savent qu’aucune erreur, aucun oubli, aussi minimes soient-ils, ne leur seront pardonnés.
Pire encore, le moindre incident sera, malgré les études internationales démontrant le contraire, attribué au choix du domicile. Coupables a priori !

A force de défiance, plus aucun dialogue n’est possible. Les sages-femmes souhaitant défendre une autre obstétrique sont tour à tour taxées d’inconscience, d’incompétence, de sectarisme… et les équipes redoutent le transfert d’une femme en cours d’accouchement, convaincues par avance d’avoir à assumer et réparer les erreurs de leurs consœurs, forcément fautives.

Pourtant, d’autres passages de relais font partie du quotidien des équipes obstétricales… d’un établissement à un autre plus équipé pour certaines grossesses difficiles, d’un praticien à l’autre lorsqu’une femme est suivie « en ville » puis adressée à la maternité pour les dernières consultations, ou très banalement, lors du changement de garde au cours d’un accouchement.

Pourquoi cette évidence du travail en réseau, de la complémentarité des différents acteurs devient-elle subitement inconcevable lorsqu’il s’agit de naissances prévues à la maison ?

Sages-femmes à domicile, en petite maternité, en grande structure, nos combats sont les mêmes ! Apprenons à collaborer, avec des outils différents, pour des situations obstétricales différentes, dans le respect du travail de chacune.

Alors, les libérales pourront sereinement transférer vers les maternités des parents arrivant en confiance, certains d’être bien accueillis et accompagnés par d’autres praticiennes tout aussi soucieuses de leur bien être.

Alors un couple ne  se sentira plus abandonné ou trahi lorsqu'une naissance prévue au sein du foyer devra se terminer sur un plateau technique.

Alors les femmes pourront choisir leur lieu d’accouchement, en acceptant en conscience les limites et contraintes de ce choix.

Alors les sages-femmes exerceront réellement, totalement leur métier.

Toutes ensembles, toutes ensembles, toutes…

10 février 2010

A toutes jantes

Au cœur d’une nuit glacée, un coup de fil du gardien nous avertit qu’une voiture vient d’arriver sur le parking des urgences. C'est une petite maternité et le parking n’est qu’un vaste espace goudronné, ouvert à tous les vents, modestement éclairé d’un unique lampadaire.

Je descends aux nouvelles. Une voiture est effectivement stationnée, moteur en marche au centre du rectangle d’asphalte, à une bonne dizaine de mètres de la porte d’entrée.
Le temps de la rejoindre, frissonnant sous les rafales de vent, j’imagine un couple, elle submergée par ses contractions, lui désorienté et trop ému pour savoir que faire.

Le conducteur baisse sa vitre. Pas de futur papa, c‘est une femme. Bouleversée, bégayante, elle me désigne la banquette arrière. Dans la pénombre, je découvre une jeune femme demi allongée, une jambe posée au sol, l'autre fléchie contre le dossier, puis devine un nouveau-né dont la tête dépasse à peine des pans du manteau qui cherchent à le protéger du froid. J’ouvre la porte, accueillie par l’odeur caractéristique du liquide amniotique. Vérification rapide, le petit respire doucement, le cordon bat encore… Il vient de naitre.

J’apprendrais ensuite leur histoire; une naissance prévue un mois plus tard, des contractions qui s’installent alors que la mère est seule chez elle, le refus d’abord - ça ne peut pas être l’accouchement, c’est bien trop tôt - l’attente anxieuse d’une accalmie, l’évidence qui s’installe - il faut y aller - le recours à la voisine pour venir à la maternité et le bébé trop pressé qui n’attend pas l’arrivée. Elle a accouché seule sur le siège arrière pendant que sa voisine affolée tentait de l’emmener le plus vite possible à bon port.

Au port, elles y sont presque, mais nous sommes en janvier et je voudrais éviter à cette jeune femme et son fragile tout-petit de traverser la cour sur un brancard exposé au vent glacial.

Je demande donc à la conductrice de venir se garer devant la porte et repars dans l’entrée appeler mes collègues de l’étage. Il me faut une boite d’accouchement et un peu d’aide;  deux phrases rapides pour exposer la situation et, en raccrochant le combiné mural,  je me retourne vers le parking. La voiture que je m’attendais à trouver derrière la porte vitrée est encore en pleine manœuvre. Crissement des pneus, suivi d’un grand coup de frein. Puis le silence, le moteur a calé. La mécanique tousse, cahote un peu et la voiture bondit. Je la vois s’approcher de la porte… coup d’accélérateur et elle est cinq mètres trop à gauche. Marche arrière et elle se retrouve cinq mètres trop à droite. La seconde tentative est tout aussi infructueuse.

