01 janvier 2013

Prête moi ton blog

 

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Quatre sages-femmes, des univers différents, des expériences multiples, réunies par leur métier et leur envie de l’écrire.
Quatre blogueurs qui ont choisi de débuter l’année en jouant.
La règle : chacun a tracé les grandes lignes d’une situation qu'il avait vécue. Et nous avons ensuite tenté de nous approprier les histoires des autres.
Vous trouverez donc sur chacun de nos blogs quatre versions – évidemment reconstruites à partir de nos propres expériences - de l’histoire que nous avions proposée. 16 récits !
A vous de jouer à en retrouver les auteurs respectifs (réponse dans quelques jours)

Je m’associe à JimmyKnackie et Sophie pour vous souhaiter une excellente année 2013 !

 

 

Version 1

Elle passe la porte de mon cabinet, le regard fuyant. Elle vient pour sa première séance de rééducation périnéale. Elle qui m’avait habituée à plus de verve pendant sa grossesse me surprend. Assez vite, elle m’avoue qu’aujourd’hui est son premier jour de sortie depuis l’accident, le premier qu’elle s’accorde un peu pour elle.

Pierre-François, son fils, a été hospitalisé la semaine dernière, une vilaine bronchiolite. Elle a eu peur, très peur. Et puis… c’était forcément de sa faute, elle n’a pas su protéger son petit. Elle s’en veut.

Je pourrais lui parler du VRS, un méchant microbe qui parfois, la bise venue, vient emporter les petites bronches autrefois saines. Partir dans le scientifique, le cartésien et lui démontrer qu’objectivement, non, ce n’est pas de sa faute.

Mais, je la connais d’avant, elle ne me croirait pas totalement et la culpabilité d’une mère est plus animale qu’une simple équation mathématique. Elle se déshabille alors, nous commençons la rééducation.

Entre herses, grotte et marguerite, nous parlons. Je la félicite. Ses muscles se tétanisent sous mes doigts. Elle veut faire les choses bien. Petit à petit, je la laisse faire de plus en plus seule. Réassurance. Un maître mot. Pour une première séance, elle est douée. Je lui fais remarquer.

Son fils n’est pas là aujourd’hui, son père le garde. D’ailleurs son enfant ne sort plus par crainte de la maladie. Je soupçonne quelque part cette femme de se sentir libérée loin de son enfant. Peut-être se met-elle trop la pression ? Veut-elle être trop parfaite en tant que mère ?

Tant de questions qui ne se règleront pas en une séance de rééducation périnéale. A la fin de la consultation j’insiste alors pour qu’on se revoie prochainement, et peut-être avec Pierre-François cette fois ci. Elle est réticente. J’insiste alors plus fermement. Elle accepte du bout des lèvres.

Elle noircira alors les pages de mon agenda durant de longues semaines avec la notation « rééducation » et en d’autres circonstances on aurait pu se demander ce que je voulais tant à son périnée mais ces moments, intimes, loin de sa vie de mère normale, servaient essentiellement à la discussion.

Un jour, elle n’est plus venue. N’en ressentait-elle plus le besoin ? J’aime à le croire. Peut-être alors n’y suis-je pas complètement innocente.

 

Version 2

Aujourd’hui elle vient sans son bébé à sa séance de rééducation. D’habitude elle vient avec lui. Elle s’assoit, gênée. Elle a l’air fatiguée, d’avantage que la dernière fois qu’on s’est vues, il y a une dizaine de jours d’après mon agenda. Je risque une question sur l’absence du bébé aujourd’hui.

« Il a été hospitalisé en pédiatrie la semaine dernière. Une bronchiolite, j’ai eu si peur! Les aérosols, l’oxygène, la perfusion, les traitement, la surveillance, le personnel qui change et le pédiatre qui a dit que c’était dû au VRS, un virus très fréquent l’hiver. C’est vrai, ça? », me demande-t-elle?
J’ai juste le temps d’acquiescer par un brillant « hmmm » empathique que son monologue qui doit sortir reprend déjà. Elle écrase une larme de temps en temps au coin de son œil.

«C’est dangereux alors, de sortir le bébé avec tous ces microbes qui trainent! Mon petit, tout petit bébé, même si il est né à terme et qu’il a presque quatre mois, je ne le sors plus, plus question. Trop peur de tous ces microbes, que les gens répandent partout. D’ailleurs, plus question non plus de recevoir la tante Paulette ou les copines qui passent à la maison, ils peuvent avoir le virus de la bronchiolite, le VRS, là. D’ailleurs celles avec leurs gosses qui ont la goutte au nez, là, c’est pareil, non? Les gens ne comprennent pas qu’ils peuvent donner la bronchiolite au petit».

