15 août 2009

Maisons de naissance et faux-semblants

France Inter, hier matin 8 h, les infos du creux de l’été…

          Les transfuges du PS tentent de sauver les apparences  et feignent de tousser à l’annonce du ralliement des Villieristes à Sarko.

          Le pseudo redémarrage de l’économie… Nouvel avatar de la méthode Coué « ça va aller, ça va aller ça va aller ça… » 

          Les élections gabonaises sous un angle plutôt restreint : la compagne de l’un des candidats réside en France.

Puis:
« Un projet de décret qui risque de faire réagir : Dans le cadre du projet de loi de finance de la sécurité sociale pour 2010, la DHOS fait la promotion de ce que l’on appelle les maisons de naissance : du début de la grossesse jusqu’à leur accouchement, les femmes pourront y être accueillies dans un cadre moins médicalisé que l’hôpital. Responsable du processus entier : la sage-femme.
Ce projet est parti d’un constat : en France, les futures mamans n’ont pas le choix, elles doivent accoucher à l’hôpital, le plus souvent sous anesthésie péridurale. »

Vient l’annonce de l’interview d’« un » sage-femme (présenté par la journaliste comme «accoucheur» !  Sexisme quand tu nous tiens…)

«Ces maisons de naissance sont un espace de liberté supplémentaire pour WB, accoucheur.»
Il a du en dire beaucoup plus mais seules deux de ses phrases passent à l’antenne :   
Dans la première,  la  motivation à choisir une maison de naissance serait l’envie de se passer de péridurale sans être sure d’y parvenir…
Dans la seconde,  le suivi global est ainsi défini : « la sage-femme s’occupe de tout ».

Cet éclairage est plus que court,  très éloigné des réalités.  A l’inverse d’une demande de prise en charge par quelqu’un qui s’occuperait de tout, la première motivation des femmes est de pouvoir être pleinement actrice de leur accouchement.

La journaliste reprend : "la sage-femme aura donc dans les futures maisons de naissance toute la responsabilité de la grossesse d’une femme".

Pas de quoi s’étonner !  Nombres de femmes ne sont suivies « que » par les sages-femmes, au sein des maternités, en PMI ou en libéral. Les sages-femmes sont par leur formation les praticiens de référence de la grossesse normale. Cette évidence peine hélas à faire son chemin médiatique.

La journaliste poursuit : "et pendant l’accouchement, il n’y aura (avec une inflexion dans le ton pour bien marquer  cette absence qui confine au désert médical …) pas d’obstétricien mais une seconde sage-femme".

Pas de quoi s‘offusquer ! La grande majorité des accouchements se passent sans obstétricien et sont accompagnés par une unique sage-femme.

Le bulletin se conclura sur la réaction du président du syndicat des gynécologues -obstétriciens : « Nous ne sommes pas pour une prolifération - il s'agit de naissance ou du H1N1 ??? - des maisons de naissance mais pour une maison de naissance dans des structures hospitalières, au même niveau que la maternité.  Donc s’il y a le moindre problème, on ne perd pas de temps et la patiente peut être transférée dans la maternité de référence.»

Pourquoi exiger la proximité immédiate d’une maternité alors qu’il s’agit de grossesses normales, correctement suivies et accompagnées par une professionnelle ?
On aimerait que le président du Syngof s’émeuve pareillement des fermetures d’établissements mettant nombre de familles très à distance d’une maternité ;  les médias relatent très régulièrement la si ravissante anecdote du bébé né avant d’arriver sur le site "autorisé" initialement prévu …

La sécurité justifie t-elle vraiment l’exigence de totale proximité ? En  filigrane se dessine le désir de soumettre des parents en mal d’indépendance et les sages-femmes ayant l’insolence de les soutenir.

L’ersatz de maison de naissance que l’on cherche à nous vendre n’est pas un espace de liberté !

Les infos se termineront sur les quarante ans de Woodstock.
Free-ee-ee-dom….

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14 août 2009

Pas ce soir chérie

Faire l’amour en fin de grossesse est réputé « murir » le col de l’utérus et favoriser le démarrage de l’accouchement…

Dans son neuvième mois, ronde et impatiente, elle explique avec un demi-sourire : « c’est ceinture ». Elle voudrait bien mais lui ne veut pas.

Pourquoi ? Par crainte de faire mal au bébé, de se sentir observé, parce qu’il imagine ne plus avoir la place, trop de place, parce qu’une femme enceinte est intouchable, quasi sanctifiable, parce qu’il ne reconnait plus ce corps tout en rondeurs et qu’il y perd repères et désir….

Non…
Il fait une croix sur sa libido car il craint de déclencher l’accouchement.
En ce moment, il a trop de boulot, ça tomberait mal.

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13 août 2009

Désemparé

Elle est en travail depuis plusieurs heures… le vit bien… centrée, recentrée sur ses perceptions, silencieuse, à l’écoute d’elle-même, cherchant la meilleure adaptation possible au cheminement de son enfant  …
Elle bascule et ondule au rythme du travail utérin.
Sereine
… mais muette.
Pas de place pour les mots, l’impérieuse nécessité de n’être qu’à elle-même.

A ses cotés, il est agité, désemparé, aussi anxieux qu’elle est sereine.
Il en arrive à réclamer pour elle une péridurale.
Elle quitte son silence pour préciser qu’elle n’en veut pas.
Il insiste.
Elle persiste, secoue la tête avec exaspération.
Il revient à la charge, quémandant mon soutien.
Et comme je souligne son refus, il rétorque furieux : « Vous voyez bien qu’elle n’est pas en état de décider !»


Si !

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12 août 2009

Les débuts

Il y a longtemps, un peu trop longtemps à mon goût …

Je suis à l’école de sage-femme, en première année. Après des stages plus ou moins calamiteux dont l’un dans un presque mouroir trompeusement nommé service de dermatologie, j’accède au graal obstétrical, la salle d’accouchement… 

La novice se doit de servir de petite main docile au reste de l’équipe. Il nous faut gagner notre place à coup de vidage de bassin, lavage de seringues et talquage de doigtiers (ça se confirme, c’était il y a bien longtemps). Nous sommes également chargées d’accueillir les « entrées » - nom générique désignant toute femme susceptible d’accoucher se présentant à la porte -  le rituel d’accueil manque quelque peu de chaleur : analyse d’urine et rasage de la vulve au coupe-chou.

Après m’être acquittée des diverses tâches qui me sont dévolues, je suis enfin autorisée à pénétrer dans une salle carrelée de blanc à l’éclairage puissant. Sur un lit articulé plutôt étroit, une femme est allongée, les cuisses écartées et recouvertes de champs bleus. Elle pousse, dirigée par une très énergique sage-femme : inspirez/ bloquez/ poussez/allez-y/ALLEZ-Y/ALLEZ-Y !

Une masse de cheveux noirs commence à apparaitre, avançant et reculant au rythme des efforts maternels… Mon cœur bat plus fort… J’ai toujours souhaité devenir sage-femme - une vocation ? - et pour la première fois…

Mais une voix claironne : « une entrée ! ». Une main me désigne pour aller accomplir les rites déjà cités, pipi, rasage … Je tente de négocier avec la propriétaire de la main quelques précieuses minutes de sursis qui me sont dédaigneusement refusées. Je dois quitter la pièce. Le bébé sera né depuis longtemps quand j’en aurai terminé.

Quelques heures plus tard, nous terminons notre service et je laisse exploser colère et amertume, pleurant sur cette première naissance que l’on m’a volée…
Mes amies ont tenté de me consoler : «des accouchements, tu en verras d’autres».

Posté par 10lunes à 23:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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