24 septembre 2009

La (non) perche

« On m’a perché la poce des eaux… » Cette inversion du « che » et du « ce », elle la répètera trois fois au cours de son récit.
Et dans cette inversion, j’entends tout son besoin d’aide et d’une perche tendue.

Un service débordé.
Elle a eu affaire à des gens charmants, sincèrement désolés de ne pouvoir faire plus, faire mieux, s’en excusant.
Personne n'était disponible pour la rassurer sur la force de ses contractions, lui affirmer qu'elle était capable d'en venir à bout et la soutenir en restant à ses cotés.

Prise dans un conflit de loyauté, elle ne s’autorise même pas à critiquer l’inhumanité de ce non-accompagnement.

Pour ces heures difficiles, elle paie le prix fort, une dépression post natale prenant son origine dans la solitude vécue lors de l’accouchement.
Un trop plein d’émotions contradictoires venues la submerger sans personne pour la soutenir.

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23 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 3

Consultation. Un obstétricien avenant pianote sur son clavier. Il questionne une jeune femme sur ses antécédents mais ne la regarde pas, les yeux vissés à son écran informatique.
« La date de vos dernières règles ? »
« Je ne sais pas ... »
« Même approximative ? »
« Février »

Il tourne - enfin - la tête vers elle, sourit gentiment et la rassure, «ben voilà, c'est approximatif».

De nouveau sur son écran, il lance, «pas de douleurs particulières au niveau de l'abdomen ? »
«Heu...C'est quoi l'abdomen ?»
Surpris il lève les yeux et précise «le ventre »
«Si, ça tire un peu sur les cotés»...

Il reformule « c'est latéral alors »  se conformant ainsi au code implicite qui interdit de noter les symptômes dans un langage courant.

Le gynéco rassure sur la douleur "c'est un grand clas sique" et enchaine immédiatement «je vous donnerai des bandelettes urinaires à faire chaque semaine».
Dialogue de sourd quasi parfait puisque la jeune femme, toujours à ses "douleurs latérales", s'assure d'avoir bien compris en demandant «c'est pour ça ?» en désignant son ventre.

PS: désolée de la césure sur le mot "clas sique" mais les très impénétrables mystères informatiques font que le mot n'apparait pas si je tape les lettres sans cet espace !!

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22 septembre 2009

Ambivalence

Elle me raconte le conseil de son compagnon : "Cesse de déculpabiliser", et se corrige aussitôt, "non, de culpabiliser !"
Son bébé de quelques mois est atteint d’une malformation nécessitant une intervention chirurgicale. Aucune date, aucun délai ne lui ont été donnés, juste un poids de référence. Lorsque son enfant aura atteint ce poids, il sera opéré.

Elle allaite. Par un dévouement dans relâche, elle tente d'apaiser la sournoise culpabilité de n’avoir pas pu protéger son petit de cette anomalie. Le voir grandir et grossir grâce à son lait la confirme jour après jour dans sa qualité de "bonne" mère.
Mais plus il grossit et plus il s’approche du poids fatidique qui déterminera l’hospitalisation qu’évidemment elle appréhende.

De semaine en semaine, la situation évolue selon l’angoisse la plus présente. La crainte de l’intervention fait s’infléchir la courbe de croissance de son bébé, celle de mal le nourrir la fait ensuite rebondir mais c’est pour mieux s’inquiéter à nouveau de la proximité de l’opération.

Elle est à quelques centaines de gramme du chiffre annoncé. Ambivalence et culpabilité ne cessent de croitre dans une spirale infernale.
Nous savons l’une et l’autre que le cercle vicieux prendra fin quand la date de l’intervention sera enfin fixée.

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21 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 2

Une sage-femme, vêtue du rose uniforme accueille un couple pour leur première échographie. La jeune femme s'allonge sur le lit d'examen, les yeux déjà rivés à l'écran de contrôle, sa main blottie dans celle de son compagnon. Ils sont tous les deux souriants, émus à l'idée de cette première rencontre "de visu" avec leur bébé.

La sage-femme leur explique l'examen. Elle va mesurer la distance de la tête aux fesses ce qui permet de dater la grossesse mais elle a aussi «plein d'autres choses à voir. On regarde son cerveau, s'il a bien des jambes complètes, des bras complets ».

Un ange passe...

Comme on pouvait s'y attendre, à la fin de l'examen, la mère s'inquiètera de la complétude des bras et jambes de son enfant, «et donc, ses membres ?»

PS : le "préalable" de l'épisode 1 reste de mise.

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20 septembre 2009

D'évidence

Elle est presque accroupie. Une jambe fléchie,  pied posé au sol, l’autre jambe repliée sous le bassin, les bras appuyés sur les cuisses de son homme, assis plus haut derrière elle. Ses paupières sont fermées.  Personne ne souffle mot, respectant son silence. Parfois, elle ouvre les yeux et cherche un acquiescement. Un simple hochement de tête suffit à signifier "tout va bien".