Petite pause, elle réfléchit, trop courte pour que je trouve une réponse.

«Il est sorti depuis et il va mieux, et puis normalement les bébés allaités ne sont pas malades, comment ça se fait que ça tombe sur moi, hein? Qu’est-ce que je fais de travers? Pourquoi? Le bébé tellement gêné qu’il ne peut plus respirer, j’ai eu si peur…»

Elle respire, moi aussi. Je lui souris, tente de lui glisser que je la comprends, son inquiétude de nouvelle mère. Qu’elle est une bonne mère qui a fait ce qu’il fallait. Ça me rappelle bien des peurs pour un des miens, même si je n’en dis rien. Que c’est une réaction bien normale face à la maladie de son enfant.

Trop tard. Elle ne m’écoute déjà plus. Elle est déjà repartie dans ses pensées, perdue dans sa culpabilité. J’aimerais lui dire que son inquiétude va passer, mais comment? Il faut qu’on commence la séance, au fait, et je n’ai toujours pas trouvé comment la réconforter.

 

Version 3

Mon joyeux « Comment se sont passées les fêtes ? » tombe plus qu’à plat. Son sourire était timide, ma question libère ses larmes.

Les fêtes, elle les a en partie passées en pédiatrie, aux côtés de son bébé hospitalisé pour une bronchiolite. Voix tremblante, regard voilé, elle détaille les perfusions, le scope, l’oxygène, les écrans, les alarmes. Elle a vu son enfant au plus mal, a imaginé le perdre. Les explications de l’équipe ne la rassuraient pas et leurs apartés la plombaient plus encore.

Quelques jours d’angoisse qui la poursuivent toujours. Son bébé est un rescapé, quasi ressuscité.

Ce qui la ronge maintenant, c’est d’avoir failli à sa mission de mère, n’avoir pas su, n’avoir pas pu protéger son enfant de la maladie.

Que cela soit dit, elle ne faillira pas une seconde fois ! Elle ne sort plus son bébé de la maison, ne s’autorise elle-même à s’absenter que pour l’indispensable, refuse toute visite. Le monde extérieur n’est que danger mortel. Elle construit leur solitude pour mieux isoler son petit de tout miasme. Absurde muraille de chine qui lui pèse cependant moins que sa culpabilité.

Je note que notre rendez-vous était clas sé dans les indispensables. Je doute de l’urgence d’une rééducation périnéale.
Prenons le temps de parler un peu.

 

Version 4

Elle arrive seule, en regardant ses pieds, pour sa visite post-natale. Je sens un malaise et je commence ma consultation comme d’habitude, avec des questions ouverte pour essayer de lui faire lever les yeux. Elle réponds doucement mais avec une voix un peu éteinte.

Elle me raconte une grossesse qui s’est bien passée, un accouchement normal avec quelques remarques sur la péridurale et sur ses premiers jours en suite de couche. Elle dort mal, a quelques problèmes avec sa contraception. Une question sur son bébé la met en larme.

Je lui tends un mouchoir et j’attends. Son garçon est hospitalisé depuis une semaine en pédiatrie et je suis la première personne qu’elle voit en dehors de son mari depuis la consultation aux urgences. Elle ne sort plus, ne voit plus personne ; elle a refusé deux fois que sa soeur vienne la voir en prétextant un emploi du temps chargé et des rendez-vous. Je sens un poids quitter ses épaules et ses pleurs se tarissent.

Selon elle tout est de sa faute, elle n’aurait pas dû prendre le bus avec son bébé ou l’emmener voir sa famille. Elle a des souvenirs difficile de la respiration sifflante de son bébé, sa toux. Elle s’est sentie désarmée, prise au dépourvu dans son rôle de mère. Au fur et à mesure elle me dévoile cette toile qui l’enserre et qui n’attends qu’un coup de ciseaux. Je la rassure, je tente de lui expliquer. C’est difficile et cela prendra du temps.

Je lui donne un rendez-vous de rééducation et je la raccompagne à la porte. Dans la salle d’attente elle se retourne et elle lève les yeux vers moi.

 

Réponses : Saluons les deux perpiscaces qui sont Sage-mum et Foligou, les seules à avoir cité dans l'ordre : Knackie, Sophie, moi et Jimmy. 

 

 

 

©Photo

  

 

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25 décembre 2012

Treize à la douzaine

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La fac qui accueille cette journée d'information sur les professions médicales a fermé ses portes pour le temps du repas. Nous somme priés d’abandonner nos stands pendant deux heures.