Entre temps, ma collègue est descendue, amenant avec elle couvertures, fauteuil roulant et boite d’accouchement. Nous assistons à cet absurde rodéo depuis le pas de la porte, impuissantes et transies. D’évidence, la voisine trop stressée ne parviendra pas à se garer correctement. Dans la lumière des phares, je lui fais signe d’immobiliser la voiture, échappant de justesse aux dernières embardées incontrôlées.

Enfin, je peux ouvrir la porte, couper le cordon presque à tâtons, à la timide lumière du plafonnier, enrouler l’enfant dans la couverture de laine, le confier à ma collègue qui s’empresse de l’emmener au chaud.

Il me restera à aider cette jeune femme à se hisser toute grelottante de  froid et d’émotion mêlés sur la chaise roulante pour l’emmener auprès de sa petite fille. Je propose à la conductrice de se garer «un peu mieux» et de nous rejoindre ensuite.
Sans succès. Sans doute soulagée d’être délestée de son précieux chargement, elle ne pense qu’à fuir. Un grand coup d’accélérateur lui fait quitter le parking et j’entends le vrombissement s’éloigner dans la ville avant même d’avoir rejoint la porte des urgences.

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06 février 2010

Désinformation!

Un article découvert hier sur la toile. Une première lecture rapide me laisse pantoise. Avant de m'énerver, je vérifie que l'article est récent. Le site me confirme que la publication date de la veille.

Je cherche un peu et quelques clics plus tard, je découvre qu'il a été publié ici, à la virgule près... le 8 juillet 2004 ! Il est également repris ici et cité .

Je ne sais qu'elle est l'audience des ces différents sites mais voilà une excellente manière de véhiculer des contre vérités au sujet de l'accouchement à domicile. Détaillons ensemble ce monument de désinformation, cette accumulation d'informations périmées ou erronées...

Un certain nombre de femmes ne souhaitent pas un accouchement trop médicalisé et préfèrent laisser faire la nature en accouchant à la maison (aad). La plupart de nos parents n'ont-ils pas vu le jour de cette manière ?
Cette année, en France, 497 bébés ont vu le jour " chez eux " avec l'aide de 50 sages-femmes libérales.

Chiffres fournis par le CNO : en 2008, 1052 AAD ont été réalisés par 72 sages-femmes.

Parmi ces naissances, 91 % des accouchements se sont déroulés par voies naturelles. Un seul bébé polymalformé est mort pendant le travail.

Tous les bébés ayant vus le jour chez eux sont nés par les voies naturelles.. Que je sache, on ne pratique pas de césarienne à domicile.

Sur 242 naissances à domicile, on a recensé 3,4 % d'épisiotomies, 62,6 % de périnées intacts, 32 % de déchirures au 1er degré (ne nécessitant qu'un ou deux points de suture) et 1,2 % de déchirures du second degré (3 à 5 points de suture).

Les accouchements à domicile se déroulent avec l'assistance du père et d'une sage-femme, et dans certains rares cas, avec l'assistance d'un médecin.

Certains médecins trouvent ce procédé particulièrement inconscient et choquant, car selon ces derniers, même si dans la plupart des cas l'accouchement se passe sans problème, il existe toujours des incidents imprévus (autour de 10 %) nécessitant d'avoir à portée de main le matériel médical adéquat.

L'accouchement est une succession d'imprévu. C'est la gestion de ces imprévus qui doit être organisée bien en amont,  (exclusion de certaines situations, ouverture d'un dossier en maternité, organisation d'un éventuel transfert).

Pour le Docteur Frédéric Fenasse, gynécologue-obstétricien :
" ce sont surtout les sages-femmes qui y sont favorables car leur philosophie correspond à un complexe. A l'hôpital, elles sont soumises aux décisions du médecin accoucheur. A domicile, elles décident toutes seules. Elles sont très compétentes, mais j'estime qu'il est imprudent d'accoucher à domicile. Pour moi, il n'est pas question de faire courir un risque quelconque à la maman et à son enfant ! "

Nous voilà rhabillées, nous sommes donc complexées et pas à même de décider seules... C'est dans ces moments de grandes solitudes que l'on devine combien la collaboration et la complémentarité entre les compétences respectives des sages-femmes et des obstétriciens peut parfois rester un vœu pieu.