A chaque contraction, elle soulève et déplace son bassin, décrivant un arc de cercle. Puis elle s’immobilise, accompagnant le mouvement intérieur de son souffle. Elle se repose ensuite en attente de la vague suivante. Alors, son mouvement reprend et la ronde de ses hanches ne s’arrête pas tout à fait dans le même axe, avec une précision qu’elle seule peut identifier.

Tout exprime l’harmonie sereine de son corps à corps avec l’enfant.

L’ambiance était toute aussi calme pour ses deux ainées… mais elle était alors sous péridurale fortement dosée, coupée de toute perception, pas de douleur, mais le néant.

Cette fois ci, elle avait envie d’autre chose

La dilatation se fait dans cette douceur ouatée. Soudain l’envie de pousser s’impose.

Les deux premières fois, à ce moment là non plus elle n’avait rien senti, poussant en rythme aux injonctions cadencées de la sage-femme puis de l’obstétricien.  Un coup de main, spatules et épisiotomie pour l’aider à en finir. "Rien de méchant" me disait-elle, "un bon souvenir".

La douceur n’est plus de la partie, la puissance de ses sensations l’envahit.  Elle se laisse aller dans ce paroxysme, accompagnant chaque poussée d’un long cri. Entre deux contractions, elle rassure son compagnon «tout va bien, je suis bien » puis se laisse à nouveau emporter.

Si le plaisir était dans ce tourbillon là ?

Son enfant émerge rapidement, ses mains le guettent, accompagnent à tâtons la tête puis les épaules.  Un dernier cri en le saisissant  «mon bébé !»

Pour ses deux premiers enfants, le sentiment maternel s’était construit pas à pas, dans la continuité des jours et des nuits partagés.

Elle plaque son tout-petit contre sa poitrine, le serre, le respire, le pétrit…
Elle est mère à la première seconde.

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19 septembre 2009

Bientôt maman, épisode 1

Bientôt maman est un documentaire récemment diffusé sur France 5.

En préalable prudent à ce billet * : Bien évidemment, la spontanéité des échanges est perturbée par la présence d'une équipe de tournage, par le micro qui plane au dessus des têtes et l'objectif de la caméra qui désigne sa cible. Chacun craint de prononcer une irréparable stupidité qui sera ensuite livrée aux téléphages.
Bref, nous le savons, la maternité filmée n'est pas tout à fait la vraie vie.

Mais tout de même...

Première séance de préparation à la naissance. Une bonne douzaine de femmes et de rares représentants de la gente masculine font cercle, sagement alignés sur des chaises. Certaines, studieuses, ont posé une feuille sur leurs genoux afin de noter les précieux conseils qui vont leur être dispensés. A l'extrémité du cercle, facilement identifiable par sa blouse et son pantalon rose, la sage-femme. Elle est pleine d'allant, tonique, souriante. Soucieuse de capter l'attention et de séduire son public, elle alterne explications, questions et petites incises humoristiques.

En guise d'introduction, elle explique que l'intitulé des séances est «préparation à la naissance et à la parentalité»: «et quand vous entendez parentalité, vous entendez quoi ?»

Se conformant à l'ambiance scolaire définie par le ton de la question, le groupe reste silencieux jusqu'à ce qu'une voix timide ose murmurer «parents ?». Un «très bien !» vient la féliciter.

«Ça veut dire qu'on entend maman et papa» reprend la sage-femme «et donc les papas sont les bienvenus. Peut-être que tous les hommes ne sont pas là car ils ne sont pas libres ou ils ne voulaient  pas venir parce que la préparation à l'accouchement, c'est une histoire de bonne femme, qu'on va faire le petit chien et puis vous allez parler de vos accouchements »

            Si la formulation infantilisante dérange, il est cependant nécessaire de se débarrasser de ces a priori réducteurs.  La préparation à la naissance est trop souvent caricaturée comme une alternance de ahanements cadencés et d'échanges passionnés sur la taille des soutiens-gorge...

Mais elle ajoute, martelant les mots, «Raconter des histoires d'accouchements, ça n'intéresse personne ! Je ne vais surement pas faire raconter les histoires d'accouchement des unes et des autres, ça n'a aucun intérêt. Si vous avez envie de raconter des histoires d'accouchement, on verra, mais de toute façon, c'est moi qui module, c'est pas vous...»

Qu'importe si certains désirent revenir sur leurs expériences passées, si d'autres s'intéressent à leurs récits, si tous souhaitent une parole circulant librement. Le pouvoir est ainsi annoncé sans partage.
Caricature quand tu nous tiens...

*et à quelques autres ! L'inspiration quotidienne est un challenge difficile à tenir.  Je tente pour le moment de m'y conformer... mais ne vais pas me priver de la sécurité de quelques billets d'avance nourris par les différents intervenants de ce documentaire !

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18 septembre 2009

Juste à temps

Elle est dans son neuvième mois.

Son premier trimestre est habité par les nausées et vomissements.

Au début de second trimestre, une infection virale potentiellement dangereuse pour son enfant est décelée. Au fil des semaines, de nombreux contrôles, bilans sanguins, amniocentèse, scanner et autres joyeusetés s'enchainent.
Son angoisse est permanente, nourrie par l’attente minante de chaque résultat, les avis complémentaires demandés, la prudence des professionnels qui ne peuvent se prononcer.