C’est ainsi que je me retrouve à errer au hasard des rues piétonnes… Une vitrine attire l’œil. Joyeuse, colorée, chamarrée, elle expose des ustensiles de cuisine et des éléments de décoration pour la maison.

L'apercevant de l’autre coté de la rue, un petit bonhomme traverse en courant pour venir écraser son nez sur la vitre.

Je le pense déçu de ne pas trouver les jouets qu’il devait imaginer de loin.

Mais il reste en contemplation et quand son père prend sa main pour poursuivre la promenade, il résiste
-"Papa, attend papa ! On pourrait entrer !
- Il n’y a rien d’intéressant pour toi dans ce magasin.
Mais le petit garçon insiste : Mais si, papa, mais si, on pourrait acheter des …des…. des fourchettes ! "

Et ça a l'air de lui faire vraiment plaisir !

 

©Photo

 

Le calendrier de l'Avent, c'est 24 cases, mais comme je ne sais pas compter, j'avais un 25ème billet. Suis heureuse d'avoir tenu mon pari en postant chaque jour (en y engloutissant l'ensemble de mes anecdotes joyeuses. Faudrait pas m'en vouloir si je n'écrivais que du sombre en 2013 !)

Comme j'ai pu vérifier qu'annoncer m'engage, voici la suite du programme :
Le prochain défi est prévu tout début janvier - le 1er si tout va bien - Un jeu d'écriture avec d'autres blogueurs sages-femmes.
Suivra ensuite un petit billet "promo" sur notre métier que j'espère vous voir largement relayer.

Merci à tous pour vos encouragements. Joyeux Noël !

 

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24 décembre 2012

Tout simplement

 

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Elle arrive à pas lents. Deux hommes l'accompagnent et la soutiennent quand elle s'immobilise le temps d'une contraction. Je lui ouvre la porte de la salle de naissance ; ils entrent tous les trois. 

Chaque femme vient avec qui elle veut et le nombre d'accompagnant n'est pas limité. Mais quand d'autres personnes que le père sont présentes, il s'agit généralement d'une ou plusieurs femmes, amie, sœur, mère. Un zest déconcertée, je m'affaire à des gestes anodins, tension, monitoring. J'annonce ensuite avec un peu d'emphase que je vais réaliser un toucher vaginal... Aucun des deux hommes ne fait mine de s'éclipser.

Je cherche son regard, attendant une indication, une demande implicite ; mais elle est déjà en train de se dévêtir. L'examen confirme qu'elle est en travail. Je vais l'accompagner jusqu'à la naissance.

Le trio fonctionne harmonieusement. Les deux hommes sont tout aussi présents, tout aussi attentifs à ses besoins. L'un lui masse le dos quand l'autre caresse ses cheveux, l'un rajoute de l'eau chaude quand l'autre fait clapoter l'eau du bain sur son ventre. 

Lorsqu'elle accouche, ils se placent de part et d'autre du lit. Ils l'encouragent lors des poussées et s'émerveillent ensemble. L'enfant posé sur le ventre maternel est accueilli par les caresses de trois paires de mains.

Je sors de la pièce pour les laisser découvrir tranquillement le nouveau-né. Dans mes quelques minutes de solitude, je me tracasse de la suite. Je dois proposer au père de donner le bain... mais qui est le père ? Jamais il n'a été désigné.

Un peu plus tard, c'est à la cantonade que j'interroge "Et maintenant, qui va donner le bain ? " sans oser regarder personne... 

C'est elle qui me tire d'affaire. "Ils vont le donner tous les deux, dit-elle, puis elle les présente, désignant successivement l'un, mon mari, puis l'autre, le père du bébé".

 

©Photo  Janicskovsky

 

PS : A demain...

 

 

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23 décembre 2012

Zoo

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C’est ma première rencontre avec cette jeune mère, juste sortie de la maternité. Une visite pour faire le lien entre le temps très entouré de l'hospitalisation et la solitude relative du foyer.

Nous faisons connaissance. J'ai tout à découvrir de son histoire ; elle ne sait pas vraiment quelle aide je peux lui apporter. Ca sert à quoi une sage-femme libérale ?

Dans son berceau, le nouveau-né commence à se réveiller. A ses côtés, un "doudou" en velours crème, museau pointu, oreilles rondes. J’hésite à voix haute entre une souris blanche et un ours polaire. Au final, il s'agirait d'un caniche.

