14 septembre 2009

Hasard et coïncidence

Trois couples - réunis par le hasard de leurs disponibilités et du terme prévu pour leurs grossesses - se rencontrent pour une première séance de préparation à la naissance. Ils vont cheminer ensemble au fil des prochains mois. Pour mieux faire connaissance, j’invite chacun à dire quelques mots de son histoire.

L’une prend la parole et commence à raconter ; une première fille de 15 ans, puis une seconde grossesse un peu chaotique, d’ailleurs marquée par une hospitalisation imprévue la semaine dernière. Lui ajouterait bien autre chose mais il est interrompu par l’exclamation d’une autre femme qui n’y tient plus : « Mais c’est vous ! »
« Comment ça, c’est nous ? »

Et la seconde de décrire comment elle a croisé cette grande sœur le jour où sa mère avait été hospitalisée en urgence. L’adolescente, prévenue par un coup de fil, inquiète et désorientée, sanglotait sur une place du centre ville. Elle s’était approchée de cette jeune fille en larme, lui avait proposé son aide et devant son désarroi, l’avait finalement raccompagnée à son domicile…sans, bien évidemment, croiser ses parents, tous les deux encore retenus à la maternité.

PS : garanti authentique !

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13 septembre 2009

Le temps des pleurs

Ils sont très en retard et je ne peux m’empêcher de leur en faire la remarque, précisant que nous n’aurons que peu de temps.

Elle s’est assise, ou plutôt recroquevillée, sur le fauteuil. Lui est à ses cotés, silencieux. Il m’est facile de comprendre que mon accueil sans chaleur ne suffit pas à expliquer leur mutisme. Je leur présente mes excuses et affirme ma disponibilité.
Ses yeux s’emplissent de larmes. Elle tente une phrase mais sa voix éteinte par l’angoisse est à peine audible. Elle l’implore du regard. Alors c’est lui qui raconte, tourné vers sa compagne, tendu vers elle et sa souffrance.

Et c’est une sale histoire.
Un enfant espéré depuis des années,  l’attente d’abord, puis les examens, le diagnostic de stérilité et le laborieux parcours de la procréation médicalement assistée.

Enfin, une grossesse survient. Le premier contrôle échographique révèle deux embryons. Dès l'annonce de la gémellité, elle est envahie par l’inquiétude. Elle avait perdu toute confiance dans sa capacité à porter un enfant, alors deux…

Elle me contacte peu de temps après, craignant une  fausse couche. Devant l’immensité de son angoisse, je la renvoie vers un médecin échographiste ( il est trop tôt pour entendre les battements de cœur) et lui propose cependant de nous voir rapidement. Après l’échographie, rassurée, elle souhaite différer le rendez-vous.

Nous sommes donc à cette première rencontre, programmée depuis plus de deux mois. Elle tombe bien ou mal, c’est selon. Car depuis peu, ils ont appris que l’un des bébés, atteint d’une grave malformation, ne pourrait survivre. La question est maintenant de savoir quand il va cesser de vivre et quelles conséquences cela aura pour son jumeau. Devant le risque, les médecins proposent une interruption sélective de grossesse sur le fœtus atteint, mais ce geste n’est pas dénué de danger pour le second.

Eux sont perdus devant cette alternative - agir ou laisser faire - qui n’en est pas vraiment une.

Ils sollicitent mon avis. Je ne peux en rien les guider. Je ne connais du dossier que ce que le père m’en rapporte et cette situation est de toute façon bien éloignée de mes compétences.

Je ne peux leur offrir que peu, mon temps et mon écoute ; dans le tourbillon diagnostique et la difficulté de choisir une stratégie «thérapeutique», l’équipe qui les prend en charge, si elle fait preuve d’une grande humanité, manque de temps pour les accompagner.

Elle pleure longuement, sans bruit. Il ne la quitte pas du regard, souffrant plus encore de sa souffrance à elle que de sa peine à lui. Le temps s'étire en silence.
Ils repartent avec ma promesse d’être disponible autant que nécessaire.

