04 septembre 2009

Errance urbaine

Vendredi. Je suis d’astreinte ce week-end pour tout le secteur. La maternité me demande de passer voir un bébé qui a été ré-hospitalisé pour ictère et perte de poids. Il sort samedi à condition que je passe le voir le lendemain… Je note l’adresse et peste intérieurement, c’est loin !

Samedi. Vérification du trajet sur le net : voie express, sortie X, à gauche rue A, à gauche rue B, à droite rue C, facile ! J’appelle les parents pour leur indiquer mon heure de passage le lendemain dès 9 h, un peu matinale pour un dimanche mais j’ai plusieurs visites à faire.

Dimanche. La voie express défile et je m’inquiète d’arriver en avance, ce ne serait pas très courtois.
Sortie de la voie express, un rond-point,  à gauche, je suis dans l’avenue A, à quelques kilomètres de leur domicile - Je vais vraiment arriver trop tôt ;  pourvu que j’ai un bouquin dans mon sac pour patienter un peu  -  Je poursuis ma route en cherchant la rue B, toujours à gauche, qui ne devrait pas tarder. Mais ? ! Confiante, je suis allée trop loin et ne suis plus dans la A.  Il faudrait faire demi-tour.  Quelques voitures me dépassent à vive allure en profitant du peu de circulation matinale. Ces bolides et les chicanes du couloir de bus compliquent les manœuvres et m’imposent de poursuivre jusqu’au prochain rond point pour repartir en sens inverse…

Je cherche toujours la rue B et roule trop doucement. Un grand coup de klaxon me fait sursauter. Au hasard,  je tourne à droite, pensant ne plus être très loin du but. Il est 9 h, bonne nouvelle,  je ne serai pas en avance !  Ma quête de la rue B reste infructueuse et je finis par me ranger sur le coté. Je déplie le plan, tente de me repérer puis de mémoriser le trajet à faire. A la prochaine à droite je tournerai  dans la rue E qui me ramènera vers la B. Je repars, confiante. A tort. Je tourne à droite comme prévu et nouvelle surprise, je suis dans la rue F ! C'est alors que me revient le souvenir d'une errance dans ce même quartier il y a quelques mois - les plans, sur le net comme sur le papier, sont erronés. 

Après de longues minutes de recherche et quelques autres demi-tours hasardeux, je trouve enfin la rue C … que j’ai commencé par manquer car il ne s'agit pas vraiment d'une rue mais plutôt d'un immense parking entourant un groupe d’immeubles.

Je suis dans la place. Je roule au ralenti en cherchant le numéro 7. Les yeux rivés aux façades des immeubles, j’évite de justesse une voiture en train de manœuvrer. Je ne trouve que des numéros pairs !

Un peu plus loin, un autre parking entourant d’autres immeubles. Les nombres impairs doivent être là.  Mais je ne vois pas comment y accéder en voiture. Qu’à cela ne tienne, il est bientôt 9h30, et mon retard s'accroit. Je prends tout mon matériel sous le bras et traverse le terre-plein à pied. J’arrive au pied de la première tour, c’est la 43, la suivante est la 45 !

Je me résigne à appeler les parents pour demander leur aide; cela fait 10 minutes que j’erre dans ce parking. En sortant la fiche pour composer leur téléphone, je relis l’adresse, immeuble 16, 7ème étage ! Quelle idiote ! J’ai inversé les deux chiffres.  J'ai bien vu le bâtiment 16, situé à l’autre bout du premier parking. Je ne reprends pas la voiture, il serait encore plus long de manœuvrer et de trouver une place. Je me dépêche.

Enfin l’immeuble, la porte, l’ascenseur. Je l’appelle… il met un temps infini à descendre  (les étages sont nombreux). J’entre, cherche le bouton 7… il n'existe pas !  je ne vois que des nombres pairs. Il y avait deux ascenseurs dans le hall d'entrée, je ressors. Gagné, sur le mur un panneau, que je n’avais évidemment pas vu, indique au dessus de chaque cabine «étages pairs» «étages impairs». Le second ascenseur arrive avec une auguste lenteur, la porte s’ouvre, j’entre et je peux enfin appuyer sur le bouton 7.