Elle profite de ma présence pour aborder moult questions allant de la durée des pertes de sang au choix d'une contraception en passant par les consignes alimentaires. "C'est grave si j'attrape la toxo maintenant?" Je m'occupe ensuite de son bébé, examen, pesée. Elle s'installe pour le mettre au sein. Je réarrange un peu les coussins pour que sa position soit plus confortable. Encore des questions sur le rythme des tétées, la prise de poids, la fièvre, les signes qui pourraient l'alerter. Une heure se passe tranquillement.
En les quittant, je ne suis plus tout à fait étrangère à leur vie.

A ma seconde visite, c'est une girafe, facilement reconnaissable à son long cou, qui accompagne le bébé. Et sa maman me lance, gentiment ironique, "J’ai choisi cette peluche en pensant que cette fois, vous n’auriez aucun mal à la reconnaitre…" 

 

©Photo

 

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22 décembre 2012

Bouclier

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Dans sa famille, ça ne se fait pas. C'est en résumé l'argumentaire qu'elle m'oppose quand j'évoque pour la première fois avec elle la question de l'allaitement maternel. Du coup, elle ne s'est jamais vraiment posée la question ; elle va faire "comme tout le monde". Et puis, ça ne doit pas être agréable d'avoir le bébé au sein et puis c'est surement douloureux et puis le biberon c'est bien plus pratique...  

Je ne cherche pas à la convaincre, mais tente cependant d'entrouvrir la porte à une autre façon de faire. Je lui présente la possibilité d'une "tétée de bienvenue", soulignant que cela ne l'engage à rien mais que peut-être, elle pourrait découvrir à cette occasion l'envie de poursuivre un allaitement... ou pas. Nous évoquons ce moment de la naissance où son bébé sera posé sur elle, en peau à peau, la compétence des nouveau-nés à aller chercher le mamelon nourricier. 

Les deux autres femmes du groupe ont choisi d'allaiter. Le sujet est donc régulièrement évoqué. Elle semble maintenant tentée par cette première mise au sein.

Quand je la retrouve après la naissance, c'est au biberon qu'elle nourrit son enfant. Je m'autorise à demander "Et la tétée de bienvenue ? Tu as essayé ? "

Elle rétorque avec énergie "Ah ça non ! Il risquait pas d'arriver à téter, j'avais gardé mon soutien-gorge ! "

 

©Photo 

 

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21 décembre 2012

Kamasutra

 

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La biberonnerie résonne de rires joyeux. Nous sommes de corvée de stérilisation. Les goupillons s’agitent dans l’eau savonneuse, les marmites se remplissent, l’eau commence à bouillir… C’est une des premières activités du matin, juste après avoir fait le tour des chambres pour servir le petit déjeuner.

La sonnerie du téléphone me fait lâcher un instant le goupillon. A l’autre bout du fil, une petite voix fluette. Elle a eu ses règles ce matin alors qu’elle a arrêté la pilule le mois dernier. Elle s’inquiète déjà de ne pas être enceinte et je m’emploie à la rassurer.

Derrière moi, les copines manient les marmites. Ca cause et ça rigole.

Mais la petite voix n’est pas vraiment apaisée. Il y a autre chose qui la tracasse. « Après avoir fait l'amour, ça coule » et je sens combien elle craint de laisser s’évader les précieux spermatozoïdes.

J’affirme l’inutilité de mettre les pieds au mur après l’amour.

Ma réponse alerte les collègues… J'entends derrière moi les rires qu'elles tentent d'étouffer. Ma seule protection est de ne pas me retourner. 

Elle m’interroge encore sur les positions les plus à même de favoriser la fécondation.
Ce qui m’entraine dans des questions et des descriptions pour le moins surprenantes quand énoncées entre deux lavages de biberons à 8h du matin.

Mes collègues auront la délicatesse de se contenir jusqu’à ce j’ai raccroché.

 

©Photo Nir Sanay

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20 décembre 2012

Pied marital...

 

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La maternité de mes débuts était de taille humaine. De la taille qui n’existe plus. Une à deux naissances avaient lieu chaque jour. Cette cadence assez tranquille nous permettait de travailler selon un rythme maintenant disparu. Chaque fin de semaine, la garde durait du samedi matin au lundi matin. Cela préservait un peu la vie sociale ; sans cette organisation, la petite équipe que nous étions aurait été sur le pont tous les week-end.

L’ambiance familiale permettait certaines libertés. Les conjoints - l’équipe était exclusivement féminine en dehors de l’obstétricien - les conjoints donc étaient conviés à partager le repas du dimanche midi afin de rompre la longue absence. Tous ne le faisaient pas mais certains sacrifiaient au rite.