Elle me contactera une dernière fois quelques semaines plus tard pour me donner l’épilogue. Comme on le craignait, l’interruption sélective a entrainé le décès du deuxième jumeau… elle vient d’accoucher de ses deux enfants morts.

La vie est parfois chienne.

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12 septembre 2009

Play-boy

Il est de taille moyenne, chemise ouverte, cheveux et barbe poivre et sel, teint bronzé, ventre rentré, grosse montre au poignet et chaine en or autour du cou, play-boy archétypal.
Nous sommes en congrès. Les thèmes abordés réunissent sages-femmes et médecins. Il est obstétricien et son intervention du matin a été remarquée.

         Son regard balaye la salle de restaurant.
         Pas de chance, il se dirige vers notre table.

Intervention remarquable, certes par l’intérêt de son sujet mais aussi par l’arrogance de l’orateur, admonestant son public et se montrant particulièrement méprisant envers la gente féminine... à moins qu’elle ne soit très jolie fille.

C’est le cas de ma voisine de gauche, qui intéresse donc beaucoup mon nouveau voisin de droite.

Avant son arrivée, nous débattions de la taille des maternités et de leur l’impact supposé ou réel sur les protocoles.  Une prise en charge sur mesure est elle plus aisée dans de petites structures ? Est-ce que le « gigantisme » des établissements amène à des conduites à tenir figées ?
Chacun, plus ou moins englué dans les habitudes de son service,  tentait de défendre son choix d'exercice comme optimal. La discussion était passionnée.

C’était sans compter l’archétype…

Il s’est mis en tête de charmer ma voisine. Comme je lui suis parfaitement transparente- entre autres défauts rédhibitoires,  je suis de la même génération que lui - il s’adresse à elle comme si personne ne les séparait. L’interpellant sans cesse, interrompant nos conversations, il se fait insistant et promet de lui garder une place pour son atelier « pratiques » du lendemain, pourtant annoncé complet. D’autres à table seraient intéressés mais leur physique moins avantageux rend leurs sollicitations curieusement inaudibles. Le malaise s’installe, la conversation s’éteint.

Nous terminons le repas dans un silence contraint. Je suis la première à annoncer mon départ, invoquant un réveil aux aurores. Ma blonde voisine saute sur l’occasion et affirme qu’elle aussi… Puisque nous allons dans la même direction, puis-je la ramener ?

Désappointé mais pas découragé, l'archétype laisse errer son regard à la recherche d’une autre proie.

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11 septembre 2009

La peur du vide

Elle raconte l’échographie de contrôle demandée pour suspicion de rétention placentaire. Au final, tout va bien.
A un détail près... «j’ai un trou dans le ventre».

Elle décrit l’écran noir et figé, si différent de la dernière fois lorsqu'elle y voyait son bébé s'agiter, facile à repérer par le contraste de l'ossature blanche sur le fond sombre.

C'était il y a un mois et maintenant, cet écran noir vient lui signifier la fin de sa grossesse.

Si tout va bien pour elle, si son bébé grandit paisiblement, si ce post partum se passe sans souffrance et sans dépression, il n'en reste pas moins ce trou de l'image échographique qui la renvoie sans ménagement au vide de son utérus...

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10 septembre 2009

Circulez

Elle s’est rendue à la maternité pour une visite de terme dépassé.
Quelques contractions se sont installées discrètement. Rien de suffisamment présent pour l’aider à anticiper la suite des événements. Allongée, monitoring branché au ventre, elle est en train de discuter avec son homme de la meilleure façon d’occuper cette journée une fois la consultation terminée.

A l’examen, il s’avère cependant que les contractions font leur effet et que le col commence à se dilater.
L’annonce «ce sera pour aujourd’hui» la plonge dans un abime d’incrédulité.