7ème étage, une enfilade de porte.  Aucun nom mais des chiffres notés sur les chambranles.  Je dois aller au 76. En sortant de la cabine, je trouve successivement les  portes 79, 78, 77, rien n’est noté sur la porte suivante. Logiquement c’est la bonne ! Pas de sonnette, je frappe.  Pas de réponse ; se seraient-ils lassés de m’attendre ?
Un doute quand même, la poignée n’est pas la même que dans le reste du couloir. Je tente de la tourner, bingo, j’ai trouvé l’escalier ! La porte 76 est un mètre plus loin. Je frappe, on m’ouvre !

Enfin.

Ils sont d’une gentillesse exquise.  Je m’excuse pour mon arrivée tardive. Ils ont les yeux cernés. Le petit leur a fait passer une mauvaise nuit. On s’installe, on discute, j’examine le bébé, le pèse.  Tout va bien, il a repris du poids, est bien tonique. Je rassure.
Comme il cherche à téter, je propose de le mettre au sein et aide la mère à s’installer. Le père, très gentiment, offre de me préparer un café. Je décline, je ne veux pas abuser. J’ai honte de mon retard et du sommeil dont je les ai privés.  La tétée se termine, je vais  prendre congé et leur souhaite une journée reposante.

Avec un immense sourire, le papa répond "oui, c’est vrai, c’est dur en ce moment, je fais ramadan"

Je les ai fait lever trop tôt. Ils sont fatigués, la journée s'annonce très chaude, c’est le matin et rien ne doit toucher ses lèvres avant la nuit et il m’a malgré tout proposé un café !

Il insiste pour que je prenne un gâteau.

Exquis, c’est le mot qui convient.

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03 septembre 2009

Agenda

Il commence par expliquer qu’il est un homme très important et donc très occupé. Son planning est plus que chargé et il a libéré une journée afin d'être présent à l’accouchement.
C'est donc son agenda qui impose le déclenchement et détermine sa date.

Dès l’accueil, la sage-femme perçoit les réticences de la future mère. Mais de quel droit s’immiscer dans un choix qui appartient au couple ? Il n’y a pas de contre-indications médicales et le terme est suffisamment proche. Refuser l’intervention serait une prise de pouvoir toute aussi inacceptable que celle que cet homme exerce sur sa compagne. Que dire sans abuser de la position de soignant ?

Elle sonde doucement le terrain, tend quelques perches et profite de ses explications sur les modalités du déclenchement pour demander à la mère si elle s'y sent prête.
Sa réponse évasive vient enfin interpeler son compagnon : «Tu veux qu’on attende un peu ma chérie» ?
Soulagée, elle acquiesce avec enthousiasme.

La sage-femme se sermonne intérieurement pour son jugement aussi hâtif que négatif.
Mais il ajoute : «pas de problème, on va se donner un petit quart d’heure»

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02 septembre 2009

Préhistoire

Service de gynécologie, au cœur d’un vieil hôpital fatigué. Une toute jeune fille y est hospitalisée en chambre collective pour une infection gynécologique. La pièce s’étire d’une fenêtre à l’autre. Quatre lits sont alignés, séparés d’à peine plus que la largeur d’une table de nuit. Aucune intimité n’est possible.

C’est la grande visite. Derrière le chef de service, des membres de l'équipe soignante - "surveillante", sage-femme de l’étage et infirmière de jour - mais surtout le cortège des étudiants en médecine, élèves infirmières et futures sages-femmes.

Nous nous entassons dans la chambre. Comme de coutume, chaque cas est exposé au chef de service par l’un des étudiants. La chambre commune ne laisse aucune patiente ignorante de la pathologie des voisines ; respecter le secret médical n’est pas encore une préoccupation.

Vient le tour de l’adolescente. Elle est jeune, diaphane, assortie au blanc rêche de ses draps.
Outre ses trois voisines de chambre, nous sommes bien une vingtaine, hommes et femmes, entourant son lit.
Après la présentation de son dossier, le médecin l'informe qu'il va l’examiner pour confirmer le diagnostic. Sans autres explications, il écarte le drap,  empoigne ses chevilles pour l’installer en position gynécologique et relève le bas de la chemise fournie par l’hôpital.

Elle se raidit et ferme les paupières. La main gantée s’approche de son corps crispé, insiste puis se retire au bout de trop longues secondes. Le grand patron annonce qu’elle est «inexaminable» car trop contractée. Il faudra donc «la passer au bloc» pour une courte anesthésie afin de parfaire le diagnostic. L’étudiant prend note.