Le Docteur Dominique Schirr-Bonnans, émet une opinion diamétralement opposée ; en effet, il accouche à domicile depuis plus de 10 ans.
" Accoucher à la maison n'est pas forcement la meilleure méthode mais, en tout cas, la plus agréable pour l'accoucheur et pour la mère. Chaque fois que j'accepte un accouchement à domicile, la maman se prend en charge toute seule, écoute de la musique, s'occupe. Je reste avec elle, mais je ne la bouscule pas, je guide les évènements sans hâter les choses. Je suis cool. A l'inverse de lorsque je travaille à l'hôpital, où je me sens poussé à les précipiter. "

« Méthode agréable ». Si une sage-femme s'exprimait ainsi, la communauté des obstétriciens crierait au scandale, rappelant que la médecine n'est pas là pour être agréable ou cool mais efficace. Loin de tout folklore, les sages femmes assurent une prise en charge sécurisée, basée sur  une parfaite connaissance de la femme, de son histoire personnelle et médicale, une sélection des situations contre indiquant la naissance à la maison,  une présence attentive et constante.

Cependant, il est très important de signaler que pratiquer des accouchements à domicile n'est pas sans risques du point de vue médico-légal. En effet, une sage-femme a passé, l'an dernier, une nuit en cellule après le décès d'un nouveau-né. Les médecins et les sages-femmes encourent des peines privatives de liberté si l'accouchement se passe mal.
Rédaction tendancieuse qui laisse entendre que cette pratique est interdite Que ce soit à domicile ou en structure, nous avons très normalement à rendre des comptes en cas de problème.

En dépit des risques encourus, certaines mamans continuent à vouloir à tout prix accoucher chez elles.
Une petite dose de risque pour faire frissonner le passant avant la présentation d'une situation  abracadabrantesque (pardon pour le recours à ce célèbre néologisme).

Françoise a mis au monde 4 enfants chez elle avec, à chaque fois, la même sage-femme.Elle a eu des jumeaux dont un a dû être délivré par césarienne dans la maternité la plus proche. A la maternité, l'équipe médicale n'a pas été tendre avec elle, on lui a dit que ça lui servirait de leçon. Mais, pour les enfants suivants, Françoise est de nouveau restée chez elle pour accoucher.
Excellent exemple ! La grossesse gémellaire est une contre indication formelle à l'accouchement à domicile.

Ce que vous devez savoir si vous souhaitez accoucher chez vous
* Vous ne pouvez pas compter sur la péridurale

No comment

* Inscrivez vous quand même dans la maternité la plus proche, au cas où au dernier moment vous changeriez d'avis, ou si les choses se compliquaient.
Les sages-femmes sont des professionnelles responsables et adressent systématiquement les femmes à la maternité pour y ouvrir un dossier.

* Gardez toujours très près de vous le numéro de téléphone d'une ambulance ou du SAMU
Des fois que la sage-femme n'y aurait pas pensé; et puis le 15, c'est difficile à mémoriser !

* Allez à toutes vos visites prénatales
Cela concerne également toutes les femmes et ce sera une exigence de la sage-femme.

* Demandez toujours l'avis de votre gynécologue-obstétricien et suivez-le scrupuleusement.
Je m'énerve mais ça doit être mon complexe de sage-femme... Nous sommes compétentes pour suivre l'intégralité d'une grossesse.

* Prenez des cours de préparation à l'accouchement avec la sage-femme censée vous accoucher.
Je souligne censée ou j'arrête de m'énerver ?

Les adresses utiles
NAISSANCE ET LIBERTE, 43, promenade de le Belle-Scribote 3430 MARSEILLAN Tél. : 04.67.01.43.18

Dissoute depuis une dizaine d'années !

* NAISSANCE ET CITOYENNETE, 62, rue du Faubourg -Poissonnière 75010 PARIS Tél. : 01.42.46.69.96
En sommeil depuis  5 ans !

Par contre le CIANE, très actif « Collectif associatif autour de la naissance » n'est pas cité

* ASSOCIATION NATIONALE DES SAGES FEMMES LIBERALES (ANSFL)

Tél. : 04.75.88.90.80 (prenez tous les renseignements utiles sur la sage-femme que vous aurez choisie pour vous accoucher)
La ligne téléphonique est fermée depuis un an. L'ANSFL a par contre un site que je vous encourage à consulter.