Mais ce qui nourrit ma propre perplexité lors de son récit, c’est la petite phrase adressée au père juste après cette annonce « rentrez chez vous manger, et revenez ensuite, pour le moment il n’y a rien à voir»

Comme si la naissance n'était qu'un spectacle.
Comme si un père venait simplement s’assurer que l’enfant est issu du ventre de sa compagne.
Comme si enfin, comme si surtout, un homme et une femme n’avaient rien à partager dans ces derniers moments à deux avant l’émergence du tiers.

La parole médicale apparait trop souvent incontestable. Le père a obtempéré.

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09 septembre 2009

Pour quelques euros de plus

Eric Woerth nous explique doctement : "Quand on augmente d'un euro le forfait hospitalier, on fait rentrer 80 millions dans les caisses de la Sécurité sociale".
Le gouvernement lance comme ballon d’essai une augmentation de 25 % du forfait hospitalier. Il lui restera ensuite à mesurer la virulence des réactions indignées pour ajuster le tir et annoncer avec une feinte générosité une majoration inférieure au taux initial.

Je me permets de suggérer à nos dirigeants une autre piste pour réaliser quelques économies : faire connaitre la possibilité d’être suivie par une sage-femme pendant la grossesse. En effet, le tarif des consultations est de 19 € pour une sage-femme, 22 € pour un médecin généraliste et 28 € pour un médecin spécialiste (si l'on se réfère aux tarifs conventionnels).

Je ne défends pas un accaparement hégémonique du suivi de grossesse par les sages-femmes. Pouvoir faire appel aux autres praticiens compétents dans la prise en charge de la pathologie est essentiel.

Mais, pour une grossesse basique, chez une femme basique - ce qui, vous me l’accorderez, arrive fréquemment - le suivi de grossesse par une sage-femme est à la fois moins couteux et tout aussi performant. S’ajoute à cela l’accompagnement apaisé, donc apaisant, d’un professionnel dont l’exercice est dédié à la physiologie.

Aussi, lorsque la grossesse se passe bien, une femme enceinte devrait être informée de l’ensemble des possibilités de suivi et pouvoir se tourner vers le praticien qui lui convient, qu’il s’agisse de son médecin traitant, son gynécologue, son obstétricien… ou sa sage-femme !

Chaque consultation assurée par une sage-femme permet d’économiser entre 3 et 9 €. Ce qui, rapporté aux 7 consultations habituelles de la grossesse pourrait représenter quelques millions d’euros en plus dans les caisses de la sécurité sociale, avec la même de qualité de soin et sans augmentation de la participation des assurées.

Elle est pas belle la vie ?

Alors à quand une petite campagne médiatique  pour  informer les femmes de cette possibilité : Vous pouvez vous adressez à une sage-femme pour le suivi de votre grossesse.

PS pour les esprits chagrins : il ne s’agit en aucun cas d’un suivi au rabais. Le dépistage de situations pathologiques et l’orientation vers d’autres praticiens est totalement de la compétence des sages-femmes.

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08 septembre 2009

Adaptation

Elle revient pour sa consultation postnatale. Elle est pimpante, toute de rouge vêtue.
Au rituel « comment allez-vous ? » elle répond que tout va pour le mieux. Une ombre cependant, elle reprend le travail dans quelques jours et doit laisser son bébé en garde. Il y est d’ailleurs en ce moment car elle fait une «adaptation progressive».*

Mais ces premières séparations lui sont difficiles.
Elle décompte les heures, plus que deux, plus qu’une, tourne en rond sans savoir comment occuper son temps et n’a qu’une seule hâte, le retrouver…

Dans un éclat de rire, elle concède «je crois que l’adaptation progressive, ce n’est pas pour lui, c’est pour moi !»

*Courtes périodes répétées chez l’assistante maternelle qui permettent à l’enfant d’apprendre à la connaitre.

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07 septembre 2009

Suivez le guide

"L’odyssée de la vie"*, documentaire annoncé à grand renfort de communication sur la prouesse technique et le réalisme de la réalisation 3D n'a pas su me séduire.