Le cortège recule pour aller s’entasser dans la chambre voisine.

Personne n’a osé suggérer qu’un peu d’humanité et l’intimité d’un cabinet de consultation pourraient éviter le recours aux hypnotiques.

PS: nous sommes en 1977

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01 septembre 2009

Un ton plus haut

Service maternité, la vaste salle d’attente d’un grand centre hospitalier. Quelques bacs de fausses plantes vertes tentent vainement de délimiter de plus petits espaces. Les chaises de plastique inconfortables, soudées les unes aux autres, laissent peu de place pour étaler les rondeurs. Des magazines fatigués trainent sur des tables basses. Aux cotés des couvertures passées et déchirées s’étalent de riantes brochures sur les interdits de la grossesse, alcool, tabac, régime alimentaire…

Pas de lumière du jour. Ce sont les bureaux de consultations et les secrétariats disposés tout autour qui bénéficient de fenêtres. Au centre reste ce large espace à l’éclairage artificiel et la ventilation ronronnante.

De nombreuses femmes, quelques hommes aussi, s’ennuient en silence. 
Régulièrement, l’un des cabinets s’ouvre, un médecin s’avance, dossier à la main, et annonce le nom de la patiente suivante. Une femme se lève alors avec plus ou moins d’aisance et emmène son ventre rond jusqu’à la porte.

Parfois, personne ne réagit et il faut répéter l’appel.

L’un des médecins a opté pour une autre stratégie. Lorsqu’il ouvre la porte, il ne prend pas le risque d’être amené à répéter deux fois le même nom ; il le hurle et, à chaque fois, fait sursauter la salle.

Ce jeune couple vient pour son second rendez-vous. Heurté par cet accueil tonitruant, le père a prémédité sa riposte. Lorsque leur tour arrive, leur nom est  sans surprise crié à travers le hall.
Alors, il se lève d’un bond et hurle tout aussi fortement, «c’est nous» en s’avançant vers le bureau.

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31 août 2009

Demandez le programme

« Faut-il programmer le jour et l'heure de son accouchement ? »
C'est le titre d'un article paru dans une revue féminine il y a déjà quelques temps. Un médecin y affirmait : «l'accouchement programmé offre une plus grande sécurité pour la mère et l'enfant car la présence de l'équipe médicale est assurée».
Naïvement, vous pensiez  que c'était aux équipes de se tenir prêtes à accueillir les couples à toutes heures du jour ou de la nuit ? Que nenni ! Voici que les femmes enceintes se doivent d'être disponibles à notre convenance.

Quelques lignes plus loin, le même auteur précise «il n'y a pas de bénéfice médical réellement prouvé».
Avec un mauvais esprit certain, je m'empresse de rapprocher ce constat de la « présence assurée de l'équipe ».
Devons-nous en conclure que nous ne servons pas à grand-chose ?

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30 août 2009

Saut temporel

En préparation à la naissance, le groupe échange sur l’allaitement maternel et la première tétée. Je souligne l‘importance de laisser le bébé trouver le sein en le laissant en peau à peau avec sa mère. Je précise qu’il faudra cependant un petit temps « d’atterrissage », nécessaire à la mère comme à l’enfant, avant que celui-ci ne se mette  à téter.

Elle n'est pas tout à fait d'accord et évoque la naissance de son premier enfant.  Elle explique tout en le mimant, «j’ai tendu les bras pour l’attraper, je l’ai posé contre moi et immédiatement, il a pris le sein».

Bien que peu probable, cette approximation  serait sans importance si nous n’étions en groupe. Les autres parents pourraient se tracasser de la « lenteur » supposée de leur nouveau-né ; je  remarque simplement que cette rapidité n’est pas habituelle.

Elle insiste, vraiment, son enfant n’a eu besoin d’aucun délai, à peine sorti et déjà branché au mamelon.
Pour finir de nous convaincre, elle complète son témoignage. Baissant le regard vers un bébé virtuel en arrondissant les bras autour de lui, elle ajoute «je le revois encore avec son petit bonnet sur la tête».