Ce que vous coûtera votre accouchement à domicile
* Les consultations prénatales sont entièrement remboursées par la sécurité sociale
* L'accouchement et les visites post-natales ne sont pris en charge qu'à la hauteur de 152€.

313 €
* Restent 228 € de dépassement d'honoraires qui comprennent 5 visites post-natales.
A voir avec la sage-femme. Les visites postnatales au-delà de la première semaine sont prises en charge par la sécurité sociale.
* Et le dépassement d'honoraires de la sage-femme lors de l'accouchement qui peut varier (de 152 à 610 €), et qui n'est absolument pas remboursé.
Les dépassements d'honoraires varient énormément de 0 à plus de 1000€.

Article rédigé par Chrystelle, sage-femme, intervenante forum.
Z'êtes bien sur ???

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05 février 2010

Wanted

De garde à la maternité. La nuit s’annonce calme mais la sonnerie du téléphone résonne peu après minuit.
Au bout du fil, une voix masculine, un peu stressée. Je m’attends à la description circonstanciée des sensations de sa compagne, contractions ? perte des eaux… ?

Mais il ne s’agit pas d’accouchement. Leur bébé est né il y a quelques semaines et ils viennent, pour la première fois depuis sa naissance, de faire l’amour. Soucieux de ne pas démarrer rapidement une autre grossesse, ils ont utilisé un préservatif. Il me précise alors, d’une voix hésitant entre inquiétude réelle et hilarité contenue, «on n’arrive pas à le retrouver!»
Un peu interloquée, j’interroge… «Vous avez bien cherché !?»
Je retiens un éclat de rire à la description de leurs recherches effrénées… Oui, ils ont regardé partout, dans le lit que j’imagine sans dessus dessous, au sol, dans le vagin… mais aucune trace du morceau de latex.

Il se tracasse, imaginant le col de l’utérus encore ouvert, le plastique aspiré trop haut par les contractions de l’orgasme.
C'est tout à fait impossible mais, à ma proposition d'une consultation, son soulagement est perceptible.

Je les accueille donc un peu plus tard avec leur bébé sagement endormi dans sa nacelle. Ils sont charmants, souriants et un peu confus de se retrouver à étaler ainsi le retour de leur intimité conjugale.
Je ne perçois rien au toucher vaginal mais l’examen au spéculum révélera rapidement la clef du mystère. Le latex s’est tassé dans le cul de sac vaginal postérieur et il me faudra me saisir d’une pince longuette pour l’extirper sans peine.

Ils repartent rassurés et munis, du fait d’un sérieux doute sur l’efficacité contraceptive de la procédure utilisée, de la prescription d'une pilule du lendemain.

Ils s'éloignent dans le couloir mais j'ai le temps de l'entendre lancer «Ben on a plus qu'à refaire le lit pour pouvoir se coucher».


Faute de temps pour les écrire, mes billets s'espacent. Pour compenser mes irrégularités, il y a maintenant la possibilité de s'inscrire pour être averti par mail de la publication d'un nouveau texte.

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31 janvier 2010

Le syndrome de Stockholm

Une sage-femme travaillant en clinique privée relatait fièrement avoir été félicitée par le gynécologue pour sa compétence…
… ladite compétence résidant dans le fait d’avoir, à coup d’accélérateur et de frein (lire synto/péri), fait accoucher les trois patientes de la nuit dans la même demi-heure afin que le médecin ne se dérange qu’une seule fois.

Ainsi, certaines sages-femmes, malmenées par la surcharge de travail, les protocoles, le découpage des taches, n’ont d’autres solutions pour le supporter que de renier leurs convictions en adhérant à une organisation des soins plus soucieuse de rentabilité que d'humanité.

Comment sinon résister à cette pression insidieuse qui ne prend en compte que les actes effectués au détriment de toute velléité d'accompagnement, où le médico-légal dicte nos attitudes et uniformise nos prises en charge ?

Au nom de l'efficacité, mes consœurs se retrouvent devant un ordinateur à remplir avec application un dossier pléthorique. En face d’elles trônent les écrans de contrôle des différentes salles de naissance ; d’un coup d’œil, elles peuvent y vérifier que le rythme fœtal est correct, que les contractions sont régulières.