Si la première partie concernant l’embryogénèse était effectivement spectaculaire, je suis ensuite restée perplexe devant cet angélique enfant pataugeant dans un vaste bain de liquide amniotique.

Puis je me suis interrogée sur la nécessité médicale imposant à cette jeune femme hospitalisée pour menace d’accouchement prématuré de passer quasi instantanément d'une perfusion pour stopper les contractions à une autre pour les provoquer.

Et je me suis étranglée en entendant Niels Tavernier, lors d’une émission de radio, répondre à une auditrice qui déplorait le peu de visibilité des sages-femmes dans son film  - soulignant combien leur accompagnement lui avait été essentiel  - qu’elles étaient au contraire bien présentes «puisque c’était une sage-femme qui faisait la visite de la maternité».

*première diffusion  en 2005

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06 septembre 2009

Alerte sanitaire

"La fromagerie Germain procède au retrait de la vente d’un lot de fromage Epoisses au lait pasteurisé, après un contrôle en magasin ayant mis en évidence la présence d’une bactérie Listéria".*

Fait remarquable dans ce communiqué, le fromage contaminé est un produit pasteurisé.

«Pas de fromage au lait cru» est pourtant l’une des multiples recommandations qu’une femme enceinte se doit de suivre pour démontrer son attachement à être une «bonne» mère. L'avertissement sera assorti d'un autre conseil -«consommez des produits laitiers»- qu’il faudra donc choisir pasteurisés.

Cette récente alerte confirme, s'il en était besoin, que l'affirmation sans appel, lait cru/danger - lait pasteurisé /sécurité, devrait être nuancée.

Nos positions  se présentent souvent comme incontestables. « Je vous interdis ceci et vous impose cela mais c’est pour votre bien et celui de votre enfant »; quotidiennement, les professionnels de santé jouent les despotes au grand cœur.

Mais ce manque de nuance du discours médical doit-il être mis sur le compte de la préoccupation sanitaire ou de l’irréprochabilité médico-légale ?


*Suite du communiqué : Il s’agit du lot 174 identifié par le numéro d’estampille sanitaire FR 52 092 01 CE, dont les dates limites d’utilisation sont le 24, 26, 28, 29, et 31 août.

Ces produits sont commercialisés sous plusieurs marques : Chalancey, Germain, Auchan, Lincet, Patrimoine, Gourmand et Nos régions ont du Talent. Ils sont susceptibles de se trouver dans toute la France et toutes les enseignes, fait savoir la société. Les consommateurs doivent bien entendu s’abstenir de les manger et les rapporter au point de vente.

La listériose est non seulement une maladie qui peut être très grave, notamment chez les sujets fragiles - femmes enceintes, personnes immuno-déprimées et personnes âgées – mais la durée d’incubation peut aller jusqu’à 8 semaines ce qui ne peut que compliquer le diagnostic en cas d’apparition des symptômes tels que la fièvre éventuellement accompagnée de maux de tête.

Un numéro spécial - le 0800.35.29.19.- a été mis en place par la fromagerie. »

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05 septembre 2009

Cartographie

Elle est à genou au fond d’une grande baignoire circulaire. C’est maintenant la fin du travail et l'envie de pousser s'impose doucement.  Elle commence par de petites expirations puis son souffle se fait plus insistant.
Elle ressent le besoin de changer de position et vient s’installer entre les jambes de son compagnon, lui même appuyé sur le bord du bassin. Les bras de son homme l’entourent et la soutiennent.
La tête de son enfant, presque lisse, sans cheveux, commence à apparaitre. Elle cherche à la toucher mais l’émotion, la chaleur de l’eau, la légère insensibilité des tissus dus à leur tension font qu’elle ne s’y retrouve pas. Elle gémit « je ne sais pas où il est ? »
Alors son compagnon prend sa main dans la sienne et, la posant alternativement sur son sexe dilaté et le crane de l’enfant, murmure à son oreille avec une immense douceur « là c’est toi » « là c’est le bébé ».

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