Le huitième mois arrive et après une dernière concertation des experts, elle peut enfin être rassurée.

C’est sans compter la mauvaise fée qui la laisse séjourner longuement dans une salle d’attente de la maternité aux cotés de deux enfants souffrant de varicelle… Quand la situation est découverte, c’est le branle bas général avec contrôle sanguin pour toutes les femmes enceintes présentes afin de s’assurer de leur immunité.

De nouveau, elle attend des résultats dans l'anxiété.
Finalement, tout va bien, ses anticorps la protègent.

Il lui reste moins d’un mois pour profiter sereinement de cette grossesse qui se révèle, bien tardivement, parfaitement normale.

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17 septembre 2009

Premiers pas

Nurserie de la maternité.
Pour la première fois, elle fait la toilette de son nouveau-né. Novice et maladroite, elle soutient son enfant dans le bain tiède en l’empoignant par le cou. Son anxiété rend ses gestes impulsifs, imprécis, et son tout-petit risque alternativement noyade et strangulation.

Une auxiliaire de puériculture est à ses cotés pour l’accompagner dans ses premiers pas de mère. Délicatement, jamais en imposant, toujours en suggérant, elle l'invite à déplacer sa main. « Peut-être aimeriez-vous…? », « Seriez-vous plus à l’aise si…? ». Tout doucement, le geste est corrigé, la tête de l’enfant se pose au creux du poignet, la main entoure le bras gracile sans risquer de lâcher prise… la mère se détend et commence à prendre plaisir à ce premier bain.

A aucun moment, cette jeune femme n’a pu se sentir accusée ou même soupçonnée d’incompétence.
Bien au contraire, une confiance renforcée dans sa capacité maternelle lui a été offerte par cette présence respectueuse ; précieuse réassurance qu’elle emportera avec elle.

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16 septembre 2009

Sans mot

Elle a eu son premier enfant très jeune, bien avant sa majorité. Une grossesse non souhaitée, vécue dans l'isolement.

Le milieu médical ne s'en est pas préoccupé. Elle a «bénéficié» du suivi habituel, à raison d'une consultation mensuelle. Se préparer à la naissance, elle ne se souvient pas qu'on le lui ait proposé. De toute façon, elle n'y serait pas allée. Trop peur d'être jugée. Tout au long des neufs mois pesait sur ses épaules le reproche silencieux de chaque interlocuteur : si jeune et enceinte ...

Arrivée à son terme, de violentes douleurs lombaires l'amènent à consulter aux urgences. On lui annonce alors qu'elle va accoucher puis on la transfère au service maternité. Après les examens habituels, sans autres commentaires, on l'installe dans une chambre à deux lits, auprès d'une femme venant de mettre au monde son troisième enfant.

Rien ne lui est expliqué et la douleur de son dos devient intolérable .. d'autant plus qu'elle ne la comprend pas. Ce n'est pas son ventre, emblème proéminente de sa grossesse, qui la fait souffrir.

Sa compagne de chambre, devinant son désarroi, tente de la rassurer en lui expliquant que ce sont des contractions.

Elle ne répondra pas... Mais, des années plus tard, elle se souvient encore de la violence des mots qui la traversent, insultant silencieusement sa voisine assez folle pour attribuer à l'accouchement la douleur de ses reins.

Elle restera murée dans sa souffrance et son incompréhension jusqu'à la pose salvatrice d'une péridurale. Son enfant naitra quelques heures plus tard, émergeant presque par surprise de son corps devenu totalement silencieux.

Elle n'a rien compris et enrage encore de cette équipe indifférente qui jamais n'a cherché à mettre de mots sur ce qu'elle vivait.

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15 septembre 2009

Séparation

Cette fin de grossesse est plus que pénible. Elle est lourde de ce bébé, des œdèmes, du trop de kilos pris. Elle se mobilise avec difficulté, ses gestes sont ralentis, du fait de son poids mais aussi d’une multitude de petites douleurs. Son corps n’en peut plus.

Elle espère depuis plusieurs semaines se mettre en travail, consulte régulièrement et tente invariablement de négocier un déclenchement pour écourter ce qui lui apparait chaque jour un peu plus comme une épreuve.
Il lui est toujours refusé, son col n’est pas favorable et accéder à sa demande risquerait de compliquer l’accouchement.
Elle repart chaque fois extrêmement déçue, accusant l'équipe de mésestimer son mal-être.

N-ième consultation, le col s’est un peu modifié et la tension commence à s’élever au delà des limites admises. Il ne s’agit plus simplement d’un déclenchement pour lassitude, il existe une indication médicale.

Sachant avec quelle persévérance elle a demandé à ce que l’on abrège cette grossesse, la décision de déclenchement lui est joyeusement annoncée. Enfin, elle va se sentir entendue…
Son cri est déroutant « oh non, pas tout de suite, pas aujourd’hui ! »

Si elle ne supporte plus l’état de grossesse, elle réalise au pied du mur qu’y mettre fin impliquera dans le même temps de ne plus porter son enfant.

Il n’est pas si simple de se séparer.

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