C’est à cette occasion que j'ai assisté à ce dialogue d’anthologie :
Toisant son homme juste arrivé dans la tisanerie où nous prenions nos repas, ma collègue - qui ne l'avait pas vu depuis plus de 24 heures - l’interpelle  : « Mais tu n’as pas changé de chaussettes ! »
Ce degré d’intimité conjugale me laissait déjà sans voix.
Mais la réplique m’a achevée.
« Ben tu me les avais pas préparées ! »

 

….

 

©Photo nualabugeye

 

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19 décembre 2012

Références...

 

6933072460_70381330b2_bElle est une mère heureuse et aimante mais l'implication physique de la maternité lui a été pesante. Elle garde un souvenir contraint de sa grossesse et de son accouchement ; se sentir ainsi soumise au bon vouloir de son corps  ! 

Le temps a passé. Avec bonheur, elle évoque pèle mêle le retour des bonnes nuits  "Ca change du biberon de deux heures du matin, hein ! ", rebondit sur sa ligne retrouvée "J’ai enfin pu virer mes fringues de femme enceinte" affirme que "C’est sur, je risque pas d’oublier ma pilule " et fait l’apologie de l’enfant unique, tradition familiale qu’elle a bien l’intention de respecter…

En me quittant un peu plus tard, elle lance "Au fait hier, j’ai vu un reportage sur les vêlages, j’ai pensé à toi "... 

 

©Photo Fourure

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18 décembre 2012

Impliqué

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Leur enfant est né un peu plus tôt que prévu. C'est donc à trois qu'ils assistent à la dernière séance de préparation, heureux et fiers de présenter leur tout-petit aux deux autres couples. Les questions pleuvent.

C'est lui qui raconte, faisant un récit détaillé de toutes les étapes de l'accouchement. Il débute par  la description minutieuse de la perte des eaux, enchaine sur le départ à la maternité, évoquant au passage son rôle essentiel dans le bouclage de la valise, décrit l'accueil de la sage-femme, le premier examen. Avec fierté, il explique comment il a soutenu sa compagne en la massant, l'étirant, la berçant et souligne combien il était fatigué... Vient la poussée, "Elle s'est accrochée à mon cou, j'en ai encore des courbatures" et enfin la naissance. Pas un détail ne manque à sa narration.

Volubile, occupant l'espace de ses gestes amples, c'est une vraie pièce de théâtre qu'il est en train de jouer. Dans son enthousiasme, c'est le "on" qui préside. Le "on est arrivé" passe très bien, "on a accouché" nous attendrit, mais "on avait des contractions toutes les trois minutes" semble un peu exagéré.
Sa femme l'écoute avec le petit sourire de celle qui ne dit rien mais n'en pense pas moins...

Quand la question du recours à la péridurale leur est posée, il continue sur sa lancée. "On a pas pris la péri parce qu'on allait bien.
Sans lui faire remarquer sa maladresse, sa voisine se tourne vers elle et l'interroge directement. Comment as tu vécu les contractions ? Ca faisait mal ?
Et quand c'est lui qui ouvre la bouche pour se lancer dans une énième tirade, sa compagne pose doucement la main sur son avant bras pour l'interrompre, "Je t'ai laissé tout raconter mais pour la douleur, tu vas peut-être me laisser parler ? "

 

©Photo

 

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17 décembre 2012

Comme sur des roulettes

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J'enchaine bus, TGV et couloirs du métro. En route pour tenir un stand dans une rencontre de sages-femmes, je transporte une lourde documentation, trop contente d'inaugurer ma valise à quatre roulettes. Elle m'économise bien des efforts, excepté dans les nombreux escaliers du métro parisien...

La rame arrive et je m'y engouffre. Il reste de la place sur les strapontins. Je m'y effondre sans grâce, ravie de récupérer pendant quelques stations avant d'affronter les prochaines marches.

Assis en face de moi, deux hommes, teint mat, barbe longue, front ceint de grands turbans. Des sikhs me semble-t-il. Leurs visages sont fermés, presque sévères. J'ai lancé un demi sourire resté sans réponse. De toute façon, j'ai accepté la règle parisienne, on ne sourit pas dans le métro pour ne pas passer pour une infâme provinciale, pire une touriste...

Ma valise toute neuve est posée devant moi. Le métro repart avec son habituel petit "coup de rein". Sauf que d'habitude, ma valise à deux roulettes ne bronche pas.

A quatre roulettes, elle s'élance à toute vitesse avant que je puisse réagir.  Mon voisin d'en face a juste le temps de tendre le bras pour l'intercepter avant qu'elle ne traverse tout le wagon.

En repoussant la valise vers moi, ça y est, il rigole franchement ! 

 

©Photo

 

 

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