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29 août 2009

Petit oiseau

Elle est touchante,  du haut de ses 22 ans, elle qui a roulé sa bosse dans le monde entier, mélange de candeur et d’assurance, déconcertante.
Elle a des fulgurances, de fortes attentes, qui me font penser que ce petit bout de femme ne manque pas de maturité.
Et des affirmations candides qui me rappellent à la vigilance.

Elle est comme un petit oiseau fragile, et j’avance à tous petits pas pour ne pas la faire s’envoler. Elle est arrivée ici par hasard, fuyant une  prise en charge purement médicale et les jugements abrupts sur ses choix de vie. Elle attend ce bébé toute seule, pas de travail, pas de domicile fixe, mais un réseau amical qui semble très solide.

Elle a besoin d’un ancrage et c’est à moi de lui fournir, en l’accompagnant sur le chemin de la parentalité, sans la brusquer. Surtout ne pas la réduire à sa jeunesse et à son apparente naïveté.

Heureuse nouvelle, avec une amie, enceinte elle aussi, elle va se mettre en quête d’un logement. Mais cette amie vit à l’étranger et elles n’ont pas encore décidé de la région, ni du moment de la recherche, à la fin de la grossesse, ou peut-être juste après la naissance ?

Doucement, je tente de lui faire ressentir combien les hébergements provisoires actuels lui seraient pénibles une fois son enfant né. Elle acquiesce, sourit et m’annonce son départ le lendemain pour deux mois de balade dans les pays chauds.
Nous ne pouvons fixer de rendez-vous, elle ne sait pas quand elle sera de retour en France.

Ne pas la laisser s’envoler trop longtemps.
Ne pas lui laisser craindre une cage, même dorée de bonnes intentions.
Alors j’affirme ma disponibilité et lui propose de me contacter dès son retour.

Epilogue
Un mois plus tard, je recevais une carte postale emplie de soleil.
Elle m’a appelée dès qu’elle a posé le pied à la frontière.
A bientôt petit oiseau…

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28 août 2009

Harcèlement

Elle est suivie par une autre sage-femme du cabinet. Inquiète, désemparée, épuisée, c’est la troisième fois qu’elle demande une consultation en urgence. Hasard du planning, c’est la troisième fois que je la reçois.

Dès notre première rencontre, elle évoque le harcèlement moral pratiqué de façon coutumière dans son entreprise.  La forme est habituelle, en exiger toujours trop pour  renvoyer ensuite aux employés leur incapacité à faire face, égrener de petites phrases méprisantes qui font douter chacun de ses compétences et de sa valeur.

Malgré sa grossesse, l’entreprise continue à exiger d’elle des déplacements aussi  épuisants qu’inutiles. Guerre d’usure efficace, elle doute de sa fatigue, de son ressenti… «Peut-être que je m’écoute trop ?»

Son corps la rappelle à l’ordre, douleurs ligamentaires, sciatalgies, contractions utérines répétées. Rien de réellement inquiétant, juste une sonnette d’alarme.
Je l’arrêterais bien quelques jours mais elle refuse. Puisqu’il n’y a rien de grave, le week-end arrivant, elle va se reposer.
Je l’invite à contacter le médecin du travail, soulignant qu’il est en mesure de faire aménager son poste et de contre indiquer les déplacements.

Elle revient quelques semaines plus tard. Le tableau est le même ; elle n’a pas appelé la médecine du travail car elle est convaincue que ce sera inutile. Elle est stressée, insomniaque et épuisée.  Devant mon insistance, elle accepte un arrêt de quelques jours. Je lui conseille à nouveau de contacter le médecin, confiante sur la suite qu’il donnera à sa demande.

Un mois passe, nouvel appel, au début de son dernier trimestre. Pour la première fois c’est elle qui sollicite  un arrêt. Toujours rien de réellement préoccupant mais il est évident qu’elle est à bout.

J’évoque encore la médecine du travail, elle  répond démarches inefficaces. Ses tentatives n’ont rien donné et le médecin se serait simplement étonné de l’immobilisme de l’inspection du travail, prévenue elle aussi. Je parle syndicats, elle répond turn-over des employés.  Elle ne vient pas prendre un cours de mobilisation militante, je n’insiste pas et poursuis la consultation.