Un rapide passage en salle permet de s’assurer que la femme va bien. Inutile de s’attarder, elle est sous péridurale, coupée de ses sensations. Les différents bip et l’horloge électronique murale décomptent les minutes. Parfois, pour aider la mère à patienter, on lui proposera un peu de lecture, comme chez le coiffeur, le temps que la couleur prenne.

La sage-femme est avenante, elle répond avec gentillesse aux questions des parents, mais ils en posent peu. Depuis le début de la grossesse, on instille dans leurs esprits la certitude de leur incompétence, en opposition au savoir et à la toute puissance médicale. Ils s’en remettent à la médecine avec une docilité quasi craintive.

Notre métier perd son sens. La sage-femme n’est plus que l’ouvrière qualifiée de la chaine de montage /démoulage des nouveau-nés. Pour améliorer le rendement de l’usine, optimiser le travail, les déclenchements sont légions. Il est si facile lors de la dernière consultation de s’engouffrer dans le «j’en ai marre !» immanquablement prononcé en réponse au rituel «comment allez-vous ?». Pourquoi ne pas abréger un peu cette fin de grossesse ? Provoquer la naissance permettra d’organiser au mieux le planning du conjoint, la garde des ainés… et la gestion des salles d’accouchement.

L’ouvrière qualifiée enchaine ; bonjour - installer la femme - vérifier le dossier - poser le monitoring – brancher le brassard à tension - perfuser - appeler l’anesthésiste - le "servir" pour la pose de la péridurale - confier la pompe à la mère afin qu’elle gère le dosage de l’analgésie - pousser le synto - surveiller le rythme cardiaque fœtal - rompre la poche des eaux - vérifier l’avancée de la dilatation - pousser encore le synto si ce n’est pas le cas - constater la dilatation complète - laisser descendre plus ou moins le bébé en fonction de la disponibilité du médecin - installer la mère en position gynécologique - braquer le scialytique sur son sexe.
Préparer le matériel, compresses et ciseaux à épisio à portée de main - faire pousser –«inspirez, bloquez poussez, tirez sur les barres ! Monsieur, soutenez sa tête !» - appeler l'obstétricien qui arrivera pour cueillir l'enfant sur le périnée maternel - entendre «merci docteur» alors qu’il n’est passé que cinq minutes …
Ne pas oublier de tenir le dossier - préciser la dilatation - l’engagement - la position - la couleur du liquide - le rythme des contractions - le débit du syntocinon…
Tendre les ciseaux «voulez-vous couper le cordon Monsieur ?» - vérifier que le cordon a bien deux artères et une veine - attendre la délivrance - vérifier le placenta - pousser un peu le synto pour qu’elle ne saigne pas.
Rouler tous les champs en papiers dans la cuvette sous le lit et repartir terminer le dossier. N'oublier aucun item, finir de tracer les courbes du partogramme, ajouter l’examen du nouveau né, l'Apgar, le poids et le périmètre crânien…

Féliciter la mère - s’attendrir une seconde sur l'enfant - débrancher la perfusion, retirer le cathéter.
Faire une toilette rapide et aider la mère à enfiler un slip sur de larges couches. La faire se glisser sur un brancard roulé à coté de la table d’accouchement, indiquer la chambre où elle doit être recouchée, dire au revoir en la félicitant encore une fois, poser le dossier au pied du lit, sourire au «merci pour tout» qu'elle prononce enfin.

Répéter cela en passant d’une salle à l’autre, d’une femme à l’autre. Juste le temps de rentrer- sourire - toucher vaginal – un coup d’œil sur le monitoring, un autre sur la perfusion, un dernier sur le pousse seringue - sortir et rentrer dans la salle suivante - retourner en salle de garde pour consigner tout cela sur informatique en essayant de ne pas confondre les dilatations, les heures et les poids de naissance.

Les sages-femmes sont en souffrance. Certaines se rebellent et tentent de faire bouger les choses de l’intérieur, bel effort trop souvent couronné d’insuccès devant le poids mêlé de la hiérarchie, de l’économie et du médico-légal.

D’autres fuient vers une activité libérale souhaitant retrouver leur libre arbitre et l’humanité qui est cœur de notre métier.

D’autres enfin restent, parce qu’elles n’ont pas d'alternative, pas l’envie, ou que la sécurité du salariat leur importe. Quelques soient leurs raisons, elles souffrent.

Et n’ont d’autre choix que d’adhérer à ce qui nous révolte pour ne pas y laisser leur peau.

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