Elle m’explique alors, «ma chef m’a dit, maintenant que tu as une remplaçante, je ne comprends pas ce que tu fais encore au boulot ! »
Je réalise que c’est sur ordre d’un chef qui ne veut pas avoir à payer deux personnes pour le même poste que,  pour la première fois, elle souhaite être arrêtée.
Il lui a été tant demandé que sa hiérarchie s’attendait à un départ anticipé.  Mais elle a tenu bon, sa seule façon de tenir tête.
Maintenant elle dérange.

Je m'abstiens d'un commentaire  sur l’assurance maladie dont la fonction n'est pas d’aider à la gestion des entreprises… Qu’y peut-elle, elle n’est que l’otage.

Je signe le papier.

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27 août 2009

Crampe

Certaines phrases énoncées par mes pairs, mal vécues, mal reçues, simplement maladroites ou réellement assassines, me sont parfois rapportées.
Le souvenir est subjectif et le récit qui nous est donné peut s’éloigner de toute réalité. Je m’abstiens donc de les commenter dans la vraie vie.

Mais je ne manquerai pas de les évoquer sur la toile.

Tant qu’à épingler les professionnels, inaugurons le thème par un peu d’autocritique.

C’est par le biais d’un film que je peux raconter ce qui suit, car, bien évidemment, je ne me  suis pas entendue prononcer ces mots.

Cette naissance est longue et difficile, accompagnée par une famille extrêmement présente, voire envahissante, caméra au poing.  L’offre d’un café réussit finalement à entrainer tout ce beau monde hors de la pièce.
Une IVG précédente, secret trop bien gardé, pesait sur l’avancée du travail. L’intimité retrouvée lui permet enfin de lâcher prise. Au bout de ces trop longues heures, elle ressent le besoin de pousser.

Elle s’est installée de façon asymétrique, en torsion, une jambe presque tendue, l’autre très fléchie. Son cri sourd accompagne chacune des contractions.  Une masse de cheveux noirs commence à poindre.
Soudain, elle tend son autre jambe et le cri s’articule « j’ai une cram-am-pe ! ». Je m’empresse de masser et étirer son mollet pour faire cesser la contracture.

Jusque là rien que de très normal…
… sauf la phrase prononcée dans le même temps : « ah ben ça, c’est pas le moment ».

Empathique et soutenante.

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26 août 2009

Cheval de Troie

Elle s’est fait poser un implant contraceptif  il y a deux mois.
Elle en est très mécontente, lui reproche d’avoir tari son lait et de mettre ses cycles en vrac avec des saignements abondants et ininterrompus.
De plus, elle souhaite débuter une autre grossesse prochainement.

Avec un  projet d’enfant  simplement différé de quelques mois, l’implant n’est a priori pas la première méthode contraceptive évoquée. Mauvaise communication avec le prescripteur, changement de cap, je ne sais mais ce n’est plus le moment de s’y pencher.

Elle le dit et le répète, il faut lui retirer ce «truc» au plus vite. Mais tout le monde se défile ;  le médecin traitant «ne s’occupe pas des implants», les autres généralistes refusent car ils ne la connaissent pas, sa gynéco médicale est «contre les implants», pose ou dépose, les autres gynécos, débordés, n’acceptent aucune nouvelle patiente, et l’obstétricien qui a effectué la pose ne veut pas lui donner de rendez-vous avant quelques mois.*

Alors, elle appelle au secours « sa » sage-femme.
Quand j’explique que le retrait d’implant ne fait pas partie de nos compétences, elle me répond qu’elle le sait déjà mais que cela fait  x coups de fils passés un peu partout et qu’elle ne sait plus vers qui se tourner.

Ma stratégie sera pauvre : étudier avec elle les arguments à mettre en avant pour qu’un rendez-vous lui soit rapidement accordé.
Nous tombons d’accord sur le fait que le retrait d’implant n’est pas une urgence et qu’il vaut mieux insister sur l’abondance des saignements qui l’inquiète (réellement).
Une fois dans la place, elle pourra négocier l’ablation…

*certainement veut-il ainsi respecter un délai de 6 mois, délai permettant souvent aux saignements intempestifs de cesser.

NB : ce billet date un peu. La compétence des sages-femmes pour la pose et le retrait des implants a été clairement affirmée en  juillet 2012. Seul le fournisseur semble trainer la patte pour modifier l'AMM (autorisation de mise sur le marché) qui cite  les médecins mais omet les sages-femmes.

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